‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 3)Chapitre 27 sur 33 · DE MEMNON · texte numérisé non relu

DE MEMNON

Récits et inscriptions qiii attestent la Tocaljté de la statue , et font même mention des paroles qu'elle a prononcées. Explications peu satisfaisantes , proposées par divers autem's. Suivant Langlès, les sons proférés quelquefois par la statue /correspondaient aux sept^intervalles de Toctarve , appropriés , chez les Égyptiens , aux sept voyelles , emblèmes elles-mêmes des sept planètes. Oracle qui a pu être prononcé par la statue de Memnon. Le mécanisme qui produisait le son ou les sons quotidims, consistait-il, ainsi que Ta soupçonné Langlès , en une suite de marteaux qu'une force occulte mettait en jeu ? Cette conjec-

. ture n'est que plausible; mais on ne peut y substituer la supposition d'une supercherie que sa répétition habituelle aurait rendue trop facile à découvrir.

L'époque où fut élevée la statue de Memnon se perd dans la nuit de l'antiquité . Son

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histoire commence pour nous au temps où elle fut brisée par Cambyse ; c^est ce prince que les Égyptiens accusent de sa chute. Leur juste horreur pour la mémoire d'un tyran les aurait emporté^ jusc|u^à imputer à son impiété Peffef âfune catastrophe naturelle ^ ^1 était vrai) comme l'affirme Strabon, que le colosse ait été renversé par un tremblement de terre. Mais l'assertion du savant géogra^^phe manque de vraisemblance ) les tremblement de terre ont toujours été rares en Egypte ; les dimensions de» édifices qu'on y voit encore debout en ofFretrt une preuve irrécusable.

' «Mutilée par Cambyse ^ la statue qui sa- ^ lu^t le soleil et le roi ^ ne salua plus que le <i solei) (i)«» Ceci répondrait à l'idée que l'on se fait d'une machine dont le jeu a été dérangé par un accident : il est cependant également probable que les prêtres égyptien^ avaient

(i) ScholiflAte inédit de Juvénal, cité par Ph. Gasselias. Dissertation sur Us pierres vocales ou parlantes, page 8. — Langlès. Dissertation sur la statue vocale de Memnon» — Voya^ de Norden, tome ii. pages i57-a56. page ^57.

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saisi ce prétexte pùnr diapenseif leur dirluité d^ rcsadrc kooaioage au monarque Persan ^ à Foppresseur de leur patrie^

Ecoutons mainteuaat les témoins qui ont entendu la statue depuis la mutilation^

(Il Memnon .) fik de VAiirore , r^na en a Étibiopie Pespace de cinq âges ou généra^ « tions. Les Éthiopiens pleuivist Memnim a comme 5'il était mortdans la jeunesse (-c'est ainsi que Ton [aurait Atys, Adonis et le»

auU*es eniJblémes du soleil ). « Sa statue ^ « tournée vers l'Orient 1, park dès qu'un (( rayon du soleil lerant rient tomber sur sa « bouche (i). »

Pausanias vit la stalue hri»ée ; c'est ^ êkfW , une statue du soleil. Le» Égyptiens Vappelr lent Pliamenophîs % et non pas Memnon : ^Il& rend;, tous les matins^ au lever du soleil^ un son qu'on ne peut mieux comparer qu'à cehii d^une corde de lyre qlii se rompt (s). Jn vénal qui , pendant son séjour en Egypte ^ avait pu l'entendre plusieurs fois , en donne une idée

(i) Philostrat. De vit. Apollon, lib. vi. cap. 6. (q) Pausanias. Auic cap. 43-

analogue : « Là , dit^il,' résonnent les cardes « magiques du mutilé Memnon (3). » Obser* vous qu'en parlant de plusieurs cordes , il parait indiquer ia production de plusieurs sons successifs.

Strabon ne fait mention que d'un son unique qui a frappé ses oreilles, et qu'il ne caractérise pas.

De nombreuses inscriptions gravées sur le colosse , attestent'que , peu après le lever du soleil , des hommes conduits par la religion ou par la curiosité, ont entendu sortir de la statue^ tantôt un son , taiitôt plusieurs , tantôt même des paroles distinctes.

Voici la traduction d'une inscription grecque^ qu'on lit sur la jambe gauche du colosse : (( Nous qui autrefois n'avions entendu qu'uif (( seul son, maintenant Memnon , fils de l'Âu- (( rore^nous a Balués affectueusement comme c( ses alliés et ses amis. Plus heureux , j'ai (( saisi le sens de ses paroles : ia nature elle-

(i) tt Dimidio magicae résonant ubi Memnone chordae. »

Juvenal. Satjrr. xv. vers. 5o.

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ti méme^ créatrice de toutes choses ^ les a a proférées (i)- »

Eucrate , dans \ePhilopseude de Lucien (3), ^e vante d'avoir entendu prononcer ^ par la statue de Memnon , un oracle en sept* "vers.

En croyant rapporter un mensonge ridicule , Lucien peut nous avoir transmis un fait véritable ; peut'^tre même ^ nous le verrons , l'oracle en sept vers n'est-il pas entièrement perdu. Il est prouvé déjà ^ par l'inscription citée , que les prêtres de Memnon ^ propor* tionnant le miracle à la crédulité, faisaient quelquefois parler la statue. €e miracle ne leur était point, exclusivement propre. A Daphné, près d'Antioche, s'élevait le tempLs d'Apollon : la statue dû Dieu , disait-on , avait plus d'une fois, à l'heure, de midi, fait en<* tendre à des adorateurs privilégiés^ 'le chant d'un hymne mélodieux (i).

, Datis l'un et l'autre cas , les pjvêtres em-^

(1) Description de l'Egypte t etc. Revue encxclop, tome XXIX. Langlès, Dissertation, etc. page aa6.

(a) Œuvres de Lucien y traduction de Belin de Balu. tome IV. pages ai 1-3 13.

, (3) Lib<mius, Monodia super Daphn. ApoU. etc.

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tels que ceux qui fournissent. des «omarticu^ lés aux tAes pariantes. La diffîciitlé d'en préparer remploi , sans évéïUer la dâSraaice<^ explique la careté de ce miracle parttciiliei*«

Il est moins aisé d'expliquer le mirade que tûils^ les matins TOjaient se renolireler.

L'idée d'une supercherie que facîKtail la masse du colosse semble ai»oir frappé Strabon. u J'ai entendu ^ dtt<^ilS un sma qui -a est parti de la base, iou du colos^, ou de cf tfueUjiûun des assistans; c^eist ce que Je ne «puis assurer (i). » Ses expr^s^ons -^ on le toit, sont celles d'un: homme qui âe délbnd de l'illusion qu'on aurait pu lui 'Mte ^ plutét qu'il ne réoennail celle qiQ!\)n'4m a Mte. Au*eunel traditîoiii , d'ailleurs, ne ^^nr& F^p^ de sa conjecture. » i

(( La statue étant clause , idte Diissafult (i)^ ^ la éhaleur du soleil écbauflhtt l'air qu^èlle (( contenait ; et cet air, en sortant par quelque « issue, produisait un bruit que les . prêtres

-(i) Strabo. iib. xxvii.

(a) Traduetim de Juvénal (é<lit. ii*;. tome ii. paf»e ^62. note 5.

MB MtBVCBS O0CULTIS:. « d5g

a interprétstienC k leur gré. » Opimon peu ^outenablê ^ et qui suppose ^ au changement tle teix^rature^ un .effet impossible : pour arriver jusqu'à Tair intérieur ^ la ^shaleur du soleil aurait eu à pén^trier une couche de pierre trèsKMkupadte\, épaisse au moûis de deux ou de troés décimètres : et cela fSstiHi»latiément , et lorsque le disque du soleil «éiak k peine éler^ au-dessus de Itiorison*

Dans tes appartemens immenses ^ couse traits tout entiers en blocs de granit, que ré^ «élent les mines de Caraac , des artistes iraaab- •çais affirment avoir entendu, au lever du ^^1, ces sùns d fam&iXrX rendus par des pi^TôS,..^ ii Les sons paraissent partir xles % pierres éncn^mes qui couvrent ies apparte*^ li mensuel dora ^u^u^s-^^mes menacent de m s^éerouhr : le phénomène provenait^ sans ^ doute du changement de température pres- (( que subit qui se fait au lever de Tau»- ^ rore {i). » Je croirais^plutât que les sons furent produits par le craquement d'un des^ blobs , pP^ts à s^éerouler , entre oes masses

(i) Description de V Egypte, tome i. page a34* — ^^^-^ sin eptcjrclop, tS}6. tome n. page 14. *

36o - DES SCIBlfCBS OCCULTES.

d'un granit rouge qui ^frappé a^tc un màr^ teau'y résonne comme une cloche '(i). CofUr* ment\, en effet, admettre Texplicatioii proposée , quand il est d'expérience qu'un changement de température , plus brusque et plus fort qu'on ne le peut supposer en ce •cas, ne fera jamais résonner un corps même éminemment sonore ? Il s'ensuivrait d'ailleurs, d'une part, que U statue de Memnon n'aurait pas dû cesser d'être sonore; et de l'autre, que tous les colosses, les plafonds et les murs de granit pouvaient aussi relodre des sons au lever du soleil : dés lors , la merveille aurait disparu aux yeux du peuple , familiarisé avec elle par sa continuelle répétition. Mais l'histoire ne laisse pas de doute sur ce point : la statue de Memnon jouissait seule de. sa prérc^ative ; elle l'a perdue , et elle est devenue muette , depuis que le christianisme a régné en Egypte.

Un voyageur anglais, sir A. Smith , dit cependant avoir examiné lui-même , accompagné d'une nombreuse escorte , la sts^tue de

\i) Magasin encyclop. iSi(). tome xi. page ag*

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Mcmnon ; et à six heures du matin , il a en^ tendu tréa-distinçtement /e^ sons (\a\ la rendaient si célèbre dans Pantiquité ( i ). Il affirme que ce bruit mystérieux ne sortait pas de la statue, mais du piédestal. II le croit .un résultat de la percu^ion de F air sur les pierres du piédestal ; lesquelles ^ selon lui , sont disposées de manière à produire cet effet surprenant .... Quelle est. cette disposition? Comment produit-elle le résultat indiqué?

Comment le voyageur . s'est-il même assiiré de, son existence 7 C'est ce que ne. dit pas $ir À. Smith« Enfin on se demande comment^ seul entre tous les modernes, il aurait entendu le colosse qui, pgur tous lés autres hommes, est condamné au silence depuis plus de quinze siècles ? Conmnent qn phénomène si important aurait-il échappé aux français qui ont séjourné plusieurs années en Egypte , et qui y ont poussé si loin leurs savantes investigations? Sir A Smith a probablement été ,déçu par un craquement semblable à ceux que des français ont entendu à Carnac.

Il est naturel de revenir à l'idée qui parait

(i) Revue encyclop,\^'x\, tome i:^, pag. t\kyi.

S6a OSS SCIBIfCES OeC0tTBS.»

aToir été adoptée chess les andetiB , et ée penser ayec le Scholiaste de Juvenal , que la statue était animée par tin mécanisaie higé^ ¥Heii&.

Quel était ce mécanisme ?.

Le savant Langlès a clierohé à ledevtner {i) : voici le résumé des opinions qu'il a dete*loppées dans une dissertal?ion rempUe d'é^ rudition et d'intérêt.

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