‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 2)Chapitre 57 sur 80 · II. *t · texte numérisé non relu

II. *t

l6a I>BS SCIENCES OCCULTES.

( ifui descend ) : « Or ce surnom fut donné à c( Jupiter , pour marquer qu'il faisait seDtir 44. sa présence sur la terre par le bruit du tonnerre , ptir la foudre r par les éclairs , (iO<t par de yéritables apparitions (i)«» En effet , plusieurs médailles de la ville de Cyrrfaus en Syrie ^ réprésentent Jupiter armé de la foudre ; au-dessQUs ou Ut le mot Cataibaiès ; il est difiScil^ de marquer plus fortement la liaison qui existait entre cette épithète et la descente de la foudrç.- Mais dans le temple d'Olympje, on révèjrait aussi l^utel de iwpxtev foudroyant (Keraunios) élevé en mémoire du tonnerre qui avait détruit Je palais d'Oenomaùs (3). Ce surnom et celui de Cataibatès présentaient donc ^ la piété des idées différentes. U devient dés-lors diiScile de ne point rapprocher Jupiter Cataibaîh de Jupiter Élicws , la foujlre {fui desce/idj de la foudre que F on contraint à descendre. Nous sommesy on le voit , forcée de raisonner par analogie , à défaut de traditions positive.^ : mais Van^logie prend une grande force.

(1) Encfclop,méthod,Atiti{juités. taatç t. ktI, Cataïkate^. ('i) Prtffsanias. !oc. cit.

quand on se rappelle que Jupiter Cataibatès était adore aux lieux où régna Salmonée, prince dont l'histoire est si Semblable à celle des deux rois qui furent victimes à Albe et à Rome , du culte de Jupiter Élicius.

Rien n'annonce, il est vrai, qu'en des temps postérieurs , la Grèce possédât encore quelques notions sur l'expérience de physique qui devint funeste à Salmonée : mais le culte de Jupiter Élicius subsistait à Rome, lorsqu'on avait depuis long-temps cessé d'employer et même de connaître le procédé mystérieux de Numa. Un oubli pareil ne dut pas empêcher le culte de Jupiter Cataibatès de se maintenir en Élide.

C'est toujours en remontant dans le passé que nous avons trouvé des vestiges plus certains de l'existence des sciences anciennes.

Servius nous transporte à l'enfance du genre humain. « Les premiers habitans de « la terre , dit-il, n'apportaient point de feu « sur les autels; mais, par leurs prières, « ils y faisaient descendre (eliciebant) un a feu diçin (i). )> Comme il rappelle cette

1' Serx'iwi in jiene.id. lib. xii. vers, «io ..

l64 DES SCIENCES OCCULTES.

tradition , en commentant on vers où Virgile peint Jupiter ratifiant par Texplosion de la foudre les pactes des nations (1)^ il semble rait que les prêtres faisaient , de cette merveille , une preuve solennelle de la ganotic donnée aux traités par les Dieux (s).

De qui en avaient-ils reçu le secret? « Prou méthée , dit Servius (3) découvrit el rét( véb aux hommes Tart de/aire descendn

'< la foudre : ( eliciendorum fulminum)

n Par le procédé qu'il leur avait enseigné, « \\s/disaierU descendre le feu de la région u supérieure {supemus ignis eliciebaiur). > Entre les adeptes possesseurs de ce secret, Servius compte Numa , qui n'employa hftu

(1) «( Audiat haec genitor ipii fulmine foedeim Madt. »

Virgil. jieneid, lîb. zii. ▼en. vo-

a) Cet BMige àa procédé eoaetif powiait expliquer U 9tt ▼eille pins dHtne fois n|>pelée dans les poètes, de cosp» >^ tonnerre entendus psr nn temps serein. Voyes cepemiswt d sprésypsges 179-182.

(3) Servius in Virgil. eclog. n. Vers. 4a. — Ce psna^f , qui s échappé à tant d'éeriwns modernes, airait fnppé, il J a près de trois siècles , an antenr qu'on ne fit gnèreqat pour s*amaser, et qu'on ponnait lire quelquefois poir i*»^ truire. « Qu'est devenu , dit JfUbelais , l'ait fféroquer des n cieoz la foudre et le feu céleste, fadis inrenté ptr kvg^ €t Prometheusl... » (Baieiais, hvn ▼. chap. 47-)

DBS SCIENCES OCCULTES. 1 65

céleste qiCà des ' usages sacrés ; et Tulius Hostilius, f\m fut puni pour Va^oirprofané.

Le souvenir du Caucase, sur les rochers duquel dût être expiée , pendant des siècles, la divulgation partielle d'un art si précieux , nous appelle vers l'Asie où le secret dut s'en répandre avant de pénétrer en Europe. On retrouve, comme nous l'avons observé, la légende de Jupiter Cataibatès sur les médailles de la ville de Cyrrhus. Or il est peu croyable que les Grecs aient porté ce culte dans une ville lointaine , dont la fondation ne peut être postérieure au temps de Cyrus. Il est donc permis de soupçonner que la légende citée n'était que la traduction grecque d'un nom national de la divinité foudroyante , et que le secret auquel elle fait allusioil n'a point été anciennement ignoré en Syrie.

Les Hébreux , au moins , paraissent l'avoir connu. Ben-David avait avancé que Moïse possédait quelques notions sur les phénomènes de l'électricité : un savant de Berlin (i^ a tenté d'appuyer cette conjecture d'arguroens

(i) M. Hirt. Magazin encyclop. annéo 181 3. tome *iv. page 4i5.

l66 DBS SCIENCES OCCULTES.

plausibles. Michaêlîs (i) est allé plus loiiu li remarque i"* que rien n'indique que la foudre, pendant le laps de nulle ans, ait jamais frappé le temple de Jérusalem, a"" Qu'au rapportée Joséphe (3) , une forêt de piques à pointes d'or pu dorées , et très-aiguës , couvrait la toiture de ce temple } trait de ressemblance remarquable avec le temple de Junon , figuré sur les médailles romaines. 3"* Que cette toiture con^muniquait avec les souterrains de la colline du temple ^ par le moycA de tuyaux métalliques, placés en connexion avec la dorure épaisse qui couvrait tout Textérieur du bâtiment : les pointes des piques produisaient donc nécessairement refTct de paratonnerres.... Comment supposer qu'elles ne remplissaient-que pgr hasard une fonction ai importante , que l'avantage que l'on en recevait n'avait point été calculé ; qu'on n'avait dressé des piques en si grand nombre, que pour empêcher les oiseaux de s'abattre sur la couver^

( 1 ) De l'effet des pointes placées sur le temple de Salomon' Magazin scientifique de Gottingue. m* année. 5* caUer.

'2; tl. Joseph. Bell. JAa. adv. Roman, lib. ▼. cap. 14.

ture du temple et de la saUr?;C'est pourtant là la seule uiilké que leur^;^signe Thistorien Joséphe. Son ignorance» est une preuve, de plus de b facilité avec laquelle ont dû se peidre de hautes connaissances^ tant que les hommes , au Keu d'en composer une science raisonnée , n'y ont dierché qu'un art empirique d'opârer des merveilles*

Le mdme secret, ne parait pas avoir sur^ vécu à la destruction de l'empire de Cyrus; et* toutefois^ de fortes probabilités indiquent que* ce grand instrument de miracle ne manqua point k Zoroastre et à ses successeurs.

Khondémir (i) rapporte que le démon apparaissait à Zoroastre , au milieu du feu; et qu'il lui imprima sur le oorps une marque lumineuse. Suivant- Dion Chrysoatôme (ji)^ lorsque? le prophète quitta la montagne où il avait long- temps vécu dans la solitude^ il parnt tout brillant d'une flamme inextin-guible , quHl aoaitfmt descendre du dely prodige analogue à l'expérience de la béatification électrique , et facile à opérer à l'entrée

1) ])'HerbeIot. Biblioth. orientale, art. Zettiascht, •2 Dion Chryiost. Orat. Borysthen.

l6S DES SCIBNCBS OCCULTES.

d'une grotte sombre. L'auteur des Récognitions attribuées ^ saint Clément d*Âlexandrie(i)etGrégoiredeTouFs(a)affirment qae, sous le nom de Zoroastre, les Perses révéraient un fils de Cham, qui ^ par ua prestige magique^ faisait descendre le Jeu du del , ou persuadait aux hommes qu'U avait ce miraculeui pouvoir. Les auteurs cités indiqueraient-ils en d'autres termes , de» expériences sur l'électricité atmosphérique ^ dont un ThauiDâtui^e se serait prévalu pour apparaître , éûn-

celant de lumière, aux yeux d'une multitude frappée d'admiration?

Nous avons , dans un autre ouvrage (3), essayé de. distinguer le fondateur de la religion des mages , des princes et des prêtres qui , pour s'assurer le respect des peuples , ont pris, après lui, le nom de 2«oroastre. Nous ne rappellerons point cette distinction , en rapportant ce qu'ont écrit de Zoroastre , des auteurs qui n'en ont point soupçonné la

(i) Aecog. lib. IV.

(a) Greg. Turon. HUt, Franc, lib. i. cap. 5.

',3j Ëiiftèbe Salrerte. Euai hiâtorique et phiiotopkique smt les twms d'hommes t de peuples et de lieux, Note B. tome hpages 417 iSf

nécessité : en la supposant aussi bien fondée qu'elle nous parait l'être ^ ces écrivains n'au^ ront fait qu'attribuer au prophète , ce qui a appartenu à ses disciples , aux héritiers de sa science miraculeuse. Zoroastre ^ dbent-ils ^ périt , brûlé par le démon qu'il importunait trop souvent pour répéter son brillant prestige. En d'autres termes, ils désignent un physicien qui, dans la répétition fréquente d'une expérience dangereuse , finit par* négliger des précautions nécessaires , et tombe victime d'un moment d'oubli. Suidas (i) Cedrénus , et la chronique d'Alexandrie , disent que Zoroastre , roi de la Bactriane , assiégé dans sa capitale par Ninus, demanda aux dieux d'être frappé de la foudre , et qu'il vit son VŒU s'accomplir , après qu'il eût recommandé à ses disciples de garder ses cendres comme un gage de la durée de leur puissance. Les cendres de Zoroastre , dit l'auteur des Récognitions, furent recueillies et portées aux Perses, pour être conservées et adorées commit un /eu divinement descendu du ciel. Il y a ici une évidente confusion d'idées : on

(1) Suidas. YeT\)o Zoroastrct. — Glycas. Annal, pag. 129

{•^O DES -SCIËIfCES OCCULTES.

applique aux cendres du prophète^, le culte que 96$ sectateurs ne rendirent jamais 4{u'au feu sacré qu'ils avaient reçu de lui. La confusion ne scrak-elle pas née de l'origine prétendue de ce feu sacré , aHumé, dissât^n , par la foudre. « Lesmsiges, dit Anunîen Marcellin , (( conservent dans des foyers perpétuels , uh a /eu nUraculetèsementtombédbs cieiuc (i ). » Les Grecs qui donnaient au premier dief des Perses le n^m de l'a nation méme^ racontaient aussi qu'au tetnps où Perséus instruisit quel» ques Pbrses dans les mystères de Gorg^ine, un globe enflammé tomba diu ciel; Perséus en prit le feu sacré qu'il confia aux mages ; c'est le nom qu'il avait imposé à ses disciples (2). Ici nous nous rappelons ce qu'a di^Servius , du feu céleste que les anciens habitans de b terre faisaient descendre sur leurs autels , et qu'on ne devait employer qu'à des usages sacrés : le rapprochement des deux traditions nous indique l'origine de ce Jhu tçmbé des

[\) Jimmian, MarcèlL Kb. xxnr.cap. 6.

a; Suida$* yetho Pernus. — Dans le Chak-namahàc^ctdousi, Hou-cheng, père de Djah-Muras, comme Pcrséntrett de MerrhuSf recueille aussi d*une manière miraculeuae le fen sacré jd finales des Fayuges.

DES SCIKNCëS occultes, I7I

deux j à Is^ voix de l'instituteur des mages ; et destiné a brûler éternellement sur les PjT" réeSy en l'honneur du Pieu qui l'avait accordé à la terre.

De la questioi^ qui nous occupe ^ rapprochons deux des Oracles magiques que Pléthon ( I ) a consçrv es et commentés. On attribue ces oracles aux premiers disciples de Zoroas-* trcyOu à Zoroastre lui-même; ce qui n'a rien d'improbable , puisque l'antiquité possédait deux millions de vers dont ce prophète passait pour être l'auteur (a),

fers 39 42.

a G homme ! ouvrage de la nature dana toute sa témérité ! (c Si tu mUnyoques à plusieurs reprises, tu verras partout

n (uniquement; celui que tu auras invoqué; « Car , ni le ciel et sa concavité penchée ^'vers la terre) ne

« t^apparaissent; «« Les étoiles ne brillent pas; la lumière de la lune est voilée ; n La terre tremble... et tout ce que tu rois sont des foudres, »

Pléthon, après avoir observé que l'homme est appelé Voui^rage d*une nature très^téméraire-y parce qu'il entreprend les choses les

.1) OracuLi magica, cdcnte Joanne Opsopoeo. lôSg. i) Plin.Hist.nat. iib. xxx. cnp. i.

I<^a DES SCIENCES OCCULTES.

plus hardies, ajoute : « L'oracle parle conunc (( ferait Dieu lui-même à Thomioe que ron a initie. Si tu m'invoques à plusieurs repri- (( ses. . . . , tu verras partout. . . . Moi que tu au- « ras invoqué ; car tu ne verras plus rien que « que tàufes ks foudres , c'est-à-dire , le feu (( voltigeant (sù répandant) ça et là dans tout « l'Univers. »

Ce commentaire qui nous apprend que le premier oracle se rapporte aux initiations, nous renvoie , par une de ses expressions , au second oracle , duquel elle est empruntée.

f^ên 46-4S.

«I Quand tn Terras le feu saint et sacré dénué de figure, <v Brillant en voiiigeant (en se répsndant) partout dans le&

« profondeurs de l'nnÎTers !

<c Ecoute la voix du Feu!

(( Quand tu verras , dit Pléthon ^ le feu di- « vin qui ne peut être représenté par aucune « figure (on sait que la loi de Zoroastre proscrit les images), . . ^ « rends grâce ! et plein de (( joie , écoute la voix du feu qui t'apporte (( une prénotion (une connaissance de l'avenir) w très-vraie et très-certaine. »

DES SCIENCES OCCULTIS. I lyS

A travers l'obscurité du texte et des explications , nous saisissons un trait important de l'initiation zoroastrienne. Si l'initié est intrépide ^ il invoquera le Dieu qu'il adore , et bientôt il ne verra plus que ce Dieu. Tous les autres objets disparaissent ; il est environné d'éclairs et de foudres; un feu qu'aucune in^ge ne peut ni ne doit peindre remplit son horizon; et du sein du feu, une voix éclatante se fait entendre , et prononce des oracles infaillibles.

De ce qui a précédé , on pouvait déjà conclure avec vraisemblance que Zoroastre avait des notions sur l'électricité et sur le moyen de faire descendre la foudre ; qu'il s'en servit pour opérer les premiers miracles destinés à prouver sa mission prophétique , et surtout pour allumer le feu sacré qu'il offrit à l'adoration de ses sectateurs : maintenant ne sommes-nous pas en droit d'ajouter que , dans ses mains , dans les mains de ses disciples , le feu céleste devint un instrument destinée éprouver le courage des initiés v à confirmer leur foi, et à éblouir leurs yeux de cette splendeur immense , impossible à soutenir par des re-

»74 DES SCIRNCES OCCULTES.

garda mortels , qui est à la fois l'attribut et l'image de la divinité.

Une tradition (le le€teur en a sûrement fait la remarque) semble attribuer la mort de Zoroastre à ce défaut de précaution dont nous avons déjà signalé plusieurs victimes. Un autre récit présente sous un aspect plus noble , le prophète , ou le roi de la Bactriane : décidé à mourir, pour ne point tomber au pouvoir d'un vainqueur, ce fut sur lui-même qu'il dirigea la foudre ; et, par un dernier mirade de son art , il se donna une mort extraordiûaire , digne do l'envoyé du ciel , et du pontife ou de l'instituteur du culte du feu. ; Ainsi remonte ce grand secret au temps oà

commence pour nous IJlùstoire ; et peut^tre au-delà.^

Les Chaldéèns qui , dans la guerre contre la Bactriane, secondaient Ninu» de toute la puissance de leurs arts magiques, durent po»séder, relativement h la foudre, les mêmes connaissances que leur émule : mais le fait n'eit établi par aucun document historique. U n'est pas impossible que ces prêtres le» aient de bonne heure laissé se perdre , peutêtre faute d'occasions fréquentes de les em-

ployer ; landb qu'elles se conservèrent dans les contrées montueuses de la Haute-Âsio et de l'Étrurie, bien plus exposées qqe La Babylonie aux ravages de la ibudre^ Yoîci ce qui autorise notre conjective. heS' Oracles magiques que Pléthon attribue àJZoroasLre ou .à ses disciples i^ Fse(lus les .a conarpentés sous le nom d^Qracles^cfulldqï(fues(.l)^ les regardant comme émanés des prêtres chaldéens : et TexpUcation. qu'il donne de ceux que . nous avons cités , est toute astrologique et allégo^ rique. Les Sages de Babylonç et le prophète de l'Adéma avaient , nous le verrons , puisé probablement i la même source» Sorait-*ce que lie secret auquel les oracles font allusion^ ayant, été conservé . long-temps par les, successeurs de Zoroastre , des traces en ont subsisté daps la doctrine des^mages, à qui Pléthon a emprunté les notions qve développe son coounantaire ? Les Chaldéens^ au contraire^

(i) I^e Recueil de P»ellu5 diffère de celui de Rétlion par ro#dre< dan» ^^«I>1 \ts oracles «ont disposés ;^ on y reinaïqne aussi quelques varisutes et des additions considérables. Enfin les vers grecs y sont beaucoup plus corrects, ce qui semble indiquer une traduction moins lidt'lc, ou faite sur un orii^inal moins nnrien.

1^6 DKS SCIEKCES OCCULTES.

se seraient jetés dans l'allégorie et y auraient entraîné après eux leur scholiaste^ en voulant deviner une énigme, dont ce secret, perdu pour eux, pouvait seul leur donner la solution. Quelle est cette source où nous soupçon* nons que , de part et d'autre , les oracles ont été puisés ? L'habitude nous iait tourner les yeux vers IHindoustan , le berceau de la civilisation du monde ; et nous retrouvons en effet la substance et quelques expresÂons saillantes des deux oracles, dans cette stance de VYadjour-f^éda : « Là, le soleil ne brille pas,, (( non plus que la lune et les étoiles; les lu- (( mières ne 'voltigent pas (eu ce lieu) : Dieu (( inonde de lumière toute cette substance (( brillante , et l'Univers est éclairé de sa (( splendeur ( i ) » • Zoroastre qui a fiait à llnde antique tant d'autres emprunts, aurait pu sans doute , dans celui-ci , détourner 1^ sens des mots , et appliquer à la cérémonie magique de l'initiation , une peinture métaphorique de la splendeur divine. Mais, d'abord, W. Jones penche à croire que « cette stance est une « paraphrase moderne de quelque texte des

(i) liccherches asiatiques, tome i, pages 37S-3^.

DES SCIElfCES OCCULTES. inn

anciens livres sacrés (i). » Cela explique pourquoi SCS termes ne correspondent pas exactement à ceux des Oracles magiques , et s'appliquent d'une manière moins explicite au secret de gouverner la foudre : la paraphrase aura été faite à une époque où l'on avait oublié ce secret , et perdu de vue le sens propre du texte sacré. D'ailleurs, ce passage de VOupnek^hat « connaître le feu , le soleil', la lune <( et la foudre^ est le troisième quart de la « science de Dieu (i) » , prouve que la science sacrée ne négligeait point d'étudier la nature du tonnerre , et qu'elle pouvait dès-lors indiquer les moyens de le détourner. Enfin ces inductions sont fortifiées par un fait historique. Au temps de Ktésias, l'Inde connaissait encore l'usage des paratonnerres. Suivant cet historien (3), le fer recueilli au fond de la fontaine (Por liquide (c'est-à-dire du lavage d*or) et fabriqué en forme d'épée , de lige pointue , jouissait, dès qu^on l'enfonçait en terre , de la propriété de détourner* les nuages , la grêle et la foudre. Ktésias, qui en vit

(1) Recherches asiatiques, tome i, pa|>c8 37^j'-3;G.

(q) Oupnek'-hat. Brahmen xi.

(3 Ktésias in Indic. ap. Pholium. BibL Cod, lxxii.

n. ta

faire deux fois l'expérience sous les yeu\ du roi de Perse , attribuait seulement à la qualité du fer ce qui -appartenait surtout à sa forme et à sa position. Peut-être aussi employait-on de préférence ce fer , allié naturellement d'un peu.dW, comme moins susceptible de se rouiller, et par le même motif qui ) chez les modernes , fait dorer les pointes des paratonnerres. Quoi qu'il en soit , le fait principal reste constant : et il n'est pas inutile de remarquer comment ^ dès-Jors , on avâli cru apercevoir des rapports intimes entre l'état électrique de l'atmosphère^ et la production ^ non-seulement de la foudre , mais aussi de la grêle et des autres météores.

Renouvellera-t-on la question tant de fois résolue : comment , de connaissances si anciennes ^ ne se retrouve-t-il , en Europe , aucun vestige , depuis TuUus HostiUus, depuis au plus vingt - quatre siècles ? Nous répondrons qu'elles étaient si peu répandues que ce fut par hasard et d'une manière imparfaite , que Tullus les découvrit en parcourant . les Mémoires qu'avait laissés Numa. Ne suffisait-il pas d'ailleurs des dangers attachés à

DES SCIENCES OCCtLTKS. l<^p

la moindre erreur, dangers prouvés plusieurs fois par une terrible expérience, pour que la crainte fit tomber en désuétude , en Italie et en Grèce , les cérémonies du culte secret de Jupiter ÊUcius et de Jupiter CatcUbatès? La destruction de Tempire Persan par les Grecs , et anténeurement le massacre presque général des mages après la mort de Smerdis, purent causer cette importante lacune dans la science occulte des disciples de Zoroastre. Dans rinde^ tant de fois en proie à des conquérans , des causes analogues ont pu exercer une action également destructive. Dans tous les pays enfin, sur quel sujet, plus que sur celui-là, le mystère religieux aurait-il redoublé Tépaisseur de ses voiles, et préparé la voie à l'ignorance et à l'oubli 7

D'autres questions s'élèvent , plus importantes et plus difficiles. L'électricité, avec quiclque art que l'on en maniât les ressources, pouvait-elle suffire aux miracles brillans de l'initiation zoroastrienne 7 Explique-t-elle assez ce qu'Ovide décrit si nettement, dans le détail du culte rendu par Numa à Jupiter ÉUciUs , l'art de faire voir et entendre les feux et le

l8o DBS SCIENCES OCCULTES.

bruit de la foudre par un ciel serein (i)? Explique-t-elle surtout le talent redoutable de lancer la foudre sur ses ennemis, tel que l'antiquité le supposait à Porsenna, et tel que deux magiciens étrusques prétendirent le posséder encore au temps d'Attila? Non; au moins dans la mesure actuelle de nos connaissances; mesure que les anciens n'ont probablement pas dépassée* Pour suppléer à notre insuffisance , ne pourrions-nous recourir à un hasard heureux, supposer que le Thaumaturge profitât de l'explosion d'un météore lumineux pour en attribuer les effets à son art , ou que l'enthousiasme voulût voir un miracle dans un effet naturel ; ne pourrions^nous, par exemple^ rappeler que, suivant un historien, lorsqu'une pluie miraculeuse désaltérait l'armée de Marc- Auréle, l'empereur, en même temps, arracha du ciel 9 par ses prières, la foudre qui tomba sur les machines guerrièix^s de ses ennemis ( i). Mieux encore, nous pourrions transporter les

(i) Ot^id, Fasi. lib. m. vers. 367-370* (a) cf Fulmen de cotlOj ptêcibua suhj contra hostium <t chinamtnîum extonit. w Julius Capttolinut in Mmtc

BES SCIENCES OCCULTES. l8l

merveilles d'un pays dans un autre ; et retrouver aujourd'hui dans un lieu de tout temps consacré par la religion , un secret équivalent au miracle de Numa. Le naphte , dissous dans l'air atmosphérique , produit les mêmes effets qu'un mélange d'oxigénc et d'hydrogène. Près de Bakhou ^ au - dessus d'un puits dont l'eau est saturée de naphte , on tient un manteau étendu pendant quelques minutes; puis on jette dans le puits une paille enflammée ! soudain, dit le voyageur dont je rapporte les paroles (i), il se fait une détonnation semblable à ceHé d'un caisson d'artillerie et accompagnée d'une flamme brillante.. . Rendez à YAtesch-gah sa majesté antique ; à ce petit nombre de pénitens et de pèlerins qu'y attire encore un souvenir religieux ; substituez un collège de prêtres, habiles à iàirc tourner à la gloire de la divinité , des phénomènes dont la cause est soustraite soigneusement aux regards des profanes : et par le ciel le plus serein, des puits de Bakiiou,

^ I ) Voyage de George Keppel de VI iule en jingUwrre put Bassora, etc. — Nouvelles Annales des Vofages. iv s 'Tic, lomc V. pa^e 34<)*

iSa DES SCIENCES OCCULTES.

sortiront k leur voix , les feux et les éclats de la foudre. Admettons , ce qui n'a rien d'absurde, que des substances qui s'offrent en abondance dans certaines contrées , aient pu être transportées par les Thaumaturges en de> pays où leur action, absolument ignorée, devait paraître plus merveilleuse : et le Tibre aun vu, au temps où Numa évoquait Jupiter EUdus, le miracle qui éclate encore aujourd'hui aut bords de la mer Caspienne ; et la tradition qui, de deux secrets n'en faisant qu'un seul, attribuait aux cérémonies du même culte magique , les effets d'une composition de naphte et ceux des paratonnerres et de l'électricité, sera née de l'artifice du Thaumaturge , soigneux de rendre ainsi plus difficiles à pénétrer et plus respectables, les trésors de sa science. Mais, d'après le principe que nous avons suivi jusqu'ici , nous n'admettons qu'à regret des explications partielles ou locales, et applicables seulement à quelques faits bolés. fions leur préférons des faits généraux, mais tels que la connaissance en ait pu, pendant un temps, rester circonscrite dans l'enceinte de^ temples. En rappelant les effets brillaos ou destructeurs des diverses compositions pyri-

qucs dont ces faits nous dévoileront Texistence,*nous mesurerons l'étendue des ressources qui s'offraient aux possesseurs de la science sacrée , pour rendre rivaux des feux du ciel, les miracles du feu terrestre.

l84 I^KS SCIENCES OCCULTES.

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