‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 2)Chapitre 42 sur 80 · XII · texte numérisé non relu

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(a) La colombe messagère, etc. traduit de T Arabe (wir Sylreatrede Sacy. (in-8<>. Paris iSoS)^ pag. 36-58 et 74*

(3) Laing. Voyage dans le Timanni, le Kouranko et le Soulimana. pag. 353.

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un cfafen : mats encore^ cet animal était captif^ renfermé dans un bassin , dans Tintérieur du palais ; n -aurait41 pas repris , avec la liberté , sa férocité naturelle 7 Je répondrai à cette question par le récit d'un missionnaire an* glais (i). Dans Tile de Sumatra ^ en i8â3, h l'embouchure de la rivière de Beaujang, s'était établi un crocodile d'une grande taille ; il en arait chassé les autres crocodiles , et dévorait tous ceux qui se hasardaient à y reparaître. Les habitans lui rendaient un culte divin ^ et lui apportaient , avec respect , des alimens. ((Passez^ disaient-ils à l'Européen qui crai-* (( gnait d'approcher de l'animal ; passez^ notre « Dieu est clément. » Celui-^i regarda , en effet ^ paisiblement le bateau du missionnaire, sans donner de signes de crainte, de colère, ni d'envie d'attaquer. Ce fait nous rappelle les crocodiles sacrés qu'adorait le peuple d'un nome d'Egypte. Cela est- il vrai, dbionsnous ; cela est-il possible ? Les prêtres euxmêmes ne risquaient-ils pas , chaque jour, de

C I ) John Anderson . Mission à la oSie orienlaU de Sumaira, dans Van iSa3. NouveUti Annales des vojrages. tome zxx. pag. a(3o.

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devenir la proie de leur dirinité ^ d'un animal féroce et stupide, redoutable sur la terre ^ et dans Feau encore plus redoutable 7..^ Loin de là^ nous voyons avec quelle facilité ils pou* vaient apprivoiser l'animal divinisé. Rassuré ainsi , par une longue expérience , contre la crainte des agressions de l'homme et l'inquiétude du besoin ^ le crocodile devait perdre son instinct malfaisant ; et il y avait probablement peu d'exagération dans ce que disait ^ du crocodile sacré , un disciple des prêtres Égyptiens : « Le soukhos est juste ^ car il ne « fait jamais de mal à aucun animal (i). »

L'agilité des mouvemens du serpent , la force énorme de quelques-uns de ces reptiles, la difficulté de distinguer au premier coup*d'œil ceux dont la morsure n'est pas empoisonnée 9 en voilà assez pour expliquer la crainte et l'horreur que les serpens inspirent^

(i) DamoMC. Isidori. Fit, apud Phatium. Biblioth. cod. 349* • • Soukh-ot : ce nom peut dériver de e'Msooh, nom coptethëbûn dn crocodile, suivant Mr ChampoUion {Bulletin des scienceM. tom. vu. pag. 397 ). Suivant M. GeofTroy-St- Hikire, il désigne une variété de Tespèce du crocodile : le •oiikhos était rarement redouuble pour les hommes ; et son apparition annonçait aux Egyptiens le commencement d e la cmeduNil.

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et Fidée d'un pouvoir surnaturel attachée aa talent de les braver y de les réduire à rim* puissance. Aussi le biographe de Pythagore , attentifà exalter sou héros ^ nous fait^il adk mirer lo philosophe , exerçant sur les ani?maux un pouvoir égal à celui d'Orphée , et mâniaînt impunément des serpens trés-dan*gereux pour tout autre que lui (i). Les joi>gleurs qui donnaient en public un spectacle semblable, profitaient de l'effroi qu'il leur était facile d'inspirer , pour rançonner les curieux ; ce singulier genre d'escroquerie se répéta assez souvent pour attirer sur ses auteurs l'animadversion des lois (2).

On compte , toutefois , un grand nombre d'espèces de serpens dont la morsure ne porte avec elle aucun venin , et dont le caractère familier permet aisément de les apprivoiser. Teb étaient sans doute les serpens monstrueux, mais incapables de nuire, que l'on

(i) tamblich, in Fit. Pjrthag. cap. xiv et cap. xviit.

(3) a In circulatores qui serpentes circumferunt et propo- «c nunt f si cui, ob eorum inetuiu , damnum datum est , pro <t modo admissi actio dabitur. i> JDigesi. lîb. xlvii. tit. xu i XI.

admirait dans plusieurs temples anciens ( i ) ; et le serpent de quinze pieds de long qu'avait apprivoisé Ajax , fils d'Oilée (2) ^ et qui le suivait comme un chien fidèle ; et l'énorme reptile que prirent vivant les soldats de Ptolémée Aulétès (3) , et qui devint bientôt aussi doux qu'un animal domestique. On a vu mille fois en Europe, des couleuvres privées, par^ faitement dociles et caressantes. On montra au voyageur Laing , dans le Timanni (4) un serpent qui , à l'ordre d'un musicien , accourait , se roulait , se courbait ^ sautait , aussi obéissant , aussi adroit que les animaux les mieux dressés. Parmi les nègres de la Guyane hollandaise, on voit des femmes qui font le métier de devineresses : une des preuves de leur talent surnaturel est de faire descendre d'un arbre, et d'apprivoiser, rien qu'en lui parlant , le serpent papa ou ammodite , reptile

{i) Aelian, JDe nai. anînuU. \ih, xiii. cap. 3j. xv... 3ar. xTi 39.

(1) Philostrat, in Méroïc.

(3) J^tzèt. Chiliad. m. n. 11 3.

(4) Laing. f^oyage dans le Timanni, le Kouranko, etc.

d'une dimension assez forte , mais qui n'eat jamais dangereux (i).

Il est peu de contes plus coomiuns que ceux de génies revêtus de la forme de ser» pens, et commis à la garde de trésors souter^ rains : cette croyance est encore populaire en Bretagne ^ dans le distiîct de Lesneyen (a). Elle, est générale dans THindoustan ; et là da moins elle peut n'être pas toujours dénuée de fondement. Voici ce que raconte Forbe»^ observateur anglais , que l'on cite généralement avec confiance. Dans un village de lUindoustao , un caveau ^ placé sous une tour ^ renfermait, disait-on^ un trésor gardé par un génie ^ sous la forme de serpent. Guidé par l'ouvrier même qui avait construit le caveau ) Forbes le fait ouvrir : à une profon*deur assez considérable^ il y découvre un énorme serpent , qu'il compare ^ pour la grosseur , à un câble de vaisseau . Le reptile , se déroulant lentement, dresse sa tête vers l'ouverture pratiquée dans la partie supérieure On se hâte d'y jeter une grande

(i) Stedmann. Voyage à Surinam, tom. m. pag. 64'^- (9) Cambry. Foyage dans U département du Finistère. ton. 9, pag. 95.

quantité de foin enflammé : le serpent meurt étouiTé. Forbes y trouva son cadavre; mais non pas le trésor; le propriétaire l'ayant sûrement enlevé avant de s'enfuir.... (i). Le lecteur observera, comme nous, que la construction du caveau était peu ancienne : le serpent qu'on y plaça, avait donc atteint déjà une forte dimension ; il était donc bien appri- Yoisé , bien docile , puisqu'il sy laissa renfermer ; il connaissait donc bien son maître , puisque celui-ci put enlever ses richesses , sans avoir rien à craindre de la sentinelle qui veillait sur elles , et à laquelle il aurait dû sauver la vie, en lui rendant alors la liberté. Les serpens les plus dangereux, à l'exception de ceux que leur force rend redoutables, cessent d'être nuisibles, dès qu'on leur a arraébé les dents canines , destinées par la nature à verser, dans les plaies qu'ils font , le poison dont elle les a armés. Souvent même il suffit de leur faire mordre, à plusieurs reprises, un morceau d'étoffe ou de feutre , et d'épuiser ainsi les réservoirs de la liqueur vénéneuse.

(1) Forbes. Oriental Mémoirs. The Monthly repertorjr. tome XXI , pog. 367-369.

pour que leur atteinte ^ pendant un ou plu» sieurs jours , n'entraîne aucun danger. Dans les grandes villes de l'Europe et dans l'intérieur sauvage de l'Afrique (i), l'un ou l'autre secret est mis en usage par les charlatans quî^ aux yeux d'une foule effrayée , bravent , en se jouant , la morsure de reptiles venimeux. L'un ou l'autre explique la douceur du serpent que virent^ dans la Haute Egypte ^ il y a cent ans^ deux voyageurs français (2), et que la superstition présentait, tour-à-tour, comme un ange , un génie bienfaisant , et comme le démon qui étrangla jadis les six premiers époux de l'épouse dii jeune Tobie.

Des jongleurs hindous se laissent mordre par des serpens, dit un voyageur (3); et quand la force du poison les a fait extraordinairement enfler, ils se guérissent soudain avec des huiles et des poudres qu'ils vendent en|uite aux spectateurs. L'enflure n'est sÀre-

(1) Foyages et déccui^ertes en Afrique ^ etc., par Oudnejr, Jhnham et Clapperton. tom. m. pag. 39-40.

(3) Voyage du sieur Paul Lucas en 1699. tom. i. pag. 79- 78. etc. — Voyage du sieur Paul Lucas en i^iS. tom. 11. pag. 348 354. — Voyage Jait en Egypte par le sieur Oranger^ pag. 88-91.

(3) Terry. East, Ind. secf. ix.

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ment qu^apparente ; l'art de combattre un poison déjà si avancé dans ses progrès^ est trop merveilleux pour qu'on y croie légèrement : il suffit aux jongleurs de se prémunir contre le danger des morsures qu'ils affrontent, en forçant d'avance le reptile à épuiser les réservoirs où est renfermé son venin. On ne peut douter qu'ils ne se servent de ce secret, puisque Koempfer (i) l'a vu mettre en usage dans le même pays , par les jongleurs qui dressent jusqu'à un certain point , à l'obéissance , le serpent Nagâ dont le poison est si justement redouté.

Mais que la morsure venimeuse d'un reptile fût sans {danger pour certains hommes et mortelle pour tous les autres , on reléguait cette assertion parmi, les fables; on interprétait dans le sens allégorique les passages nombreux où l'écriture parle du pouvoir de charTner les serpens. Les hommes qui ,1 en Chine , aussi hardis que les Pbylles anciens, s'exposent à des morsures réellement dangereuses , on ne voulait voir en eux que des charlatans habiles. Vainement les écri-

i) Koempfer. ^djnoeti. eroU pag. 565 et seq.

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Vains latins et grées assurent^ils que le don de charnier les reptiles tenimeux était hérédi* taire dans certaines familles i, et depuis un temps immémorial ; qu'en Italie il était le partage des MarseSy et en Chypre des Ophia^ gènes ^ qui prétendaient tirer leur origine, ceux-ci d'une vierge de Phrygie unie à un dragon sacré ^ ceux-là de la magicienne Circë ; que dans l'Hellespont et en Afrique, ce^ hommes privilégiés formaient une tribu(i)..*. On invoquait, pour repousser leur témoignage , le témoignage de Galien qui dit que^ de son temps ^ les Marses nt possédaient aucune recette secrète , que leur taler^t se bornait k tromper le peuple par l'adresse et la fraude (:»); et l'on en concluait que la fraude et l'adresse avaient , de même , été mises en œuvre de tout temps. On n'apercevait point que l'assertion du médecin de Pergame est détruite par Im trait connu de l'histoire d'Hé-liogabale : cet empereur (3) fit recueillir des

{%^ Plin, Mist. nat. lib. vn. cap. i. —A. GelL Noct. Auic. lib. n. ca^. la.et Ub. xv.cap. a. Sirabg, ïib. xnu jéeimn. De nat. animal, lib. i. cap. 57. et lib. xii. cap. 39.

(j) Galion, libr. De theriac ad Pi son.

y^) Lamprid. in Ant. Heliogahal. ,

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serpens par les prêtres Marses^^ et les fit jeter dans le cirque , à l'instant où le peuple y accourait en foule : beaucoup de personnes périrent des morsures de ces reptiles que les Marses avaient impunément bravées.

Des voyageurs dignes de foi sont venus enfin , et nous ont dit fai n)u : Bruce et Hasselquist (i) se sont assurés, par leurs propres yeux, qu'en Egypte, en Arabie et surtout dans le Sennaar , beaucoup d'hommes ont le privilège de braver impunément la morsure des vipères , la piqûre des scorpions, et de frapper ces animaux, retenus dans leurs mains, d'un douloureux engourdissement.

Pour compléter leur ressemblance avec les PsyUes anciens , les modernes assurèrent à Bruce qu'ils naissaient avec cette faculté merveilleuse. D'autres prétendaient la devoir à un mystérieux arrangement dé lettres, ou à quelques paroles magiques : ceci se rapproche des anciens chants , propres à charmer

il) Bruce. Voyage aux sources du NU. toin ix. pag. 4oa- 4o3-4ia-4*7' — Hassrlquist. Voyage dans le Lestant, toni. i. P«g- 93-93-96' loo.

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les serpens , et fournit un nouvel exemple de l'habitude si préjudiciable à la science , de celer un secret physique en attribuant ses effets à des pratiques insignifiantes et superstitieuses.

Les doutes^ sUl pouvait en subsister, ont été levés sans retour à l'époque de la brillante expédition des Français en Egypte. Voici ce qu'on raconte , ce qu'attesteront encore des milliers de témoins oculaires : des Psflles qui prétendent , ainsi que Bruce l'a rapporté, tenir de leur naissance la faculté qui les distingue , vont de maison en maison offrir leur ministère pour détruire les serpens de toute espèce , qui y sont presque toujours communs. A les croire , un instinct merveilleux les entraine d'abord vers le lieu où se cachent les serpens. Furieux , hurlant , écumant, ils s'y jettent, ils s'y traînent, saisissent les reptiles sans redouter leurs morsures, et les déchirent avec les ongles et avec les dents.

•' Mettons sur le compte du charlatanisme , les hurlemens^ l'écume, la fureur, tout ce qui rappelle, en un mot, les efforts pénibles que feignaient les Marses, oji répétant les

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chants propres à faire périr les reptiles (i). L'instinct qui avertit les Psjrlles de la pré* sence des serpens a quelque chose de plus réel. Les nègres , aux Antilles , découvrent par l'odorat un serpent qu'ils ne voient pas : c'est qu'en effet les serpens exhalent une odeur fade et nauséabonde (a). Le même indice , en Egypte , frappe des hommes exercés dès l'enfance , et comme héréditairement , à la chasse des reptiles^ et cela même à une distance trop forte pour que les miasmes parviennent aux organes émoussés d'un Européen. Le fait principal , d'ailleurs , la faculté de réduire à l'impuissance par le seul contact ces animaux dangereux , reste bien constatée ; et toutefois nous n'en connaissons pas mieux la nature de ce secret célèbre dans l'antiquité , et conservé jusqu'à nos jours par les plus ignorans des hommes.

Quelques réflexions sur ce sujet ne paraîtront peut-être pas déplacées.

Les sens des animaux sont semblables aux

{i) M Venas intendens omnefl. » LuciL StitjrAih. xx. >) Thibaut de Chanralon. Vojragc à la Martinique, pag. loo.

C'est, suivant Jacquin , V aristolochia anguicorda , qu'emploient au même usage les indigènes de l'Amérique (i).

Aujourd'hui que l'on a retrouvé la trace des émigrations qui , du plateau de la Tatarie , ont conduit des peuplades nombreuses jusque dans l'Amérique équinoxiale , on s'étonne peu de voir ce secret propagé dans le Nouveau Monde. Après s'être convaincu de sa haute antiquité, en rapprochant des narrations des voyageurs modernes, celles des historiens anciens, on s'étonnerait bien davantage de ne le point retrouver dans l'Hindoustan.'Il y existe en effet, de temps immémorial.

A côté de tout secret de ce genre , on est presque sur de rencontrer un usage qui tantôt en a rendu la découverte nécessaire , et tantôt, au contraire, lui doit la naissance. Dans l'Hindoustan , pour connaître la vérité d'une accusation , a on jette le serpent à cha- « peron , appelé Nagâ y dans un pot de terre u profond , où on laisse tomber un anneau ,

,1) Ha.nnpl<|aist. f^ojage dans le Levant^ tom. r. pag. 100. à la note.

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« UB cachet ou une pièce de monnaie ^ que (( l'accusé est tenu de prendre avec la main. « Si le serpent le mord , il est déclaré cou- (( pable ; et ^ dans le c^s contraire ^ inno- « cent (i). »

(i) Recherches asiatufues, tom. i<pag. ^73. Observons que la plupart des ordalies hindoues sont égalertient usitées au Pégou, che? les Birmans.

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