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nétrantes a pu sauver quelquefois des malheureux , condamnés à assouvir la faim, d'animaux carnassiers. Pour rester sans crainte au milieu d'eux, il suffisait , dit«-on, de se frotter le corps de graisse d'éléphant (i) : l'odeur aussi pénétrante que fétide propre au cadavre de ce grand quadrupède , rend la chose moins incroyable. Un secret analogue motivait sans doute la sécurité du jongleur que l'on voyait, dit Tertullien (2), exposer en public des bétes féroces dont il défiait et évitait les morsures avec une habileté merveilleuse. Firmus, qui revêtit un moment la pourpre impériale à Alexandrie , nageait impunément au milieu des crocodiles; on suppose qu'il devait cet avantage à l'odeur de la graisse de crocodiles dont il se frottait le eorps (3). Les prêtres mexicains se (4) frottaient également d'une pommade à laquelle ils attribuaient des vertus magiques; et ils erraient de nuit , dans les lieux déserts , sans redouter les bétes féroces, que l'odeur de
(1) Aelian. De nat. animai, lib. i. cap. 37. (3) TgrtuUian, Apologetie* cap. t6.
rS) Fo$pic» in Pïrmo, (^4) Voyei ci-aprèt. cbap. xtiii .
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cette onctioa suffisait pour éloigner. 11 eiiste encore ^ pour se faire suivre , sans danger^ d'animaux d'ailleurs redoutables ^ un moyen pratiqué communément par les hommes qui font profession de détourner les chiens pour les livrer aux anatomistes, et quelquefois par par les chasseurs qui veulent attirer les loups dans un piège. Il consiste à frapper les sens du mâle, par lés émanations que, dans la saison durût, exhale la femelle. Il a été indiqué avec détail par l'écrivain le plus original et le plus philosophe du sei^éme siècle (i). Galien(a) en avait fait mention : mais il était connu long-temps avant ce médecin célèbre. Dans le temple de Jupiter, àOlympie, on montrait un cheval de bronze h l'aspect duquel les chevaux entiers éprouvaient les plus violens désirs. En disant que^ dans la fonte de la statue , un magicien avait versé de Vhippomanès^ Elicn et Pausanias (3) nous donnent le secret du miracle. Toutes les fois
(i) Rabelais. Hist^ de Gargantua eide Pantagruel, lir» i . chap. ^1,
(a) Galen, lib. i. Aphorism, aa.
(3) Pausanias, Eliac, lib. i. cap. 97. Plin* fiift, nat, lib. xxTiii. cap. a. Atlian. De nat, anim, lib. xiw. cap. 18.
qu'on le voulait opérer ^ on enduisait convenablement le bronze dihippomanès liquide^ ou d'une drogue qui en exhalait l'odeur (i).
Un artifice semblable attirait les taureaux vers la génisse d'airain , chef-d'œuvre de Myron : comme il n'est pas probable que ces animaux fussent sensibles à la beauté de la sculpture, une représentation moins parfaite, mais disposée 'de même , aurait également déçu leurs désirs.
Le même secret indique peut-être l'origine du charme qui entraînait , dit-on , à la suite d'un mortel favorisé des Dieux , les lions et les tigres dépouillés de leur férocité. Plus généralement, on a attribué ce miracle au pouvoir de la musique. Platon assure que le chant et la mélodie adoucissent les animaux sauvages, apprivoisent les reptiles (3). On
(1) ce LHiippoinanès est une plante qui croît en Arcadie; j
<« par elle les jeunes coursiers et les promptes cavales sont f
<t livrés à des désirs furieux. » {Theocrit, Eidyll, n. yers 4^- I
4g. ) Junius Philargyrus (in Géorgie, lib. m. vers 380 ) borne Teffet de cette plante aux cavales qui en mangeaient. Peut- •ôtre^, néanmoins, l'odeur (fu'exhalait ce végétal était-elle le principe de ses propriétés ; et Ton pouvait s'en servir pour opérer la merveille que nous discutons.
(q) Plato. de Hep. lib. ti.
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serait tenté de croire qu'en cette occasion encore , le philosophe s'est laissé dominer par la vivacité peu philosophique de son imagi* nation : il n'a fait que répéter une opinion reçue , et fondée ^ disait-on , sur des observa^ lions. Le charme de la musique consolait les élépbans tombés au pouvoir de l'homme , de leur captivité ; dans la domesticité , il suffisait pour les dresser à exécuter des mouve* mens mesurés et cadencés (i). La musique trouvait , en Libye , les cavales sauvages assez sensibles, pour qu'elle devint un moyen de les apprivoiser (2). Quelques poissons même n'étaient pas à l'abrt de son pouvoir ;
il en rendait la capture plus facile (3)
Les modernes , moins disposés à croire , sont pourtant forcés de reconnaître l'action qu'exerce la musique sur les tortues et les araignées : son influence sur les éléphans a été récemment constatée sous nos yeux. Un voyageur a vu avec surprise , de pesans hip-^ I jopotames , réjouis par le bruit mesuré d'une
{i) jielian» De nat. animal, Ub. xii. cap. 44- ^' 'i^- "* cap. II.
(?) Aelian.De tutt, animal» lib. xii. cap. 44- W Aelian. De nat. animal, lib. vi. cap. 3i 3.1.
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marche guerrière, suivre, à la nage, des lamboura le long d'cm fleuve (i). Le» grands léxarda et les iguaned sont susceptibles de aeii^ Kttons encore plus pr<nioncëes : un chant , un sifHemem doux et mesuré a suffi plus d'une fois pour les arrêter jusque sous la main du chasseur (a).
Les chats que fatiguent ou effrayent des sons trop éclatans, sont agréablement affectés par la musique, si Ton proportionne la douceur des modulations à la susceptïnltté de leurs oi^anes. Les chiens , au contraire , paraissent n'en recevoir que des impressions douloureuses. Les sons élevés et perçans leur arrachent des hurlemens prolongés. On gardait, dans un temple , une lyre qui passait pour être celle d'Orphée : un amateur l'acheta, persuadé qu'en la touchant, il ver^ rait, comme le premier possesseur de l'instrument , accourir autour de hii les animaux charmés par la mélodie. Il en Bt l'essai dans
(i) Vojriige» et décout^ertes en Afrique, par Oudnej, Jhnkam et Clapperton. tom. it« pag. 47*
(3) Lacépède. Histoire naturelle des quadrupèdes ùt^iparesé art. /^iMrne-— Fournier-Pescay. Dhtiaimmrt dêê iùiencts médicales, art. Musique,
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un lieu écarté , et pérît bientét déchiré par des chiens sauvages (i). Ce ne fut point, comme le prétend Lucien, sa présomption qui lui coûta la vie ; mais son imprudence , mais l'oubli d'un effet physique que nous rappelle une expérience journalière, et qui mettrait en danger les jours d'un joueur d'orgues , si , hors de portée de tous secours, il faisait retentir les sons criards de son instrument au milieu d'une troupe de dogues peu apprivoisés.
L'influence des sons modulés sur les animaux a dû être étudiée autrefois plus qu'elle ne l'est aujourd'hui ; ses expériences plus variées, leurs résultats plus étendus. Rappelons*nous que dans les temples , on cherchait , on essayait tous les moyens d'opérer des merveilles : et quelle merveille plus séduisante, plus digne de figurer dans la célébration des mystères dont Orphée avait été l'un des premiers instituteurs , que celle qui réalisait le miracle brillant d'Orphée 7
(i) Lucien, n Contre un ignorant çui achetait beaftcouf> de livres.» OEuvres compUites de Lucien, tom. iT,-pag. 271-
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Nous ignorons jusqu'où peut aller le dér yeloppement moral des animaux, nous qui dans nos rapports avec eux , demandons tout à la terreur, à la contrainte , au malaise , aux supplices : rarement ou jamais ,. cherchonsnous à connaître ce que l'on peut obtenir par la douceur , les caresses , les sensations agréables. Noussemblons, dans la pratique, suivre la bizarre opinion de Descartes : nous traitons les animaux comme s'ils étaient des machine*. Des peuples moins éclairés que nous, les traitent comme des êtres sensibles, et non moins susceptibles que les hommes , d'être conduits par les bons traitcmens et par le parti que l'on sait tirer de leurs penchans et de leurs afiections. Ce qu'ils en obtiennent rend croyable ce qu'ont raconté les auteurs anciens d'animaux sauvages , devenus domestiques et même affectionnés. Les cynocéphales et les taureaux perdaient ', les uns leur amour vagabond de l'indépendance , les autres , leur naturel farouche et ombrageux ; les lions même et les aigles déposaient leur fierté, et l'échangeaient contre lin attachement soumis pour l'homme dont ils recevaient
les soins (i). Ces miracles s'opéraient le plus souvent dans les temples.
Ce n'est point dans FEurope civilisée que l'emploi des pigeons messagers a pris naissance : telle est en Orient son antiquité, que les écrivains nationaux affirment qu'il était •usité dans la Pentapolç. de Palestine. Deux mois suffisaient aux Arabes , pour une éducation à laquelle les mauvais traitemens n'avaient aucune part; et les pigeons étaient si bien dressés, que, suivant la direction dans laquelle on les lâchait , ils portaient des messages dans trois endroits difTérens (a).
Proposez à un Européen d'apprivoiser un crocodile ; s'il l'entreprend , il emploiera la fa^n ^ la privation de sommeil ; il affaiblira l'animal au point de le rendre , sinon docile , au moins incapable de résistance. Laing (3) a vu chez le roi des Soulimas, un crocodile privé, et aussi docile que le pourrait être
(i) Aelian, De nat, animaL lib. ii. cap. 40. v. 39. vt. 10.