XIII
Résumé.
La discussion de cette conjecture, que nous soumettons au jugement des archéologues, ne nous a point écartés de notre su-
jet. Nous nous sommes proposés de rechercher comment un récit évidemment absurde, faux, impossible y a pu se répandre , se multiplier ; et toujours le même sous mille former diverses, trouver partout une égale et constante crédulité.
Oies faits réels , des métaphores usitées auraient pu quelquefois y donner occasion ^ mais non le faire sortir du cercle étroit où Ton observait les uns y où l'on mettait les autres en usage.
Un accident aussi local, aussi variable que l'est le débordement d'une rivière , n'a* pu être représenté universellement par la mène allégorie , qui d'ailleurs ne s'y applique qoe d'une manière très-imparfaite.
Le prétendu y^xf^ n'est, dans l'origine, que l'expression d'un tableau astronomique ^ adopté par la plupart des mythologies de l'antiquité (i).
! t) Taurais pu citer encore Hercule» rainqueur du dragon du jardin des Hespërides , monstre dont la défaite fut suivie de la découverte d*unej^ntame jusqu^alors inconnue (JlpoUim. Bhod. ArgonoMUic. lib. rv) ; le dragon habitant d'une sombre caverne, et gardien de \ikfpntaine de Mars, tué par Cadmas« qui depiiis fut lui-^é^e trai^^formé en seqient; le dragon
Quand la tradition de ce dogme du polythéisme aurait dû céder aux progrès du christianisme , une cérémonie extérieure , consacrée dans cette religion, créa presque autant de répétitions du mythe originel^ que l'Église d'Occident comptait de réunions de fidèles. En vain s'eflbrça^t'-on d'appeler l'attention du vulgaire sur l'allégorie qu'exprimait la cérémonie : son esprit, comme ses regards , resta fixé sur la représentation physique. Ses habitudes l'emportant sur sa piété, ce ne fut pas exclusivement parmi les habitans du ciel qu'il chercha ses libérateurs; il en reconnut parmi les hommes , surtout quand, pour se conformer à un point de l'allégorie astronomique , ii dut supposer que le vainqueur avait perdu la vie au sein même de la victoire. Les noms des personnages célèbres, ceux des nobles dont il craignait la puissance pu admirait le courage, vinrent s'appliquer à cette tradition sans cesse rcpro-
dont Diomcdc, à son retour de Troie, délivra les Corcrréens {Heraclides in Politiû)', Cenchréus, que les habitans de Salamine, dans Pile de Chypre, prirent pour roi, lorsqu'il eut délivré la contrée d'un serpent énorme qui la désolait '"SoëX.Dictionn. delà Fable ^ art. Cenchreus., etc., etc.
35a DBS SCIENCES OCCULTES.
(Juitc. On falsifia les souvenirs historiques pour l'y retrouver; toute représentation physique, propre à en réveiller le souvenir, en renouvela le récit; on la chercha dans des monumens et dans des emblèmes qui loi étaient étrangers , et jusque dans les signes qu'avaient inventés la gloire ou l'orgueil militaire. On alla même ( si notre dernière conjecture n'est point téméraire) jusqu'à altérer les symboles et les croyances d'une mythologie antérieure pour les hii approprier... Singuliers progrès d'une crédulité , non-seulement facile et aveugle, mais avide, mais insatiable ! Ne méritent-ils pas d'être signalés aux méditations des philosophes? L'histoire de la crédulité est peut-^être la branche la plus étendue, et, h coup sûr, l'une des plus importantes de l'histoire morale de l'espèce humaine.