‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 3)Chapitre 19 sur 33 · XI · texte numérisé non relu

XI

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:2'74 ^£S «CIENGSS OGCVLTBS.

raculeux en délivre la contrée exposée à ses ravages. Dupuis (i) et M. Alex. Lenoir (2) ont reconnu , dans ces récits , l'expression figurée des thèmes astronomiques de Persée^ libérateur d'Aiidroméde vfxeusicéù par une baleine, d'Orion vainqueur du serpent, emblèmes eux-mêmes de la victoire que remporte la vertu sur le vice , le principe bienfaisant sur le principe du mal ; et en laissant ^ tomber tous les voiles allégoriques ^ de la victoire du soleil du printemps sur l'hiver, • et de la lumière sur les ténèbres.

.V C'est sous un autre point de vue que nous

• \ nous proposons de traiter le même sujet :

•" -nous rechercherons comment l'emblème astronomique a été si fréquemment converti en histoire positive ; quelles causes ont , en divers lieux , introduit , dans la légende , des . • variations remarquables; pourquoi, enfin, on

a réuni ou ramené à cette légende d'autres • mjrthes ou d'autres faits qui, originairement^

lui étaient étrangers.

(i) Dupuis. Origine de tous les cultes.

f2) A. Lenoîr. Du Dragon de MeH, appelé Gmdaittfjèîc, Mémoires de l'Académie e^i^M*e.'tome u, pa^ea (-90.

W» SCIBIfCES OCCULTES. 3^5

Des reptile^ parvenus à une croissance peu ordinaire ont fait naître ou ont accrédité plusieurs de ces récits. *'

A-t-il jamais existé des reptiles d'une pppçortioïi ' assez extraordinaire , dps animaux d'une forme assez moustrueiiçe. pour donnef* une orîgî|i« naturelle aux récits que nous discutons ? *

On a tué, prè3 dp Ça^ç^utta, en ï8i5 , un * crococ^ile 4^ ^7 ^ ,J8 piçds aç^glais de Ion- *

gueur, armé de griffes én^rme^. « ^ l'endrok où la téta est jointe au. x^çrps ^ on voyait un renflement, d'pù sortaient quatre saillies os- *" *

sejases ;.snr le dos étaient trois autres rangs ■• ^^

de saillies sepabl^bles.j et quatre s'apl)ror ^

chaient de la queue , dont le^ bout formait une 3orte de scie ,. ét^t la continuation de ces rangs de saillies* » (i) Ç^ts- renflemens , ces saillies oss^i^es, regardées arec raison comme une arine défensive , on les retrouve

(i) Bibliothèque universelle (Genève). Sciences, tome iv* pages 2aa-2a3.'

2n6 DES SCIENCES OCCULTES.

sur la fameuse Tarasque de Tarascon , et sur plusieurs dragons ou* serpens , représentés dans les tableaux de diverses légendes. Ici encore , la fiction a pu commencer par la peinture et l'exagération d'un fait réellemient observé.

Le bruit se répandit , il y a quelques an-> nées , que l'on avait tué , au pied du mont ,Salêve, un reptile monstrueux. Déjà l'on commençait à lui attribuer des ravages proportionnés à sa taille. Sa dépouille fut examinée à Genève et ensuite à Paris , par des naturalistes : ce n^'était qu'une couleuvre qui avait pris un accroissement remarquable ^ mais nullement prodigieux. Dans uiï siècle moins éclairé , en aurait-il fallu davantage , pour fournir, à la crédulité' des montagnards de Savoie, un récit merveilleux, que la tra- . dition aurait consacré et peut-être augmenté à^^^e en âge ?

L'histoire a consacré le souvenir du serpent qu« Régulus combattît en Afrique avec des machines de guerre : c'était probablement un boa parvenu à son dernier degré de croissance. En accordant quelque chose à l'exagération , langage naturel de la surprise et de la

DES. SCIENCES OCCULITES. 377

crainte 9 il devient facile de réconcilier ici la tradition avec la vérité et la vraisemblance.

Souvent même il n'est pas nécessaire de supposer beaucoup d^exagération. £lien(i*) cite des reptiles d'une grandeur extraordinaire. Rappelons-nous qu'un respect presque religieux pour la vie de certains animaux, dut jadis , et surtout dans l'Inde , permettre aux serpens d'atteindre , en vieillissant , des di- ']tiensions énormes. Ce respect fut secondé par la superstition qui consacra, dans tes temples^ plusieurs de ces reptiles. Alexandre, .dans un temple de l'Inde, admira un serpent qui avait , dit-on , soixante-dix coudées de longueur (2). Nous savons qu'on révérait dos dragons sacrés à Babylone (3) , à Mélite en Egypte, en Phrygîe, en Italie, en Épire (4), en Thessalie (5), et en Bœotie , dans la grotte de Trophonius (6).

Observons enfin, que tes progrès de liât ci-

(1) Aelian, De Nat* aninti passim. et lib. xvi. cap. 39. (3) Ibid.- ibidem, lib. xy. cap. la.

(3) DooiW. cap. xiv..

(4) jièlian. De Nat, anim, lib. xi. cap. i^.libv xiucapi- 39. Cap., lib. XI. c. ai6.

(5) AriatouL De mirabil Auscult,

(6) Suidas y verbo Tropkoniodt*

2'jS DBS SCIENCES OCCULTES;

▼ilisation ont chassé ces grands reptiles d6âF pays où ils vieillissaient en. paix autrefois. Il n'existe plus de boas en Italie. Solin (i) place des boas en Calabre ; il décrit leurs habitudesarec assez d'exactitude pour qu'on ne puisse supposer qu'il ait Toulu parler de couleuvres^ monstrueuses. Pline confirme son récit , en citant un boa dans le corps duquel on trouva un enfant ; il avait été tué au Vatican ^ sousle règne de Claude , trente ans au plus avant Fépoque à laquelle Pline écrivait (.2).

Ces faits positifs préparaient la crédulité à confondre avec l'histoire toutes les légendes où une autre cause faisait figurer des serpens monstrueux.

s IL

D'autrçs ont eu pour base des expressions %urées que Ton a prises dans le sens physique.

Il n'existe point de serpens ailés , de véri-

(i) Solin. cap. vin.

(n) Plin. Uist. nat, lïh. viir. cap. t\.

OfiS SGIEIICES OGCiJLTJSS. TJ^

tabJe» dragons : l'union de deux natures m diverses a été originaireoient un hiéroglyphe^, un emblème. Maî&la poésie^ qui vit de figures^ n'a point hésité à s'emparer de l'image et de l'expression. Les reptiles qui déchirèrent les fils de Laocoon^ sont appelés dragons ^r Q. Calaber (i); Virgile leur donne touTTà-tour le nom de dragons et celui de serpens Ç2).

Lesdeux noms paraissent avoir été synonymes dansle langage poétique ; et les ailes dont on dotait les dragons^ n'étaient que l'emblème de la promptitude aVee laquelle le serpent. s'élance sur sa proie ou s'élève , pour la saisir, jusqu'à la cime des arbres. Ici, comme dans beaucoup d'autres circonstances , les expressions figurées ont pris aisément de la réalité dans la Croyance d'un vulgaire non moins ignorant qu'avide de merveilleux-

Le grec moderne donne le nom énergique de serpens ailés aux sauterelles dont les essaims, apportés parties vents, viennent dé—

;i) Q. Cal^ber. De Bello trojano. lib. xiu.

(2) « Immensîs orbibus, angues (vers ao4).

u Serpens amplexus uterque (vers ai4)* ce Délabra ad summa dracones >> (vers aa5).

Virgil. Jleneid. lib. ii;

!28o DES SCIENCES OCCULTES. *

vaster ses moissons (i). Cette métaphore est probablement ancienne ; elle peut avoir créé plusieurs récits sur l'existence des serpens ailes.

Mais ces explications , et celles qui se rat^ ' t^hent à des faits physiques , sont vagues , et d'ailleurs purement locales ; elles ne peuvent s'appliquer à un fait précis ^ que l'on retrouve dans tous les pays et dans tous les temps ) avec le même fond et des variations légères dans les circonstances prindpales.

Serpens monstrueux , emblimes des ravages produits par le dâ>ordeiiient des eaux..

Saint-Romain^ en 720 ( ou 6:28 ), délivra la ville de ^.ouen d'un dragon monstrueux. « Ce

( i) Pouquerille. Voyage dans la Grèce, tome m. page» 56a- 563.

DBS SCIENCES OCCULTES. 28 1

mîracfe ( est-il dît dans une Dissertation sur le miracle de Saint^Romain et sur la Gar^ gouiUe ) n'est que l'emblème d'un autre 'miracle de Saint-Romain , qui fit rentrer dans son lit la Seine qui était débordée et qui allait inonder la ville. Le nom donné par le peuple à ce serpent fabuleux en est luimême une preuve : gargouille vient de g^wrgeSf efc.{i))).

A l'appui de son opinion^ l'auteur cite cette* strophe d'un hymne de Santeuil :

Tangit exundans aqua civitatem ; yôce Romaniia jubet efficaci ; Audiunt fluctua , docilisque cedit Unda jubenti.

Il observe enfin qu^à Orléans^ ville fréquemment exposée aux ravages des eaux qui baignent et fécondent son territoire^ on célébrait une cérémomé semblable à celle qui rappelait à Rouen le miracle de Saint-Romain.

(i) Uiitoire de la vHU de Rouen y* par Servin. 1775. 2 voi. in-ia. tome 11. page i47-

262 DES SCIEBTOBS OCCULTBS.

Il aurait pu citer encore un grand nombre' de traditions propres à étayer sa con|ecture»

lî'ile de Batz^ près Saint-Pol de Léon^ était désolée par un dragon. épouvantable. Saint*^ Pol ( mort en 594 ) précipita le monstre dans^ la ; mer^ par la vertu de son étole et de son b&ton. Cambry .( i ) , qui rapporte cette tradition, nous apprend que la seule fontaine qui existe dans File de Batz , est alternativement couverte et découverte par le flux de la mer.

Il raconte ensuite que « près du château de la Roche-Maurice, près dé l'ancienne rivière de Dordoun , un dragon dévorait les hommes et les animaux (2). »

Il semble assez naturel de voir dans ces deux récits l'emblème des ravages de la mer, et de ceux de la Dordoun.

Saint -Julien, premier évêque du Mans (en^Sg), détruisit un dragon horrible, au village d'Artins , près de Montoire (3). Ce

(1) Gambry. Foyage dans le département du Finistère. tome 1. pages t^*j'i^S.'

(2) Ibid. ibid, page 57.

(3) Moreri. Dictionnaire historique , art. Saint Julien. — M. Duchemin-La-Chenaye donne, au tliéâtçe de cette vie-

• DES SCIENCES 0CG17i;.TË$. 2^3

dragon^ dans le système que nous didcutons^ représentera lés débordeoiens du Loir , qui coule dan» le voisinage. Ils seron): aussi figu*rés par le. dragon de neuf ou dix toisas de lohg^ont triompha, vers la fin du lY' siècle, saint Blé ou Bienheuré ermite , habitant près de Vendôme , dans une caserne à côté d'une foniaine(î). Les débordemens de la Moselle le seront par le GraouilUy serpent monstrueux que vainquit à Metz saint Clément (2) ; et ceux du Clain , par le dragon de Poitiers qui se cachait près de cette rivière, et dont la mort fut un bienfait de sainte Radegonde , vers le milieu du VP siècle (3).

On expliquera de même , par les débordemens du Rhône, Phistoire du monstre de Tarascon , que sainte Marthe , ' au premier siècle attacha avec sa jarretière et fit mourir ,

toise, le nom de U Boche-Turpmi Mémoires de l'Académie celtique, tomeiv. pageSxi.

(i) M, Dachemin-La-Chenaye. Ibid. pages 3oS et suirantes.

• (a) A. Lenoir. Du Dragon de Metz, etc. Mémoires de l'Académie celtique, tome ii. pages i et siiiFantes.

(3) M. Joujneau-des- Loges. Mémoires de l'Académie ce/t{^u«. tome V. page 57 .

«284 ^^ SCIENCES Occultes*

et dont la représentation^ nommée TarasquCy est encore aujourd'hui portée en procession* dans la ville^le lendemain de la Pentecôte (i). Les débordemens de la Garonne auront pour emblème le dragon de Bordeaux^ cédtfit à la vertu, de la verge de saint Martial (a) au XP siècle^ et le dragon de saint Bertrand de* CommingeS) subjugué par Tévéque saint Ber*> trand^ en 1076(3).

Ainsi le dragon dont saint Marcel délivra»

Paris (4) ) celui dont un monument attestais les ravages au village de Torcy^près de Lunéville (5) ^ et le dragon ailé de l'abbaye de

(1) Rouvière. Foyage du tàurde la France, iû^n. 1713. pages 4<)i~4^3.»- Dulaure. Description des principaux- lieuoo delà France, tome i. page 16. art. Tarascon, — Millin. f^ojrage dans le midi de la France» 4 '^^^' in -80. tome m. page 45i-553. I^a figure de la 7am«^e se trouvedans Tatla» du Voyage , planche 63 ^ mais elle est peu exacte.

(2) M. Decayla Mémoires de l'Académie celtique, tome it. pages v)i-i%ê^.

(3) M. Ghaudnic. Mémoires dé l'Académie celtique. tome lY. page 3i3.

(4) Les Fies des saints pour tous les jours de. Vannée. 3 Yol. in-4®. Paris, 1734. tome 11. page 84* Vie de saint Mar* cel, 3 noYembre. '— Gregor. TUron, De gloriâ confis^. cap. 89. -~ Ou croit c^ue saint Marcel occupa le siège épiscopal de Paris vers la fin du IV* siècle . .'

(5) D. Galmet. Journal de Ferdun y îjain 175 1. page ^^i .

DES SCIENCES OCCULTES. a85

FlBiiry (i) offriront les images de la Seine ^ de la Meurthe et de la Loire débordées..

Ainsi ^ à. Lima , le jour de la fête de saint François d'Assise, si l'on voit figurer à la proce^ion, -un monstre idéal nommé TeraS" que (s) (dont le nom rappelle la Tarasque provençale), on se rappellera que Lima, peu élo^née de la mer, est arrosée par une rivière qui fournit dé l'eau dans chaque noaison.

Ainsi, M. Champollion explique avec vraisemblance l'hiéroglyphe des deux énormes serpens à tête humaine que l'on voit dans réglisQ de Saint - Laurent de Grenoble , par le proverbe : « Serpens et draco devorabuht urbem , transporté dans la langue vulgaire en ces deux vers :*

« Ijo 8orpeîii*et lo diiigon .

Mettront Grenoble en savon , »

faisant allusion ainsi à l'emplacement de la

(x) Du Cange. Giossar. verbo Draco. a *tom; ii.

pag. 1645.

(3) Tableau de l'état actuel du Pérou y extrait du Mercu rio peruviano, — AnnaUs des Fo^a^es, par M. Malte-Brun, tome t. page 92.

ville, située à l'embouchure du Dràc{J)raco\ dans Vïsèny représenté paji* lé serpent, dont cette rivière itnite assez , par son cours , les replis tortueux (i).)) La comparaison des sinuosités d'ufi fleuve aux replis d'Uh serpent, se retrouve en effet dans lé langage populaire et dans les noms qui en sont émanés, autant que dans les triétaphores des poètes. Près d'Héléno-Pole ,• vîllé de Bîthyme, coulait le fleuve Draco , Dragon : .ce nôni , dît f rocope(!2) lui avait été donné à cause de ses nombreux détours qui obligeaient les voyageurs K le ti^aVersér vingt foie de suite.

Par une raison analogue, sans doute ^ une rivière qui sort du mont Vésuve, et arrose les murs dé Nuceria (Nocerà), portait aussi le nom de Dragon (3). .

Cette explication est oncor-e fortifiée par un aveu d'autant plus remarquable que l'écrivain à qui il est échappé a recueilli et présente d'abord comme des fàîtfe cterrtaîns , tbus

(1) Dissertation sur un monument souterr<am existant à Grenoble, in 4°» an xii. — Magasin encyclopédique. ix« anr née. tome v. page» 44^"44^'

(2) Procop. De aedifiç. Justin, lib. «r. ^p. a

(3) Procop. Hist. Mise. lib. i. cap. 55.

les qontes populaires ^ur les dragons et les serpens monstrueux, qu'au commencement du XVIII* siècle , on débitait dans l'intérieut de la Salisse. Sdieuchzer(ï) conrient que Pcm â: donné souvent le nom de^Bruch ( Drato ) aux torrens impétueux ^i se répandent tout* d'un coup en avalanches. Le dragéu^ s'écrit* t-on alors , a fait irruptUm. . . . . { Erupit Dracp ! ). La cavité où. le torrent • préÂd- sa source ^ et celle où s'engloutissent ses eaux durent s'appeler, en cooséquenee^ Trçu du dragon y Marais du dragon y nottis ii^ue nouB retrouveromj* dans plusieurs lieu* rendus oé^j lébrès par quelqu'une des légendes qui nous occupent.

•Malgré la vraisemblance que préseittent plusieurs de ces rapprochemens ^ deux ob^ jectîons graves repoussent le système qu'ils sont destinés à établir.

I* S^il est aussi facile à un pouvoir surnaturel d'arrêter les débordemens de la mer ou d'un fleuve que de mettre à mort un ser-

( I ) Scheuchzer. Itinera per Hehetiae alpinas regiones, etc . tom. m. pag. 377- '97.... f^ide pag. 396 et pag. 383. 584. 389. 390.

pent monstrueux , la parité n'existe pas pcnit* lès forces bornées d'un homme. ordinaire. Or, nous verrons figurer, dans les légendes , des chevaliers, des soldats, des bannis, d'obscurs malfaiteurs qu'aucuj^e grâce céleste n'appelait à opérer des miracles. A qui persuadera-t-on qu'un seul homtne , quel que fût son zélé ou son pouvoir^ soit parvenu à faire rentrer dans leiw Kt, la Loire ou la Garonne couvrant au loin la plaine sous leurs eaux débordées ?

2"" La multitude des légendes ne permet pas de croire qu'en des lieux et des temps si divers, on se soit accordé à figurer par le même emblème des événemens semblables, mais particuliers à chaque époque. Un emblème constamment identique suppose. un /kit, ou plutôt une allégorie reçue dans tous les temps et dans tous les lieux. Telle est celle du triomphe que remporte lé^o/nqueur célestes, le principe du bien. et de la lumière, 5ur le principe des ténèbres et du mal, figuré par \e serpent*

.DES SaENCËS OCCULTES, 289

§ÎV.

Légende du Serpent, transportée des tableaux astrono^ ' miques , dans la mythologie et dans Thistoire.

Nous ne retracerons point ici , dans ses dé- * tails, le tableau astronomit}ue de ce trioniplte éternellenvnt renouvelé : observons seule* mentque trois objets accessoires s'y groupent, dans presque toutes les légendes, avec le sujet principal ; une werge, une jeune ^lle, ou une Jemme; un abîme^ une cas^erhe ou uiie grotte ; et- la mer^ une ris^ière^ une fontaine ou un puits (i). On retrouve même un^partie de cette légende ^nise en action ^ si je puis m'exprimer ainsi ^ dans la manière dont recevaient leur nourriture les dragons sacrés d'Épire, de Phrygie et de Lanuvium : elle leur était portée dans leur cas^eme par une

(1) A. Lenoir. Du Dragon de Metz, ^tc. Mémoires de VAcadémie celtique, tome 11. pages 5-6.

if. 19

290 DES SGIENGEâ OCCULTES.

mergCy qu'attendait une punition terrible , si elle avait usurpé son titre (i).

La mythologie grecque est trop connue pour que nous ayons besoin de rappeler Apollon, perçant de ses flèches le serpent Python , à l'entrée de la grotte où la werge Thémis rendait ses oracles ; Jason que , sur les bords dn^eus^e de la Golchide , le secours de Médée , ^vierge encore , rend vainqueur du dragon qui gardait la toison. d'or ; ou Hercule et Persée , délivrant Hésione et Andro'mède^ prêtes à devenir la proie d)ftn monstre sorti de la mer.

Suivant une légende que la' foi chrétienne ne consacre que dans le sens figuré , mais que les [>eintres et la foule des croyans ont adoptée dans le sens propre , saint Michel terrassa et perça de sa lance un dragon vomi par Vabime infernal, le même, suivant Dupuis, qui , dans l'Apocalypse , poursuit la werge céleste. A une demi-lieue du chemin de Baruth ( l'ancienne Berythe ), on voit la caverne où se retirait un dragon tué par saint Georges,

(0 Aelian, De Nnt. anim, lib. xi. cap. 2 et \6'. lib. xit. cap. 3g. — Propert. Eleg. lîb« iv. eleg. 8.

B138 SCIENCES' OCCSULTES. !lpt

à Pinstant où il allait dévorer IsiJUk d^un roi du p^ys(i).

Sainte Marguerite appartient ^ ainsi que saint Geèi^es^ k une époque que la chronolo^ gie n'a pas la prétention de fixer* Elle triomphe d'un dragon ; et de la tête du monstre , cette ^vierge , élevée depuis au séjour céleste , tire ^une escarbouclef un rubis ^ emblème de t'étoile brillante de la Couronne boréale (Margarita) placée, dans le ciel , près de la tête du Serpent.

Dans l'histoire de Dieudonné de Gozon , figure aussi « la pierre sortie de la tête du dragon tué à Rhodes par ce héros, et con*^ servée, dit-on, dans sa famiHe. Elle était dé la grosseur d'une olive , et de plusieurs cou*^ leurs éclatantes (2).

Elle remonte à une haute antiquité, l'erreur qui , transformant en fait physique une al^ légorie astronomique, décote d'une pierre brillante, la tête des serpens. u Quoiqu'un serpent ait un rubis sur la tête , néanmoins il

(i) ThéYenol. Relation d'un voyage fait au Levant^ etc. in-4*'. Paris, i66tt. page 442*

(2) Dictionnaire de Morériy art. Gozon /Dieudonn^, Goson mourut en t353<.

sera dommageable » dit un philosophe Hindou qui avait recueilli dans ses Proverbes les enseignemens des siècles les plus reculés (i).

Pline 1) Isidore et Solin parlent de la pierre précieuse que porte dans sa tété le Dragon (2). D.eux traditions hélvétiennes présentent un serpent donnant une pierre précieuse à un homme , en signe d'hommage ou de recon- 1 naissance (3). Fidèle à ces vieilles croyances , la langue populaire du Jura désigne encore sous le nom de P^ouivre (4) un serpent ailé , immortel , dont l'œil est un diamant.

Née de ^expression figurée de la position relative qu'occupent dans les cieux les constellations de Pfersée , de la Baleine , de la Couronne^ du Serpent, etc., la légende, nous l'avons vu , a été ensuite rapportée à la vic-

(1) Proverbes de Bartho\fherri, etc. insérés dans l'ouvrage d'Abraham Roger. ^Xc Théâtre de l'idolâtrie , ou la Porte ouverte y etc. traduction française, i yoI. in-^». Amsterdam , 1760. p. 5a8.

(2) Plin, UisU nat, lib. xxxvn. cap. lo. — Isidor, HispaL Origin» lib. xvi. cap. i3. — Solin, cap 33.

(3) Scbeuchzer../£i/i6ra per Helvetiae alpinas régimes y etc. tom. m. pag. 38i 383.

(4) Mémoires de la Société^ des Antiquaires de France. tome VI page 317.

toirc du soleil du printemps sur l'hiver et de la lumière sur les ténèbres. L'escarboucle ou rubis qui y tient sa place ^ et dont Ovide (i) décore le palais du soleil , était en effet consacré à cet astre, à cause de sa couleur d'un rouge flamboyant (2).

Presque toutes les mythologies reproduisent , avec quelques variétés , la même légende.

Sur un monument découvert à Thébes, Anubis est représenté comme le sont , dans les peintures . chrétiennes , saint Michel et saint Georges : il est. armé d'une cuirasse ; dans sa main est une lance <lont il perce un monstre qui a la tête et la queue d'un serpent (3).

( 1 ) Flammasque im itante pyropo-,

Ostid. Metamofph, lîb. ii. rers. i.

{1) Le cardinal Dailly et AIbert-Ie-6rand , éyéque de Rar tisbonne, ditCartaud de la Villatte, distrîbuentle^ planètes, aux religions. Le soleil e(t échu à la religion chrétienne ;, c^est {lour cela que nous avons le soleil en singulière yéné«xàtion y que la yille de Rome est ville solaire, et que les cardinaux qui y résident sont habillés de rouge, quiestlacouleur du soleil. » Pensées, critiques sur les mathématiques, I vol. in-ia. Paris , 1^53. page 38. avec approbation et privilège.

(3) Â. Lenoir. Du Dragon de Metz, etc. Mémoires de VAcadémie celtique, tome ii. pages ii-ia.

Dans une suite de narrations, dont les compilateurs ont emprunté à l'antique mythologie de THindoustan la plupart de leurs récits merveilleux , on voit figurer jusqu'à trois fois des monstres , qui tantôt prennent la forme d'un énorme serpent (i), tantôt dragons gigantesques , battent de leur queue leurs flancs couverts d-écailles (2) : chaque année, de jeunes ^vierges ont assouvi leur voracité ; c'est à l'instant où* la JiUe d'un roi doit en devenir la victinàe , qu'ils succombent sous les coups d'un guerrier aidé par des puissances surnaturelles.

Chéderles, héros révéré chez les Turcs, « tua , (Usent-ils , un dragon monstrueux , et sauva la vie à une jeune fille , exposée à sa fureur. Après avoir bu les eaux d'un Jleus^ qui l'ont rendu immortel , il court le monde sur un cheval immortel comme lui (3). » Le commencement du récit rappelle les mythes hindous et les fables d'Hercule et de Persée ;

(i) Lts MiUett une nuits ^traduction d'Ed. Gauthier .. 7 vol. in-8**- ^vàsy i8aa-i833. tome v. pages. 4a5-436. (3) Ibidem, tomevi. pages 3o3-3o5. et tome t. pages 4'a3<«

(3) Noël. Dictionnaire de la Fable, art. ChéderU^*

DES SCIENCES OCCULTES. SgS

la fin offre remblème du soleil , voyageur immortel, qui ne cesse de faire le tour du monde.

Parmi les figures sculptées sur le granit, que l'on a découvertes dans là ville déserte de

Palenqui'Viejo , l'on remarque un serpent , de la gueule duquel sort une tête de femme (i). On serait tenté de rapprocher cet emblème de la légende des dragons monstrueux : il est difficile au moins de ne pas supposer qiie la légende avait passé dans le Nouveau-Monde.

Les Caribes croient que l'Etre suprême fit • descendre son fils du ciel pour tuer un serpent horriMe qui désolait, par ses ravages, les nations de la Guiane {pl). Le monstre succomba : les Caribes naquirent des vers que produisit son cadavre ; aussi , regardent -ils comme ennemies les nations à qui jadis il avait fait une guerre cruelle. Voilà biefa d'abord le mythe du serpent Python. Mais , que penser de l'origine bizarre que s'attribuent les Caribes î On peut soupçonner qu'ils re-

(i) Revue encyclopédique, tome xixi. page 85o. (3) Noël. Dictionnaire de la Fable, art. Cosmogonie amé ricaine .

2g6 DES SCIENCES OCCULTES.

curent jadis cette tradition d'un peuple supérieur en force , qui voulait les humilier et les dégrader ; ils l'ont conservée par habitude, et parce qu'elle justifiait leurs haines nationales et leur soif de conquêtes,

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