‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 2)Chapitre 49 sur 80 · II · texte numérisé non relu

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core chez les Osages. Des prêtres magiciens étaient les seuls médecins du Mexique (i). Au sein des peuplades Galibis , les Piaf es , pré> tres-médecins-^magiciens ^ formaient une corporation où l'on n'était admis qu'après avoir subi les épreuves d'une initiation trés-dou-^ loureuse (a).

Le christianisme ne détruisit point en Asie * et en Europe^ les préjugés qui avaient prévalu sous le règne du polythéisme. Ils reparurent avec plus de force , Jans les siècles d^gnorance. Lorsque les Israélites^ malgré l'antipathie qu'ils inspiraient aux chrétiens ^ * furent presque seuls les chirurgiens et les ^ méJecins des princes et des rois, les cures remarquables qu'ils opéraient quelquefois^ parurent les effets d'une science mystérieuse ; et d'autant plus, qu'eux-^mémes, ils cachaient avec soin leurs prescriptions , probablement empruntées aux Arabes , n'étant pbint f3ichés que leurs adversaires les crussent possesseurs de secrets surnaturels. On ne tarda pas à

r Joscpii Dacosta. Histoire naturelle des îndgs. lîr. v çhap. îi6.

(î; No^l. Dtctronnaire éê fa Faète. Article Piû/es.

DES SCIENGKS OGGULTBS. 67

opposer k leurs œuvres, des guérisons miraculeuses. Comme les temples anciens , plusieurs églises renfermaient V dans Tenceinte de leurs murailles , des sources bénies ^ dont Teau était censée posséder do grandes vertus curatives : soit qu'une foi aveugle et le dénuement de toute autre ressource eussent créé cette croyance ; soit qu'elle fût un legs du paganisme , accepté par des hommes qui aimaient mieux sanctifier l'erreur que laisser subsister la confiance dans une religion proscrite. Quoi qu'il en soit, pour puiser la santé dans ces eaux bienfaisantes, il fallait jeûner et se soumettre aux ordonnances des prêtres. Le mal cédait quelquefois au régime , au temps, au calme qu'une pieuse confiance rendait à l'imagination ; quelquefois il y résistait , et la faute en était rejetée sur les péchés et le manque de foi du ms^ade : la vertu miraculeuse, prouvée dans le premier cas, n'était nullement démentie dans Fautre. Les institutions furent conformes à l'opinion qui transformait les guérisons en 'opérations directes de la divinité; et elles lui survécurent. Les médecins chrétiens qui s'é- Jevaient en concurrence avec les médecins

Arabes et Israélites, firent partie du clergé, long-temps après que l'on eût cessé de yoîr dans leur art rien de surnaturel. « Les profes- (( seurs en médecine , dit Et. Pasquier, étaient « autrefois tous Clercs; et ce n'est qu'en 1 54^1 « que le légat en France leur apporta la perce mission de se marier (i). »

Vers le même temps^ Paracelse, renouvela l'exemple qu'avaient donné Raymond LuUe et d'autres adeptes ; il se présenta comme instruit et inspiré par une divinité, lorsque, de ses voyages en Orient et en Afrique, il rapporta des secrets qui lui assuraient^ sur ses concurrens dans l'art de guérir ^ une

^ I ) £t. Pasquier. Recherches de la France, iiv. m. cfaap. 39. — J4i8<]^u'à cette époque, les quatre facultés enseignantes des Universités étaient condamnées au célibat. En i55a, les docteurs en droit obtinrent , comme les médecins , la permission de se marier. Mais long-temps après, les premièrea dignités, dans cette faculté, furent accordées à des chanoines et à des prêtres. En Suisse, aujourd'hui, dans plusieurs cantons protestans, pour être promu à une chaire dans les établissemens publics , il faut faire preure de capacité théologique. Le prétexte de cette disposition fut jadis que ces établissemens avaient été dotés aux dépens des anciennes fondations religieuses : mais ce motif n'aurait pas été décisif, sans le pré* jugé établi quMl fallait que le corps enseignant appartint à Téglise, à la corporation sacerdotale. (Tiedmftnn. Ih Quatstione etc. pag. i^a.)

DES SCIBNCES OCCULTES. 69

immense supériorité (i). Si sa- conduite avait été moins légère et sa vie plus prolongée , qui oserait dire qu'il n'aurait pas trouvé un public assez crédule pour reconnaître ses prétentions ?

L'habitude d'associer un pouvoir surnaturel à l'action naturelle des remèdes, et surtout de ceux dont on fait un secret , s'est conservée presque jusqu'à nos jours. Les médecins ont reconnu que le remède le plus efficace contre la morsure d'un animal enragé est la cautérisation de la plaie avec un fer rouge. Ce remède est usité' depuis des siècles en Toscane , et dans quelques provinces de France. Mais là , le fer qu'on fait rougir est un des clous de la vraie croix (3) ; c'est ici la clef de Saint-^Hubert (3) ; et elle n'est efficace que dans les mains des personnes qui font remonter à ce noble saint l'illustration de leur généalogie; c'est un apanage héréditaire ; comme celui auquel préten-

xi) Tiediiianii. Dé Quae s tione etc. pug. ii3.

,3) Lulliii-Châteauvieux. Lettres écrites d'Italie, tome i.

(3' ParticiiUèrement au -^ illaf»r ilo La Saussotle prcî. tle Fillenauxr , cît'parl. de TAnlx*.

daient les Psylles ^t le& Marses ^ et les descendans d'Esculape.

Nous devons rappeler encore ce <{ue nous avons dit tant de Ibis : une pieusô reconnaissance, plutôt qu'un esprit de déception, liait jadis aux préceptes de la science et à ses opérations salutaires, Pidée d'une inspiration et d'un bienfait de la divinité. Telle fut la guérison de Naaman quTlisée délivra d'une maladie psorique , en lui prescrivant de prendre *sepl bains consécutifs dans l'eau sulfureuse et bi* tumineusedu Jourdain. Sur la rive du fleuve Anigrus, était un antre consacré aux nymphes. La , se rendaient les personnes affligées de dartr«s : après des priéi^s et une friction préalable, elles traversaient le fleuve à la nage; et par le bienfait des nymphes, elles étaient guéries. Pausanias,qui raconte ce miracle permanent (i), ajoute que les eaux de TAnigrus exhalaient une odeur infecte, c'esl-à-dire qu'elles éîtaient chargées d'hydrogène sulfuré, et dès lors éminemment anti-herpétiques. Nos médecins réussissent encore par des moyens semblables, et sans parler de miracles.

i} Pausanias, Eliac lib. i. caj». 5.

Mais les guides et les instituteurs des peu» pies étaient souvent obligés d'en parler, et de sanctionner, par le prestige du merveilleux , un précepte salutaire : soit qu'il fallût vaincre, en Esthonie et en Livonie , Tapathie d'hommes abrutis par la servitude et la misère , et leur commander, au nom des dieux, de com^* batti*e, en parfumant les étables avec de l'assâ^foetida , les épizooties où leur ignorance voyait l'effet d'un maléfice (i) ; soit qu'au milieu d'une société riche' et abandonnée aux plaisirs, ils attribuassent à une certaine pierre, la propriété de conserver la pureté de la voix I) pourvu que les chanteurs qui voulaient profiter de sa vertu, vécussent dans la continence (a).

L^orgueil et l'intérêt attachés à une possession exclusive couvrirent volontiers d'une apparence surnaturelle , les secrets que l'on voulait se réserver. En se baignant dans la fontaine Canathos^ Junon, chaque année, recouvrait sa virginité ; les femmes de FArgolide

1) Debray. Sur les préjut^èi et les idées super »titieuêes des Li%Hmiens, Jettotiiens et Esthonie ns.... IVomttlt^s An Haies des Voyages^ tome xviii. pnge ^

'aj* Solin. cap. xi*.

s'y baignaient^ dit-on^ dans la même espérance . Il est sûr au moins , que les Âi^iens ^ pour raconter le miracle, se fondaient sur quel* ques cérémonies occultes , pratiquées dans le culte de Junon(i). Suivant une tradition, la déesse, en sortant pour la première fois des bras de son époux, se baigna dans une fon* taine d'Assyrie , dont l'eau contracta aussiôt une odeur très - suave (2). Ce dernier trait n'indique-t-il pas qu'en Assyrie et en Grèce, on connaissait la propriété qui a fait consacrer le myrthc à la déesse de l'amour, et qui, aux femmes fatiguées par l'accouchement ou par l'abus du plaisir , rend , jusqu'à un certain point, les apparences de la virginité (3)? Mais

i, Pausatiias. Corinthiac. cap. xxxviii. — "^oeX, Dictionnaire de lajabte, art. Canatkos.

(a) Aelian. Uist. animal, lib. xii. cap. 3o. — Les GretJ^ prétendirent retrouver Junon {Héra)y dans la déesse d'As Syrie , la yierge céleste, épouse du soleil , au temps où les Gémeaux marquèreot Téquinoxe du printemps; époose que sou époux retrouvait ricrge , cbaque année, quand lesolstîte t\^été le ramenait vers elle.

(3) Rabelais , livre i. cbap. 44* > met, par cette laison^^f son d'Eau de myrthe^ dans les bains des ilanics de Tabbaye de Tbélème :à celte» ie^on , qui se trouve tluns les preniièrcs éditions, les r^•inlpr^s^ions oui substitué, à tort» Eau de mjrrrhv.

les prêtres n'en administraient les eflets bienfaisans qu'avec des cérémonies mystérieuses, et en les présentant comme un miracle.

La crédulité et la soif du merveilleux ont souvent aussi vu des miracles, là même où l'homme bienfaisant n'avait pas cherché à déployer un pouvoir surnaturel.

On emploie quelquefois la jusquiamc dans la cure de l'épilepsie (i) ; et il existe une variété de ce végétal que les anciens appelaient fè^t de poi*Cy parce que les porcs, quand ils en mangent, sont saisis d'une sorte de fureur, que la mort suivrait bientôt s'ils ne couraient se jeter dans l'eau (2). Que l'on rappelle cette dernière propriété , afin de spécifier l'agent qui a servi à guérir deux épileptiques, dans un pays où l'on croyait les épileptiques tourmentés par le démon : il suffira qu'un peu de confusion s'introduise dans le récit, pour amener graduellement ceux qui le répéteront, à confondre la maladie avec le remède , et à dire que le démon, sorti du corps des hommes, est entré dans le corps de pourceaux qui se

I Enc) cloff . met hod Mèd^c me . Ait. Jusqu iame . 1 uielian. f^ariar. Ht st. lib. i. rnp. 7.

74 DB8 scrmvcEs occultes.

trouvaient là, et les a contraints à ae préct* piter dans un fleuve.

Les livres des anciens ne tarisaent pas sur les propriétés curatives et magiques assignées aux plantes. La plupart ont été créées sans doute par l'amour du merveilleux ; et souvent sans chercher d'autre prétexte qu'une traduction inexacte du nom de la plante. Les modernes, nous devons l'observer, n'ont pas été, sur ce point, plus raisonnaibles que les anciens. Le scorsonère, par exemple, doit son nom à la couleur de l'écorce de sa tige , scorzo nero : cela était trop simple ; on a dérivé ce nom de scurza, vipère, en espagnol ; et on fait du scorsonère, un spéciGque puissant contre la morsure de la vipère (i).

Le charlatanisme enfin a, dans la médecine, comme dans les autres branches de la science occulte , attribué à des procédés insignifians, une efficacité magique, pour dérober aux yeux l'action des agens naturels. Un adepte, dté par Frommann (3)^ indiquait contre la suette et la consomption , un remède assez

j Dtetwnmmire de Fateùére, art. Scorsonère.

'/x Frommann. Tractât de Fascùttiliotie. |>ag> ^^-^i

DBS SCIKNCRa OCCULTES. 76

simple ^ mais qui ne devait point être préparé avec du feu ordinaire. D'un pommier frappé de la foudre ^ il fallait fabriquer une scie ^ et s'en servir pour scier le seuil de bois d'une porte sur laquelle beaucoup de personnes passaient^ jusqu'à ce que le frottement répété de l'instrument et du seuil produisit de la flamme ( i )• La bizarrerie du procédé inspirait certainement à ceux qui recouraient au remède , une confiance' respectueuse ; et la difficulté de le bien exécuter mettait d'avance à couvert^ en cas de non succès , l'inlaillibilité du médecin. Cet exemple est un des plus étranges que l'on puisse citer, mais il en rappelle des milliers d'autres.

Pour guérir les luxations, les déplacemens lie l'os de la cuisse, Caton (2) prescrit l'applîcadon d'éclisses disposées de manière à replacer et à maintenir le membre lésé dans sa position naturelle. Il indique ensuite des paroles qu'il faut chanter pendant l'opération. Ces mots inintelligibles pourraient bien n'être que l'expression de la même recelte, dans un

(i Fromaiiii. Tract, dt Fascinatimte. pag. 363'3(>) (a CatQ. De Re rutiicâ. cap. tlk.

autre idiome : expression que l'on ne comprenait plu» , mais de la répétition de laquelle on faisait dépendre l'efficacité magique du remède.

Les paroles sacrées peuvent, en pareil cas, être une prière dont on accompagne l'emploi d'un remède naturel , et à laquelle on croit devoir en attribuer le succès. Des hommes qui se prétendaient doués d'une puissance secrette , enseignaient à arrêter une hémoi^ ragie nasale en récitant un ysofer et un ave ; pourvu qu'en même temps , on comprimât avec le doigt la narine , et qu'on appliquât sur la tête un linge mouillé d'eau froide (i). Plus souvent , le prétendu miracle a tenu au soin que prenaient les Thaumaturges de faire , d'une substance inerte , le masque d'un médicament efficace. Les kicahans , sujets des Birmans, et qui paraissent avoir été chassés par eux jusque dans les montagnes de l'Assam, vont, après les orages , chercher . partout des aérolithes : s'ils en trouvent , ils les remettent à leur pontife, qui les conscnc

I Frommani...7>wt. rfeF<««>uM,o»ie. (4" ,«-5. lib. i rap. 31). ^ '

DE8 SriENCES OCCULTES. '^7

comme un remède envoyé du Ciel pour guérir toutes les maladies (i). Les bézoards, dont les vertus merveilleuses célébrées et expérimentées dans toute TAsie , ont trouvé longtemps quelque croyance en Europe ; les bézoards n'auraient pas plus d'action sur les organes de l'homme que les aérolithes : les uns et les autres ne serviront jamais qu'k déguiser l'emploi de substances plus actives.

Une inscription grecque (2), que l'on croit avoir jadis été placée à Rome dans le temple d'Esculape, et qui relate quatre guérisons opérées par ce dieu , nous offre quatre exemples des manières diverses dont la crédulité se prête au merveilleux. La suspension d'une hémoptysie , obtenue par l'usage des pignons doux et du miel^ ne présente rien d'étonnant , pas même l'oracle qui l'a prédite. Quand le dieu prescrit de combattre une douleur de

(1) Nouvelles annales des Fojroéfes. ii* série, tome m. nage ^79. — Les Mages, chez les Parthcs , recherchaient avec soin une pierre qui ne se trouvait que dans les endroits rnipi>ésde la foudre : ils lui atribuaient sans doute de grandes vertus. Plin, Hist. nat. lib. xxxvii. cap. 9.

ï /. Gruter. corp. insct'ipt. (Folio. AjnsteIo<laini. 1^07 pag. Lxxi. insc. 1.

côté par l'application d'un topique , dont la cendre recueillie sur l'autel de son temple fera la base, on peut conjecturer que ses prêtres mêlaient à la cendre quelque dr<^c moins insignifiante. Si un collyre, dans lequel on a uni au miel le sang d'un coq blanc , a produit de bons effets, il est peirmis de croire que la couleur de l'oiseau n'a servi qu'à répandre , sur la composition du remède , une teinte mystérieuse. Après quelques génuflexions, un aveugle place sur ses yeux la main qu'il a étendue sur l'autel; et il recouvre

soudain la vue il ne l'avait jamais perdue;

et il exécutait probablement cette jonglerie dans un moment critique , où il importait de relever la réputation d'Esculape et de son temple .

On compilerait des volumes entiers de pareilles impostures. Las des souffrances d'une maladie incurable , Adrien invoquait la mort ; on craignait qu'il n'eût recours au suicide : uno femme se présente. Elle a, dit-elle, reçu, une première fois, en songe, l'ordre d'assurer l'empereur qu'ilguérira bientôt. N'ayant point obéi, elle a perdu la vue; avertie par un second songe, elle remplit sa mission , et ses yeux se

DES SCIENCES OCCULTES. ^l)

rouvrent à la lumiére(i). Adrien n'en mourut pas moins quelques mois après.... Et les témoins de cette fourberie n'en furent pas moins disposés k accepter comme réel, tout autre miracle qui leur serait présenté.

Le plus grand des prodiges , aux yeux de la raison, c'est, à mon gré, que les hommes qui ont démasqué des jongleurs et dévoilé de faux miracles , croient ensuite à des miracles non moins suspects, à des jongleurs non moins grossiers. Et, par une singularité remarquable, le superstitieux et le philosophe peuvent, chacun dans leur sens, tirer avantage de ce prodige souvent répété : l'un y voit un témoignage de la vérité de ses assertions, et l'effet d'un don de Dieu qui se manifeste en subjuguant la raison humaine ; l'autre , retrouvant partout cette inconséquence , soutient qu'elle ne prouve rien, puisqu'elle fait triompher cent croyances fausses, si elle s'applique à une saule qui soit vraie ; et qu'elle n'a dès-lors pour principe que la facilité incurable avec laquelle le genre humain s'est abandonné toujours à ceux qui voulaient le tromper.

^1 Ael, Spart tan. in Adrian.

do DES SCIENCES OœULTES.

C'est , en effet , ici , une maladie de tous les pays et de tous les temps. Les repaires de ces mondians qui déçoivent la pitié publique par l'apparence des infirmités les plus cruelles, se nommaient jadis , à Paris, Cours des miracles; parce qu'en y entrant, ces misérables déposaient le costume de leurs rôles; les aveugles voyaient; les estropiés recouvraient l'usage de tous leurs membres. On a compté, dans la capitale, jusqu'à douze de ces Cours -^ et il est fôcheux d'ajouter que leurs habitans étaient employés quelquefois, par les prêtres et les moines , pour accréditer des reliques , dont l'attouchement seul guérissait miraculeusement les prétendus malades (i). Le nom des Cours des miracles y devenu populaire, prouve que personne n'ignorait de quelles impostures elles étaient chaque jour le théâtre; et chaque jour, les mêmes escrocs trouvaient des dupes ; ol avec une parfaite connaissance de cet escamotage habituel , on croyait encore à des guérisons surnaturelles!

(i) Sauvai. Antiquités de Paris, tome i. page 5io-5i5. cité par Dtilaure. Histoit'e physique civile et morale de Pans. (i8aO- t*ne '▼• p«'»ges SSq-SqG.

DBS SCIENCES OCCULTES. 8l

Opiniâtre et ingénieuse h s'abuser ^ ta crédulité se retranche dans l'allégation de merveilles bien attestées, et que l'expérience n'a point démenties. Eh bien ! que dans ces merveilles , la science , reprenant ce qui lui appartient , aide l'homme de bonne foi à y discerner ce qui appartient à l'imposture. Ce n'est point en invoquant contre elles une impossibilité comI>attue par un grand nombre de témoignages dignes de foi, c'est en prouvant qu'elles sont possibles dans l'ordre de la nature , que peut-être on guérira l'homme d'un aveuglement qui souvent lui a coûté bien cher.

Quand on entend les récits de ces jeûnes merveilleux que des hommes supérieurs ont supportés pendant des jours, pendant des semaines, on est tenté de les renvoyer aux Contes orientaux (i), ou figurent quelques-^ unes de ces inconcevables abstinences. Mais ces récits sont tellement nombreux ! comment admettre qu'ils soient tout-à-fait sans fondement?

Observons d'abord que certaines substances

(i) Lé» mille et un jours, jours cxxxvii et cxxxinii.

82 DBS SCIENCES OCCULTES.

possèdent, ou qu'on leur attribue la propriété de suspendre le sentiment de la faim et de la soif : telles sont les feuilles de tabac et les feuilles de Coca {herbe du Pérou) (i). On va jusqu'b dire que, tenues dans la bouche^ ellesempéchent de souffrir du besoin, Thomme qui passe une journée sans manger et à travailler.

Matthiole (2) attribue aux Scythes l'usage d'une herbe agréable au goût, qui suppléait si efficacement à la nourriture , que l'efFet s'en prolongeait quelquefois douze jours entiers. Une autre herbe soutenait de même les forces des chevaux de ces infatigables cavaliers. La merveille ici est poussée trop loin pour ne pas indiquer une supercherie , ou plutôt Part de réduire à un très^petît volume des substances éminemment nutritives. Cet art, dont remploi fit dire d'Abaris que jamais on ne l'avait vu manger ni boire (3) ; cet art qu'Ép^ménide , contemporain de Soloit , exerçait

'\)Z. Acosta. Histoire naturelle des Indes, etc. livre it. chap. ââ.

;q} Maithiol, Commentar. in Dioscorid... Epis toi, nuncupator.

(3 lamhlich. Fit. Pytha§. % xxviii.

avec succès (i)^ est aujourd'hui bien connu; et récemment encore , un savant vient de le perfectionner (s). Il y a envk'OB dnqnant» ans que l'on essaya en France i^ de donner aux marins une nourriture de ce genre ; son mince volume aurait permis d'en embarquer une quantité beaucoup plus grande que de tout autre comestible : on y renonça ^ parce que les hommes ainsi nourris i, quoiqu'ils ne soufTris^ sent pas du besoin ^ supportaient beaucoup moins la fatigue. Des Thaumaturges ne seront point arrêtés par cet inconvénient :un homme divin , qui vit sans prendre d'alimens, se tient communément immobile dans la cellule où viennent le chercher les respects et les ado^ rations : et quand ^ an terme d'une longue épreuve^ on le trouverait près de tomber en faiblesse , on n'en ajouterait que plus de foi à la réalité de sa merveilleuse abstinence.

Cette difficulté, d'ailleurs, pourrait n'avoir point existé autrefois. Les Calédoniens et les Méates (3), qui formaient la plus grande par-

{i Piutareh. Sjrmpos.

(aj M. Gimbemat. Bévue Enejelopédique» tome xxxv. page 235.

'3' Xiphilin. in Se^'er. ftnn. 20S.

84 1>BS SCIENCES OCCULTES.

tie de la population de la Grande-Bretagne , savaient ^ dit Xiphilin ^ préparer une nourriture si propre à Soutenir leurs forces, qu'après en avoir pris une quantité égale à la grosseur d'une fève , ils ne sentaient ni la faim ni la soif. Les Scythes possédaient sans doute im procédé analogue à celui-là, et ils retendaient jusqu'à la nourriture de leurs chevaux ; ne supposant l'existence des herbes merveilleuses dont parle M atthiole , que pour donner le change sur la nature de leur secret. Mais ce secret ne dut pas être ignoré, au moins de la tribu savante , chez des peuples bien plus civilisés que les Scythes et les Calédoniens : son existence dès-lors rend croyables tous les récits du même genre et les dépouilles de leur miraculeuse enveloppe.

Au-dessus de la merveille d'affranchir l'homme des besoins les plus pressans de la vie , se place celle de lui rendre la vie qu'il a perdue.

On convient que rien n'est souvent si difficile à saisir que les signes certains et irréfragables de la mort. Une étude spéciale de ces signes , une expérience consommée de ce qu'ils ont d'équivoque et de cls qu'ils ont de

positif, fourniront le moyen de distinguer une mort apparente d'une mort réelle, et de ramener à la vie Fétreque menace d'en priver une sépulture précipitée : ce sera aujourd'hui un bienfait ; en d'autres temps , un miracle. Chez un peuple éclairé, les lois ou les mœurs prescriront toujours de s'assurer que la vie est réellement éteinte. Selon les apparences, à une époque très-éloignée de nous, on employait, dans les cas douteux, l'épreuve de la brûlure, la plus certaine peut-être de toutes; puisque lors même qu'elle ne réveille pas la sensibilité , l'action de la brûlure présente des différences visibles, selon qu'elle s'exerce sur un corps privé de vie , ou sur des organes ou la vie subsiste encore (i). Tertullien (2) tourne en dérision les spectacles où l'on représentait Mercure examinant les morts, et s'assurant avec un fer rouge, que les signes extérieurs du trépas n'étaient point trompeurs. Cet usage avait donc été en vigueur : mais il était tombé en désuétude , et n'existait

(i) Fodéré... Dictionnaire des science* médicales, art. Signes de la mort.

f^j TertuUian. Jpologetic. cap. xt.

86 DES ftCIBNCES OCCULTES.

plus que dans les souvenirs mythologiques. NVt-on pas droit de s^en étonner? Démocrîte avait affirmé, dés long- temps, qu'il n'existe pas de signes toujours certains de la mort consommée (i). Pline (2) soutint la même opinion, et remarqua mémejque les femmes sont, plus que les hommes, exposées à la mort apparente. On citait de nombreux exemples de mort apparente ; et entre autres , d'après Héraclide , celui d'une femme rendue k la vie, après avoir passé pour morte pendant sept jours (3). On n'avait pas oublié la per^icacité d'Âsclépiade qui , voyant passer un convoi , s'écria que l'homme qu'on portait au bûcher n'était pas mort (4). Enfin , l'humanité n'eutelle pas dû s'approprier ce moyen de salut , quand l'instinct de la tyrannie inspirait à Nicecrate (5) de le mettre en usage , pour empêcher qu'une mort feinte n'aidât les citoyens de Cyrène à sortir de la ville et à se soustraire à sa cruauté 7

(1) A. Cornel. CeU, lib. ii. cap. 6.

(a) PUn. Hist. nat. lib. vu. cap. 52.

(3) PUn. Jùid, ibid.

H) A. Cornel. Cels. loc. cit.

[!)} Plutarch. Mulier, Fort. Fact, % x.

DES SCIBNCES OCCULTES. 87

Scrait-il absurde de penser que les Thauinatui^es voulurent , de bonne heure , rester en possession du secret d'opérer le miracle brillant d'une résurrection ; et en conséquence , qu'its ne contribuèrent pas peu a écarter ou à laisser tomber en désuétude la pratique salutaire que la tradition n'attribuait plus qu'au dieu Mercure^ et que l'ignorance méprisante traduisait en ridicule sur la scène?

Il est sur au moins , que l'on a doué plusieurs ihéurgistes de la faculté de rappeler les morte à la vie. Diogéne Laérce raconte qu'Empédocle (i) ressuscita une femme :

c'est-à-dire ., (c qu'il dissipa la léthargie (( d'une femme attaquée d'une suffocation c( utérine (2). »

Le biographe d'Apollonius de Tyane s'explique avec plus de réserve, relativement à une jeune Bile qui dut la vie aux soins de ce philosophe, il dit qu'elle avait paru mourir. Il avoue que la pluie qui tomba sur elle,

II) Diogen, Laert. lib. viii. cap. 67 et 6g. il) Diderot. Opinions des anciens philosophes, art. Pjrihngore Pythagoriciens.

88 DBS SCIENCES OCCULTES.

lorsqu'on la portait au bûcher le visage dé« couvert , avait pu coaimencer à réveiller ses sens. Apollonius eut du moins , comme Âsclépiade , le mérite d'avoir, au premier coup d'œil , distingué d'une mort réelle , une mort apparente (i).

Un observateur du XVII* siècle (2) raconte qu'un valet, trouvant au retour d'un voyage son maitre mort , embrassa tendrement et à plusieurs reprises ce corps inanimé. Croyant y découvrir quelques signesde vie, il lui soufOa son haleine avec assez de persévérance , pour lui rendre la respiration, le ranimer, en un mot le ressusciter. On ne cria point au miracle : heureusement pour le serviteur fidèle, on ne cria point non plus à la magie. ' Cette résurrection , toute naturelle , rappelle la guérison du fils de la veuve de Sarépta,

(1) Philoêtrat. Vit, Apollon, Tjran. lib. iy. cap. t6. — ^Apollonius commença par demander le nom de la jeune fille, sans doute pour le lui adresser. H sayait que, de tonslei sons articulés qui peuvent frapper notre oreille, notre nom propre est celui que nous reconnaissons le plos aisément et qui réveille le plus vite notre attention.

(a) Petr. Borellus, Hi$t. et Observ. wudic. Ccniar. m. observ. 58. — Cité par Frommann. Tractai, de Fatewt^ libiie. pag. 483-^84.

par le prophète Élie. Observons que le livre sacré (i) ne dit point, comme ThistorieH Josèphe , que l'enfant fût mort ; mais que sa maladie était devenue si vive qu'il ne pouvait plus respirer. Elie ajusta tout son corps sur le corps, et par conséquent sa bouche sur la bouche de l'enfant ; et , implorant le secours de Dieu^ il obtint que le souffle ( arUma) , la respiration rentrât dans le sein du fils de sa bienfaitrice.

Un des auditeurs de la prédication de saint Paul, à Troade, tombe d'une fenêtre, et reste à terre privé de sentiment. Saint Paul le prend entre ses bras , et dit : Ne vous alarmez point ; son àme anime encore ses membres. Le jeune homme, en effet, ne tarde point à reprendre ses sens (3). On a voulu voir là une résurrection : il est clair que l'apôtre n'a pas même songé à opérer un piracle.

Au risque de contrarier une opinion reçue^ je juge de la même manière l'œuvre bienfaisante dont fut l'objet la fille de Jair. Ello

(1) Aeg, lib. m. cap. 17. vers. 17.

[i", ^ct, jtpost. cap. XX. vers. 9-12.

90 DES SCIENCES OOCULTIîS.

est mourante. Son père a imploré le secours de Jésus. On vienl; annoncer qu'elle a cessé de vivre. Jésus rassure Jaîr ; il dit positivement aux personnes qui pleuraient : A^e pleurez point ; la /eune fille n^est point morte , mais seulement endormie. Il la prend par la main , l'appelle à haute voix : sa respiration renaît ; elle se lève ; et, par l'ordre de Jésus, on lui donne des alimens (i). Une (iile de douze ans que rend malade le travail de la puberté , tombe dans un sommeil comateux et léthargique : Jésus l'en retire... Supposer qu'elle ne vivait plus, c^est supposer que Jésus a proféré un mensonge , en disant^ elle n^est point morte : supposition à la fois déraisonnable et injurieuse ; je dtirais même blasphématoire , si l'entliousiasme de la reconnaissance ne portait avec lui l'excuse des erreurs qu'il enfante.

«il ' Efang, sec Luc, cap. viii. rers. 49« ^* ^v* ^4* ^^- Matlh. cap. IX. vers. 33-35... Marc. cap. v, vers. 35. |3.

DBS SCIBNCB6 OCCULTES. 9I

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