CHAPITRE XXV
Substamoes phospboresoeDtes. ApparîtioD subite de flammes. Cbaleur déyekqqpéè par rextÛDcdon de la chaux. Substances qui s'embrasent par le contact de l'air et de l'eau. Le pyrophore et le phosphore . le naphte et les liqueurs aleooliques , employés dans dirers miiades. Feu descendu d'en haut : plusieurs causes expliquent cette menreille. Moïse fait consomer par le feu les profanes qui touchent aux diose» saintes. Le Sang de Nessus était un phosphure' de soufre 5 et le poison que Médée employa contre Creuse , un Tâîtable feu grégeois. Ce feu, retrouré à plusieurs reprises , a été mis en œuyre trfes-andeunement r on faisait usage d'un feu inextinguible a Perse et dans THindoustan.
Rien ne* frappe plus le vulgaire qu'une production soudaine de lumière , de chaleur et de flamme sans cause apparente , ou avec
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le concours de causes qui semblent s'y opposer.
L'art sait préparer des substances qui émettent de la lumière^ sans laisser échapper de chaleur sensible. Le phosphore de Bologne, le phosphore de Balduinus sont connus des savans ; mais ils ne figurent plus dans les livres que parmi les amusemens de la physique. Les anciens ont connu des corps doués d'une propriété semblable : Isidore (i) cite une pierre brune que Ton rendait lumineuse en l'arrosant d'huile.
Les rabbins, livrés il l'étude de la cabale, parlent d'une lumière propre aux saints, aux prédestinés, sur le visage desquels elle éclate miraculeusement dès leur naissance, ou quand ils ont mérité que Dieu leur accorde ce signe de gloire (2). Amobe, sur l'autorité d'Hermippe, donne au magicien Ci) Zoroastre une
i) Saviniuê lapis ^ oleo addita» etiam lacergfertur. Isid, Jiispal. Origin. lib. xvi. cap. 4*
(a) Gaulmjn. De vitd et morte Mosis. not. lib. ii. pag. 3a3-3a5.
(3) Nunc veniaZquist super îgneam zonam , maguê inUriore ah orbe ZoroasUr.,,. Aniob. lib i. Ceai k tort que quelques commentateurs ont voulu lire : Quin jâxotiacei magus, etc.
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ceinture de/eu, ornement convenable k Tîn»tituteur du culte de feu. Un physicien serait peu embarrassé pour produire ces brillantes merveilles , surtout si la durée n'en devait pas être trop prolongée.
Les druides étendaient plus loin les ressources de la science. La renonoonée, qui dans le poème de Lucain^ publie leur pouvoir magique , vante beaucoup le secret de faire paraître en feu une forêt qui ne brûle pas (i). Ossian peint des vieillards ^ mêlés saxx^fils de Loda, et faisant , dans la nuit, des ccmjurations autour d'un Cromlech ou cercle de pierres : a leur voix s'élèvent des météores enflammés qui épouvantent les guerriers de Fingal, et à la lueur desquels Ossian distingue le chef des guerriers ennemis (21). Un traducteur anglais d'Ossian observe que toute lueur vive , subite et semblable à l'éclair*) s'appelle en gaélique^ Ranime des druides (3). Rapprochée du récit du barde , cette expression
(1^ £t non ardcntis fulgere incendia sjlyae. Lucan, Phdrt. lib. m vers 4^0
'3^ Poëmes d'Ossian , etc. publics par John Smith. 1780. traduction ffançaise. Paris an m. tome m. pages 6-8.
(3} IbiJ, ibid. prij^es 3<)-4o.
indique que les druides possédaient l'art de faire apparaître des flammes pour épouvanter leurs ennemis.
Aux traits de ressemblance déjà remarqués entre les Celtes et les anciens habitans de l'Italie , nous joindrons le mythe de Caeculus , fondateur de la ville de Préneste. Voulant se faire reconnaître pour fils du dieu Vulcain , il enveloppa soudainement de flammes un peuple assemblé qui refusait d'admettre sa brillante origine , et dont l'effroi subjugua aussitôt l'incrédulité (i).
Observons que Caeculus avait choisi le lieu de l'assemblée , et que les druides n'exerçaient leur pouvoir que dans des enceintes sacrées, interdites aux profanes : comme certaines illusions d'optique (3) où le feu a souvent aussi joué un rôle , ces merveilles avaient donc besoin d'un théâtre propre à celui qui les opérait ; et en d'autres lieux , malgré l'urgence du besoin, on aurait difficilement essayé de les produire.
Le développement instantané d'une chaleur
vi) Servitis in Aeneid. lib. vu. rcrs 678-681. (a) Ci-dessas chap. xiii.
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latente n'est pas moins propre à exciter l'admiration , surtout si c'est Teau qui allume l'incendie. Les substances susceptibles de s'échauiTer ou de s'enflammer, en absorbant ou en décomposant l'eau , sont pourtant nombreuses ; et trop souvent ^ elles ont occasioné des incendies que l'on attribuait jadis à la négligence ou à la méchanceté. Des tas de foin humides, des ardoises pyriteuses mouillées par une pluie chaude, produisent ce phénomène redouté.
Les Thaumaturges ont-ils connu des phénomènes analogues à ceux-là ? Oui sans doute. Et d'abord la chaleur prodigieuse qu'émet la chaux vive arrosée d'eau , n'a pu échapper à leurs regards. Supposez que l'on cache , au fond d'un four, une suffisante quantité de chaux , et qu'ensuite on remplisse le four avec de la neige; l'eau de neige absorbée disparaîtra, la température intérieure du four s'élèvera d'autant plus, qu'étant soigneusement fermé, il aura moins laissé perdre ducalorique mis en expansion : on criera au miracle^ et un légendaire qui aura entendu parler du tour de physique , en ornera l'histoire de saint Patrice , et racontrra comment l'apôtre
d'Irlande a chauffé un four avec de la neige. Théophraste ( i ) nomme Spinon une pierre que l'on rencontre dans certaines mines: concassée^ puis exposée au soleil, elle s'enflamme d'elle-même, surtout si l'on a d'abord eu soin de la mouiller. La pierre Gagatès{pL) (véritable jayet pyriteux ) est noire , poreuse , légère , friable , semblable à dû bois br&lé. Elle exhale une odeur désagréable ; quand elle est échauffée, elle retient les corps qui la touchent, comme ferait le succin ; sa flamme soulage dans \e% vapeurs hystériques ; elle s'enflamme par le moyen de l'eau, et s'éteint dans l'huile. Cette dernière particularité semble la distinguer d'une pierre qui,suivantElien et Dioscoride (3) , s'allume également quand elle est arrosée d'eau , et répand en brûlant une forte odeur de bitume ; mais qu'on éteint
(i) Theophrait,De lapidibus. — On a raconté , en décembre iStiS) qu'un droguiste y pilant de la mine arsenicale de co* Ualt , ayait jeté de l'eau dessus , et qu'anssitùt la matière s'était enflammée. Si le fait est rrai, on peut croire que le Spinon de Théophraste était une mine de cobalt. ' (a) Piin, Hiêt. nat, lib. xxxri. cap. 19. — Solin. cap. xxt. •—lëid. Hipsal. Origin* lib. xn. cap. 4*
{3; Aeliaii. De Nat, ûnimud, lib. ix, cap. 98. — Dioscorid, .lib. T. cap. 47
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en soufllaiit dessus , ce qui semble annoncer que sa combustion dépend du dégagement d'une vapeur gazéifiée.
Ces trois substances , qu'elles fussent les produits de l'art ou de la nature , ont du sulïîre pour opérer des inflammations miraculeuses. Mais Pline et Isidore de Séville nous en indiciuent une quatrième encore plus énergicjue : c'est une pierre noire que Ton trouve en Perse ; écrasée entre les doigts, elle les brûle (i). Voilà |)récisément relïet d'un morceau de pyropliore ou de pbosphore; cette pierre nKîrveillcuse n'était probablement pas autre chose. On sait que le phosphore Ibndu par la chaleur, devient noir et solide ; et le mot <h' pierre ne doit [)oint ici nous en imposer, pas plus (|ue les mots lac ^V fontaine^ quand il s'agit d'un li(pjide. L'usage n'a-t-il pas consaci'é,dans notre langue, pour deux préparations pharmaceutiques , les mots de pierre iiifcriKilc et dci pierre à cautc/'e ?
Mais les anciens connaissaient-ils le phos-
i; (« J'ynlcs; nii^ra quiciern , 8r<! attrita digitos adunt. u JUin. }fist. nat. !il). x.\xmi. cap. ii — " IVrites ; pcrsicus Japjs.... tiMicntis iràunuiii, si vcht-mentius preniatiir, aduril. »» Isnior. Hipsdi. Orif^tti. li|). xvi. cap. ^.
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phore et le pyrophorè 7 Oui , puisqu'ils racontent des merveilles que l'on n'a pu produire que par l'emploi de ces substances ou de réactifs doués de propriétés analogues. Bientôt d'ailleurs, nous citerons une description ancienne des eflets d'une combinaison du phosphore, description aussi exacte que si elle était faite aujourd'hui par un chimiste. Quant au pyrophorè, la science possède tant de substmces qui s'enflamment après quelques instans d'exposition à l'air, que l'on peut, sans invraisemblance , penser que toutes n'ont pas été inconnues aux anciens. Sans parler des bitumes éminemment inflammables, du pétrole, du naphte enfin, qui prend feu à la seule approche d'un flambeau allumé ; combien ne compte-t-on pas de résidus de distillations qui s'embrasent spontanément dans un air humide ! Cette propriété à laquelle on ne fait plus attention que pour l'expliquer par un principe général , n'était sûrement point négligée par des artisans de miracles, pour qui l'art de distiller formait une partie importante de la science sacrée.
Nous ne refuserons donc plus de croire , mais bien de nous étonner, quand l'histoire
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racontera qu'une restale ^ menacée du supplice promis à celle qui laissait éteindre le feu sacré , n'eut besoin que d'étendre son Toile sur l'autel , pour que , soudain rallumée , la flamme brillât plus éclatante (i). Sous le voile officieux , nous voyons un grain de phosphore ou de pjrophore tomber sur les cendres chaudes ^ et tenir lieu de l'intervention de la divinité. *
Nous cessons également de partager l'incrédulité d'Horace , sur le. miracle qui s'opérait dans le sanctuaire de Gnatia, où l'encens, de lui-même ^ s'enflammait en l'honneur des dieux (3). Nous ne nierons point que le théurgîste Maximus^ offrant de l'encens à Hécate, ait pu annoncer que les flambeaux que portait la déesse allaient s'allumer spontanément ; et que sa prédiction se soit accomplie (3)
Malgré les précautions qu'inspirait l'amour du mystère^ et que secondait l'enthousiasme de l'admiration , l'action de la science se montrait quelquefois à découvert dans ces mer-
(i) yaler. Maxim, lib. i. cap. i- f 8. ' (i) Horat. Strm, lib. i. aat. v. vers. 97-ioo, — Plin. Miti' nat, lib. 11. cap. 7.
(3) Eunapius in Maxim.
veilles. Écoutons Pausanias raconter ce qu'il a vu dans deux villes de Lydie^ dont les habitans^ tombés sous le joug des Perses^ avaient embrassé la religion des mages, u Dans une « chapelle^ dit-il, est un autel sur lequel il y H a toujours de la,cendre qui, pour sa cou^ n leur, ne ressemble à aucune autre. Le mage (c met du bois sur Tautel , invoque je ne sais (( quel Dieu, par des oraisons tirées d'un livre (( écrit dans une langue barbare et inconnue « aux Grecs : le bois s'allume bientôt de lui- <( même sans feu , et la flamme en est très- « claire. » (i)
La couleur extraordinaire de la cendre que l'on conservait toujours sur l'autel , dachait sans doute une composition inflammable ; peut-être simplement de la terre imbibée de pétrole ou de naphte, genre de combustible employé encore en Perse, et partout où ces bitumes sont communs. Le mage, en disposant le bois, y jetait, sans qu'on pût le voir, un grain de pyrophore, ou de cette pierre qu'on trouvait en Perse, et qu'une légère pression enflammait. Pendant la durée des
vO PtuuaniaM, Elùtc. Ub. 1. cap. 27.