‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 2)Chapitre 60 sur 80 · II. U · texte numérisé non relu

II. U

directions qu'on voulait leur imprimer (i). Anne Comnène (2) parle de feux que de^ spldats ) armés de tubes assez semblables à nos canons de fusil , lançaient sur l'ennemi. Mais , suivant elle , on les préparait avec un mélange de soufre et de résine réduite en poudre : indication mensongère ; une pareille composition fondrait avant de s'enflammer, et ne s'élancerait point au dehors avec explosion.

Ici se présentent trois observations. l'^Lcs Uons en bronze , employés par Alexis Comnène , rappellent les taureaux ignivome^ , fabriqués en bronze par Y ulcain : ce sont évidemment les mêmes armes, a"" Entre l'expédition maritime d'Alexis' et celle de Manuel Gomnéne ^ il s'était à peine écoulé soixante ans. Un si court laps de temps avait suffi pour faire presque entièrement oublier le feu grégeois : combien d'autres procédés de la science occulte ont dû périr par une désuétude plus long-temps prolongée ! 3" La recette trompeuse que donne Anne Comnène pour la corn-

(i) Ann, Comnen, Hist. lîb. xi. cap. 9. (a) Ibid. ibidem. Hist. lilx. xiir. cap. 3.

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position des feux grégeois, est une preuve de plus du soin avec lequel on enveloppait ces procédés du double voile du mystère et du mensonge.

Constantin Porphyrogénéte recommande , en effet, à son fils de ne jamais découvrir aux barbares le secret de la composition du feu grégeois ; de leur dire qu'il a été apporté du ciel par un ange, et que ce serait un sacrilège de le leur révéler (i). Léoji le philosophe (2) prescrit de placer sur les vaisseaux des tubes d'airain, et de mettre entre les mains des soldats des tubes de moindre dimension ; les uns et les autres doivent servir à lancer sur l'ennemi des feux qui éclatent avec un bruit semblable à celui du tonnerre : mais ces feux , l'empereur seul en dirige la fabrication.

Callinique , d'Hèliopolis en Syrie , inventa dit-on , le feu grégeois, au VII^ siècle de notre ère : il ne fit que retrouver ou divulguer un procédé^ dont l'origine s'est perdue, comme tant d'autres , dans la nuit des initiations. Les

(i) Conêtaniin. Porphjrr, De adminùt, imper, (3) l0éon le philosophe. Institutions militaires.., ir.st. xix. tome II. page 187 de la traduction frau^aisc.

initiés , découverts et punis à Rome ^ Tan i8b avant J.-C. , en possédaient la recette : ils plongeaient dans Teau, sans les éteindre, leurs torches allumées , « à cause , dit Tite» Live , u de la chaux et du soufre qui en- « traient dans leur composition (i). » Probablement ils ajoutaient à ces ingrédiens un bitume ^ tel que le naphte ou le pétrole.

Et Callinique ^ et les initiés , avaient du emprunter leur feu inextinguible de quelque Initiation asiatique. Les Perses en possédaient aussi le secret : mais ils en réservaient Tusage pour les combats. «Ils composaient une huile, (( et en frottaient des flèches qui , lancées « avec une force.modérée, portaient, partout « où elles s^attachaient , des flammes dévo- (( rantes : Teau ne faisait qu'irriter l'incendie; u on ne réteignait qu'en FétoufTanb sous un u amas de poussière (2). »

(i) Tit. Liv. lib. xxix. cap. i3.

(2} Anunittn, MarctU, lib. xxin. cap. 6. Pline (Hist. nat. iib. II. cap. io4- ) peint des mêmes traits les eflets d'une substance nommée Maltha, dont les habitant de Samosate se servirent contre les soldats de Lucullus. On trouvait sur \e^ liords d'un étang la. Maltha, c'est-à-dire, le naphte ou le pétrole qui en formait la base

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Les traditions ramènent presque toujours vers l'Hindoustan , dès que l'on remonte dans l'antiquité, pour découvrir, s'il se peut, les premiers inventeurs.

De plusieurs écrivains , qui ont transformé en roman l'histoire d'Alexandre , tes uns racontent que le Macédonien , parvenu dans l'Inde, opposa aux élépliansde ses ennemis des machines de bronze ou de fer qui vomissaient du feuy et qui assurèrent sa victoire (i); les antres peignent', au contraire , « de vaste» « flocons de flamme qu'Alexandre vit pleu- K voir sur son armée dans les plaines brù- <( lantes de Llnde (a). » Ces difîérena récits ont une base commune : la tradition que , dans l'Inde , 'on employait , à la guerre , une composition analogue au Teu grégeois. C'est une composition pareille dont se lancent des

1,1} J. faUriut. fit. AUxand. {ddcouverti? et puUl«e par A. Mai'.)..- Bibliofh. imiv. Littirature. tome th. pages saS- ■jï6. — Eitraitilu roman à'Altxandrt-lt-Grand, d'après nii nanuKril persan, etc.... Bibliothé^ut dti Ramaïu. octobre ■ 7^5. tome i.

(>) Cetti^ irailitioD, con>i)<nùe dani iii d'Alexandre àArûtott, a été adeplée |

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jets enflammés, un magicien et une magicienne ^ dans des narrations merveilleuses d'origine hindoue : les spectateurs du combat et les combattans eux-mêmes en ressentent les funestes effets (i). Les fictions de ce genre manquent rarement de prendre leur source dans la réalité. Le ftu qui brûle et pétille au sein de Ponde y au lieu de s'y éteindre, le feu grégeois y en un mot, est anciennement connu, dans THindoustan, sous le nom de feu de Barrawa (a). Il était mis en œuTre contre les villes- assiégé». « Aux « bords de l'Hyphasis , on composait une a huile qui y renfermée dans des pots de terre^ (( et lancée contre des ouvrages en bois, it contre les portes d'une ville , les embrasait (• soudain d'une flamme inextinguible. Tout (( ce que l'on fabriquait de cette substance a dangereuse était livré au roi ; personne a autre n'avait la permission d'en conserver (( même une goutte (3).» On a rejeté ce récit de Ktésias , parce qu'on a trouvé peu vrai-

( I : Les mille et une nuits, lv» nuit, tome i. [Mges 330-3i3. (3) Sacoutitala ou V Anneau fatal, act. m. se. 2. O"* Ktésias in Indic.

DKS SCIENCES OCCULTl

semblable ce qu'ajoate l'historié nière de composer l'huile inexl lui avait assuré qu'on la retirait d'eau fort dangereux. Cette cir parait pas absolument dénuée d l08tratc(i) dit qu'on extrait Tl guible d'un animal JluviaUle , un ver. Au Japon , Vinari , I tique , Doir et venimeux , fouri que Ton brûle dans les temples posant d'ailleurs que Ktésias ait et mat traduit le renseignement < ou qu'on lui ait^ à dessein , doi gnement erroné , le fait même i moins très-vraisemblable. Il fa redire : nous nous pressons ti d'absurdité les récits des ancici lîrmer ce qu'ils ont dit du feu g dan avait indiqué le moyen de

«■) Philoitrat. fiL^poUan. Ilb. m. en] Nat.animal. lïb. v. cnp. 3.), citant Ktésii l'cipresiion 2««J.»f , ver; mais ce r«r, qui Indui, a aepl coudées de longueur et uni lionnt'e. Des expressions J'Elien , on l'Iiuik , ainsi jiràp.iriV , t'embrss^tit iuii.< 'ontact ilu loips tonibu^ilible.

■1* Kocniprtrc.ffiitoiW rfu Japon. Iiï. i

ai 6 DES sci;sNC£$ occultes.

artifices doués des mêmes propriétés ( i ) : prompt à réfuter Cardan, Scaliger (3), homme plus érudit que savant , et plus présomptueux qu'érudit , se moqua hautement de ceux qui promettaient que leurs compositions physiques s'enflammeraient, exposées aux rayons du soleil , ou arrosées d'eau ; un écolier de physique se moquerait aujourd'hui de Scsk liger, en opérant sous ses yeux les deux merveilles qu'il déclarait impossibles.

(1', H. Cardan. De SuUiUuae. lib. ii.

(9) J. G. Scaliger. ExotêHe^extrcii. ad. Cardan, xiii. n^. S*

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CHAPITRK XXYI.

Compositions analof^es à la poudre à cation. Mines pratiquées par Samuei ; par les prêtres hébreux sous Osias et sous Hérode j par les prêtres cl^rétieDs , i Jérusalem sous Fempereur Julien , et en Syrie sous le khalife Motassem 5 par les prêtres de Delphes , pour repousser les Perses et les Gaulois. Ânticpiité de Finvention de la poudre 3 Traisemblablement originaire de FHindoustan , elle a été connue de tout temps à la Chine. Ses effets , décrits poétiquement, ont paru fabuleux. Armée tatare repou&see par l'artillerie. Prêtres de ilnde , employant le même raoyep pour lancer la foudre sur leurs ennemis. La foudre de Jupiter comparée à nos armes à feu. Divers miracles expliqués par l'emploi de ces armes. La poudre à canon a été connue dans le Bas-Empire, et pix>bablement jusqu'au douzième siècle.

Les phénomènes physiques et les services que sait en tirer la science s'enchaînent les

ai8 DBS SCIENCES OCCULTES.

uns aux autres. L'examen des miracles brîllans qu^opéraient des inflammations spontanées , nous a conduits à la discussion de^ ressources que le Thaumaturge déployait dans la guerre , pour transformer le feu en arme d'attaque ou de défense. Des faits que nous avons cités , il en est qui font déjà pressentir que l'on a connu trés-ancieanement des com^ positions pyriques plus ou moins analogues à la poudre à canon ; et que ces tubes qut lançaient un feu éclatant avec un bruit semblable à celui du tonnerre , ont pu devenir les premières ébauches de nos canons et de nos fusils. Ce ne serait donc point à tort que nous aurions annoncé que tes anciens possédaient le moyen d'imiter , de cette manière , les fléaux les plus redoutables de la nature : soit lorsque , ébranlant la terre par des mines ^ ils l'entr'ouvraient en abîmes sous les pieds de leurs ennemis; soit lorsqu'ils lançaient au loin des traits, aussi bruyans, aussi prompts^ aussi inévitables que les coups de la foudre.

Plus explicite que l'auteur du liseré des Nombres^ Joséphc met un jour d'intervalle entre la sédition excitée parmi les Hébreux ,

DBS SCIENCES OCCULTES. aig

par Coré ^ Dathan et Abiron , et la punition de CCS deux derniers. On sait que la terre les engloutit.... En se ménageant un délai de vingtquatre heures , Moïse prit-il le temps nécessaire pour pratiquer ^ sous les tentes de ses ennemis ^ une mine , telle que celles dont les guerriers européens faisaient usage avant l'invention de la poudre ; une profonde excavation , soutenue par des étais que le feu consuma à un signal donné ? Ce qui ajoute à la probabilité de cette explication , c'est la prolixité du discours que Thistorien met dans la bouche de Moïse ; c'est l'annonce précise que , dans le livre saint ^ Moïse fait du genre de mort qui va, tout à la fois, le venger et prouver la vérité de sa mission (i).

Cependant la difficulté de terminer, en une nuit , un travail aussi considérable que celui qu'aurait exigé la confection de cette mine ; le mouvement de la terre , ébranlée comme les flots de la mer par un violent orage; le bruit épouvantable gui signale

^i) FL Joseph. Ant. jud. lib. iv. cap. Z.-^Numev. cap. xvr vers. aS-So.

A'ji) DES SCIKNCKS OCCULTKS.

Po/iK'erliif'e de Pabinie ; la promptitude avec la(|iieIlo le ^foullre se l'elernie sur les victime > (pril >ient de dé\orei' (i)^ ces circonstances réunies semblent philùt indiquer l explosion (fune mine^ telle que l'on en pratique aujourd'hui dans les siég(\s, où l'on remplit unv excavation peu considérable, d'une composition (ulminantc, pro|)re à soulever le sol er à ensevelir sous ses débris totit ce qui était à la surface.

Que la mine lut chargée d'un mélange de soufre et de limaille de fer, comme celui dont se compose le volcan de Lcmery'y on ne* peut le su|>|)oser. En s'enllammant, ce mélange ne donnerait à 1.^ terre qu'un ébranlement beaucoup trx>p léger. Etait-ce donc une compe)sition analogue à celle de la poudre à canon? Admettons Taflirmative ; supposons epie les succe\ss(îurs de Moïse se soient aprè> lui transmis ce secret de main en main ; nous trouvons Te^xplication la plus claire , et penlétre la seule aelmissible , de la défaite de> Philistins , sous la judicature de Samuel. Le li^re eles Kois se* borne à élire tpie le Seigueui

1 /■'/ las, j>li Ant jud II II. i\ (.1(1. .)

DES SCIENCES OCCULTES. 'J^l

vcc fracas , gronder son tonnerre sur les

mis d'Israël , qui s'enfuirent frappés de

ur (i). Josèphe (2) peint les Philistins

uant le peuple de Dieu, dans le lieu

e où il s'était réuni pour offrir un sacri-

olennel ; dans le lieu où Samuel , si l'on

ge par la longueur de la cérémonie et

) publicité du rassemblement qui l'avait

dée , a sans doute eu dessein de les at-

1 ils chancellent , ils tombent dans des

''S subitement ouverts ; de toutes parts,

it-de la foudre, des flammes brillantes

sent leurs yeux, dévorent leurs mains ;

>les de supporter plus long-temps le

* leurs armes , vaincus sans combat ,

' <? n'en dérobe qu'un petit nombre à la

-' ' re.

(^onstances rappellent trop bien celles • * rt de Dathan et d'Abiron , pour que

«niracles n'aient pas été produits par tause. Mais, objectera-t-on , l'em- '(^l secret , si les Juifs l'eussent dèsdé, se serait renouvelé dans les

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