‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 3)Chapitre 20 sur 33 · SV · texte numérisé non relu

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La même légende s'introduit dans les. traditions du christianisme, surtout cbfiz.les peuples d'Ocddent^

Aussi long-temps que le christianisme opprimé lutta obscurément contre le polythéisme, son culte, non moins austère que Jes dogmes de sa morale , n'admit , dans ses cérémonies couvertes encore du voile du mystère , que des rites simples, dégagés de toute repré«rsentation. Les recherches des persécuteurs ne pouvaient arracher aux fidèles que les.

livres saints , les vases sacrés , et peu ou point d'images (i).

(i) Encyclop. méthod. Théologie, art. Image&*

, Mais, le culte public se passe difficilement de signes visibles et remarquables ; par eux, au milieu d'un rassemblement tel que la parole arriverait à peine aux oreilles de quelques hommes , il parle aux yeux de tous ; it parle à l'un des peiichans les plus naturels , les plus universels. La multitude alors se complaît dans la magnificence de ses actes religieux , et ne croit pas pouv oir trop multiplier les images.

Cela dut arriver au christianisme, lorsque, • sur les débris du polythéisme, il établit publiquement ses temples et son culte. Le progrès fut d'autant plus rapide que, succédant à une religion riche de pompe et d'emblèmes , la religion du Christ dut craindre de repousser, pour une simplicité trop sévère, des hommeshabitués à voir, à toucher, ce qu'ils croyaient, ce qu'ils adoraient. Plutôt que de proscrire imprudemment les objets d'une, vénération difficile à détruire , elle aima souvent mieux se les approprier : plus d'un temple fut changé en église ; .plus d'un nom de divinité fut honoré comme le nom d'un saint ; et un grand nombre d'images et de légendes passèrent sans effort dans le nouveau culte ^

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conservés par l'antiquç respect des nouveaux croyans.

La légende d'un être céleste^ vainqueur du serpent , du principe du mal , était conforme au tangage, à Tesprit et à l'origine du chri^tianisipe.: elle y fut accueillie, et reproduite dans les peintures et les cérémonies religieuses ; saint Michel , le premier <les archanges , parut aux yeux dès fidèles , perçant le dragon infernal, l'antique ennemi du genre humain.:

Au V* siècle furent établies en France (ij^ . et plus tard dans tout l'Occident ^ les procès» sions , connues soui^ lé nom de Rogations'.

Pendant trois jours, on y offrait aux regarfs des fidèles l'image d'un dragon, d'un serpent ailé , dont la défaite était figurée par la manière ignominieuse dont on le poriait le troisième jour(2)*

La célébration des Rogations a varié ^ sui-

(i) Saint Mammert, évéque de Vienne enDâuphiné, institua le» JRogatioru en 4^8 ou 474> JSncyciap. méthod. Théologie, art. Rogations.

(a) Guill. Durant, Àationale disfinorum officiorum. in-foï, 1479. folio !ia6 recto.

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vant les diocèses , des premiers jours de la semaine de l'Ascension aux derniers jours de la semaine de la Pentecôte : elle correspond au temps où, lapremière moitié du printemps étant écoulée , là «victoire du soleil sur l'hiver est pleinement achevée , même dans nos climats froids et pluvieux. Il est difficile de ne point apercevoir une connexion intime entre la légende du dragon allégorique et l'époque qui , chaque année , ramenait son apparition.

D'autres rapprochemens ajoutent à la force de «cet indice.

Au VI* siècle , saint Grégoire le Grand oi> donna que l'on célébrerait annuellement, le jour de saint Marc (le sS avril), une procès^ sioi) semblable à celle des Rogations; Voici l'origine de cette^ céréinonie. Rome était dé-* solée par une inondation extraordinaire ; tel qu'une mer immense , le Tibre s'élevait jua-qu'aux fenêtres supérieures des temples.

Des eaux débordées du fleuve sortirent d'inuombrables serpens, et enfin un dragon énorme (i), nouveau Python , né de te nou^

( X ) IbidJ folio aa5 verso;

3oO DES SCIENCES OCCULTES.

veau déluge (i). Son souffle infectait Pair; il engendra une maladie pestilentielle (2) ; les

hommes étaient moissonnés par milliers

Une procession annuelle consacra le souvenir de ce fléau , et de sa. cessation obtenue par les prières du saint pape et de ses ouailles. La date du 25 avril , moins éloignée de l'équinoxe que celle dès Rogations , convenait mieux à un pays où le printemps est plus hàtif que dans les Gaules. «

Soit hasard ^ soit calcul^ ceux qui ont transporté à Lima ^ sous l'hémisphère austral ^ la Tarasque , le dragon des peuples septen trionaux , le font paraître le 4 octobre , jour de la fête de saint François d'Assise. Cette époque se rapproche encore plus de.Féquinpxe du printeipps. Mais , dans les contrée»

équatoriales , sous le ciel tempéré dd Lima ^

(i) r» Ut Noë diluuium. rénovation crederetur. » Piatiiia. De viti» max, pontifie.,.* in Pelag. II.

(2) « Pestis inguinaria seu injlatura inguinum. » Ce sont les termes dont se sert l'auteur du Mationale (loco ciiuito ) ^ il ajoute que le pape Pelage II, successeur de saint Grégoire-le-Grand , mourut subitement de cette maladie , avec soixante-dix autres personnes, an milieu d'une procession ^

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la victoire du soleil ne demeure pas longtemps suspendue ^ comme dans nos régions septentrionales, où les premières semaines du printemps ne semblent qu'une prolongation de l'hiver.

Pline a, parlé d'un ckw^ mystérieux (i) à la possession duquel les druides attachaient des vertus meryeilleuseaf , et qui, disaient-ils, était formé par le concours de tous les serpens d'un pays. Écho des druides après deux mille ans , et sans s6 douter de l'antiquité du mythe qu'il répète , l'habitant de la Sologne affiripe que , chaque année , tous les serpens du pays se réunissent pour produire un diamant énorme qui , mieux encore que \^ pierre de Rhodes, réfléchit les couleurs les plus vives de l'arc-en-ciel. Si le geai a su en enrichir son plumage, c'est à la possession d'un de ces diamans qu'il en est redevable.

Le jour marqué pour leur production miraculeuse est le 1 3 mai (2) , jour qui appartient

(1) Plin, Hist, nat. lib. xxix. cap, 3.

(») Légier (di\ Loiret) Traditions et usages de la Sologne* Mémoires de V Académie celtique, tome ii. pages'2i5-!2;6.

3o3 DES SCrENGES OCCULTES.

^u commencement de la sâconde moitié du printemps ^ comme les jours où l'on promenait le serpent dés Rogations.

L'époque de cette apparition nous fournit une remarque qui n'est pas sans intérêt. Sa fixité suffit pour prouver , contre l'opinion que nous avons précédemment coml>attue , que le serpent n'était peint l'emblème d'inondations , de débordemens de rivières, qui n'ont pu avoir lieu partout aux mêmes jours.

Comment donc cette opinion s'est-elle établie? Lorsque Ton eut oublié le sens primitif de l'emblème, on s'arrêta vQlontier3 à une circonstance qui , dans les légendes où on le reproduisait , faisait presque toujours placer lé lieu delà scène aux bords de la mer ou à^xm fleuve. L'idée que la cessation des ravages des eaux était ainsi représentée dut paraître d'autant plus naturelle , que la procession du dragon se célébrait régulièrement, à une époque de l'année où les rivières les plus enflées par la fonte des neiges ou les pluies de â'équinoxe , «ont toutes rentrées dans leurs lits.

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