‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles;Chapitre 27 sur 43 · tome II, pages · texte numérisé non relu

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tion parla à Hérodote de peuples situés beau* coup plus au nord , et qui dormaient six mois de F année. Hérodote refusa d'admettre cette indication , qui n'est toutefois que celle de la durée de la nuit et du jour dans les régions polaires (i).

Les anciens ont aussi placé des Pygmées en Afrique. Un voyageur français en a trouvé dans le Tenda-Maié , sur les bords du Rio* Grande : là , dit - il , habite une race que rendent remarquable la petitesse de sa taille et la faiblesse de ses membres (2).

Des généralités, si nous descendons aux détails , nous trouvons encore qu'on a trop souvent déprécié les faits extraordinaires dont l'antiquité conservait le souvenir avec une fidélité religieuse. « Que Roxane , dit Lar- « cher (3) ) ait accouché d'un enfant sans tête , «c'est une absurdité , capable elle sçule de x( décréditer Ktésias. » Tous les dictionnaires

(i) Malthe-Brun, ïbid,, Ibid,, pages 373^ 873. — Héro' dot.

(a)Mollien, Voyage dtms V intérieur de V Afrique y etc. ( Paris y iSao) y tome n , page aïo.

(3) Traduction d'Hérodote ^ ri* édition, tome vi , page 266, note 35.

de médecine auraient appris à Larcher que la naissance, d'un enfant acéphale n'a rien d'impossible (i).

Le respect du au génie d'Hippocrate a seul empêché , je crois , qu'on ne le taxât de mensonge, quand il parle d'une maladie à laquelle les Scythes sont sujets et. qui les fait devenir femmè^ (a). M. Jules Klaproth a vu, chez les Tatars-Nogais , dè^ hommes qui perdent leur barbe ; leur peau se ride ; ils prennent l'aspect de vieilles femmes, et ûovX^ comme chez les anciens Scythes ,. relégués parmi les fenâmes et baniiis du Commerce des hommes (3).

L'histoire des animaux , telle que les an»»

cîens nous, l'ont transmise, est remplie de détails en apparence chimériques. L'apparence quelquefois ne tient qu'à uhe dénomination fautive : le nom 6!0m>centaure &eïXïr ble désigner .u^ monstre unissant les formes de l'âne et de l'homme ; ce n'est qu'un quadrumane qui , tantôt court à quatre pattes ,

(i) Dictionnaire des sciences médicales, art. Acéphale. (a) Hippocraté De Aère, Aqms et Locis, (3) Jules Klaproth, Fo/age au mont Caucase et en Qeorgie en 1807 9 1808. — Bibl. univ, littérature* tome vi, page 40.

DES SCIENCBB OCCULTES; 83

et tantôt se sert, comme, de mains , de >ses pattes antérieures ; ua grand- singe couyert d^un pelage gris , surtout dans la partie infé-^ rieure du corps (i)*

Dans les rats de Lfbie , qui marchent sur leurs pattes de'derrière , on a , mai» assez ré** cemmenti, reconnu des Gerboises;Tït VErkoom ou Ahbagumba de Bruce, dans Toiseau d'Afrique qui' porte une corne au front (2). Mais qu'était le Catoblepa (3), animal du genre des taureaux où des moutons sauvages ^ et doué ^. commie ïe'basilîc ou Faspic^d'un souffle ou'd'un regard jhomicidéî c'étaatî le gnatt] la description qu'en donne Ëlien , et la forme de la tété d'un dé ces animaux que tuèrent Ibs isoldàts de Marius , mettent le fait hors de douté (4). Le^m>ï^' porte toujours la tête baissée; ses yeux petits, mais vifs-, semblent 'recouverts par la crinière épaisse qui charge- son front •: oh ne peut guère apercevoir son regard *ou

(i) Aelian, De Nat, animal, lib. xvii. cap. 9. (ji) jdelian. De Nat, animal, lib. xv. cap. a6. et lib. xvii, cap. 10,

(3) Plin. Hist. nat, lib. viii. cap. ai. Aelian. de Nat. anini. lib. yn. cap. 5. Athenae. Deipnosoph, lib. v. cap. i5.

(4) Athenae. Deipn. loc. cit. Aelian^ De Nat. animal. loc. cit.

sentir son souffle, si l'on ne s'approche beaucoup, assex même pour pouvoir être frappé par cet animal farouche et peureux. L^expressîon proverbiale du danger auquel on s'expose , a été transformée en phénomène physique, par l'amour du merveilleux.

Déjà M. Cuvier (i) avait indiqué ce rapprochement ; et, en discutant les anciens récits relatifs à des animaux regardés comme fabuleux, il avait exprimé l'opinion que ce que l'on y trouve d'incroyable litst que le résultat de mauvaises descriptions. A la décision d'un juge si éclairé , j'ajouterai que des descriptions d'abord exactes, ont pu être viciées par dès' détails conservés imparfaitement dans le souvenir des hommes, ou mal traduits sur des mémoires écrits en langue étrangère et où l'on se servait probablement d'expressions figurées.

De telles observations me semblent avoir assez de poids pour que j'ose conseiller aux «avans l'examen des prodiges que l'on présen-

(i) Analyse des travaux de la classe des sciences de V Institut de France en i8i5... Magasin encjrclop., année 1816, tome I , pages 44 > %^'

tait jadis aux princea et aux peuples, comme les présages, de ravenir, comme les signes de la volonté des dieux , la marque certaine de leur faveur ou de leur indignation. L'histoire naturelle s'y pourrait enrichir de notions, intéressantes ; la physiologie y trouver plusieurs cas rares qui deviendraient, par cela même, moins problématiques et plus faciles à rattacher à l'ensemble de la doctrine. Je citerai d'abord le recueil de Julius Obse-^ quexi$. Cet auteur parait s'être bori;ié à extraire les registres où les pontifes romains consignaient, chaque année, les prodiges qui leur étaient dénoncés. Dans le fragment trop court qui nous re^te de son ouvrage , on trouve , outre la mention de fréquentes pluies de pierres, la preuve , quatre fois répétée , que la stérilité des mules rûest pas une loi i*/»muable de la nature ; l'indicatîon d'une combustion humaine spontanée que l'on crut déterminée par le reflet d'un miroir ardent; deux exemples d'un accouchement extra- (^aturel, dont la possibilité a été discutée et constatée de nos jours (i). On y remarquera

(i) Servio Flacco, Q. Calpurnio, Coss. Romae puer «oli-

86 ÔÉSSGIBNCIÎS OCCULTES.

feûfrtout fcA^epvattofi' faite, sur un dnimal, dhin phéboméne analogue à celôi qu'ont pré- 'fténté le jeune gaPçon de f^erneuil ( Amédée Bissieux ) en 1 3 1 4 ( i ) , ' et ^en 1 8â6 , un jeune -chinofe qui , sans en être mêmù notablement incommodé , portait attaché à la poitrine et adhérent au sternum, un fœtus acéphale (2).

Au XVI' siècle , si Vùn en croit le médecin Jean Lûnge , un cerf pris par Otto Henri , comte palattn, ayant été Ouvert, on trouva dans ses entraille* un fœtus bien formé. La l'éncontre répétée de ces monstres hétéradel^ phes (c^e^t Texpression dont se sert M. Geoffroy dç Saînt-Hilalr^ pour désigner l'assemblage de deux êtreâ dont l'un n'est pas complétèlnfieht développé) , la rencontre' de ces monstres a-t-èlle autrefois r<înfanté la croyance kVkermàphroditisme ou au changement al^ tematif de sexe des lièvres et des hyènes?

dus posterîoré^ naturae parte genitQ8....i Sergio GaUfâ, M* Sçauro, Coss, idem ( puer ) posteriore naturâ solidus natus , q^ui , Yoce mîssà , expiravit. Julius Obsequens, de Prodigiis» ' (xj Ci F'alerio, M. Herennio, Coss. Maris vitulî, cum exta demerentur, gemini yitelli in alyo ejus inyenti. Julius Obsequens, de Prodigiis.

(a) Séance de rAcadémie des Sciences de PçnSy 28 août

on peut le croire, puisqu'une observation de ce genre faite sur le mus caspium ( probablement la martre ) , a été ainsi convertie en fait général (i),^ Il ne serait pas sans intérêt de vérifier si les martres, les hyènes ou les lièvres présentent cette singularité plus fréquemment que d'autres animaux.

Le savant que je viens de citer a décrit récemment un cheval poljrdactjrle , ayant des doigts séparés par des membranes (2). Les écrivains anciens onlrparlé de chevaux dont les pieds avaient quelque ressemblance avec les pieds et les mains de l'homme , et on les a accusés d'imposture !

L'histoire des corps inanimés n'est pas moins riche en faits singuliers où les anciens voyaient des prodiges, et où, long-temps, nous n'avons vu que des fables.

Sur le Mont Eryce , en Sicile , l'autel de Vénus (3) était situé en plein air , et une flamme inextinguible y brillait nuit et jour , sans bois , sans braise ni cendres , et malgré

(i) Aelùxn. de nat. anim, lib. xviix. cap. i8«

(q) Séance de TAcadéinie des Sciences de Paris, i3 août

(3) Mliati. Var. Hist. lib. x. cap. 5o.

le froid , la pluie et la rosée. Un des philosophes qui ont rendu le plus de services à la raison humaine , Bayle ( i ) traite ce récit de fable. Il n'aurait pas accueilli sans doute avec plus d'indulgence ce que dit Philostrate d'une cavité qu'Apollonius observa dans l'Inde , auprès de Paraca ^ et d'où sortait continuellement une flamme sacrée , couleur de plomb , sans fumée et sans odeur (2), En d'autres lieux ^ cependant ^ la nature a allumé des feux semblables. Les feux de Pietramala , en Toscane , sont dus ^ suivant sir Humphry Davis , à un dégagement de gaa hydrogène carburé (3). Les flammes perpétuelles que l'on admire à VAtesch-^gah (lieu du feu ) , voisin de Bakhou , en Géorgie (4) , sont alimentées par le naphte dont le sol est imprégné : ce sont des. feux sacrés ; et les pénitens hindous les ont enfermés dgins une enceinte de cellules , comme on avait élevé, autour du feu de la montagne d'Eryce, le

(i) Bayle, Dictionnaire historique et critique , 2cci, Egnatia , note D.

(2) Philostrat, Vit. ApoUon, lib. m. cap. 3.

(S) Journal de Pharmacie, année i8i5 , page 5ao.

(4) N. Mouraviev, Vojrage dans la Turcomanie et à Khiua, pages aa4 ^^ ^^^*

temple de Vénus. En Hongrie, dans la saline de Szcdina , cercle de M armarosch ( i ) , un courant d'air impétueux , sortant d'une galerie , s'est enflammé spontanément. C'est du gaz hydrogène , semblable à celui que l'on emploie aujourd'hui pour l'éclairage. Aussi est-ce pour cet usage qu'on l'a mis à profit , avec un succès qui parait devoir être durable , puisque l'écoulement gazeux n'est pas moins uniforme qu'abondant. Des prêtres , dans une civilisation de forme fixe , auraient consacré ce phénomène à la superstition : dans une civilisation perfectible, l'industrie en tire un service utile.

L'eau est métamorphosée en sang ; le ciel verse une pluie de sang ; la neige même perd sa blancheur et parait ensanglantée ; la farine, le pain , offrent à l'homme une nourriture sanglante , où il puisera le germe de maladies désastreuses : voilà ce qu'on lit dans les histoires anciennes, et dans l'histoire moderne, pres(|Ue jusqu'à nos jours.

Au printemps de iS^S, les eaux du lac de Morat parurent , en plusieurs endroits , cou^

{i) Le Constitutionnel, n® du 7 septembre i8a6.

leur de sang.,,. Déjà rattenti'oift populaire était fixée aur ce prodige.... M. de CandoUe a prouvé que le phénomène était dû au développement, par myriades, d'un de ces êtres qui tiennent le milieu entre les végétaux- et les animaux, V oscillàtoria rubescens (i). M. Ehrenberg, voyageant sur la mer Rouge , a reconnu que la couleur des eaux était due à une cause semblable (s). Supposons qu'un naturaliste étudie le mode de réproduction , sûrement très rapide, des oscillàtoria t-îl ne lui sera pas impossible de changer en sang les eaux d'un étang, d'une' portion de rivière ou d^un ruisseau peu rapide.

On connaît aujourd'hui plusieurs causes naturelles propres à faire apparaître , sur les pavés, sur les murs des édifices, des taches rouges, telles qu'en laisserait une pluie de sang. Le phénomène de la neige rouge, moins souvent remarqué quoique assez commun, parait résulter aussi de diverses causes. Les naturalistes l'attribuent , tantôt à la poussière

f I ; Revue encyclopédique , tome xxxni , page 676. (2) Idem, ibidem, page 783, et nouvelles Annales des Foyàges, deuxième série , tome vi , page 383.

séminale d\ine espèce de pin , tantôt à des insectes presque microscopiques , tantôt à des plantes très-petites du genre des algues (i).

Dans les environs de Padoue, en 1 819, la polenta^ préparée avec de la farine de mais, se couvre de nombreux points rouges qui bientôt deviennent des gouttes de sang aux yeux des superstitieux. Le phénomène se répète plusieurs jours de suite : une terrent pieuse a vainement recours pour y mettre un terme ^ aux jeûnes , aux prières , aux messes , aux exorcîsmes. Un physicien (2) calme les esprits qui commençaient à s'exalter d'une manière dangereuse , en prouvant que les taches rouges étaient, l'effet d'une moisissure jusqu'alors inobservée.

Le grain de l'ivraie {lolium temulentum) ^ moulu avec le blé , communique au pain cuit sous la cendre , une couleur sanguinolente ; et l'usage de cet aliment cause de violéns

vertiges Ainsi , dans tous les exemples

cités , l'effet naturel reparaît ; le merveilleux

(i) Voyez, sur ce sujet, Tintéressant Mémoire de M. le professeur Agardh, Bulletin de la Société de Géographie, tome VI , pages aog-aig.

{•i^ Revue encyclopédique i pages i'|4 <?t t4^'

se dissipe^ et avec lui tombe Taccusation^ d'imposture ou de crédulité ridicule y inten^tée si souvent aux écrivains anciens.

A la surface des eaux thermales de Baden , en Allemagne , et des eaux d'Ischia , île du royaume de Naples , on recueille le zoogène^ substance singulière qui ressemble à. la chair humaine revêtue de sa peau , et qui, soumise 4 la distillation , fournit les mêmes produits , que les matières animales. M. Gimbernat (i) a vu aussi, près du château de Lépoména, et dans les vallées de Sinigaglia et de Negreponte,les rochers couverts de cette substance. Voilà l'explication de ces pluies de morceaux de chair qui figurent au nombre des prodiges de l'antiquité , et qui inspiraient un assez juste étonnement pour que l'on consentît à y reconnaître l'annonce des arrêts du destin -, ou des menaces de la Divinité.

Pour rattacher à l'intervention divine un événement rare,^ ou arrivé dans une circonstance singulièrement opportune, il suffit de la flatterie qui appelle le Ciel au secours des princes, ses représentans sur la terre , ou

(ï) Journal de Pharmacie , avril ,1821, pagç 196,

DES SCIENCES OCCULTES. gS

du sentiment religieux, qui arme contre le crime et le vice une vengeance surnaturelle, et^ par une assistance merveilleuse , seconde les desseins de l'homme juste et les efforts de l'innocence opprimé^.

Creusant des puits dans le voiâinage de l'Oxus, les soldats d'Alexandre remarquèrent qu'une source coulait dans la tente du roi ; comme ils ne l'avaient pas d'abord aperçue , ils feignirent qu'elle ne faisait que de paraître , que c'était un présent des dieux ; et Alexandre voulût que l'on crût à ce miracle (i).

Surpris par un violent orage , l^empereur Isaac Comnène se réfugie sous un hêtre : le bruit de la foudre l'effraie ; il change de place , et aussitôt le hêtre est renversé par le vent, La conservation dés jours de l'empereur passa pour un miracle de la Providence, dû à l'intercession de sainte Thècle , dont les chrétiens célébraient la fête ce jour-là , et à qui Isaac Comnène se hâta de dédier un temple (2).

(i) Q. Curt, lib. vu. cap. lo.

(2) Anne Comnène, Hist. de l'empereur Alexis Comnène, livre III. cbap. 6.

g4 1>ES SCIENCES OCCULTES.

La pluie cpii secourut si utilement Marc Aurèle dans la guerre contre les Marcomans, les chrétiens l'attribuèrent k l'efficacité de leurs prières ; Marie Aurèle a la bonté de Ju*piter; quelques polythéistes à un mage égyptien ^ d'autres au théurgiste Julianus : tous la regardèrent comme un prodige céleste.- .

Lorsque Thrasibule^ à la tète des exilés athéniens , venait délivrer sa patrie du joug des trente tyrans^ un météore enflammé brilla devant ses pas ( i ) : c'était une colonne de feu envoyée parles dieux, pour lé guider au sein d'une nuit obscure , et par des chemins inconnus à ses ennemis.

Les fchutes d'aérolîthes sont assez fréquentes pour pouvoir coïncider avec le moment d'un combat : Jupiter alors fait pleuvoir dés pierres sur les ennemis d'Hercute; Dieu, si l'on en croît les Arabes, écrase, au pied des murs de la . Mecqué,les Éthiopiens^ assiégeans profanes de la Ville sacrée (2). Basile, chef dés Bogoiiiîles, retournant le soir , du palais de l'eiùperèur à sa cellule , fut assailli par une plùiè de

:2) S. Clément. Alex. Stromat. lib. i. ' ^ .*

[^) Bruce , Voyage eux sources du NU ( édition in-S» ) , tome II , pages 44^ et t\fyj.

pierres ; aucune ne partait de > la main des hommes ; une violente commotion du sol accompagna . le phénomène , où les adversaires dé Basile virent une punition miraculeuse du moine hérésiarque (i).

Des habitans de Nantes ^ a l'époque où leur patrie succomba sous les armes de Jules César, se r^ugièrent dans les marais que forme, à quelque distance, la rivièr^^ de Boulogne.

Leur asile s'accrut et devint une ville , connue sousle nom ôiHerBatilicUin. Mais, en 534 1 le sbl sur lequel ëïte était assise , miné par les eaux, s'effondra dails un lac soudainement formé , la ville fut engloutie! :i sa, partie supérieur© !subsis;ta seule ; c'est aujourd'hui lé village d'Herbauge. D'un désastre qui s'expUque naturellement, les hagiogràphés oift fait u£L- miracle. Envoyé par saint Féli?, évêque de Nantes, pour conteJtîr les( habitans à^Her^ baiiUcumi, saint Martin les trounB inébranlables dans la religion de leurs j^res-: il ^é retire avjBc Fhôte qui l'a accueilli ; soudàÉi la ville est inondée , abîmée ; un lac en a pris la ^

(i) Anne OomTkèno , Jiist. de Vempereur Alexis Comnêne, livre XV, chap. 9.

place*) monument éternel du châtiment infligé à l'incrédulité (i).

Dans la baie de Douarnènec , on aperçoit des ruines sous-marines. Ce sont^ dit la tradition ancienne, les restes de la ville d^lsy engloutie par l'Océan au commencement du V* siècle , en punition des débauches de ses habitans : Grâlon, roi du pays, se sauva seul; on. montre encore , sur un rocher , l'ewpreinte d'un pied du cheval qui le portait (2). L'inondation est un phénomène local trèspeu surprenant; d'autres ruines, sur la même côte , attestent les ravages de la nature. Mais de tout temps , l'homme a été enclin à faire tourner, au profit de la morale, les désastres physiques. Ainsi , il y a trente-huit siècles, la disparition d'une contrée riante fut présentée comme provoquée inévitablement, comme arrachée en quelque sorte à la bonté divine , par l'mcuiBble corruption des hommes qui l'Ijiabitaient.

Arrosée et fertilisée par le Jourdain ,

(i) Voyez la Fie de saint Martin, abbé de Verton, a4 ^^' iobre y et de saint Filbert, 30 août.

(a) Cambry , Voyage dans le département du Finistère, tome II, pages aai et 394~3^7*

comme l'Egypte l'est par le Nil , la vallée des Bocages s'ouvrait , semblable au Paradis , devant le voyageur qui, du désert, arrivait à Segor (i). Là, Sodôme, Gomorrhe et vingt-six autres villes ou bourgs fleurirent pendant un demi-siècle (2). Les villes, les habitations furent détruites par une conflagration subite; la riche végétation disparut tout entière (3) ; un lac d'eau amère (4) , le lac Asphaltide remplaça la vallée des Boca~ ges : la tradition est uniforme sur ce fait qui , en lui-même , n'offre rien de surnaturel.

Quoique l'éruption de jets de flamme accompagne quelquefois les tremblemens de terre , ce phénomène ne répond pas suf&-> samment à l'idée d'un embrasement général , ■ pour fournir la base d'une explication satisfaisante. Straboa (5) attribue la destruction des villes situées sur' l'emplacement actueF

{1} Gènes, cap. xm. vers. lo. y

(1) Pendant ciaquante-un ans, suivant le Seder olam Rabba,

ancienne chronique bébiaïque , traduite en latin par Géne-

bïard; à la suite de son Chrome, gêner, {ia-taï. Paris, i5Bo)

pag- 477- (3) Genei.cap. XIX. rers. a5.

{4} Ibid. cap. Kiv. vers. 3.

{5l Strabo. lib. ivi.

du lac Asphaltide , à l'éruption d'un volcan.: on retrouve , en effet ^ sur les bords du lac, quelques-uns des produits dont la présence , après des milliers d'années, révèle l'existence antérieure de l'un de ces grands ateliers de création et de destruction ; mais ni leur quantité ni leur variété ne sont telles que le ferait supposer une origine si récente. D'ailleurs, la nature du sol suffit à la solution du problème.

La ^vallée, des Bocages était a^ise sur la couche de matières éminemment inflammables qui forme encore le fond du lac Asphaltide : dans des puits nombreux (i), on y voyait ^ sourdre (2), e]|:po8éàune atmosphère brûlante, , le bitume , doi^t s'étendait au loin , sous la terre', une couche épaisse, également liquide, également inflammable. L'embrasement dé- «" terminé par une c^psc accidentelle, proba-

«(i) a Vallis autem sylyestris habebat multos puteos bituini^s. >j Gènes, cap. xiy. vers. 10.

(a) a Us campèrent dans la vallée des puits de bitume ; car ces puits existaient alors dans ce lieu. Depuis , après la destruction de Sodôme , un lac y parut subitement et - fut nommé Asphaltide , à cause du bitume que l'on y voit sourdre {icatere) de toutes parts. » Fi. Joseph, Ant. jud. Ub< i* tap. lo;

blement par le feu du ciel (i), se propâgela avec une rapidité dont tae nbus donnent pctint une idée les incendies qui dévoirent quelquefois les mines de hbuille ou de charbon de terre* Les habitations en feu , la campagne minée au loin par la flamitie Souterraine ^ s'abîmèrent dans le gouffre que créait l'afiaissèment du sol , affaissement {)roportioi1né à la consommation du bitume. Le Jourdain se précipita dans le nouveau lac, dont l'étendue fut bientôt assez considérable pour que le fleuVe s'y perdît tout entier , abandonnant à l'empire de là stérilité i, les contrées qu'il ar^rosait auparavant , et dont à pu se former le désert de Sin (2) ^ où le toUrment de la eoif excita si iivement leà murmures des Israélites. Une seule famille échappa à la mort. ï^révoyant av«G quelle célérité s'avancerait IHncendie , son chef se hâta d'atteindre les limites

• (1) <t DilBU laHck un traH èÛP la vilU et latf&le ar^c ses hâbitans , et dévaste , par un pareil incendie y la campagàe. m Fl, Joseph, Ant* jud. lib. i. cap. 13.

(q) Diaprés la position des montagnes voisines y je con* jecture que le Jourdain, tournant à l'ouest, allait joindre le torrsnt connu sous le noni de torrent d'jézQr. ùvk torrent d'Egypte , et qu'il avait ainsi son embouchure pjrès de la ytllë de Rhinocoluraw

de la couche de bitume ; parvenu dans une ville qu'épargna le désastre , il craignit encore une méprise dangereuse , et quittant son premier asile , se réfugia sur une montagne (i). Mais, fidèle at^ sentiment que nous avons signalé , le patriarche rapporte à Dieu la sage prévoyance qui l'a décidé à la fuite la plus prompte : Dieu Va averti du désastre prochain; Dieu lui a commandé de fuir y en lui défendant même de regarder derrière lui (2). Sa piété contribua ainsi à donner une apparence surnaturelle à un fait qui s'explique suivant la marche ordinaire de la nature.

Faute de savoir que certains phénomènes sont propres à telle ou telle localité , on les a révérés comme surnaturels , on les a rejetés comme impossibles.

Telles sont les pluies de substances nutritives. En 1824 et en 1828, une contrée de la Perse a vu tomb'er du ciel une pluie de ce genre ; p^iie si abondante . qu'en quelques endroits , elle couvrait le sol à cinq ou six pouces de hauteur. La substance tombée est

(t) a Ascenditque Lôth de Segor, et mansit in montem.,,. Timueratenim manere in Segor, » Gènes, cap. xix^ vers. 3o. (a) Gènes, cap. xix. vers. 12. i3. i". 16. 17»

DES SCIENCES OCCULTES. lOf

une espèce de lichen déjà connue : les troupeaux, et surtout les moutons, s^en sont nourris avec avidité ; et l'on en a fait du piain mangeable (i).

Les Israélites murmuraient contre les alimens dont ils étaient forcés de se contenter dans le désert : Dieu leur envoya des cailles, . et en si grand nombre , qu'ils s'en nourrirent pendant un mois entier (2). Deux voyageurs savans ont pensé que ces cailles ne pouvaient être que des sauterelles (3) ; Volney (4), mieux instruit, assure qu'il y a dans le désert deux passages annuels de cailles. Ces passages périodiques fournissaient, en Egypte^ à la nourriture des éperviers sacrés (5). Moïse, sortant de l'Egypte , n'ignorait point le retour régulier du phénomène : dans cette ressource naturelle , mais inconnue aux Israélites , il a

(1) Séance de l'Académie des Sciences, 4 ^^^ 1838.

(2) Numer, cap. xi.

(3) Nierburh, f^ojrageen Arabie (in-8®), tome 11, p. 36o. — Hasselquist , Voyage au Levant, tome 11, p. 1^5.

(4) Volney, Recherches nouvelles snr V Histoire ancienne, tome I, pages 107 et 108. — On observe annuellement de 3 passages de cailles, à la pointe de l'Espagne la plus voisine deTAfrique, et au pied des Pyrénées.

(5) Aelian. de Nat. animal^ lib. vu. cap. 9.

102 IXES SGWUGE» 0€I3ULTE&.

pu montrer TowiTr©, de la Divinité qui exaiiçait leups prières^ ou daignait 'même céd<îr à leurs-murmures. La mort presque soudaine d'un grand nombre d'entre eux fut ensuite une conséquence de l'avidité avec laquelle ils. chargèrent de ces viandes succulentes leurs estomacs fatigués par la disette ; et le chef des Hébreux ne les trompa point ^ quand il la leur fit envisager comme ime juste punition de leur gouroiandise.

n lui avait été encore plus facile d'appeler leur pieuse reconnaisSj^nce sui? le passage de la xaer Rouge. Pour confirmer la réalité dÀ miracle ou pour l'expliquer, on a cité une tradition très^igmcienBe , conservée par les Ich^ tkjfophages ^ qtii habitaient sur les bords de cette raer : le reflux, disaient-ils, fut ujie fois si violent qu'ii mit à sec le golfe entier ; plais le flux revint avec impétuosité, et les eaux reprirjent soudain leur niveau (i). Ce phénomène est analogue à celui qu'on ob-»

serve souvent dans les tremblemens de terre; il rappelle le désastre qui noya les Perses , lorsqu'ils voulaient pénétrer dans la presqu'île

(i) Piod. Sic. lib. m. cap. aQ..

DBS SCIBNGBS OCCULTES. Io3i

de Pallène , et où Ton rit un effet de la vengeance de Neptune ( i ) , comme la perte àes. Egyptiens fut attribuée au courroux du Dieu d'Isràél. Mais, pour être adoré des Hébreux et admis ps^ nous , le prodige n'a pas besoin de ces circonstances extraordinaires. Pendant l'année qu'il signala, si l'on en croit Paul-". Orase, la chaleur fut si vive qu'elle donna lieu à la fable de Phaéton (2) : l'eau devait avoir d'autant moins de profondeur, et le passage offrir moins de difficultés. Suivant Josèphe (3) , les Egyptiens fatigués différèrent d^attaquer les Btébreux ; ceux-ci eurent donc le temps de profiter du reflux ; quand leurs ennemis se décidèrent à les poursuivre , il était trop tard ; la marée remontait , et le vent, la pluie, la tempête, secondant son mouvement , rendaient le retour des eaux plus prompt et leur action plus rapide. Ces divers détails sont probablement exacts ; mais encore une fois , ils ne sont pas nécessaires pour expliquer un fait qui peut se renouveler tous les jours. Le bras de mer que trar

(i) Herodot. lib. vin. cap. lag.

(a) P, Oros, lib. i. cap. lo.

(3) FL Joseph, Ant. jiêd. lib. lï. cap. 7.

versa Moïse , est étroit (i); le flux et le reflux s'y succèdent rapidement. Dans la campagne de Syrie , le chef de l'armée d'Orient y le traversant à marée basse , fut surpris par la marée montante ; sans un prompt secour»

il eût péri submergé (2).... et, dans l'accident sans gloire qui aurait interrompu une carrière déjà si brillante, l'islamisme eût vu sans doute un prodige envoyé par le Ciel.

On sait combien fréquemment l'Egypte , la Syrie , ces contrées fécondes en traditions miraculeuses , sont désolées par des légions de sauterelles ; si elles échappent alors à une entière dévastation , c'est quand un vent soudain enlève cette nuée d'insectes , et la précipite au sein des flots. Mais , dans les récits de l'Exode , c'est pour punir le roi d'Egypte de son injustice envers Israël , que Dieu a fait souffler un vent brûlant qui couvre l'Egypte de sauterelles ; et le vent d'Occident , qui les emporte dans la Mer Rouge , n'est accordé par le ciel qu'aux prières de Moise (3).

i^ij Herodot. lib. ii. cap. ii; Diod, Sic. lib. m. cap. ao. (î) Notice sur BertholUt , Description de l'Égjrpte > et Reloue encj^clopédigue , tome xxx. page 39. (3) Exod. cap. x. yers. i\. 18. 19*

DES SCIENCES OCCULTES. Io5

Dans l'Exode encore, Moïse délivre l'Egypte de la mouche y après en avoir constamment préservé le territoire de Gessen habité par les Israélites.

Quel était ce formidable exécuteur des vengeances de Jéhovah ? La version éthiopienne de la Bible et le texte hébreu lui donnent le nom de Tsaltsalya (i). C'est celui d'un insecte , appelé aussi zind? ; c'est le nom de la mouche y fléau des pasteurs de l'Abyssinie ; et qui , depuis l'équinoxe de printemps jusqu'à l'équinoxe d'automne, infeste les terres grasses et fertiles de ces régions, et ne s'arrête qu'à l'entrée des sables. Supposons qu'une fois , le zimJ) ait franchi les limites qui semblent circonscrire son apparition , et pénétré jusqu'en Egypte : ,1a contrée sablonneuse de Gessen dut rester encore exempte de ses atteintes, au milieu des riches vallées qu'il désolait. Cette préservation exclusive, et la disparition subite de l'insecte redouté, passèrent facilement pour des miracles, aux yeux d'hommes qui ne pouvaient savoir combien

(i; Bruce, yojage aux sources du Nil i^4ii-8*' }, tome n, pages 196-203 ; tome ix, pages 374-38i.

Io6 DES SCIENCES OCGUtTES.

est régulière , sur ces deux points, la marche de la nature. Aussi l'apparition de la mouche produisit-elle une impression profonde sur l'esprit des Israélites ; on le voit par les fréquentes allusions qu'y fait l'écriture : Dieu promet, à deux reprises, d'envoyer des frelons contre les nations que doit dompter son peuple (i); et l'exécution de cette promesse, quoique Moïse n'en parle pas , est rappelée par Josué et par l'auteur du livre de la Sagesse (2).

Je soupçonne que la civilisation de l'Afrique ancienne fût antérieure à l'apparition du Tsaltsalya , et que ce fléau , ainsi que tant d'autres , vint comme envoyé par le génie du mal, pour troubler les jouissances que faisait goûter aux hommes leur réunion en société.

C'est ici plus qu'une simple conjecture :

un écrivain qui a rassemblé beaucoup de traditions anciennes sans les discuter, mais probablement aussi sans les défigurer, Elien rap-

(i) Exod. cap. xxiii. vers. 28. Deuteronom. cap. vu. vers. 20.

(2) Josué y cap. XXIV. vers. la Sapiefit. cap. xii ,

vers. 8.

porte que, près du fleuve Astahoras (i) , apparut tout^à^coup une nuée épouvantable de mouches. Les habitans furent, par ce fléau, chassés de leur pays, séjour d'ailleurs fertile et agréable. La contrée qu'arrosent le Nil et le TTacazzé est en effet agréable et fertile; et, chaque année, le retour du Tsal^ tsaljra la rend déserte, et nulle habitation permanente n'y peut subsister. Si l'on admet notre opinion, à laquelle une discussion approfondie donnerait plus de certitude (a) , on concevra comment , dans les premiers ravages de cet inévitable ennemi, l'homme supérieur sut montrer à la crédulité et à l'effroi, la punition de quelqu'une des fautes que là fragilité humaine permet toujours de supposer, et que multiplie à l'infini l'exigence des prêtres. Avec cette tradition , Moïse avait rapporté d'Ethiopie la connaissance du privilège dont jouissent les pays sablonneux : lui fut-il

(i) Aelian, de Nat. animal, lib. xvii. cap. 4*^. — Ëlien parle, il est yrai, de l'Inde ; mais l'Ethiopie a reçu. ce nom chez les anciens ; et la position du fleure Astahoras ne laisse pas de doute sur celle du pays dont l'auteur a voulu parler.

(a) Je me propose de m'y livrer, dans l'ouvrage intitulé : de la Civilisation , i" partie , liv. 11 , chap. i , de l'Afrique eaicienne-

difficile de combiner l'une et l'autre, pour en former l'histoire miraculeuse qu'il racontait à une génération née dans le désert^ et élevée dans l'ignorance invincible des anciens souvenirs (i)?

Comment tant de faits naturels ont-ils pu passer pour merveilleux?

1° Si la multitude regarda souvent comme un prodige le phénomène local dont elle ne soupçonnait pas le retour périodique, souvent aussi l'ignorance ou l'oubli déroba la connaissance du fait naturel, aux prêtres même qui proclamaient le prodige. L'exemple que nous venons de discuter nous en fournira la preuve.

Les Éléens adoraient Jupiter chasse-mouche (Apomyios) ; aux jeux olympiques, un sacrifice au Dieu Mjiodès faisait disparaître toutes les mouches; Hercule, sacrifiant dans.

( I ) Plus tard , les communications fréquentes des Hébreux avec TEgypte leur firent connaître la périodicité du fléau. Isaïe , pour exprimer le rassemblement soudain de Parmée des Egyptiens , le compare à Tapparition de la mouche dan s les pays qu'arrose le haut Nil , le fleuve d'Egypte (' Isaï, cap. VII. vers. 18.}

TfES SCIENCES OCCULTES. I09

le même lieu où , depuis , Rome lui éleva un temple , invoqua un Dieu Mjagrius (chasse- mouche); on ajoute^ à la vérité, que les mouches n'entraient point dans ce temple (i): mais indépendamment des secrets, tels que certaines fumigations , qui peuvent éloigner ces insectes, leur disparition a lieu naturellement dans les édifices obscurs et profonds , comme étaient tous les sanctuaires.

Pour savoir si le prodige a créé le surnom du Dieu, ou si le surnom du Dieu a fait inventer le prodige , voyons dans quels pays son culte a dû commencer.

On adorait en Syrie et en Phénicie , le Dieu Belzébuth ( Baal-Zebud ), Dieu ou Seigneur des mouches. Dupui^ le rapproche de Pluton, ou d'Hercule le Serpentaire^ dont la constellation s'élève en octobre, lors de la disparition des mouches. Mais une pareille coïncidence li'a pu être consacrée par la religion^ que dans une contrée où la présence des mouches était un véritable fléau , ramené périodiquement par le cours des saisons.

(1) Solin. cap. i. — Plin. Hist. nat, lib. x. cap. aS et lîb. XXIX. cap 6.

Les habitans de Cyrène sacrifiaient au Dîeii AcliOPy pour être délivrés des mouches (i).

Ceci nous rapproche du point que nous voulons découvrir.' C'est du plateau de Meroé que fuyaient les pasteurs^ loîp du redoutable Tsaltsalja, attendant Téquinôxe d'automne^ t^rme désiré de son règne de six mois. C'est par eux que dut être adoré le vainqueur de la mouche , le soleil de cet équinoxe , figuré depuis par S ér apis y Pluton et le Serpentaire. Des pays où la divinité fut adorée comme changeant la face de la terre et la destinée des hommes, la renommée de son pouvoir, la vive impression que faisait sur les peuples qui ne l'observaient ménae qu'une fois, le fléau dont elle triomphait, étendirent sans peine son culte dans la Cyrjénàïque ^ en Syrie, chez les Phéniciens. Rome et la Grèce au** raient pu tenir de chacun de ces peuples la même superstition : mais nous observons qu'en Grèce , elle se rattachait à des tradi* tions africaines. Les Arcadiens d'Héraéa joignaient le culte du demi-dieu Mj^agrius au culte de Minerve ; et la Minerve qu'ils ado-

(i) Plin. Hist. nat.

DES SCIENCES OCCULTES. «i I I

traient, ils l'avaient empruntée à ^Afrique.

Ils la fai^ient, à la vérité, naitre en Arcadie, mais au bord d'une fontaine Tritomdty dont ils racontaient les mêmes prodiges (i) que ceux qui illustraient, en Lybie, le fleuve ou lac Triton , ' lieu de la naissance de la Minerve la plus anciennement connue. Une colonie arcadienne, établie au milieu des collines où Rome devait s'élever un jour , y

avait porté le culte d'Hercul.é Si Numa

dut aux Tyrrhéniens les connaissances qui lui firent consacrer à Rome , sous le nom de Ja-nus f le Dieu-Soleil de Meroé(2), ce furent probablement les compagnons d'Evandrfe, qui , long-temps auparavant , dressèrent , au bord du Tibre ^ l'autel du libérateur annuel des rives de l'Astapus et de l'Astaboras.

Lorsque le culte de cette divinité locale se propagea ainsi chez des peuples auxquels elle devait pour jamais être étrangère , le prodige qu'ils lui attribuèrent naquit naturellement

(i) jPattionûw. ércad* cap. 26. —Les Béotiens d'AUilcomène montraient dans leur pays un fleuve JYiton, sur les bords duquel ils plaçaient aussi la naissance de Minerve. {Pausanias. Bœot. cap. 33).

(2) Lenglet , Introduction à l'Histoire , page 19 ).

fc * » «► • • •

I I 9 DES' ^ClENGiîS OGCULtÉâ^'

du sens de son nom dont ils iguçr^e^t t-orU gine. Les inventions analogues ont , ^dâns tous les temps , été nombreuses ; et d^auta^t plus qu'elles étaient souveat secondées par la vue d'emblèmes appropriés au sens du nom de la divinité, emblèmes dont le prodige supposé fournissait une explication plausible. 2° Le vulgaire, à l'adoration duquel on présentait des prodiges , croyait et ne réfléchissait pas ; l'homme instruit se soumettait , par habitude , à la croyance établie ; le prêtre ne parlait que pour la faire respecter , à moins que des haines de parti, plus puissantes que l'intérêt sacerdotal , ne lui arrachassent des révélations indiscrètes. A la voix du prophète Jadon , Jéroboam a vu se fendre l'autel de pierres qu'il couvrait de victimes impies ; il a V tf sa main se retirer. . i . Un prophète du parti opposé s'empresse de le rassurer , en lui expliquant ce double prodige : l'autel, construit à la hâte , s'est affaissé sous le poids des- victimes ; et la main du roi s'est engourdie de lassitude (i). Plus tard, le prophète Sédékias, après avoir frappé le prophète Michée , son

(i) I*L Joseph. Anti<i,jud. lib. viii. cap. 3..

DES SCIENCES OCCtlLTËâ* I l3

antagoniste , le défia insolemment de se ven* ger, en lui faisant retirer la main comme Jadoii Tavait fait à Jéroboam. «. Michée n'accepta point le dl6 (i)-

Mais les discussions de ce genre ont tou jours été rares : dans les âges de miracles et de prodiges ) l'homme^ enclin à soulever le voile du merveilleux et à montrer la vérité , dut s'arrêter souvent , et se rappeler qu'il existe des erreurs redoutables, si elles ne sont pas respectables.

Les mineurs qui périssaient suffoqués , avaient été tués par le démon de la tnitte; des esprits infei^naux , gardiens de trésors cachés dans les profondeurs de la terre , immolaient l'homme avide qui , pour s'en emparer , osait pénétrer jusqu'à leur asile. Dans ces tradî-^ tions , si anciennes et si répandues , nous reconnaissons les effets des mofètes y des gaz délétères qui se dégagent dans les souterrains, et surtout dans les mines. En préservant l'homme de leur action meurtrière, la science a acquis le droit de révéler leur nature , et de dissiper les fantômes créés par l'ignorance

(i) Fl, Jottph, Antiq. Jud, lib. tiii. cap. lo.

Il4 DBS SCIENCES OCCULTES.

et par l'effraî. MaU raurait>-elle ten*é avec ^uccéiS;.) si aile n'avait pu qu'iri^Jiquier \e^ cau9Qs du n^l, Qt non y remédier? Taurajifeelle tenté sans pérH ^ quaqtAles princes qui confiaimit leurs trésors au sein de lia terre , voyaient^ dans ces tei:*rei2rs : superstitieuses lai garantie la plus sure de. l'inviolabilité de leur dépôt ; ou quand les i o«ù!vriera. mettaient sur le compte du démon de Ja . TÊtUne y non seulement leurs dangers réels ^ maïs encore les maladresses ^ les fautes , les délits qui se compaettaient dans leurs soutenràînes demeures (i). i ' ; i

A la.sçien^i encom x\ appartient de prévenir ou de. guérir les. erreurs universelles., vîé-^ rita)>les épidémies ) teU«a que souvent on voit une imiUitude entîère être trompée^ sana qu'il y ait un trompeur.

Maisi alors 1^ M plus que jamais i^ la prudence p^eut arrêter l'essor de la vérkéi. Quand on croyait(3) que , dans deux contrées de-L'Ita^

(t) J.iTollias. Spist. ttiner, pag. 96. ^. '

(a) l^romann , Tractatjif de faacinatione , pag. 6a3i , 6ad

et 626. « Prater Lombardorum vel Salemitarum. » — Ra-

bc'laia a probablement fait allusion à cette absurde croyance,

dans les prodiges qui précèdent la naissance de Pantagi^uel

DES ddBKGBS OCCULTES; Il5

talie , l'à^eôu(5h^me^t ées femmei était pr^ que toujours* accbmpd^iié de rémissioii dfe monstres ;, désignés sôufi? Ife notii de frères dés Lombards tm des Salemiiains, tant lew prodtictidii passait pour habitiielle ; c|uand on allait jusqu'à prétendre que ces monstres étsÉient des animaux 'nobles ^ des aigles ^ des aùtdUrs^, dans les fkmiiles nobles ; et dans lés farnilles pléîiéîèhnes , des aniA^aux vits y dos lé:2^aï*ds , des crapauds ;" quand cette croyance* donnait Heu à de fréquentes accusations de soi'céfllerie et à des eôndàihtiâtions atroce» «^ uïi sàtànt=n'autait-il^asMrisquédé partagea* te sort des vîctiïttes qu'il eût toulti sauver, si, cbmbattâtît l'èxtrava'gatoit^ générale , il en avait lilontré là source dans quelques pliéhonrènes toàl obsei^és et pltis'maVràcoiitës , et dans des supercheries inspirées par 'la folié», Hâtérêt et Tesprit diEf vetigeancie î

^« Les truies V en chaléér^,* àftaqyent même <f lès hommes S), a dît Aristbte (i). Au commencement du XVII* siècle , tïîi prêtre frafi-

(livre II, chap. 2 ), prodiges que j'avais roujours regardés comme une de ces fictions extravagantes qu'il destinait à servir de passeports à tant de vérités hardies. (f) Ariuàt, Hist» Animal. til>. vi. cap» 18.

il6 DES SCIENCES OCCULTES.

çais^ exposé par un funeste hasard à une seih^ blable agression , fut accusé de sortilège par son propre frère ; traîné devant les tribunaux^) aux cris de toute une ville frappée d*horreur; contraint , par les douleurs de la torture ^ à avouer un crime imaginaire ; livré enfin à un affreux supplice (i).... Qu'un homme instruit eût rappelé alors ce qu'avait écrit Aristote vingt siècles auparavant ; aurait-il fait cesser le scandale , empêché un absurde procès criminel ) prévenu son abominable issue 7 ou , seul éclairé au milieu d'une population aveugle , ne se serait-il pas plutôt compromis luimême ) comme fauteur du crime ^ et complice de sortilège? on peut le croire^ quand on voit que l'illusion avait gagné un homme aussi éclairé que l'était pour ce temps-là le célèbre d'Aubigné.

Pour expliquer plusieurs contes de sorcellerie ^ plusieurs traits de mythologie , il suffirait d'observer les écarts de la nature chez les animaux apprivoisés, ou retenus par l'homme dans l'esclavage et l'isolement (i).

(i) D'Aubigné , lès Ai^entures du baron de FœnesUi liy. nr, chap. a.

(a) Bodîn (Démonomanie , page 3o8) dit que l'on regarda

Cette discussion que la décence permet peu aujourd'hui , la prudence, à d'autres époques, l'a dû interdire aux hommes assez instruits pour l'entreprendre.

En vain , d'ailleurs, l'interprète de la science eùt-il élevé la voix , et signalé un phénomène déjà connu , où l'enthousiasme voyait un pro<r dige , si les hommes en possession de se faire croire avaient quelque intérêt h persuader que le prodige était réel. Bravant les prêtres qui le menacent au nom de la divinité dont il méprise les droits , Érésichtou porte la hache dans un bois consacré à Cérès. Quelque temps après il est attaqué de boulimie y maladie dont on a observé des exemples dans les temps anciens comme de nos jours : une faim insatiable déchire ses entrailles ; en vain il s'efforce de la satisfaire ; ses richesses épuisées ont bientôt disparu ; toutes les ressources lui manquent ; ilsuccotnbe, il meurtd'inanition : les prêtres triomphent ; un mythe , consacré par eux, va redire à jamais que l'impie Érésichton a péri misérablement , victime dé-^

comme un démon, le chien d'un couvent qui levait les robes des religieuses pour en abuser. On a yu des daims , des cher vreuils apprivoisés, s*élancer sur des femmes > etc., etc.

Ii8 DBS SGI£dSrGM OGCULTHS.

vouée à la vengeance de Céré» ^ de la dîvioité dc^nt les priaens nourrissent le gepre bummtt(i).'

Tel était l'avantage que savaient tirer les prêtres, des £aiits peu ordmaires dont le hasard leftir V p«l?mettait de s'emparer : il était assez grand pour qu'Us ne souffrissent point qu'un ^ul pbénoos^e 4e ce genre ^happât à leur investigation. Les pontifes romains n'avaient pas inventé la pratique religieuse de consi-^ gçer sur d^s registres les prodiges que chaque aAnée voyait .éclore : comme toutes les côu'^ naj/ssanoes i:nagiqttes^ ils l'avaient empjruntàe des prêtres étrusques.) dont Ljdus (2) cite fréquemment les livres sacrés; il^est plus qne probable qui'elle existait dans tous les temples apcjiens. . «

Cette pratique , dans quelque initention qu'elle eût été d'abord établie ^, devait créer, à la «longue, une instruction asâez étendue.

Il est difficile de reicu^Uîr une çérie non in^!-

(i) La superstition moderne ne le cède pointa l'ancienne, Fromann, Tractât* de Ftucin, pag. 6f3, cite des exemples de boulimie , que Ton n'a pas manqué de prendre pour des ellets de la possession du diable.

(a) y. Lydus, d» Osteniis»

DBS SCtËfSCI^ ÛCtVtnS. PI 9

terrompue d'obséfvatibns physiques , sans les comparer I, m^e^ kivôtonikiremei^t^) eritrè ellbs^^issins apercevoir quels phëDomènes sent plus ou moins' isouvesiti conséquents le^'ukis des aiutrieft , sans aequ^inr ien un mot sur là tnarehe de «la^qature ^ d^esccttnaiskanceij réellels et dHme véritAfcle importance: • . » . .

Il serait, par exexÀpie , intéfei^nt de re^ diéreher ice* qu'il y arait àfa raisonné et de scientifique, dans le jugement qtfeïc prêtre oul'augure portait ^ur les conséquences cPun prodige , et dans* les céréfi(iô;nies expiatoires qù*il prescrivait pour les prévenir. Sd^utem^ ^ns doute ^ il lie siDUgeait ({ti'à distraire' du à rassurer Pimagination efirayëê ; sôilf^isbt Tt^ ^tiorance -et la crainte obeissââébt aVebglérdent à mne «uperstitiôn i!Oiitinièiie,'Sttipide oU'féroce; Mais, d^^nfiçie l'avait enseig^ié 'I>é^ môcrite , Tétât des entrailles ideS' aniniauiç im^ ïù6\és pouVait fournir, aux colons dëbËil'^Àés slirittte terre inconnue ,' âéé indices probables sur les ^qualités du sorl et 'dû icUiUiat j t*irtspi3Qtion du fdlê des victimeS qlii depuis servait de base à tant de prédictions, n'avait pas originairement d'autre but : si l'on y trouvait , dans toutes, un caractère i;naf^du,..on, en

i:aO DBS SCIENCES OCCULTES.

concluait le peu de salubrité des eaux et des pâturages ; )ea Romains se réglaient encore d'après cet indice, dans la fondation des villes et la position des camps retranchés (i). De tels exempleaprouvent que, dans les pratiques religieuses des anciens , quelques - unes , au moins dans l'origine, émanèrent d'une science positive, basée sûr de longues observations, et dont nous pourrions rétrouver des vestiges encore instructifs.

Que deyonsHQous maintenant penser des i>pér^tiona magiques, bien plus utiles aux prêtres que les prodiges , puisque , loin d'éclater à l'improviste , elles dépendaient de la la volonté.de l'homme, pour le moment prér ciâ, l'étenduie et la nature de leurs résultats? La discussion à laquelle nous venons de nous livrer répond à cette question . Les prodiges rapportés par les anciens s'expliquent natu-p rcllement. ; lettrs récits ne peuvent donc êtr^ ai^és de mensonge : pourquoi seraient-ils plusi. suspects quand il s'agit d'oeiuvres magi-» ques qui adipettcnt des explications non moins

^i) yitruv,, de Jrchit. lib. i. cap. ^. ~ Cicer. 4e Dimv lib, I. càp, S^. ilb'. II. cap. i3.

DBS SCIBNGBS OCCULTES. 121

satisfaisantes 7 Alors , seulement , il faudra supposer avec nous , que les prêtres ont possédé et tenu secrettes les connaissances nécessaires pour opérer ces merveilles. Rappelons ici la règle qui doit décider notre croyance, la mesure des probabilités favorables ou contraires : est-il vraisemblable que, dans tous les pays, des honunès dont nous venons de justifier la véracité sur des points où on l'attaquait avec force, aient raconté tant de merveilles absurdes qui n'avaient pour principes que l'ignorance et l'imposture?

N'est-il pas plus vraisemblable que leurs récits sont fondés en vérité ; que les merveilles ont été opérées par des procédés dus aux sciences occultes renfermées dans les temples? et la vraisemblance n'approche-t-elle pas de la certitude , quand on songe que l'observation assidue et la comparaison de tous les prodiges, de tous les faits extraordinaires, suffisaient pour doter les prêtres d'une partie notable des connaissances théoriques dont a dû se composer la magie ?

132 DBS tSCIENCSS OCCULTBS.

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