‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 2)Chapitre 69 sur 80 · S VI · texte numérisé non relu

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rxplicatiapi all^oriques da emblèmes où figurait le Serpent.

Chaque égliae avait son dragon : Fémulation de la piété extérieure fît que , dans ces représentations , on enchérit à Tenvi pour inspirer aux spectateurs l'admiration , l'étonnement et l'effroi. La partie visible du culte devient bientôt la partie ta plus importante de )a religion , pour des hommes uniquement attcntirs à ce qui frappe leurs sens : le dragon de la procession des Rogations était trop remarquable pour ne pas attirer l'attention des peuples et usurper une grande place dans leur croyance. Chaque dragon eut. bientôt sa légende particulière , et les légendes se multiplièrent à l'infini. A ceux qui révoque^ queraient en doute l'efBcacité de cette cause, nous répondrons par un fait : les chrétiens d'Orient n'ont point adopté l'institut*;^;

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Rogations ; la victoire remportée par un être céleste sur un serpent , figure rarement dans l'histoire des saints qu'ils révèrent.

Le mot dragon contracté en delui de drac^ a désigné des démons , des esprits malfaisaiis que le Provençal crédule plaçait sous les eaiu duRhône^etquise nourrissaient de la chairde> hommes; faire le drac était synonyme de fain^ autant de mal que l'on suppose au diable le désir d'en faire (i). Les personnes jnordues par un serpent étaient guéries dès qu'elles approchaient du tombeau de saint Phocas , grâce à la victoire qu'en subissant le martyre, ce héros chrétien remporta sur le diable^ l'antique serpent (2). Quand , au VIII* siècle, on racontait qu'on avait trouvé un énorme serpent dans le tombeau de Charles-Martel (2 \ voulait-on insinuer autre chose , sinon que le démon avait fait sa proie de ce guerrier, qui sauva la France et peut-être l'Europe entière du joug des musulmans 1, mais qui eut le mal-

(1) Du Gange. Glossar. rerbo Dracus. — Millin. Fo/a^e doHê l'intérieur de la France, tome m. pages 45o-4^'-

(a) Gregor, Turon. De Miracid. lib. i. cap. 99.

(3) Mézerai. Abrégé chronologique de l'Histoire de Prenccannée 741.

heur 'de contrarier l'ambition des chefs de l'église et la cupidité des moines ?

Il semblait donc naturel de croire , comme renseigne egq>re8séa)ent l'auteur du Rationale (i), que le serptnt ou dragon^ porté à la procesùon des Rogations, était l'emblème de l'esprit infernal , dont on demandait au ciel la défaite ; et, d'attribuer cette défaite ï l'intercession du saint que , dans chaque diocèse et dans chaque paroisse , révéraient plus particulièremen ties Gdéics.

Ce genre d'explication a été reproduit sous diverses formes, par des chrétiens sensés qui ne pouvaient admettre , dans le sens physique, des récits trop souvent renouvelés pour avoir jamais été vrais.

Le démon est le vice personnifié : les victoires remportées sur le vice , pouvaient donc être figurées parle même. emblème.

A Gènes, sur la petite place qui est près de l'église do Saint-Cyr , on voit un ancien puits où se cachait jadis- un dragon dont le souffle faisait périr tes troupeaux et les

(i) Gnîll. Durant. Saiioaale divinor in& rcclo.

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hommes. Saint-Cyr conjura le monstre , le força de sortir du puits et de se précipiter dans b merÇi). Des tableaux représentent encore ce miracle, que les érudits interprètcDt allégoriquement , par les victoires que remportait le saint prédicateur sur IHmpiété et le libertinage. La même interprétation pouvait convenir au triomphe de saint Marcel sur le serpent qui désolait Paris , puisque^ dit-on , (( ce serpent parut hors de la ville , près du tombeau d*uïïe/èmme de qualité qui avait vécu dans le désordre (a). »

M. Dulaure(3), cependant, pense que cette légende* et un grand nombre d'autres ont figuré le triomphe de la religion chrétienne sur la religion des Romains et sur celle des druides. L'incrédulité , en effet , est le pire des vices , aux yeux des chefs d'une religion : on est souvent corrompu à la fois et supers-

Ci) DeserifUion des Beautés de Gênes, in -S*. Gènes, 17S1. pages 39-41* — Mil lin. Voyage en Savoie et en Piémont, tome IX. page aSg.

(9) Les Vies des Saints pour toits les jours de tannée, tome u. page 84.

(3) Dulsure. Histoire phjrsique, civile et morale de Perisy 1" édit. pages i6t-i6a et i85-i86.

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titieux ) et par conséquent soumis aux prêtres ^ on n'est jamais soumis , quand on ne croit pas*

Le dragon que vainquit saint Julien (i)., avait son repaire prés d'un temple de Jupiter : sa chute a pu figurer celle du polythéisme , lorsqu'à la voix de l'apôtre du Mans ^ les adorateurs renversaient les autels du dieu détrâné et laissaient son temple désert*

Aux lieux où fut jadis Épidaure ^ on voit une cas^eme que la tradition a désigné quelquefois comme la retraite de Cadmus métamorphosé en serpent ; m^is plus souvent comme le séjour du serpent d'Esculape. Quand saint Jérôme raconte comment , à Épidaure , saint Hilarion triompha d'un serpent dévastateur que récelait cette même ciwerne, les érudits semblent en droit de voir dans son récit, l'emblème de la victoire du prédicateur de l'évangile sûr le culte d'Esculape (a). Ils expliqueront par une allégorie semblable le

(i) Mémoires de l'Académie celtique, tome ir. ptge 3i i.

(3) Àppendini. Notizie istorico-cHtiche sulle antichitâ, etc. de' Ragusei. tom. i. pag. ^o, — Pouque ville. Voyage dans la Grèce- tome i. pages a4'35.

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miracle qui rendit saint Donat ^ éyéque de Corinthe, vainqueur dhin serpent tellement énorme , que huit paires de bœufs avaient peine à traîner son corps privé de vie (i). La date du miracle , l'an 899 , rappelle en effet l'époque où le paganisme succomba , sans retour, sous les coups redoublés que lui portaient k l'envi les deux fils de Théodose.

Un dragon monstrueux désolait les environs de Theîl , près de la Rocke-<iujc^Fécs (département d'Ille-et-Vilâine) : saint Amel, apàtre de cette contrée , le traîna avec son étolé jusqu'au sommet d'im mont , et lui ordonna de se précipiter dans la rivière de Seiche. M. Nouai de La Houssaye pense que ce miracle figure la victoire remportée par le saint sur les derniers restes de la religion druidique ^ dont la Rtmh^-aux^Fées avait tu jusqu'alors se perpétuer les cérémonies. II explique de même la répétition d^un miracic semblable dans la légende de saint Effiam, et dans celle de quelques autres saints (2). On étendra volontiers sa conjecture aux œuvres

(1) Sigeberti Chronicon, anno S99.

(») Mémoires de l'Académie celtique, tome ▼. p. 377.

DES SaENCES OCCULTES. Sog

d'un Thaumatui^e qui, devant une pierre probablement druidique , et honorée encore aujourd'hui par des rites superstitieux, vainquit un dragon qui désolait le territoire de Neuilly- Saint-Front .y dans Tarrondissement de Château-Thierry (i).

L'hérésie , non moins que les fausses religions, est réputée l'œuvre de l'esprit de ténèbres (2). he dragon dont , jusqu'en 17 28, les chanoines de Saint-Loup, à Troyes, ont porté, à ta procession des Rogations, une image en bronze (3), passait pour l'emMêmè de la victoire remportée par saint Loup sur l'hérésie des Pélagiens.

(1) Mémoires de la Société des Antiquaires de France. tome 1. pages 496-4^7.

(a) Pdur célébrer l'anathème porté dans le concile <le Constance contre la doctrine de Jean Hus et de Jérôme de Prague 9 et le supplice de ce* deux infortunés y l'empereur Sigiamond institua l'ordre du Dragon renuersé : le Pragqn figurait l'hérésie vaincue. Dictionnaire de Moreri. art. Dragon renversé.

()) G|-osJey. Éphémérides, 3* partie, chap. gt. tome 11. pages asa-aaS. •

3lO DES SC1BHCB8 OCCULTES.

S vn.

Mult^lkité des fidtsde œ genre, afloptés.oonuiiedek

lits réels»

Mais les allégories ne sont pas à la portée de la multitude ignorante et dressée à croire aveuglément. Le serpent promené aux jours des Rogations, fut généralement r^ardé comme la représentation d'un serpent réel , à l'existence duquel on ne craignit pas d'assigner une date certaine. En vain révélait-on aux superstitieux le sens de l'allégorie ; en vain , par exemple, montrait-on , dans un tableau , saint Yèran chargeant de liens l'esprit infernal : on persista à croire et à raconter que le territoire d'Arles fut jadis délivré par saint Yèran , des ravages d'un serpent monstrueux ; et un tableau placé à côté du premier, a perpétué le souvenir de cette vie-

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toire (i), remportée, conformément à l'origine de la légende , à l'entrée d'une gi'otte , auprès A^ nue fontaine.

Chaque paroisse ayant son dragon ^ l'histoire du monstre varia encore plus que ses formes : l'imagination et la crédulité lui attribuaient des œuvres surnaturelles. De l'effroi , on passa même au respect , et plus loin en-* core.. Le dragon de Poitiers (a) était pieusement surnommé la bonne sainte f^ermine ; on le priait avec ferveur ; on s'empressait d'y faire toucher des chapelets : soit que-, nK>nument adoptif^.il fût resté ce. qu'il avait' été jadis , une idole ; . soit qu'il le fût devenu peu à peu , au miliea d'une population su^perstitieuse.

Plus communément , l'emblème du principe du mal fut environné de signes de haine et d'horreur. Son histoire justifiait ces sentimens : il avait été le fléau du pays dans lequel on promenait son image. .Son venin

(i) J*ai TU ces peintures dans la Majore y église cl'Ar]os , en i8i3.

(i) Mémoire» de la Société des Antiquaire» de France. tome I. page 4^4 * — Mémoire» de l'Académie celtique . tome v . page 5i-55.

3 1:2 DBS SCIBIICBS OCCULTES*.

avait empoiscHuié \esfonUUneSf et son ^hl~ arait infecté l'air de maladies contagîeii^tn dérorait les troupeaux , déchirait les b iimes, choisissait pour victimes de /eli^ fiUes ^ des vierges consacrées au âei^^u: les enfuis di^araissaient engloutis clans 1 :bime de sa gueule épouvantable. ... A. Pro^^^ 'jusqu'en 17619 les paroisses de Pfotine-Ihi:^ et de Saint-Quiriace faisaient porter à la accession des Rogations , l'une , un drc^g^^n sj- . l'autre, un monstre nommé Lézarde. : odeux animaux avaient désolé autrefois la si [ et ses environs (i). Saint Florent vînt , f ^ ) Tordre de dieu , se fiuLer dans une groUt c . coAftmt^ située sur la rive gauche de la ^Ltcii^' et en chassa les serpens dont elle était remplie. Bientôt après il délivra les habitons <> Mup (aujourd'hui Saumur) d'un énorme serpent qui dévoraât les hommes et les aiiimaa\< et se cachait dans un bois , près des bord^ de la Vienne (3).

A Tonnerre, le saint ahhé Jean fut vain-

(1 ) Ch. Opoix. UUUiirt et detcription de Provins in ^ Provins > «8''- P*g«* 435-436.

(a) J.-J- ®0din. Recherches hUtoriquet sur Saumur €i u Unut-Af^h^' tome i. pages 117-122.

DfES SCIENCES OCCUI^TES. 3l3

queur d^un basilic qui infectait les eaux d'une Jontcûne (i). La poivre de Larréf à laquelle un proverbe bourguignon assimile les femmes accusées d'avoir une mauvaise tête (2% était un serpent^ caché prés â!une Jbntuine , dans le voisinage d'un prieuré de l'ordre de Saint- Benoit ^ et qui ^ par ses ravages , fut longtemps l'objet de la terreur publique. A Âix^ en Provence^ la procession des Rogations va déposer sur un rocher, appelé le Rocher-du- Dragon et voisin d'une chapelle dédiée à saint André , la figure d'un dragon tué par l'intercession de ce saint apôtre (3). Non moins secourables que saint André et saint Georges, ' saint Victor , à Marseille , parait vainqueur d'un reptile monstrueux (4) ; saint Théodore foule aux pieds un serpent (5) , et saint Se-

( &) Gr€g. Turoa. De glorid confessor. cap. 87;

(3) La Moniioye. Noël borguignon, in-ia. 1729, page 3()()- 400.-:- Vivre j vouivre ougutVre, vipère, serpent.. Le mot guivre a conscrré ce sens dans le vocabulaire du blason.

(3) Fauris Saint -Vincent. Mémoire sur Vancienne cité

d'jâix Magasin encyclopédique , année 18 11. tome vt.

page 287.

(4) A Tabbaye de Saint- Victor, à Marseille.

(5) Dorbessan. Essai sur lesserpens sacrés. Mélanges historiques y critiques f etc. tome 11. page i38.

3l4 1>^ SCIBWCES OCCULTES.

coud, patron d'AEStl, est représenté à cheval, perçant un dragon de sa lance (i). Noos citerons encore plusieurs légendes semblables^ sans avoir la prétention d'épuiser le sujet. Nous connaissons Torigine commune à toutes^ et la cause qui, depuis le*V* siècle^ a dû les multiplier dans l'occident : loin qu'on s'étonne de leoir nombre , on pourra s'étonner de ce qu'il n'en subsiste pas d'avantage.

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