CHAPITRE IX
Malgré la rivalité des religions, l'esprit de la forme fixe de civilisation maintient le mystère dans les écoles philosophiques. Il en est , à la longue , banni par l'influence de la civilisation perfectible, i® G>mmunication habituelle des Grecs avec les successeurs des mages , dispersés dans l'Asie après la mort de Sftierdis; première révélation de k magie 5 2*^ l'appauvrissement de l'Egypte, après la conquête des Romains , fait affluer à Rome des prêtres de grades inférieurs , qui y trafiquent des secrets des temples 5 5* les polythéistes qui se convertissent au christianisme, apportent dans soii sein les connaissances magiques qu'ils possèdent.
A cette dernière époque , des débris de la science sacrée subsistent, i^ dans les écoles des philosophes théurgistes 5 2® en la possession des prêtres errans , et surtout des prêtres égyptiens. On peut, sans invraisemblance , assigner pour successeurs , aux premiers, les sociétés secrètes d'Europe^ aux seconds , les sorciers modernes.
Comme la forme fixe de civilisation dont il était une des bases principales, le mystère
qui enveloppait la science sacrée a subi le pouvoir du temps : le voile s'est déchiré ; assise pendant tant de siècles devant la porte des sanctuaires et des écoles philosophiques ^ la statue du silence a été renversée.
Quand s'est opérée cette révolution 7 Estce quand des religions rivales se sont combattues , quand, devant l'inflexible Zoroastre et ses successeurs, et devant le culte du feu, ont reculé le sabéisme,et l'adoration deShiva,
de Wishnou et du Brama ? Non ; persécutés comme magiciens , les prêtres hindous et les chaldéens emportèrent dans l'exil leurs arts sacrés et leur silence inviolable.
L'invasion des Hébreux dispersa les prêtres des peuplades de Chanaan : contre eux , évidemment , Moïse dirige l'ordre de mettre à mort quiconque rend des oracles , ou opère des miracles au nom d'un dieu étranger. Mai& la conquête entière de la Palestine s'acheva lentement. Etabli au milieu des tribus indigènes, l'Hébreu, infidèle à sa loi, consulta souvent leurs prêtres et leurs devins. Redoutés et même révérés , ceux-ci ne léguèrent qu'à des adeptes leurs secrets, qui étaient encore une source de richesse et de considération ,
236 DE 8 SClBUrCËS OCCULTES.
s'ils n'étaient plus un moyen de pouvoir. Je crois reconnaître leur» derniers successeurs dans ces hommes que Saûl persécuta avec tant de zèle, que, lorsqu'il tomba lut-<ménie dans la faute dont il voulait préserver son peuplé, il ne trouva qu'avec peine une femme qui possédât l'art d'évoquer les ombres des mofts.
Les prophètes , en Judée , se divisèreîit ,.
se combattirent , épousant les rivalités- de Jérusalem et de Samarie : la persécution ni l'anathéme ne dévoilèrent les ressources dont s'étayaît, au besoin , leur inspiration.
Le farouche Cambyse outragea , en frappant Apis , le dieu suprême d'Egypte , dont ce taureau sacré était l'image ; il envoya ses prêtres et ses adorateurs au supplice ; il pilla les temples.... Il passa, laissant un souvenir exécrable , sans que de si grandes violences eussent porté atteinte au secret religieux des sanctuaires.
L'esprit de la forme fixe planait sur lesthéâtres de ces divers événemens : il ne permettait point qu'une lumière nouvelle brillât aux yeux des peuples , et les peuples même ne songeaient point à le désirer.
I^ais ^ de(>uis plusieurs siècles, une cause dont on n'ayait point soupçonné l'activité, ni même l'existence , commençait , parmi les ba-< bilans de la terre , Une révolution que trentecinq ou quarante siècles n'ont pas eatièrement consommée. Dans les colonies qu'il fondait sur des plages lointaines , le navigateur phé«^ nicien , à son insU , avait porté le germe de la civilisation perfectible. Trop faible , trop occupé d'intérêts mercantiles pour chercher à subjuguer par la force ^ trop peu instruit pour fonder la civilisation sur la religion et la science sacrée , il se borna à mêler ses imstgeB à ceux des tribus au milieu desquelles il s'é-» tablissait. L'homme alors , pour la première ibis , apprit que la manière d'être qu'il tenait de ses ancêtres pouvait changer ^ améliorée par un effet de son libre choix , et non par suite d'une obéissance aveugle à des êtres supérieurs* Du désir d'un perfectionnement réflédil , la première conséquence est la euriosrtè : on conçut le prix du savoir ; on ne recula pas devant Fîdée de Palier puiser à dcB sources lointaines ; des voyages de long cours n'efiPrayèrent point les sages ^ pressés du besoin de s'instruire et toutefois j eux en^
core, ne brisèrent point le sceau du mystère. Les instructions qu'ils obtinrent dans l'Inde , dans la Chaldée et dans l'Egypte , se bornèrent , autant que nous pouvons en juger , à des notions particulières et dénuées de théorie : Thaïes en effet put prédire une éclipse , jnais une seule ; et Pythagore ne trouva qu'à force de génie , la démonstration du théorème qu'on lui avait révélé , de l'égalité du carré de l'hypothénuse à la somme des carrés des deux autres côtés du triangle rectangle. Les philosophes , d'ailleurs , se regardèrent comme des initiés ; l'orgueil de la possession exclusive les toucha comme leurs instituteurs : les disciples de Pythagore recevaient ses révélations , non en proportion de leur capacité , mais selon l'élévation de leur grade dans un enseignement qui avait , comme les initiations , sa durée préfixe , son langage et ses épreuves. Ce ne fut que peu à peu , et par l'influence extérieure de la civilisation perfectible , que , dans les écoles philosophiques , cessa de régner la même discrétion que dans les temples.
Ainsi, dans les pays même où la civilisation perfectible prodiguait ses bienfaits, où la cul-
DES SCIENCES OCCULTES. !23g
ture des sciences et de Part d'écrire ouvrait la route vers une gloire brillante , Ic^s sanctuaires et Part merveilleux qu^ avaient porté des instituteurs sortis de la Thrace ou de PÉ- • gypte , restaient impénétrables : les prêtres maintenaient autour d'eux cette obscurité , à l'épaisseur de laquelle se proportionnaient le pouvoir et la vénération qu'ils pouvaient obtenir.
Démosthéne est le premier auteur qui ait signalé,enGrèce,rexistencede sorcières (i). .. f Alors donc la science occulte avait cessé d'être , / concentrée dans les temples ; il en était tombé ^
quelques lambeaux enti:e des mains profanes; des hommes obscurs, étrangers aux sacrés mysl;ères, osaient professer l'art d'opérer des miracles. Pour assigner la cause de ce fait , il faut remonter à plus de trente-cinq lustres , et rappeler en conséquence un des événemens les plus remarquables de l'histoire ancienne, le massacre des mages, après la chute de Smerdis. La caste sacerdotale, trèsnombreuse, très-puissante, ne pouvait pas
(i) Vemosthen, in Aristogit, i.... M. Tîedmann de Quaestione, etc. pag. 4^.
succomber tout entière. Elle sa dipersa sans
doute dé tantôt parts; et lorsque tes TUels
politiques de Darius lui firent déëii^er de la
réutiii* , ©H peut éroîre que touà lè^ mages ne
s'empressèrent point ^aldnient de devenir
les èoutiem du trôna dé leur principal assas»
sifi. Au milieu de qui dureuf se trouver sou-»
vent ces fugitî£i , et les stfôc^^etir^ aui^quels
ils transmirent leur haine et leurs sëCfets?
au milieu. d^bomineB nésr da«i9 ntïe d'Vttiéatfon
peii'fectible ; au milieu de» Gre^i di^thiAéis
sur t<Mit le vaste eihiiipire de' Perfee ; commstii-
dan» et soldats daas les ttoxtpM autitiàires de
Bariius j gouverneurs de seê provîn<îes ; âgen»
actifs du commerce dans ses ports ; ècù milieu
de la G^ècè aaîatique\^ qui, sous te joug du
graïkl roi , conservait^ avee W édite et Fidlome
do laiairèce d'Europe, refif>rit dé là ch^iUsâ^
tiôn perfectible (i). Les évéuemans^ mbsé-
(i).Un indice puissant appuierait notre assertion, sUepoënle attrîbuéàPiiocylide, était en efîet de cet auteur, a Abstiens-toi dëé iiV^«9 Màgùfueêy » j étftyil Ait, véri t3S. Né à Milet dans la Grèce asiatique , 687 ans avaut notre ère (selon Suidas), Phocylide a dû écrire ses préceptes moraiix dans l*âge mûr, et par cotiaéquest lorsqae les mages f^gitifo éèàietlt depuis vingt ou trente ans en contact avec les grecs d^Asie.
0£S aOIfiKCiBS bCCVLTBS. à/^i
qubns , et la guerre^ Cy ras le jeune , cbhtre Arfâxerxe^ et surtout l'âsscendant qu'avait pris le roi die Perse sur la Gréte , dent il devint l'arbitré pendant ot aprèdia ^ïie^ré dû Pélb-' pon,ès6^ ihultipdîèreiit ^ pdU!* tèié trecs^ les comnsmnicatibns intiMes avec rihtérieur de l'empire. Us avaient admiré les prodfj^s opérés par les mages ; do nom' de ces prêtres, ils auraient donné , à Part d'opérer des merveilles, le ùom é& mcpgie' , et eè noni était devenu bîeàtpt assez célèbre poui^ 'qu'Euripide ritnt>ôfiâit à IMnspiratibt:! céleste dont Orphée avait été aaîmé; GuHeùx et avide, lé Gjfec , -^inàt rdpprochéydes' ùii^é^ prosorfÉs* eï de leucs dcscendans, pTbfità'sah'é doute dés' fréquentes &cbafiions qu'il avait de ë^struiré ;' et , de retour dans éa pataie ^ il y fit un 'A'étié'r lucratif de l'emploLdessecretS' qu'il avait dérobés, au ressentîfàenleï;àla misère (i). '
(i) Un savant que j'ai déjà cîté^ M. G. G. Horst» dans sa' BiUlièfliè^ife magique, établît que Tltalie et la Grèce reçurent d'Asie et des sectateurs des deux principes ( c'est-àdire des adorateurs d'Ormusd adversaire d'Arliiman ) les doctrines magiques qui se mêlèrent peu-à-peu avec la mythologie ancienne, fondée, dans l'un et Fautre pays, sur l'adoration de la nature divinisée . Cette opinion , on le ra^u se
Les conquêtes d'Alexandre établirent les Grecs sur tous les points de cette Asie où chaque temple avait ses mystères particuliers ; les prêtres.nombreuxde Phrygie et de Syrie ouvrirent leurs sanctuaires aux vainqueurs^ et s'empressèrent de se les affilier par des initiations. .
La seconde idylle de Théocrite renferme la peinture d'une conjuration, d'un enchantement opéré par une femme ordinaire ; déjà donc l'usage de la magie avait pénétré bien avant dans les mœurs des Grecs. L'idylle finit par la menace d'un empoisonnement que la magie doit opérer (i) : à l'idée simple succède ainsi une idée superstitieuse ; et l'expression propre aux temples , à Téxpression du fait, la seule qu'eussent employée, les Grecs , avant leurs communications avec des peuples régis par les dé^ positaires des sciences occultes; un crime atroce n'est plus l'œuvre d'un homme , c'est le résultat de l'intervention des êtres surna-
rapporte an temps oii les doctrines magiques pénétrèrent dans les temples, époque fort antérieure au temps où les les arts magiques cessèrent d*y être co^icentrés. ,» (i) Théocrit. EidfU. ii. v. i6o.
DES SCIENCES OCCULTES. H/^i
turels. C'est ainsi que le même Théocrite transforme en magicienne Agamède , femme célèbre par ses connaissances médicales.
La religion de l'Egypte qua Cambyse avait attaquée en vain , et que ne troubla point Alexandre ^ fut conservée et honorée par les Ptolémées ; et les Romains , maîtres de l'Egypte , la laissèrent régner en paix sur leurs nouveaux sujets. Mais les guerres extérieures et les guerres intestines avaient ruiné le peuple et appauvri les temples. L'antique religion du pays languissait , comme le pays même , courbée sous une influence étrangère.
Le sacerdoce n'étaiit plus le premier corps dans l'état. H avait trop perdu en majesté , en puissance^ en richesses, pour conserver intacte sa nombreuse hiérarchie. Pressés par la misère, des prêtres d'un ordre inférieur se répandirent en foule dans la capitale du monde , et riches de prestiges et d'oracles , mirent à contribution la superstition et la crédulité. La classe éclairée méprisa ces mendians sacrés, aussi bien que ceux qui accouraient de la Syrie et de la Phrygie : elle était occupée de trop grands intérêts et nourrie d'une philosophie trop indépendante , pour
que iks thaumaturges subalternes jouassent un rôle parmi lès contemporains de Cieéron et de Césâtr.
Observons qu'en mêttie temps , la disposition des esprits accélérait là dégradation de la science sacrée. Lès prodiges qu'elle offrait jadis à la vénération publique* rencontraient beaucoup dMilcrédules : un miracle nié ou discuté est bien près d'être dévoilé dans ce qu'il peut aVoir de réel. Lés prêtres éprouvaient combieu lélii* tâché, fa^ôilô sous uhe civilisatiori de forme fixe , le détenait p'eix dans une civilisation perfectible. Ce n'était qu'avec peine qu'ils côiiibattaient celte -ci, et son influencé trop prodigue dé lumières.
Les oracles se taisaient , lés prodiges devenaient plus rares , l'obscUriré des sanctuaires diminuait avec là àiipéi'sritidn , lorsqti^e le triomphe du chnstidtlismé vînt donner aux esprits et aux croyances line impulsioh nouvelle. Voyez d'un cÂté/lefetéhïples dâtfuttd, les prêtres dispersés, voués a l'i^nomime, à Piridigehfce ; quelt|Ues-ûnë éttfin rèduits pôùr
vivre, à traHquer des sbieilces èàci^éè»; 'de * - ■• . •■ .
Pautré, la persuasion, l'éilthousia^rt}^ , la
* mm
légèreté , l'intérêt , l'àtnbitîojfi , la perdécù-
iion enifln^ entraînant, sous les bannières de la relîgipn nouvelle , d,e nombreux transfuges, prompts à l'enrîchîr d,6s secrets magiq^Ues p^op^es au diverses croyance^ qu'ils s^andotnaient. Le miracle qui dissipa les ouvriers envoyés par Julien pour releyer le temple de Jérusalem ^ prouva que les chrétiens aussi connaissaient les procédés dont les anciens thaumaturges avaient fait usage avec un succès éclatant. Alors l'ancienne réligipn reçut un coup mortel ; ses adversaires pouyant égaleipient la combattre avec ses propres armes, pu dévoiler au grand jour la £aiblesâç de sets prestiges.
Aussi Ipng-temps que le polythéisme subsista , détesté et non encore proscrit par l'autorité suprême ; aussi long-temps que ses temples debojit ^ pu leurs ruines récentes rappellèrent un culte auquel se ratt,acliaient tant de souvenirs , le soin le plus pressant de ses adversaires fut de montrer la fausseté dé ses nîiràcles , comme l'absurdité de sps dogmes. Mais peu à peu le lierre et la niousse couvrirent des décombres au milieu desquels le zèle persévérant ne rassemblait plus les adorajteurs; l'habitude, le cours des choses.
la nécessité poussèrent dans la nouvelle route, les populations entières : on cessa de combattre ce qu'on avait cessé de craindre; on cessa d'armer contre la crédulité, la raison dont les progrès pouvaient s'étendre %n jour au-delà du but prescrit à ses efforts.
Les débris des sciences sacrées restèrent entre les mains de deux classes d'hommes bien différentes.
I* Aux prêtres d'un ordre supérieur, aux disciples éclairés des sages de Babylone , de l'Étrurie, de la Perse, de l'Egypte et de l'Hindoustan , s'étaient réunis les successeurs de ces philosophes théurgistes qui, dès le second siècle, avaient essayé de relever le polythéisme en transformant ses légendes en allégories morales, et ses prestiges en œuvres divines;, opérées à la voix de l'homme vertueux , par les puissances célestes. Tous ensemble, professant moins l'ancien polythéisme , que le culte d'une divinité unique, adorée sous mille noms divers dans les diverses religions , ouvrirent des écoles de philosophie où les chrétiens, amis des lumières , se crurent permis d'en venir chercher : une théosophie platonicienne et unô
morale austère et exaltée y formaient le fond de la doctrine. Mais on y révérait aussi la mémoire des hommes qui , grâce à leur piété, mis en communication âfvec les êtres surnaturel^ en avaient obtenu le don des œuvres merveilleuses. La juste crainte d'entendre discuter , nier ou avilir leurs miracles par des adversaires trop puissans , y avait ranimé l'ancien esprit de mystère ; plus que jamais on y faisait un devoir religieux de se taire sur tout ce que l'on possédait encore de leurs enseignemens. Synésius reproche amèrenaent à l'un de ses amis d'avoir révélé à des auditeurs non initiés, une partie de la doctrine secrète des philosophes ( i ) . L'ouvrage entier de Lydus sur les prodiges , et le passage de Damascius que nous avons cité , prouvent à quel point ces deux derniers se croyaient encore étroitement liés par leurs promesses de silence (2). Les initiés de Memphis, les disciples des
(1) Sjrnes, epist. i43.
(a) On retrouve bien plus tard la trace de cette habitude de mystère : ce n^est qu'au xii* siècle que Tzetzès et Zonaras ont révélé le secret du miroii' d'Archimède ; quoique ce miroir eût été employé par Proclus , au commencement du ti* ^iècle , pour incendier la flotte de Vitalîen qui assiégeai^ - ([^onstantinople.
^43 DES SÇIEffC^^; f>ÇÇUL^^^.
prê^r^ . ét^^J^çquçs. fl'^fiçaieiit pgj^ tenu u»
Sous 1^ rapport ^ep dogiQ^^ philteQpbir quesy jl 3prg^t pos^vblfï (Jç ^uin^riS: eo Grèce ^ puis en, Ita^e après la prise de Coji9t|iotino-»* pie , \es tracer d|e ^ipfl^e9ce ^ub^^ante «de ces écoles. Cela e^t .luoi^s ^is^ pour ce ç(oi concerne \^ s/:ience jC^cu^te. : le^ foiidateu^ des èpoles l'ont sûre9i,ent pQ3^^dée ; maiii sa ti^s^nsmission n'est qu^e . prpb^l^ > çon^ien d'acçidens pouvj^ienit l'ensevelir dans: le mystère dpnt on ne la laissait sortir qu'aveq de si grandes pr^cautioâi»! Que)q«ies faits cepén^ djmt yiennewt répandre un p.w d^.jour sur c^ i^téressciçt prQblèn^e*
li^^dpctrine de3 Th^urgiste^ ^ qi^i transr foimait en êtres ^urnatulrels ^ en génies, l^s substances* dont se servait la science expérimentale et les^ hpm<Q(es qui les mettaient en usage ^revîj to^^ entièr/e dans la doctrine cabalistique des modernes. Elle aussi, pour produire des œuvres merveilleuses , fait agir des génies et les soumet au pouvoir du sage qu'elle illumine de ses clartés. Les génies de la tei;*rc , de l'eau , de l'air et du feu soi^t
DBf ÇCIEÇCÇS; OCCULTES! ^49
fiSpîyadHs daq$ Je? <matr^ fçme^ où 1^ physique, alors reçue^ pla^ç^itles prijicipe^ de tous le^ Çorp?. N'avftçp-nojispas rptifouyé , dfinales S^PJ^^h les ouvj'iefs qui exploitent les naines? Les détails brillan9 et romanesques dont une imagination vive g paré le fond df s principe^ des cabalistes^^n'emp^chç parque Tidentité deç deux doctrine^ ne demeure recpnnaissable.
On sait quel po:uyoir si]))^ime ç^t attaché à la syllabe OM (OUM) , qpi désigne \a^ Trijfiurti ^indoue , compo^sé^ de Shiva , Wishnou et£rama,: en la prononçant, l'homijie piçux s'élève i Vintuition intelle^ctuelle des trois Divinités remues. Ce, nom divip.qfsçn ép^rgie mystérieuse sont rappelles dans deux livres de magie jtubliés en . Allemagne au cpçûmençcment du seizième siècle (ï). N'est-ce point là un ç^ernier anneau de la chaîne qui^ paalgré l'élc^neipaent imm^i^^p des coîiti:ées et des âges , majgré la différence des idiomes et des Religions , rattajçhe aux doctrines transcendantes de l'Hindoustan , les débris qu'en avaient conservés les adeptes modernes.
(i) Ils sont cités dans la Bibliothèque magique de M. Horstr
!l5o DES SCIENCES OCCULTES.
Des inventions qui ^ dans l'antiquité , firent éciore tant de miracles, quelques-unes se sont réfugiées dans les écrits des hommes que le moyen âge admirait ou persécutait comme versés dans les sciences occultes (i).
Il est certain qu'à cette époque de ténèbres , les savans se sont souvent transmis le dépôt de leurs connaissances , par l'intermédiaire de sociétés secrètes , qui ont subsisté presque jusqu'à nos jours sous le nom de Rose^ Croix y ou sous d'autres noms également énigmatiques. L'un des plus beaux génies dont se puissent honorer l'Europe et le genre humain, Leibnitz , pénétra, à N\iremberg, dans une de ces sociétés ; et de l'aveu de son panégyriste (2), il y puisa une instruction qu'en vain peut-être il eût cherchée ailleurs. Ces réunions mystérieuses étaient-elles les restes des anciennes initiations savantes? Tout porte à le croire : non-seulement, les épreur ves et les examens qu'il fallait subir avant
(i) Albert le grande Tabbé Trithèmey le r.ordelier Barthélemiy Robert Flud, Roger Bacon, etc.
(3) Fonten^lle. Éloge de Leibnitz. Éloges des académiciens, tom.i. pag. ^6^-^65.
DES SCIENCES OCCULTES. :25l
d'y entrer ; mais surtout la nature des secrets qu'elles possédaient et la manière dont elles paraissaient les avoir conservés. Quelquefois en effet, dans les écrits des auteurs du XIP et du XIIP siècle, on retrouve tout entières les connaissances thaumaturgiques et leurs applications. Plus souvent, le souvenir des prodiges qu'elles opéraient jadis subsiste seul dans l'oubli où sont tombés les moyens qui avaient dû y conduire. C'est ainsi du moins que l'on est tenté d'interpréter ces mêmes auteurs, quand ils annoncent comme possibles à leur art , des œuvres si merveilleuses , qu'il faudrait leur accorder la gloire d'avoir retrouvé , avant Buffon , le miroir ardent d'Archimède , d'avoir inventé le télégraphe , etc. , etc. , si , à côté de leurs promesses , ils indiquaient les procédés propres à les effectuer.
Leur silence, cependant, n'est pas une preuve décisive de leur ignorance : amou- ^ reux du mystère , et fiers d'une possession \ exclusive , ils n'étaient savans que pour euxmêmes et pour un petit nombre d'adeptes; i}s se taisaient ou ne s'exprimaient qu'en al-
l^ories (i). M^W cçj i^ilçnçç, cet amour du mystère $ont u^i trai|t dq re^çpBDblan^c qui rappelle U9 Qpo^P3, ^^^éu^gîquçs a^i sein desquelles dépp^ ^s ^ejprçtsî le PçlytIjiéUme expîraiat. Ce qui ^çnpl);le ençofç assigner la aiénpie origine aux connaissNançeâ ^es menibre3 <iç§ sioçiétés secrétçs , c'est l'horreur , Tcfliroi^ l'esprit' do persécution que leur science. ÎAspiç^it ; §entiniens d'autant plus énergiques qu'pn duppo^^t la science plus étendue. Un çQVvenir confus les d^é^igns^it conii][ie les héritiers çle3 prét)res^ polythéistes , des ministFe^ de ce^ clie^ix détrônés qui n'étajiep^ pjus que les génies dM iP^l ef <le;^ ténèbres.
Ayant porté §es conquêtes: pliis lo^p qyc lés Romlsiins n'avaÎAftt étendu leur çmpire , et se souJnettaQt Içs vainqueurs même des Romains ^ le christianisme , fort de plus d.e six siècles d'existence , semblait n'avoir à craindre que les 4\5^çsions sans: relâche re-
(i) Au XVI« siècle, Léopold d'Autriche, fils <ln duc Albert 11^ donna un tableau des Paraiiatellons des Déçans ( imprinitS à Venise en i5qo. Voyez Dupuis Origine de tous les cultes , tom. XII, pag. ia7-ia8j. C'est un extrait de la Sphère persique. Mais Léopold, au lieu de transcrire leâ indications posîtiyes, n'en a emprunté que les figures embléraaiiques.
DES SCIEîJcÉS OCCUITËS. ^53
naissantes entre ses entans, lorsque, stii'Nun point dii globe |)resque ignoré , bn holiime parut. Étranger aux ressources des science^ occultes , il à le courage de s'en passer ; et v le premier parmi les hôniihes^' Mahomet fait croire à une révélation, il fondé uiie religion^ en déclarant que le Dieu qii'îl annonce lui a refusé le don d'opérer des miracles. Dans la Syrie , l'Egypte , la Perse , rapidetnent conquises , sfes faroiichés sèctatéurâ boulet erfeént la civilfsatibil : dans la Perse , surtout , leur ^ fanatisme pouraùit av'cè xinè ragé implacable, / lès mages, déjibsitairîes dés sciences religtèiises. Quatre cents ans plus tard , au rioni de l'islamisme encore, et aniriië^ de l'èHthousîasmé destructeur qu'il nfe peut, manquer d'inspirer à deà hordes âaùvagfes , les Tarôômans inondent l'Asie, du J)ied dti Caucase, aux bords de là mer Rbuge, du golfe persique et du Pônt-Euxih : là ba^bariè Sfelnble devbir à jamais y régner avec eux.... Des causes semblables produisent de semblables effets ; et à ces deux époques, les secrets des sciences occultes se répandent au dehors par suite de la dispersion de leurs possesseurs. Dès le VHP siècle , tranquilles au seîn de leurs con-
!l54 ^^^ SCIENCES OCCULTES I
quêtes , les Arabes s'adonnèrent avec passion à l'étude de la magie ; ils lui demandèrent l'art de faire de l'or et de découvrir les trésors cachés : vœu naturel à une population amollie par le luxe , et à qui le despotisme lîe laissait connaître de propriétés assurées que celles que l'on pouvait emporter en fuyant. Au onzième siècle , lorsque les Musulmans civilisés redoutèrent à leur tour le fanatisme de leurs nouveaux frères , les rapports des Européens avec les Arabes et les Maures avaient pris une grande activité ; et l'on observe qu'alors le commerce de ceux-ci infecta de superstitions magiques (i) les sciences qu'ils avaient apportées en Occident. De diverses . contrées de l'Europe , les étudions accouraient pour fréquenter les écoles de sciences occultes ouvertes à Tolède (2) , à Séville , à Salamanque (3). L'école de Tolède était la plus célèbre : l'enseignement s'y perpétua du
(i) Tiedmann. De Quaestione etc. etc. pag. 97 (a) « Complures ex diyersis rcgionîbus scholares apud Toc< letum student in' arte necromantîcà. » Ainsi s'exprime Caesar de Heisterbach, écriyain de la fin du XII« ou du commencement du XIII« siècie... lUustr mirac. et hist, mir. lib. ▼. cap. 4* p< 207 (édition de i(>o5}.
(3) Frommann. JVàct, de Fascin, pag. 175- 174»
XIP siècle jusqu'à la fin du XV' (i). Les sociétés occultes d'Europe prirent une part active à ces communications : c'est par les adeptes dont ellea se composaient , que nous avons connu la plupart des inventions physiques et chimiques des Arabes.
2*" C'esf daBS la classe la moins relevée de la société que furent recueillis en ptirtie les secrets du polythéisme : l'avilissement de la religion détruite donna les plus ignorans des hommes pour successeurs, aux Thaumaturges qui avaient si long-ten^s dominé les peuples et les rois.
Le vulgaire peut être détrompé d'un prestige et des imposteurs qui osaient s*eil prévaloir^ mais tant que* sa raison n'a pas été développée .par une saine instruction , ses préventions superstitieuses ne meurent pqiitf ; elles ^'abandonnent un objet que pour -se porter sur un autre...... Voilà ce
qu'erttrevirent des ministres subalternes du polythéisme , des hon^nes dont la science se bornait presque à des mots , et les secrets
(i) Voyez le Commentaire de Leduchat sur Rabelais, liv. frr. chap. 33. note 9. "
256 DES SCIENCSd> OC^tTLTKd.
à Part de persuader qu'ils en poésédaiisnt beaucoup et de très-redoutables. Oubliai! t leurs dieux méprisés, ils parlèrent de démons , de génies , de sorts dont ils dirigeaient à leur gré Faction terrible ou bienfaisante.
Vers le milieu du VP siècle , lès France et les Visigoths portèrent des lois avères contre la magig , c'est-à-dire , contre la dei*nîère classe des magiciens ; les setirets de la h^ute théurgie étaient gardés avec trop de soinpour se répandre chez; les barbares, au. point de les allarmpr. De telles lois prouvent que déjà cette classe était nombreuse, et puissante partout sur l'esprit de la multitude.
• Dès le commencement du V* siècle ^ en^ effet , saint Augustin parle du ScbbkcCt èX des assemblées de sorcières : avant cette époque , on ne citait qpe des magiciennes isolées, telles que celles dbnt Apulée, et Lqpiien racontent les prestiges, Ceci ^st remarquable : l'idée de Sabbqty de réunion», impMqlie celle d'une société organisée qui recOniiait, dans son sein , des gilades et 'des chefr ; en un mot l'idée d'une initiation. Descendue dans la lie de la société , elle en porte la teinte ignoble ; mais enfin , c'est une ini-
DES SCIENCES OCCULTES. aSy
dation. Non contens de vendre des miracles < ^ les magiciens subalternes communiquaient donc lé don d'en opérer ; ils imitaient les épreuves , les sermens , les révélations et les spectacles des initiations anciennes.
Sommes-nous en droit de donner >p€mr
successeurs aux sorciers du V^ siècle ^ les aor^
ciers dont les réunions ont^été déférées à tbm
les tribunaux de l'Europe , jusque dans le
» ' . XVHP siècle? >
Déjà nous avons tenté un rapprochement analogue, entre les sociét^ socrettcs formées « • par les savgns^.du moyen âge, et les écoles
f^ desphilosfiphe^tfaéurgistes^Maislàvc'e&tistlr •
l . ««lès famie» et le secret delà réception qu'oint ^v
• - p^k*|é^ le^ akératioiijp pro<j|pites par le temps ; * A .
' - les connaissant;^ que Fon voulait conserver, " - ±
\ -H*! su^istèrcnt aussi fong^-^mps dû moins ique ' ' -^ *
L. ' ^ l'oi^ en put comprendre l'énoncé. Ici , au y contraire «, le btit de Initiation et son histoire * /
^ Sont égalemêQit toml^^dans l'oubli:, pour r^
\ ' moMer à son origine ,||oùs n'aurons que q^eû (â-
" "■ ' ^f^ques traces informes oe* pratiques .et des fic^ ^\
jf*' étions qif elle nicttait en usage , et qu'ont pu
^r^ ■ conserver li'abord 4à rusé et la cupidité, em-
■ 'j)»esséesdetrouverdes4iipes;et ensuite la^é*
yr
dulité ignorante et la curiosité qu'aiguisait l'ennui d'une vie sans jouissances et sans avenir. Diverses considérations montrent qu'un tel rapprochement n'a rien de forcé. M. Tiedmann soupçonne que plusieurs mots barbares, usités dans les opérations de sorcellerie , ne sont que des .mots latins ou grecs , mal lus et mal prononcés par des ignorans (i); mots qui , dans l'origine , firent sans doute partie 'de formulés d'opérations ou d'invocations.
Rien de plus probable : c'est ainsi que les trois mots inintelligibles en grec , Konga: , Om , PanXy que prononçait le grandrprêtre à la -
• clôture des mystères d'Eleusi^^ ont été recon-
: nus , par le capitaine Wilford , pour les mots '
* sam^crits , canscha^ om , panscha ^ flue pro- . noncent chaque jour les brajMfnes , en terminant leurs cérémonies religieuses (2). * ^
N'avons-nous pas remarqué aussi , dans les
invocations des sorciers modernes ^ un mé-
fenge d'idées astrologiques dont on ne peut
parleur attribuer l'inviention , puisque sûre-
* . • ment ils ne les comprenaient pas , et qu'ils
(i) Tiedmann. De Quaestione etc. «etc. pag. ioa-io3. S) The mortMjrrepertory ftom. iLxiii.^s^, 9,
ont dû les recevoir de prédécesseurs plus instruits ?
Pour se transporter au sabbat y ou plutôt pour rêver qu'ils s'y transportaient^ les sorciers se frottaient le corps d'une certaine pommade : le secret de la composer , secret qui leur a été si souvent funeste , est le dernier, le seul peut-être qu'ils eussent conservée Un sommeil subit , profond, durable, comateux , des visions tristes et lugubres mêlées de moûvemens voluptueux, voilà, en général ce que produisait l'onction magique, dont l'effet combinait ainsi les deux mobiles les plus puissans sur l'àme humaine , le plaisir et la terreur. Le choix d«s substances énergiques dont la pommade se composait, la découverte de leur vertu et de la manière de les employer , ne peuvent être attribués aux sorciers modernes que Ton a rencoptrés toujours dans la classe la plus pauvre et la plus ignorante : ces connaissances , n'en doutons •point , descendent d'une source plus élevée. La magie ancienne u^itit d'onctions mystérieuses ; Lucien et Apujiée (i) décrivent
(v) Lu4:ian...Lucius$ive qsMus. udpul. Métamarph, Hli. ir.
36o DES SCIENCES OCCULTES.
celles que pratiquaient Pamphila et l'épouse d'Hipparque ; et ces deux écrivains n'ont fait que copier les Fables niilésiennes , déjà célèbres par leur antiquité autant que par leur agrément. ^ .
L'onction magique , ainsi que nous l'établirons bientôt (i), îi'avait d'effet, dans les temps modernes , que par les rêves qu'elle enfantait. Mais, dans l'initiation primitive et dans des réuniotis réelles, composée d'ingrédiens moins soporifiques, elle a dû servir à disposer les adeptes aux mystères qu'ils allaient célébrer, en sorte qu'ils y apportassent d'avance cette ivresse morale , cette frénésie de croyance , si nécessaires pour créer et en»tretenir la superstition et le fanatisme.
Pouvons-nbus retrouver quelques vestiges de l'initiation primitive ? - *
' Dans les aveux arifaichés par la torture aux prétendus sorciers , sur ce qui se passait au sabbat, on voit , au milieu de détails variés avec toute l'incohérence d'un délire stupide^ on voit se i reproduire un certain- nombre
(i) Voyez ci-après, chap. iS.
d'idées uaiforipas . Ç'çst , 4it M * Ti-^dmann ( i ), patrçe que l'on tourwent^ît ç63, flaalhewewx. jusqij'à ce qu'ils ei^^^pt oonfçftsé MwX jq^' doioi on les açquwit^ jetjq^ie l6;?.3CjÇi^a»ipns;.étàié»f> tqwjourç id^ïl^q^e^ , <îppfçyp^mêa| ,^n% ïàéèé reçuçs pariai Içjs jpges* M^i^^efeidé^* bi^anres', ' et pourteïjit ^jiiviçs et Ji^ie^ /entm» ^lle3 ^ liés magistrats ïie l<as^yai^;it p^i^Uit j^ivealées : q;iii le^ avait originaipeme^nt4ùapriiiiéesda»s:léttr eçp];;it, sippp^e^ récits fôndéatordiësajâtiûios repaies pu,sHr4^s^oifi^enirsç<ftïi*ervé6îparuiid Igngqe tradjtipn^fLe fond. cofnn>lin à toii^ les aY^u^^ quîjse tçpmpqsairt de ces idées , peigoait dpçic proJbal>j|ei^ent y av.eq les altérations que le teiqipô et rign^m^oe ti'avfiieat pùmànqueap d'y ^PPPrtPA qjljleAq^ç$,cérémonie^ pratiquées jadis daqs x^es initiations auJbalteraeâ.
Que ûQs initi^tiowsjBe ratfcgiichassent auxder^ niers restes des 43ji^1j;qs déJarwitg ^ c'est ceiqii'il e&t;naturelde croif e , et «ce q)i|(5 divers indices readewt prpbable.. ,§î , il y aîr jcept, çii;i^uantNe ans -5 corùmt ^u temps de ups ajiqieps (ÎVuideS) on attribuait des vertus magiques au gui de
(1) Tiedmaiin. De Qitaestioneyf'tc. pag. iS^-iSS.
303 DBS SCIENCES OCCULTES.
chêne (i) ; si journellement, les observateurs attentifs retrouyent au fond des campagnes , des légendes , des superstitions et des usages qui émanent des anciennes religions , combien , à une époque moins éloignée de celle de leur splendeur, ces religions n'avaientelles pas conservé dïnfluence sur les habitudes et les croyances de la multitude ! Les prétresses du polythéisme et les druîdesses , retirées loin des villes , conservèrent longtemps la confiance et la considération des pueples. Grégoire de Tours parle de l'existence de Pythies y dans les Gaules ; en 798 , on voit des devineresses, proscrites, sous le nom de Striât , par les capitulaires de €harlemagne. Bien plus tard, une foule de femmes et d'hommes de la campagne s'assemblaient encore la nuit , dans des lieux déserts , pour célébrer , par des festins , des courses et des danses , le culte de Diana y ou de dame Abunde , appelée aussi Hèra , du nom grec de Junon (2). Il parait que le prêtre qui prê-
(i) Fromann. Tract, de Fasc. pag. 697.
(a) VoyezDulaure. /fûtoire de Paris, i" édition, tom. y. pag. 269 et suiyantes... Carpentier. Glossar. verbis Diana et ffoUa.
DBS SCIENCES OCCULTES. :i63
sidait à rassemblée était vêtu d'une peau de bouc ) portait un masque cornu et barbu , et figurait ainsi Pan , la divinité de Mendès , que les Grecs empruntèrent à l'Egypte. Comme dans quelques cérémonies secrettes du polythéisme , d'autres prêtres y portaient proba? blement aussi des déguisemens d'animaux.
Les noms de Diana , de Hèra , le souvenir de Pan nous reportent à la religion que renversa le christianisme : mais ne retrouvonsnous pas aussi les détails qui se répètent dans tous les aveux des sorciers ; les danses ^ les courses^ les festins; le bouc que l'on adore ; les animaux divers qu'une imagination frappée transforma en démons , et qu'elle supposa servir de monture aux principaux personnages qui se rendaient à la cérémonie? Maxime de Turin , au V* siècle , signalait , dans de pareilles réunions, un reste de paganisme.
Sept cents ans plus tard , Jean de Salisbury en a parlé. lien est fait mention au XIV* siècle; mais il est douteux qu'alors elles eussent lieu réellement : le roman de la Rose dit que les personnes qui croyaient s'y rendre et s'y réunir as>ec le tiers de la popidation,.
étaient déçues par une illusion,... Dèsi
a64 DE^ SCIENCES OCCULTES.
ce temps , les* réunions et les cérémonies idu sabbat étaient donc tM^mbées eh désuétude; elles n'existaient plus que dans les rêves des sorciers.
Après avoir essayé de renouer la jchaine
historique qui unit les misérables qu'une igho*
rance stupide conduisait k la moil comnâu^
sorciers ^, et les derniers dépositaires des an<i-
ciennes connaissances occultes ^ on voudrait ^
paitni ceux-»ci^: distinguer Jes créateurs dei la
magie subalterne ., de la sorcellerie. ^ Des
hofnmesi, sortis de divers temples, et;pos6e»«
seurs de secrets différens f ont concouru sans
doute à lui donner de re:|Ltension : mais noue
Soupçonnons qu'elle ^ été fondée par cas
prêtres égyptiens du dernier ordre , que , dès
le commencement de l'empire romain, an
vît orrer parlrout ; publiquement méprisés ,
consultés en secret , et qui durent natunelief^
ment 'Chercher des prosélytes dans la classe
la plus ignorante de la société. L'apparition
et FadoratioB d'un àouo faisaient >ui;)e partie
esspntièlle dès cérémonies du âabbat ; le ^fMt
aussi y jouait uil grand rôle ^ pour son mal*
hetir\) pujçqye^ souvent il a partagé l'horreur
qu'inspiraient les sorciers : on sait combien
Dfifi SCIEirCES OOCULTBS. 205
leictilte )âur chat^^^t du sboup était ancîeisi eo Ègyp^i Od sait' aussir quelle importance a b c/ejr, .dan* la soi-céll«rie^^ queUes gUêrisoii« ont opiré^x^ lac/e^'dc saint Jean^ i^clef^de saint Hubert, etc. : la CrUx antsata , sifréqsftemnient irepi^uke sur lë&. monumens égyptiens , était une c/^^i) ; les idées 'religieuse^ qui la menaient à la maii) de^ prinoî^ pales divinités de l'Egypte, nous- découvrent ^ dans la- clef^ l'hiéroglyphe de la souveraine puissance. '. • ;:♦•*.. ^
La J?*suuio *^ nionarchia daematiumwm^ parait égalemf Ht fivoir une ' origîoe ^égy ptienne^ fait important, ^puisque la plupart des noms nque cet «;éarjt renferme > sont ré-produits y avec peu d'altération , da^s^les li- {frets de soroellerie qu'on rencontre: dans. les campagnesé Des^nies^^e \dk Pseudo^monavchiay l'un', est*, une vitrge - poissen y 6g^4Vî propre' aux planisphères égyptiens ; l'autre un vieillard vénénable , à cheval sur un crocodile y et portant sur le pbing un épervier. Celui-ci se montre sous la forme d'un cha-meaii qui parle très -bien la langue égyp-
{\, Encyclop.méthod. Antiquités, Kx\\c\^ Clef.
266 DBS SCIENCES OCCULTES.
tienne ( on sait que le chameau ^ dans l'astronomie des Arabes , remplace la constellation d'Hercule-agenouillé) (i); celui-là, qui parait tantôt. un loup, tantôt un homme montrant , comme jinubis , une mâchoire de chien, c'est Amun ou Amoun , dont le nom décèle l'origine ; Amoun, dieu-univers , dieu caché 9 que le prêtre égyptien suppliait de se manifester à ses adorateurs (2).
Nous avons dû donner de l'étendue à cette discussion : si les inductions que nous en avons tirées ont de la vraisemblance , elles nous autorisent à citer quelque fois, dans nos recherches , des prestiges modernes , comme empruntés aux anciennes connaissances , ou propres à expliquer , par analogie , les miracles des anciens ; et en même temps elles nous montrent , se prolongeant presque jusqu'à nos jours , et les erreurs nées chez la classe ignorante, à l'occasion du mystère dont s'enveloppait la science , et le préjudice que ce mystère a porté à l'esprit humain, en com-
(i) y. Scaligeri notae in M. Maniliwn. pag. ^%\, (a) Suivant Hécatée d'Abdère, cité par PJutarque^ {Plu^tarch, de Isid. et Osirid.)
DBS SCIENCES OCCULTES. 267
primant les progrés de la science ^ en la faisant périr silencieusement entre les mains de la classe éclairée.
^68 DE» 9C1ENC^& OÇÇU^TE^,
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