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gS DES SCIENCES OCCULTES.
nous suffit d'attirer l'attention sur l'étendue des œuvres magiques qu'un tel secret mettait à la portée des Thaumaturges. Qu'étail-cc donc , s'ils y joignaient celui de graduer l'effet du poison ^ de manière à fixer entre des limite^ assez étroites, le jour où la victime devait succomber ! Cet art a de tout temps existé dans i'Inde , où l'on ne se cache point de le posséder, u II y a , dit un personnage (( des Contes orientaux (i), toutes sortes de (( poisons. On en voit qui ôtent la vie , un mois « après que l'on en a pris. Il y en a qui ne u tuent qu'au hout de deux mois. Il en est « même qui produisent encore plus lente- « ment leur effet. » Quand une veuve hindoue^ en 1 823 , se brûla sur le bûcher de son roari^ les brahmes dirent nettement à l'observateur anglais que nous avons cité (2) , que , si l'on empêchait ou si l'on dissuadait cette femme d'accomplir le sacrifice, elle ne survivrait pas trois heures à la violation de son vœu : ils
i) Les mille et une nuits, xit* nuit, conte des Quannu visirs,
( a) Ci-dessus, chap . xvii . — AsiaJtic . journal . vol . xy . ( 1 8a3 • pages 'J9ti-'J93.
avaient gradué, pour ce terme, la force du poison qu'ils lui avalent administré.
Élien (i) , qui fait mention de l'habileté des habitans de l'Inde pour fabriquer des poisons dont l'effet était lent et gradué à volonté , leur attribue encore la possession d'une substance dont une dose très-petite procurait une mort presque soudaine et exempte de douleur. On en envoyait au roi de Perse , qui ne permettait pas qu'une autre que sa mère partageât avec lui la possession de ce poison précieux. Il était, en effet, également propre à servir les combinaisons meurtrières de la politique, et les vengeances sacrées des Thaumaturges.
Quand les querelles sur la consubstantialité déchiraient l'église , à peine délivrée des persécutions des polythéistes, et pour me servir de l'expression d'un grand poète, faisaient périr tant de chrétiens martyrs cPune diphn thongue (3) ; saint Âthanase et ses partisans
;i) Aeli€ut, De Nat, animal, lib. iv. cap. 36. cap. ^t.
[i) <t Lorsque attaquant le verbe et sa dirinité, <i D'une syllabe impie un saint mot augmenté, w Faisait , dans une guerre et si vive et si longue , n Périr tant de chrétiens, martyrs d'une Diphthongue. Boileau. Satire xii. vers. i()ç)-io3. •— Omouaios... Omoioutios j
lOO O^S SCIEfiCBS OCC<B6.
eureat rimprudence de célébrer le miradc qui les délivra d'Arius. Supprimez les noms; rappelez aeulement les détails de ce trépas inopiné,, tels qu^ils nous ont été transmis par trois historiens de Téglise (i) : il n'est point d'homitte , même médiocrement instruit , qui ne crut y reconnaître les symptômes produits par un poison violent ; point de médecin qui ne conseillât un examen circonstaincié<, propre à éclaîrcir des soupçons trop plausibles; point de magistrat qui ne s'empressât de l'ordonner. Et si Ton ajoute que l'adversaire d'Arius, saint Alexandre ^ avait été entendu % peu d'heures auparavant^ adressant de ferventes prières à la divinité pour qu'elle frappât dû mort l'hérésiarque^ plutôt que de permettre qu'il rentrât en triomphe dans l'é^ glise^et l'hérésie avec lui (2); almis du moins on s'étonnera peu que les partisans d'Arias «'aient pas cru sa. mort naturelle^ quoiqu'ils
la diphthoogue oiqui distingue ce* deiw mots, était adoptée par les ariens et rejetée par leurs adrersaires.
(i) Socrot. HitU JSccles, lib. i. cap. 3S. — Anmien. Hisi, Eccles. lib. ii, cap. 39-30.— 7V<N/on>. Hi$t. £eeUs. Ub. i. cap. 14.
(a) Thiodoriu UUt, Eccles, lib. i. cap. i4-
ne supposassent pcnnt qu'elle fût un miracle ; et que leurs accusations aient été assez p«* blîques pour qu'un de leurs adversaires n'ait pas cru devoir les passer sous silence (i).
Tel était Y en ces jours de discorde, l'emponement du zèle ! Dans l'ivresse de joie q»e leur causa la mort de l'empereur Julien, les chrétiens publièrent que sa fin tragique avait été prédite dans des songes merveilleux; et ib y virent également un miracle signalé de la vengeance divhie. Le philosophe Libanius , ami do monarque apf'ès sa mort et sous des successeurs qui respectaient peu sa mémoire, déclara hautement que Julien était tombé sous les coups d'un assassin chrétien. A cette imputation vraisemblable, un écrivain orthodoxe répond : « Le fait peut être vrai. ... Et a qui pourrait blâmer celui qui, pour son « Dieu et pour sa religion , aurait commis une tt action si courageuse (2) l »
Cette exaltation , contraire à la> morale de la religion qu'elle croit servir , est pourtant dans la nature humaine : il est dans la nature
(i) Sozonwn. Hist. Kccles. lib. ii. cap. ag. '2) Id. Ihid. Jib< Vf. cap. a.
Io4 DES SCIEPICES OCCULTES.
de répreuve était détçrnûnée d'avance par suite du ji^eiiieut que les prêtres savaient, en secret , porté sur Paccusée 7
Chez tous les peuples, comme chez les enfans d'Israël, les prêtres ont exercé une influence également infaillible et mystérieuse , en soumettant Iç jugement des crimes à Tépreuve de breuvages préparés par leurs mains sacrées^ breuvages oieurtriçrs ou innocens, selon qu'il leur copvenait de perdre un accusé ou de le sauver.
La loi hindoue , la plus ancienne de toutes, est la seule qui ose articuler franchement et à deu3^ reprises, le mot dei poison. L'accusé, aoumis à cette ordalie, prie Iç poiçon qu'il va boire, de se changer pour lui , 9'il e$t inno** cent, en boisson délicieuse (i). Formule r^ marquable qui , conformén^ent à ce que nous avons établi ^Ueurs (s) , s'adre^e à l'âtgant phyajque coqiipe k uq être doué d'une connais£fa^ce et 4'a^ ppuvoyr suiiiaturels, çonune à un géjçiie, à un Piçu.
Quelquefois l'épreuve se borne à avaler de
;i) Recherches tuùaiques, tome i. pages 4^3 et 486* .'•j) Ci-dessus, chap. vi. #
DES SCIENCES OCCULTES. lo5
l'eau où le prêtre a baigné l'image d'une di* vinité (i); et moins redoutable en apparence, elle est ^ en e(Tet , aussi décisive.
An Japon > l'accusé doit avaler , dans une coupe d'eau ^ un morceau de papier chargé de caractères et de peintures magiques tracés par les prêtres ; et cette boisson le tourmente cruellement , jusqu'à ce qu'il ait confessé son crime (a).
Guidés probablement par uoe tradition ancienne ) plutôt que par des connaissances qui leur soient propres, les Africains pratiquent des épreuves analogues.
Les nègres d'Issyny n'osent pas boire de l'eau où l'on a lirempé le fétiche , quand ce qu'ils affirment n'est pas la vérité (3). Pour que l'eau consacrée inspire liine crainte si profonde , ne faut-it pas que plusieurs exemples en aient prouvé l'efficacité meurtrière 7
Les initiés dnJP^ara-beUiy société religieuse très -puissante dans l'intérieur de l'Afrique Septentrionale , préparent , chez les nègres
(i) Recherches asiatiques, tome i. pages 474 ^^ 4^'
(:i) Koempfcr. Histoire du Japon, livre m. chap. ▼. pag. 5i •
(3) Godefroy Loyer. Voyage du royaume d'Issyny, page
Qojas, une eau d'épreuve que l'on verse sur les jambes , te bras ou la main de l'accusé : si l'eau le brûle , it est coupable ; sinon , innocent (i). La composition mystérieuse de l'eau, le soin que l'on prend de laver d'abord les membres qui doivent être exposés k son action, n'en est-ce point assez pour expliquer le miracle?
Chez les Qojas et chez un grand nombre d'autres peuplades africaines, on fait boire à une personne soupçonnée d'empoisonnement, une liqueur très-acide, préparée en raclant dans l'eau , l'écorce intérieure de l'arbre Quony-y de laquelle on a d'abord exprimé le suc. L'accusé qui survit à Fépreuve est innocent ; celui qui meurt est coupable (3). Le soin avec lequel l'écorce a été préalablement exprimée décide , on peut le croire , le sort de l'accusé.
Nous retrouverons, en Europe, les mêmes genres d'épreuves, dans bsquelles on demandait à la divinité d'opérer un miracle pour dévoiler la vérité. Près deTyanes, une source
(i) O. Dapper. Description de V Afrique, pages 369-270 (a) O. Ibid, Ibid. page a63.
intarissable d'eau très-froide , mais toujours bouillonnante (d'eau fortement gazeuse) servait à éprouver la vérité des sermens : l'homme sincère en buvait impunément ; l'homme cou* pable d'un faux serment^ s'il osait en boire , voyait son corps se couvrir de pustules et d'abcès ; privé de ses forces, il ne pouvait s'éloigner qu'il n'eût confessé son parjure (i). Le christianisme n'a point toujours rejeté cette sorte de miracles. La fontaine de fiPïeres (3) est encore célèbre en Picardie. L'épouse infidèle de saint Gengoulf osa y plonger son bras, en faisant serment que sa conduite était sans reproche; son bras fut sur le
champ consumé La fontaine est aujour-*
d'hui moins malfaisante ; toutes les femmes y lavent leurs mains sans danger. Mais on peut croife que l'épreuve n'a pas toujours été innocente ; et que la terreur qu'elle inspirait aura , plus d'une fois, empêché de l'affronter. C'est ce qui a dû arriver pour beaucoup d'au-^ très épreuves : les recueils d'anecdotes sont
(1) Philostrat. vit. Apollon, lib. i. cup. 4-
(a) Fontaine située près de Samerj Départ, tlu Pas-de-Caiais. — Mémoires de V Académie celtitjiue. tome v. page \iK^ 1 10.
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remplis d'histoires de coupables que la crainte d'un miracle a conduits à se déceler. Noua reproduisons ici le raisonnement que nous avons déjà fait : la crainte ne peut s'établir qu'autant que des expériences antérirâres ont prouvé qu'elle a été fondée quelquefoié^^ et que le miracle promis ne surpassait point les forces du Thaumatmrge.
La mort n'a pas été la seule vengeance que prédit et exécutât l'interprète d'un dieu irrilé. Tournant contre ses ennemis^ avec plus d'adresse et moins de péril , les secapets dont k science sacrée l'avait armé ^ il s'est réservé souvent la faculté de produire un second wiracle en Saveur du repentir. A sa voix^ l'aveuglement fermait les yeux des coupables ; une lèpre hideuse s'étendait sur tout leur corps ; jusqu'à ce que, touché de sce généreuses prières , le ciel rendit à la santé ceux que la terreur avait déjà ramenés à la foi et à l'o* béissance.
Une lumière d'une extrême vivacité, celle des /eujc du Bengale , par exemple , peut causer un éblouissement tel que La Êiculté de voir reste quelque temps suspendue. A la prise de Milet, par Alexandre , des soldats étant en-
très dans le temple de Cérès pour le piller, une flamme vive s'élança du sanctuaire ; et leurs yeuxTurent frappés d'aveuglement (i). Mais TefTet d'un tel moyen de Tengeancc dure trop peu ^ et son succès demande le concours de trop de circonstances favorables, pour qu'on l'ait mis souvent en usage.
Près du fleuve Achéloûs croissait la plante myope (a) : on ne pouvait s'en frotter le visage sans perdre la vue.... Les feuilles du stramonium jouissent d'une propriété peu différente: un jeune homme ayant, par mégarde, fait jaillir dans son œil , une goutte de leur suc , resta plusieurs heures presque entièrement privé de l'usage de cet œil (3). On sait aujourd'hui que l'extrait de belladone , dissous dans l'eau, paralyse pour un temps l'organe de la vue. Saisir le moment propice pour faire 2!gkt la substance vénéneuse et opérer le miracle , ce n'est plus que de l'adresse : les talens du jongleur aidant ainsi la science du Thaumaturge, les histoires d'hommes frappés
(i) VdLer, Mûxùn. lib. t. cap. t. — Laetant. Divin, irutit. lib. II. cap .7.
(3) Plutarch de Nomin, Jluv, et mont.% xzii.
(3) BiUiothéque universelle. Sciences, tome it. page m.
no DBS SCIENCES OCCULTES.
miraculeusement d'une cécité dont ils sont ensuite miraculeusement délivrés, ne présentent rien d'invraisemblable.
Marie , sœur de Moyse, a osé élever la voix contre lui : sa face parait soudain couverte de lèpre ; et , malgré le pardon que lui accorde son frère , elle porte sept jours entiers le signe éclatant de la colère du Seigneur (i). Ce temps ne suffisait-il pas pour une guérison naturelle ? On peut d'ailleurs soupçonner quelque connivence entre le frère et la sceur : on ne supposera rien de semblable dans le malheur qui força Ozias à descendre du trône de David , et qui , par le chagrin de sa dé* chéance et l'ennui de la solitude , le conduisit ^rii tombeau.
Bravant les représentations du grand-prétre Âzarias, le roi de Juda veut envahir les fonctions sacerdotales. A l'instant où il force l'entrée du sanctuaire , où il porte la main à l'encensoir, la terre tremble ; le faite du temple s'entr'ouvre; un rayon brillant frappe la figure du téméraire Ozias ; sur son front parait la lèpre. Marqué au sceau de la malédiction, il
(i) Niimer. cap. xii. vers. io-i5.
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est chassé du temple, exclu du trône, relégué dans une retraite, privé après sa mort de la sépulture de ses ancêtres (i).
Ozias était déjà ému , et préoccupé de l'ébranlement du sol : un vif rayon de lumière, résultat facile d'un appareil disposé dans l'obscurité du sanctuaire , éblouit ses yeux assez fortement pour qu'il n'aperçût pas la main qui lui lançait au visage un poison caustique. . . Quel était ce poison 7 Dans nos climats tempérés, le contact seul du Rus toxicodendron fait naître sur la peau une éruption érésipèlateuse qui n'est point sans danger. Sur les confins de l'Afrique, où abondent les Euphorbes et les végétaux pleins d'un suc caustique , le moyen d'opérer le miracle était encore plus facile à trouver. En parlant d'un de ces végétaux (3) : « Mes doigts, dit Bruce « furent écorchés pour avoir touché du lait « de ses branches vertes , comme si je les « avais trempés dans l'eau bouillante. »
La seule prévoyance dont la science doue
[ I ) Paralipomen. lib. ii. cap. 16. rers. i6-a3. — FL Joseph, Antiq. judàic. Ub. ix. cap. ii.
(a) Le KoU.-gall... Brucr. Voyage aux sources du NiL tome iT. page 98.
I I 3 PKS SCIBNCE8 OCCULTES.
ses adeptes , leur dictera des prédictions mir raculeuses. Pour repousser Taccusatioii de poison, que semble motiver la prédiction circonstanciée de la knort de Joram, il suffit d'admettre qu'Élie avait connu d'avance la maladie dont le roi allait être attaqué ; qu'il l'avait jugée incurable, et qu'il s'était cru en droit d'en annoncer l'issue comme l'effet d'un jugement de Dieu. Les idées alors reçues Fj autorisaient : mais aujourd'hui cette înter* prétation ne suffirait peut-être pas pour sau^ ver le médecin qui risquerait, à la cour, une preuve si hardie de la certitude de ses pronostics.
Les maladies endémiques qui ravagent une contrée , une armée , une ville , prennent quelquefois un tel caractère de malignité que l'ignorance les croit, et la politique peut feindre de les croire contagieuses comme la peste. Autrefois , dès qu'elles éclataient, les populations désolées recouraient aux oracles ; et les oracles voulaient toujours qu'on y reconnût la vengeance des dieux justement irrités contre leurs adorateurs. Cette croyance une fois établie , le prêtre menaça de l'invasion du fléau , les contrées rebelles à ses commandemens ;
DES SCIENCES OCCULTES. Il3
plus d'ane fois même il en annonça Tappa-^ rition pour une époque (ixe^ et sa prédiction ne fut pas trompeuse. C'est qu'en effet , il lui était facile de la fonder sur des probabi<-' lités équivalentes à la certitude : il suffisait d'avoir observé d'avance le retour des circonstances propres à reproduire ces maladies. Cette science , dans l'ancienne Grèce , fut celle qui valût à Âbaris (i) la réputation de prophète. Les mêmes remarques aujourd'hui serviront de base à des prédictions semblables; sauf que l'homme de bien se bornera à indiquer les précautions à prendre pour conjurer le mal , et s'aflligera si , en les négligeant ^ on lui ménage le triomphe de passer pour un prophète véridique (2). Mais, à l'observateur
(i) iamUich, in vit. Pythag, lib. i. cap. a8.
{1) En i8qo. Le port de Roquemaure (arrondissement d'Uzôs, départ, du Gard) se trouvait environné d'eaux stagnantes , sur des points où le Rhône sVtait détourné do son cours. M. Cadet de Metz annonça, dès le mois de mars, que le pays serait certainement ravagé par une fièvre endémique, si, avant Tété, on ne ramenait le fleuve dans son ancien lit. Les travaux ne purent être exécutés qu'en automne *, et l'été vit Roquemaure dépcnplé par des fièvres meurtrières. , Lettre de M. Cadet de Metz au ministre de Vintérieur, en date du sS mars 1820.)