‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles;Chapitre 32 sur 43 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

Garanties du mystère qui enveloppait les sciences occultes. Hiéroglypbes , idiome et écriture sacrés inconnus aux profanes 5 langage enigmatique des évocations 5 révélations graduées , partielles , et qu'un petit nombre de préti*es obtenaient dans leur plénitude 5 religion du serment ^ mensonge sur la nature des procédés et l'étendue des œuvres magiques.

Conséquences du mystère : i ° entre les mains des Thaumaturges , la science magique se dégrade, réduite à une pratique dénuée de théorie, et dont les formules même finissent par n'être plus comprises 5 2° l'ignorance où l'on est des limites qui circonscrivent son pouvoir , le désir de deviner ses secrets , et l'habitude d'attribuer l'effidacité de ceux-ci aux procédés que la science emploie ostensiblement , font germer parmi la multitude les erreurs les plus grossîèi'es.

Que dans les écrits des anciens, percent à peine çk et là d'imparfaites notions sur leurs

ig6 D£S SCIENCES . OCCULTES.

sciences occultes ; que de ces sciences quelques-unes se soient perdues en entier, doiton s'en étoniier ? Quiconque a lu l'histoire , sait que non-seulement ces connaissances exquises , mais toutes les richesses intellectuelles restaient autrefois plus ou moins inaccessibles, étroitement resserrées sous la garde du génie du mystère.

Et combien de causes concouraient à entretenir le pouvoir de ce ténébreux génie !

L'influence subsistante de Xbl forme Jixe de civilisation ; les habitudes des* initiations, auxquelles s'assimilèrent, par la suite, les écoles philosophiques; le prix d'une possession exclusive; la crainte trop juste d'appeler sur soi la haine <les hommes qu'un orgueil jaloux attachait à cette possession ; enfin , et surtout , le besoin de retenir dans l'obscurité le genre humain pour le dominer ; la volonté dé conserver à jamais ce qui formait le patrimoine de la classe éclairée , la garantie de ses honneurs et de sa puissance.

Cette dernière considération n'a point échappé à un homme qui savait relever par une philosophie saine et profonde, le prix

de sa vaste érudition. Michaëlis (i) remarque qu'une langue universelle , créée par les savans et à l'usage des savans seuls, mettrait ceux-ci en possession exclusive de la science : « Le peuple serait livré à leurs doctes im- (( postures ; c'est ce qui arriva en Egypte , « du temps que toutes les découvertes étaient « cachées dans l'ombre des hiéroglyphes. »

Si les découvertes relatives à l'électricité n'étaient exposées que dans la langue savante , quoi de plus facile aux possesseurs exclusifs de cette langue que de former entre eux une cappration pour métamorphoser les phénomènes en miracles, et établir sur les faux miracles une tyrannie sacrée ? « L'occasion « tente, et la facilité à fourber augmente Je « nombre des fourbes. »

En faisant un pas. de plus , Michaëlis aurait observé que son hypothèse était l'histoire de l'antiquité , que les religions possédaient presque toutes une langue où une écriture sacrée , aussi peu intelligibles pour le vul-

( i) Michaëlis. i>e t influence des Opinians sur la langue, etc. pages 1Ô4-166.

gaîrc qae les hiéroglyphes. Les pontifes ro^ mainâ se servaient ^ dans leurs rites, de noms^ propres et de mots dont l'usage n'appartenait qu'à eux : nous en connaissons un assez petit noinbre ; et ceux-là ne sont relatifs qu'aux: cérémonies } ceux qui se rapportaient à la science sacrée ont été trop soigneusement jcachés pour arriver jilsqu'à nous. Voici le précis de ce que nous apprend Lydus (i), relativé^ment au peuple dont les Romains avaient emprunté tout leur système religieux. Les Étrusques , dit-il , furent iiostruits dans la divination par les Lydiens , avant l'arrivée de l'arcadien Évandre en Italie. Alors existait nne/brme d^écriture différente de celle dont on s'est servi depuis j, et généralement très^ peu connue : sans son secours , aucun secret ûe serait resté caché aux profanes. Tarchon l'ancien (2) (antérieur au contemporain d'Énée ) avait écrit un livre sur lés mystères et les rites religieux de la divination. Il s'y représentait interrogeant Tagès ( l'enfant miracu-

(t) Lydus. de Ostentis. cap. m.

(a) Photius dit que Tardion fut l'instituteur des Etrusques dans les sciences magiques. Biblioth, Cod...

leux , tïé d'un sillon de la terre ) ; précisément; comme I) dans le Baghuat^Ghita , ^rjoun iilterroge le dieu Krishna. Les questions de Tarchon étaient et:primées^ en langue vutgaire : mais son livre ne rapportait Içs réponses de Tagès qu'écrites avec les carac^ tères anciens et sacrés , en sorte que Lydus ( ou l'écrivain qu'il copie ) n'a pu en deviner le sens que par les questions même qu'elles ont^dû résoudre ^ et par les passages de Plîne^ d'Apulée, etc. ^ qui y ont quelque rapport.

Lydus insiste sur la nécessité de ne point exposer clairement la, science sacrée ; mais de l'envelopper de fables et de paraboles , pour la cacher aux profanes: ce n'est que dans cet esprit? qu'il écrit sur les prodiges. Singulière disposition ! Pour qu'on la retrouve chez un écrivain chrétien du VI' siècle , combien ne fallait-il pas qu'elle fût ancieniïe et générale ^ et pour ainsi dire, rendue inséparable de tous les moyens d'aborder à la connaissance de la science sacrée !

Il ne faut pas croire qu'à cet égard les prêtres égyptiens s'en reposassent entièrement sur l'impénétrabilité des hiéroglyphes.

Lorsque Apulée obtint d'eux le premier dé-

gré de Tinitiation^ ce fut dans la partie la plus Cachée du sanctuaire qu'un prêtre alla chercher lesf livres destinés à son instruction. C'était peu que les images de diverses espèces d'animaux y tinssent lieu d'une écriture sténographique ; une partie de ces livres était écrite en caractères inconnus; dans une autre partie, de nombreux accens de formes bizarres et variées , se pressant au-dessus des lettres (dont sans doute ils changeaient la valeur), en interdisaient la lecture à la curiosité des profanes (i).

En Egypte encore ^ et probablement aussi dans les temples des autres pays, une seconde enveloppe voilà les mystères, le langage dans lequel étaient conçues les invocations. Chaerémon (2) enseignait à commander aux génies au nom de celui qui est assis sur le Lotos ..., porté dans un navire..,, qui parait

(i > «jE>e opertU adytiprofert tjùosdam /i^rosUtteris ignora - « bilibus praenotatos, partim figuris cujuscemodi ânîxnnlimn « concepti sermonis compendiosa verba suggerentes ^ parct tîm nodosis , et in modum rotae tortaosis capreolatiinque n condensîs apicibus, a ... curiosà profanorum lectione mure nitos. >> Apul. metamorph, lib. xi.

(a) Porphyre , cité par Eusèbe : Praep. éx^ang, lib. v. cap. a et 9. '

DES SCIENCES OCCULTES. liOI

autre dans chacun des signes du zodiaque.

Ces traits désignent , sans équivoque , Osiris- Dieu-Soleil. Emanées d'une religion astronomique , les formules sacrées transportaient , dans les opérations magiques, le langage de •l'astronomie. La magie et la sorcellerie des modernes, nous le prouverons, furent en grande partie composées de lambeaux de la science occulte , renfermée autrefois dans les temples : on y retrouvé cette confusion de langage , d'autant plus frappante , que rien ne pouvait la faire naître à des époques éloignées du règne des religions astronomiques :

nous sommes donc autorisés à affirmer qu'elle remonte à un temps où ses expressions étaient comprises, où son origine était connue et révérée. Une sorcière de Cordoue (i), invoquant une étoile , la conjurait au nom de Vange-loup : quoique l'on sache que le loup était , en Egypte , l'emblème du soleil et de l'année , cet exemple particulier prouverait peu , s'il était unique. Mais que, l'on examine le fragment que J. Wierius a publié sous le

(i) Llorente. Histoire de l'inquisition, chap. 38. tome m. page 465.

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titre de Pseudo^Mcnanhia Daemonum (i):

il est difficile dV méconnaître les ^estes défigurés d'un calendrier céleste. Dans le dénombrement prétendu des génies qui obéiront aux invocations du théurgiste , on en voit un qu'un double yisage rend semblable à Janus^t à l'emblème de la fin et du renouvellenient de l'année. Quatre Rois président aux quatre points cardinaux. Ïa homme y\e taureau y le lion y tous trois ailés , et le crocodile qui ^ dans les. planisphères égyptiens ^ remplace le scorpion y rappellent les signes anciens des solstices et des équinoxes. Quelques-uns, des génies habitient dans des signes célestes ; un entre autres, dans le signe du sagittaire. On retrouve au milieu d'eux le dragçn, le monstre marin y le lièsfre y le corbeau^ le chien y la viergCy le petit ehevaly dont les noms figurent parmi les constellations. Des génies, peint$

(i) J. Wierius. De Praestigiis daemonum et incantationibus ac venejicus ÇBn&ïlcAe , i58}3. •— Les magiciens donnent à ce fragment des titre» pompeux. lU Fapjellent qaelqiiefois Liber empto-Salomonis j mais ce n'est probablement que l'extrait d'un écrit plus étendu qui a jadis porté ce nom , et dont l'autorité y est elle-même invoquée.

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âve6 plus de détail ^ offrent des traits sem<blables à ceux qu'attribuent aux génies des astres ^ des mois , des décans et des jours ^ les sphères persique et indique, et le calendrier égyptien (i).

Il n'est donc pas téméraire de penser que l'usage des termes et des allégories astronomiques fût, dès Tprigine , introduiti par la religion dans les formules de la science occulte ; on sent qu'il dût, par la suite , non-seulement compliquer l'étude de celle^i , mais encore l'obsculrcir ^ l'esprit établissant involontairement une connexion erronée entre les objets représentés par les allégories , et des résultats totalehi^nt étrangers à la science religieuse dont elles dérivs^ient.

Empruntée , comme elle a pu l'être quelquefois , à un autre langage que celui de l'astrologie , l'enveloppe du mystère n'en aurait été lii moins difficile à pénétrer, ni moins

(i) Sphaerar*ùtn persicae , indieae et barbttricae ortus, ex iibro Aben Eziao judaeofum doctis«iini... — Monomoeriarum ascendentes cum significationibus et decanis suis aegyptiacis, — (/. Scaligeri Notaê in Matiilium, pag. 871 884 et 487-504 )- ,

âo4 ]>ES SCIENCES OCCULTES.

propre à induire en erreur les profanes qui essayaient d'enperçer l'obscurité. Un exemple moderne , un exemple en apparence futile , me fera comprendre.

Populeam virgam mater regina tenebat.

Si je dis qu'on a besoin de retenir ce vers latin pour faire réussir un tour de cartes assez compliqué , les personnes familiarisées avec ce genre d'amusement , devineront d'abord que les voyelles , par leur valeur numérique conventionnelle , marquent les nombres de cartes ou de points qu'il faut successivement ajouter ou retrancher ; on concevra que le méme^ moyen pourrait servir à désigner les proportions des substances qu'on devrait combiner dans une expérience de chimie; on se rappellera que cinq ou six vers , composés de mots barbares et ne formant aucuh sens ^ ont été employés pendant plusieurs siècles ^ pour indiquer, d'une manière analogue ^ les diverses formes que peut prendre le syllo* gisme dans l'argumentation. Mais transportons-nous en des temps où l'intelligence de rhomme n'était, en ce genre, éveillée par

aucone expérience : lé vers emprunté à une langue étrangère sera une formule magique , comme celles que répétaient sans les comprendre les Grecs et les Romains ; les curieux ne soupçonneront pas quç son efficacité tient à la position respective des voyelles ; ils la chercheront dans le sens des mots , s'ils parviennent à le connaître ; et l'ignorance établira un rapport mystérieux entre l'art de deviner la pensée, et une branche de peuplier que teipait une femme reine et mère.

Tant d'obstacles ne suffisaient point pour rassurer la jalouse inquiétude des possesseurs de la science sacrée.

Des expressions de plusieurs écrivains, on induit , avec vraisemblance , que , dans certaines •mitiations , on révélait aux adeptes tous les secrets de la nature. Mais les révélations n'étaient sûrement que lentes et graduées ; nous pouvons en juger par l'exemple d'Apulée : ce ne fut qu'après un temps assez long, et plusieurs initiations successives, qu'il parvint au dernier degré ; néanmoins il se félicitait d'avoir obtenu , jeune encore , un honneur, une perfection d'instruction qui

ao6 DES SCIENCES OCCULTES «

ne s'accordait communément qu'à la vieil-^ lesse (i).

Quelle que fût l'étendue des révélations faites aux inif iés ^ les causes efficientes des miracles en faisaient««lles partie 7 Nous penchons à croire que , bientôt après l'institution des initiations , la connaissance de ces causes fut réservée aux prêtres^ et seulement à quelques-uns d'entre eux qui, dans plusieurs religions , formaient , sous un nom distinct, une classe séparée. M. Drummond (2) pense que les prêtres égyptiens qui liittèrent contre Moïse, les Chariomi avaient seuls , et à l'exclusion des prêtres inférieurs , l'intelligence de ; tous les hiéroglyphes. Si , à Rome , on brûla , comme capables de porter atteinte à la religion (3) , les livres de Numa , trouvés près de cinq siècles après la mort de ce prince, ne fut-ce point parce que le hasard , au lieu de les jeter entre les mains des pontifes , les avait; livrés d'abord aux regards des profanes, et qu'ils exposaient , d'une manière trop in-

(i) Apul, Metamorph, iib. xi. Aé^finetn, (a) S. W. Drummond. Memoir fin the antiquitjr of the zodiacs of Esneh, and Dendera, page 19-21.

(3) Voler, max, Iib. i. cap. 1. f 13.

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teljigible , quelques pratiques de la science occulte que Numa avait cultivée avec tant de succès. Deux de ses livres, si l'on en croit la tradition, traitaient de la philosophie (i) : ce nom , on le sait , a souvent , dans Tantiquité., désigné l'art d'opérer des miracles. C'est d'ailleurs , en parcourant les Mémoires qu'avait laissés Numa , que son successeur découvrit un des secrets de cet art , dont l'essai imprudemment tenté lui devint fatal (2).

A ces précautions diverse^; , se joignait la religion d'un serment terrible : une indiscrétion était infailliblement punie de mort. La religion ne permettait pas d'oublier le long et terrible supplice de Prométhée , coupable d'avoir livré aux mortels la possession Ai feu céleste. Fondée probablement sur le genre de mort de quelqu'un des prêtres orphiques qui prirent le nom <die leur fondateur , la tradition racontait aussi que les dieux foudroyèrent Orphée , pour le punir d'avoir, dans les mystères , enseigné aux hommes ce qu'aupa-

(i) Tit,.Lw. lib. XL. cap. ^g, Plin, Hist. nat,. lib. xrir. cap.-iS.

(î) Voyez ci-après , cliap. xxiv.

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rayant on ne leur ^vaît jamais appri^(i). Jusqu'à la chute du paganisme , la révélation ()es< seqrets de l'initiation fut le crime le plus affreux dont on pût s'entendre accuser^ même devant la multitude que cet esprit de mystère enchaînait dans l'ignorance et l'infériorité, mais qui voyait toujours ses dieux prêts à perdre une nation entière , si on laissait vivre le révélateur parjure.

Le mystère av^it une dernière garantie ; le mensonge : moyen familier de tout temps (à) et de nos jours encore , au commerce et à rindustr^è , qqand ils craignent de perdre ■jtrop tôt le bénéfice d'une possession exclusive» L'art m^igique , à plus forte raison , sentit l'avantage de mentir sur la nature et l'étendue de son pouvoir. Dévoilé , rendu vulgaire, ce mélange de connaissances précieuses , de puérilités et de charlatanisme ,

il) PauMonias Bœotic, cap. 3o. Deux épîgrammes de TAnthologie suppQsent aussi qu*Orphée périt par la foudre.

(a) Lés Indiens , qui livraient seuls aux autres peuples le Cinnamome y SLŒïmaient que personne ne savait d'où provenait cet aromate ; on ne le recueillait qu^en s'emparant de* nids construits par certains oiseaux , avec des branches de cinnamome. ( Aelian. De Nat. Anim. Hb. ii. cap. ^. — Lib. XVII. cap. 21.;

n'eut plus commandé Tadmiration ni l'obéissance.

A l'instant d'une éclipse qu'elle avait su prévoir ) Âglaonice persuada aux Thessaliennés , que , par ses chants magiques , elle pouvait obscurcir la lune , et la forcer à descendre sur la terre (i). On attribuait à la racine de la plante baaras ou cynospastos y des vertus merveilleuses ; il importait donc aux Thaumaturges d'en éloigner toute autre main que la leur : ils assuraient qu'on ne pouvait la cueillir sans courir risque de la vie, à moins de prendre des précautions singulières , dont Josèphe a donné le détail avec tout le sérieux de la conviction (3). Suivant une tradition hébraïque conservée en Orient , Moïse découvrit que les magiciens d'Egypte introduisaient du vif-argent dans des baguettes et dans des cordes qui , jetées sur la terre échauffée par le soleil , ne tardaient pas à se tordre et à prendre des mouvemens semblables à ceux des serpens (3). Ce procédé

(1) Plutarch, De Oracul, Defectu,

(a) FL Joseph. De Bell. Judaïc. lib. va. cap. 33. Jlelian. Dâ Nat. Animal, lib. xiv« cap. '27.

(3) Dherbelot. Bibl. orientale , art. Moussa. Moyse. I. 14

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ne produirait certainement pas l'illusion ma^ gique qu'on lui attribue ; des observateurs attentifs ne prendraient point une baguette ou une corde pour un serpent : mais la tra-?

dition citée nous apprend qu'au lieu de révéler le véritable secret des prêtres d'Egypte, on satisfit la curiosité du vulgaire par une explication absurde .

Tel fut, en général, la politique des Thaumaturges : persuader qu'ils atteignaient le but par certains procédés ostensibles ^ mais , dans la réalité , tout-à-fait indifFérens et inutiles : donner l'apparence d'un enchantement , d'une œuvre surnaturelle à des opérations souvent si simples que chacun les eût côm-^ prises sans peine et imitées , si elles avaient été offertes aux regards dépouillées de l'enveloppe imposante du prestige ; surcharger enfin d'accessoires futiles ou mensongers , Texpresslon des faits réels ; et cela pour cacher les décous^rtes des sages à une multitude indigne de les connaître (i). Ces ex-

(») « Quae philos'ophi adinpenerant , in operibus artia et c( naturae, ut sécréta occultarentab indignts. n (Bog. Ba" eon. de secret, oper. art. et'nat. cap. t.)

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pres^As soilt dêRt)ger Bftcon : elles pf^ouvent que la même politique existait encore dans le moyen âge ; mais soh origine remonte au premier jour où des hoiùmes instruits toulurent assurer à leurs connaissances^ un caractère surnaturel (ï) et un prix incommunicable, pour paraître eux-*mémes supérieurs à rhufhanité, et dominer sur le reste des mortels:

Quels furent, sur l'eëprit humain, en général , et d'abord sur la science elle-même et sur les hommes qui la cultivaient, les effets dej)ces habitudes jalouse», et si contraires à la philosophie libérale qui se fait aujourd'hui (a) un noble devoir du soin de répandre les lu-^ mières?

(c Les anciens , dit Buffon, tournaient toutes

(i) Ce fut«insi qu^instruite par une révélation^ Elisabeth, épouse de Charles I, roi de Hongrie, trouYa.au commeiicemetit du XIV* siècle , l'eau spiritueuse produite par la disUllatio.ii de Talcohol sur le romarin, et connue sous le nom d'eau de là reine de Hongrie. (Boquillon, Dictionnaire biographique. tome I. page 208. )

(a) Un livre a été publié , -il y a moins de deux cents ans , pour établir que Fon doit écrire en latin et non pas em français , les ouvrages savons , « parce que , dit l'auteur , on a n produit -de grands maux, en communiquant au peuple les «> secrets des sciences. » ( Belote Apologie de la langue latine, etc. 1637.)

« les sciences du côté de Futilité.... Tout ce (( qui n'était pas intéressant pour la société , (( pour les arts, était négligé. Ils rapportaie'nt (( tout à l'homme moral , et ne croyaient pas (( que les choses qui n'avaient point d'usage a fussent dignes de l'occuper (i). « Cette disposition générale dut surtout s'appliquer à l'étude des sciences occultes : on ne cherchait que les moyens d'opérer des merveilles ; tout ce qui ne devait pas y conduire semblait peu digne d'attention. D'une telle méthode, il ne peut résulter que des connaissances partielles, interrompues par de vastes et importantes lacunes ; et non pas une science dont toutes les parties enchaînées entre elles se rappellent mutuellement , en sorte que la connexité de l'ensemble préserve les détails de tomber jamais dans l'oubli. Chaque -secret , chaque connaissance pouvait se perdre isolément ; et l'habitude du mystère rendait chaque jour le danger plus probable.

Ceux qui douteraient de notre assertion peuvent la vérifier sur des faits modernes :

\ I ) Discours sur la manière de traiter l'histoire naturelle, OEuvrcs de Biiffon. toin. i. pag. 52. 53.

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car la manière empirique dont la science était étudiée , cultivée et conservée dans les temples ^ nous est représentée par la marche des chimistes avant la renaissance de la chimie véritable^ Ils dierchaient^ et quelquefois ils trouvaient des phénomènes étonnans ; mais c'était sans suivre de théorie , sans réfléchir sur les moyens qu'ils employaient^ tellement qu^ils ne réussissaient pas toujours deux fois k obtenir les mêmes produits ^ mais surtout iî^était avec le désir de cacher profondément leurs procédés, et de s'en assurer la possession exclusive. Quoi de moins estimé aujour^ d'hui que leurs travaux? quoi de moins connu que les découvertes auxquelles ils étaient parvenus ? Il est curieux de pouvoir citer, en ce genre , un exemple qui date d'un peu plus de soixante ans. Un prince San-Sévero s'occupait , à Naples , avec quelque succès , de travaux chimiques : il avait , par exemple , le secret de pénétrer le marbre en le peignant , de manière que chaque lame détachée du bloc par la scie , présentât la répétition de la figure empreinte sur la surface extérieure Ci).

(i). Grosley. Observations sur l'Italie, tom. m. pag. 261,

ai 4 I^BS SCIENCES OCCULTES.

En 1761 , il exposa dçs crânes d'hoanHiea à Faction de divero réactifs , et ensuite à la char leur d'un foU de verrerie : mais en se rendant un compte si peu exact de sa manière de procéder, que , de son aveu , fl n'espérait pas arriver une seconde fois au même résultat.

Du produit qu'il obtint s'exhalàtt une- vs^eur ou plutôt mi gaz , qui ^ allumé par l'approche 4e la flamme ^ brûla plusieurs mois de suite Hansque la matière parût diminuer de poids ( l'oxigène combiné par l'effet de la combusstion remplaçait, et au-delà, lés parties pert* dues par l'éyaporation). San*-Sévero crut avoir retrouvé le secret impossible des lampes Inextinguibles : mais il ne voulut point divulguer son procédé , de peur que le caveau où étaient inhumés les princes de sa famille ne perdit le privilège unique dont il comptait le gratifier , d'être éclairé par une lampe inextinguible (i). En opérant comme un savanil de nos jours , San-Sévero aurait attaché son nom à l'importante découverte de l'existence

(1) Yoyçzles c^ugtre lettres qu'il écrivit à ce sujet , et qu'a traduites en anglais Gh. Hervey, Lettersjrom Italjr, Gemtanjr% etc tom. lu. pag. 40B. 4^6.

DBS SeiBNCES OCCULTBSt ^iS

du phosphore dans Iqs o$ ; car il est difficile de douter qu'un dégagement très - len|; dp phosphore gazéifié ne fût le principe du pkér nQméâe qu'il avqiit obtenu. D opférs^ comme^ un Thaumaturge :9on nom et s^s trayauic sont oubliés. Et la science cite avec honneur Gahp et Schoell, qui^ huit ans plus tard (en 1769), cddstatérent Texistence du phosphore dans les os, et publièrent le procédé propre à Vep retirer. «

La comparaison établie entre les tentatives des chimistes empiriques et celle des Thaumaturges , manque peut-^étre d'exactitude sur un point essentiel : les premiers étaient libres de choisir les objets de leurs recherches ; il est douteux que la même liberté existât dans les temples; c'est du moins ce; qu'on peut induire d'uil passage obscur , mais tréiscurieux de Damascius (i)- A Hiérapolis, en Phrygie , le temple d'Apollon était placé prés d'une caverne remplie de sources chaudes , et d'où s'exhalait au loin une vsq^eur léthifère ; les seuls initiés y pouvaient . pénétrer impunément. L'un d'eux, Asclépiodote ,. par-

(f ) JOamtuc apiid Pkot. biUiotk. cod. 34^'

vint à prodiiire, par la combinaison habile de diverses substances, un gaz semblable à celui de la caverne sacrée : « Méprisant ainsi •(( et violant , par sa témérité ^ les préceptes « et les lois des prêtres et des philosophes. » En rapportant ces expressions de Damascius , pouvons-nous ne pas nous écrier encore une fois (i) : combien il était puissant et révéré , le vœu du secret que faisaient les prêtres et les philosophes instruits par leurs leçons !

Au VI* siècle du christianisme , c'est encore avec Taccent du reproche que Damascius rappelle l'imitation, par des moyens scientifiques, d'un phénomène naturel que le polythéisme avait consacré comme un prodige \

Resserrée ainsi dans son action ; concentrée dans un petit nombre de mains ; déposée dans des livres écrits en hiéroglyphes , en caractères que les adeptes seuls pouvaient lire, et dans une langue sacrée , dans un style figuré qui doublaient la difficulté de les comprendre ; souvent même confiée uniquement à la mémoire des prêtres qui s'en transmettaient de vive voix les préceptes, de gêné-»

(i) Ci-4eS8iis, pag. 199.

l*ation en génération; d'autant plus inabordable enfin^ que, destinées presque uniquement à la servir, la physique et la chimie n'étaient guère cultivées hors des temples, et qu'en dévoiler les secrets eût été trahir un des plus importans mystères de la religion ; la doctrine . des Thaumaturges se borna peu à peu à une collection de procédés, qui même , dès qu'ils n'étaient point habituellement pratiqués , risquaient de se perdre, parce qu'il n'existait point une science qui les unit et les conservât les uns par les autres. Elle devait donc, au moins sur plusieurs points, s'obscurcir insensiblement et s'éteindre , ne laissant après elle que des débris incohérens , des pratiques mal comprises, bientôt mal exécutées, et la plupart enfin oubliées sans retour.

C'est Ik , nous n'hésitons point à' le dire , c'est là le préjudice le plus grave que le voile jeté, parla religion, sur les connaissances physiques, ait porté à l'esprit humain. Les travaux de siècles accumulés , les traditions scientifiques qui remontaient à l'antiquité la plus haute, se perdirent au sein d'un secret inviolablement observé ; les dépositaires de la science, réduits enfin à des formules qu'ils

9l8 DBS SCIBNCBS OCCULTBS.

avaient cessé 4e comprendre^ devinrent presque , pour les cireurs et pour la superstition i^ les égaux de ce vulgaire qu'ils s'étaient trop efficacement étudiés à retenir dans Figho-^ rance.

Quittons maintenant la caste éclairée qui ^ par sa propre faute ^ cessera progressivement de mériter un si be^u titre : plaçons-noué au milieu de ces foules d'hommes crédules ^ instruits seulement que, dans l'obscurité des sanctuaires, se conserve et ne cesse d'agir l'art sublime d'opérer des miracles. Pour le plus grand nombre, l'ignorance^ la supers^ tition, l'amour du merveilleux étendent à l'infini son efficacité ; il n'est rien qu'on ne puisse en espérer ou en craindre. Mais , dans quelques esprits ardens , la curiosité^ la cupidité , l'orgueil font germer le désir et l'espoir d'en pénétrer les mystères. De ces deux erreurs , la première sert trop bien l'intérêt des dominateurs pour qu'ils ne la fomentent pokit par leurs promesses exagérées. Us ne seront pas étrangers à la naissance de la seconde : en laissant , comme nous l'avons vu, percer au dehors, des lueurs trompeuses, des indications erronnées, des explications

DES SGIBNGBS OCCULTES. 319

measongérqs , quel était leur espoir, sinon d -égarer dsois de Datasses routes , les profane^ que des recherches opiniâtres et d'heureux hasarda pourraient conduire à la découVierte de quelqu'un des secrets sacrés 7

Sur la justesse de ces idées, intercogeons enoMre l'expérience.

Dire que la chimie et l'astronomie sont les filles très^'Sages de mères très*foUes , et doivent leur naissance à l'alchimie et à l'astn> logîe , c'est mal juger la marche de l'esprit humain. L'enfant voit briller les étoiles aux cieux, sans imaginer qu'elles aient quelque influence sur les événemens de la terre. II admire la couleur et l'éclat d'un morceau d'or ou d'argent; et si on ne l'induit point en erreur, il ne suppose pas que l'art puisse fabriquer un métal , pas plus que du bois ou un caillou. Mais quand la multitude qui ne connaissait que l'or natif charrié par les rivières, vit tirer ce métal de corps où rien n'indiquait à l'œil sa présence, elle crut que, par up procédé dont ils se réservaient le secret, des êtres supérieurs transmuaient les substances et faisaient de For. L'avarice convoita la possession d'un art si merveilleux ; les ten-\

tatives , les recherches se multiplièFent ^ se portèrent sur tous les métaux , sur tous les minéraux ^ sur tous les corps de la nature ; et l'on inventa l'âlchimie , parce que l'on ignorait la docimasie. £n observant le cours des astres, le prêtre annonçait le retour des saisons, et certains phénomènes météorologiques (i); il réglait d'une manière raisonnée les travaux de la campagne, et en prédisait assez exactement le succès. Les hommes grossiers qu'il dirigeait ne mirent pas. de limites au pouvoir de la science ; ils ne doutèrent pas que les divers aspects du ciel ne révélassent égaler ment l'avenir du monde moraL, et l'avenir du monde physique. Le prêtre ne les désabusa point : l'astrologie , dès les premiers temps connus , a été mise au nombre des sciences sacrées ; et elle conserve encore , sur une partie de l'Asie , l'empire qu'elle a long-temps exercé sur toute la terre.

Une cause que nous avons déjà signalée

(i)Les deux calendriers de Ptolémée, réglés, Tun sur les

.mois égyptiens , l'autre sur les mois" romains, et le calendrier

romain , tiré d'Ovide , de Columelle et de Pline , indiquent

jour par jour l'état du ciel, et prédisent celui de "atmo-

sphère,

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concourut au progrès ou à la naissance de Terreur; l'interprétation fautive des emblè*mes et des allégories. L'usage des uns et des autres , dans l'astronomie , remonte à la plus haute antiquité. Les Dj,nastes égyptiens cités par Manéthon ne semblent-ils pas du domaine de l'histoire 7 Les épithètes qui suivent leurs noms ne conviennent-elles pas à des hommes :

And de ses amis.... Homme remarquable par Ut force de ses membres.... Celui qui augmente la puissance de son père ? Dans ces rois prétendus , Dupuis nous montre les trente-six décans qui divisent le zodiaque de dix en dix degrés ; et^ dans les titres qu'on leur donne , l'indication de phénomènes astronomiques qui correspondent à chaque décan (i). Sous les noms de sphère barbarique\ sphère persique et sphère indique .^ Aben- Ezra a recueilli et mis en regard trois calendriers anciens (2). Le premier, que l'oh croit appartenir à l'Egypte, énonce seulement le lover et le coucher des constellations , dans chaque décan. Le second joint à cette in-

([) Dupuis. Origine de tous les cultes, tom. xii. (in-S»). j^ag. T 16-126.

(i) J . Scaligeri notae in M, Manilium. pag. 3^i-384

:ia3 DES SGIEKGBS^ OCCULTES.-

dieation quelqtiés figures allégoriques. Le troisième ne présente que de pareilles figures, et quelquefois même leur attribue des sen<timens que le pinceau ne peut rendre , tels que l'intention de frapper son pîère ou celle de retourner dans sa maison. Le fond des trois calendriers est le même : le dernier , si on le voit seul , ne réveîUera-t-il pas toute autre idée que celle de Paôtronomie ? Que des allégories semblables^ distribuées dans cer-^ taines divisions de temps, aient paru renfermer des prédictions appropriées k chacune de ces divisions, cela est infiniment probable . La probabilité se changera en cer^ titude, quand on parcourra un calendrier égyptien (i) où , sur une colonne, répond ^ a chaque degré du zodiaque , un emblème , destiné, comme le titre l'annonce, à indiquer les levers correspondans des astres ; sur une seconde colonne , est l'indication du caractère futur ou de la destinée de l'enfant qui naîtra sous l'influence de chaque degré ; indication toujours conforme à la nature de

(i) Monomœriarum ascendentesy etc. /. Scalig. NoC. in M, ManU. p«g. 487. 5o4.'

DSS SCIENCBS OCCULTiSa. 2!l3

l'emblème. S'il offre un homme pilant dans un mortier , l'enfant sera laborieux ; il tendra à s'élever ) si l'emblème est un uigle.

^ Ce calendrie^ est éyidemment l'ouvragenle deux auteurs. L'un a disp^osë ^ d'après des observations antérieures ^ uiie série d'emblè-mes astronomiques ; l'autre, trompé ou tî*om-' peur, a voulu deviner le sens d'un livre .qu'il ne comprenait pas , ou égarer , dans la voie de Terreur, ceux qui tenteraient de lé deviner;

Nous ne connaisisons point assez h philo« Sophie intérieure de l'école de Pythagore , pour ^ décider si ce sage profbssàit dans lé sens propre ou dans le sens figuré , la doo* trine étrange qu'on lui attribue sur les pro-^ priétés des nombres. Mais nous n'hésitônè point à pehs^r que la doctrine même fut d'abord le voile allégorique , et plus tard l'enveloppe superstitieuse d'une science réelle ; science dont il existe encore des vestiges dans l'Hindoustan où Pythagore avait puisé ses dogmes, et qui comprenait probablement , avec les bases des grands calculs astronomiques, les principes et les théorèmes d'une arithmétique transcendante.

La découverte assez moderne d'un frag-

^a4 ^^^ SGIBNCBS 0€CULTES.

mept de cette science vient à Tappui de notre* conjecture. ^

Vers la fin du XVIP siècle , les astronomes français apprirent avec surprise qu'il existait^ à iSiam, une méthode de calculer les éclipses par une . suite d'additions opérées^ sur des noijiabres en apparence arbitraires. La. clef de cette méthode est perdue depuis longtemps pour ceux qui s'en serveût ; peut-être ne l'ont-ils jamais possédée (i), l'inventeur ayant exercé son génie à construire: un instrument dont l'effet fût infaillible , sans vouloir en révéler le principe d'action. Quoi qu'il en soit , supposons que de pareils savons opèrent sous les yeux du peuple, dans l'antique Asie i^ dans l'Egypte et même dans la Grèce civilisée. A l'aide de quelques nombres f combinés suivant les principes d'une

(i) Les grandes Tables de logarithmes publiées, à Paris, par le Bureau du cadastre, avaient été calculées par une méthode semblable à celle-Ki. C'était aussi une suite d'additions et de soustractions exécutées , sur des nombres en apparence arbitraires, par des hommes qui n*ayaient pas besoin de connaitre les élémens et la marche du calcul propre à déterminer ces nombres ; et qui anivaient cependant à des résultats si précis, qu'après la détermination de cent logarithmes, l'erreur possible n'affectait que lé huitième chiffre décimal.

DBS SGIËNCBS OCCULTES. Ù25

science iaciMinue, on les voit arrivai* à des prédictions que la natui^e ne manque pa$ de vérifier^ diujowr et à rimtâilt détertnin^s.

GomoBN^nt l'bcmme igii^drâtit , forcé d'attt*iboeor à ces^ iK)m£>i*é5 là |3^f opriété qu'ils pô&sédent en effet de produire des pi*édietions exactesi^ se défendra -^t--il de leui^'âUppoéer^ d'autr^ qualités qui na Int s^mMéptfias pHts mienr ràlctuaeis ^ de leur demander ^ dôiHmé au COUTS des astres qu'Us servent à tnesiirèf , la révélation de l'avenir^ et de corisuftei* leé nombres btibylcmUm (l) J^Ur tùiïùéXïfé Isl destinée de sa vie , et l'évéïf^eittieilt et lé itiù*^ ment qni y mettront uâ terme ?

U n'edt pas san» inférât de Voir la dbctrtue des propriétés mystérieuses Abs noittbrefS, comme les allégories astronomiques , péué ts^er ddnsles enseignemens dé la magie. Les magiQtétis, nous dift-K^n , comptaient, parmi lés esprits dé ténèbres ^ sôia^arUè-^dOUZe pritices ( iia: malti^Hé par douze ) et 7,40^,926 dé^ laonsd'un rang inférieur (âf). Ce dernier tiotû-

(f) n^ BabyIoniô9

TerUàris ûtmeràa, .......

Harttt. odi lib. i. ont. xt. ter« a -3.

(a) /. tVierius. de Praestigiis, etc.

bre , en apparence si. bizarre , est encore le produit de sîjc multiplié par i:23432i :

est-il besoin, de faire observer que 1 234321 pr^isente , tant à droite qu'à gauche , les quatre nombrfes qui constituent la Tétrade mystérieure de Pythagbre et de Platon ?

LHnstritment du calcul dut tiaturellement participer aux propriétés nuerveilleuses des nombres , et la Rhabdomantie ^ la divination opérée avec des baguettes, être en honneur partout où des morceaux de bois , différemment marqués , ont servi de ma^ chines arithmétiques. C'est encore avec ces hiorceaux de bois qu'on exécute de» calculs, assez compliquées cha? les Khiviens , très -enclins aussi à croire à la Rhabdaman* tie (i).

làdi Rhabdomantie était pratiquée chez les Âlains.et chez les Scythes (2), ancêtres de presque tous les habitans actuels de la Tartarie ; elle l'était chez , les Chaldéens , de qui les Hébreux paraissaient l'avoir emprun-

(i) M. Mourayiev. Voyage en Turcomanie et à Khiva, (lyHérodot. lib. iv. cap. 67. Amm, MarcelU lib. xxii.

cap. 1' Les anciens Germains en faisaient aussi usage. Tacit,

German. cap. x.*

tîée(i). Est-il <léraisonnabIe de supposer que ht méthode de calculer avec des baguettes, mëthode que ne peuvent expliquer ceux qui l'emploient aujourd'hui, remonte en Asie à une haute antiquité, comme la superstition dont elle nous semble avoir été l'origine ?

Presque partout «, nous verrons l'ignontnce placer ainsi une erreur à côté de ce qui lui parait une merveille. Souvent la médecine a dissipé la douleur dans un membre , ou en a prévenu le retour, par l'application d'un remède locaL Mais le médecin appaii;enait à la caste sacrée ; l'efficacité du remède ve* nait donc tout entière de la main qui le don* nait , et qui pouvait seule y renfermer une vertu secrète. La crédulité , en conséquence, supplia le charlatanisme de mettre, dans ces corps bienfaisans , non-seulement le don de guérir le mal actuel , mais encore celui de préserver des maux à venir ; et du succès des topiques naquit la puissance surnaturelle des amulettes. Ici encore l'astronomie jouait un rôle ; des figures qu'on lui empruntait se retrouvent sur un grand nombre

(i) Osée. cap. IV. vers 12.

22S CtES S&GIISNCES OGjCVLTSS.

de talisoians; les plus célèbres de tous^ les AbrcuKOS qui partîçipaifsnt à la puissance du cfwf des bons génies y exprimaient is4mplë* mej?t le nombre des jours de l'année.

. Là can£i»nce dans les amulettes survécut aux aijkciennes religions. Sous le christianisme mémtf^ 9 une piété peu éclairée contribuait à l'entretenir. Le^pape Urbain V, dit M. Tiedmann (i) envoya à l'emp^reuir de Constant t)fîpple^ trois agriMS dei^ avec des vers (a) où^taiQnt exposées leurs vertus véritablement magiques. Après un tel exemple ^ pouvaiton blâmer les ignorans de croire aux talismans d^s magiciens. Où était la différence 7 dand: le lEiode d^ consécration.

Pourquoi les Scandinaves attachaient ^ils AUX vers une puissance magique (3)7 Pquiv quoi les Grecs et les Romains outils at<^ titibué ausi chants ^ aux vers ^ le pouvoir de ^re périr les reptiles mjeiiaçand, et d'airacher la lune de la voûte céleste (4) 7 Comme

(i.) Tid^knanilw/^De QuaeB^ione étt, pag. io3. (a) Ces vers ont été cités par Fromann. pag^ 9)7*dlfî- (S) G. y. de Bonstetten. La Scandinavie et les Alpes, pag. 4^-33.

(4) yirgil. Églog.Yin. vers. 69-71.

dES SCIEKCE8 OCCULTES. 229

les principes ^e la politique et de la morale , comme lefi récits historiques et religieux , les formules magiques furent originairement conçue^ en vers , et les vers étaient toujours liiantés. Cette opinion ne fut point partagée ^ar les théurgistes qui reçurent leurs formules des prêtres égyptiens , ou qui les emipruntèrent des disciples de Zoroastre et des sages de FHindoustan : ils ignoraient si ceuxci s'étaient exprimés en Ters ; ils étaient surs tjue ceux-là ne l'avaient point fait. La religion, eu Egypte, proscrivait la poésie, comme le langage du mensonge (i). Les sorciers mo*deriles n'jont pas supposé de pouvoîï* aux vers 5 mais à des figures bizarres , à des* caractères étrangers , k des 'mots d'une prononciation barbare : ils n'ont pu parler t{\iè ce qu'ils avaient l'eçu.

Entre les mains d'hommes qui n'avaient jamais eu , ou qui n'avaient plus l'intelligéricé des hiéroglyphes , ou de la langue et des da^ ractéres sacrés^ la plupart des formules rtiâ«giques devinrent inutiles ; elles avaient cessé d'être comprises : cependant le souvenir de

(i) Di'o. Chrysost... Oral... cU liio non capta.

â3o DES SCIENCES OCCULTES.

leur pouvoir ne périt point. Récitées mysté^ rieusement, alors même qu'on n'attachait plus de sens à leurs termes , gravées sur lar pierre ou tracées sur le parchemin, on leur accorda une efficacité d'autant plus grande que l'on soupçonnait moins qu'elles avaient été jadis la cause et la mesure de leur efficacité réelle.

Ainsi naissent et s'étendent les erreurs.

(( Chaque lettre , disent les Hindous, est gou- (rverpée par un ange, émanation des vertus u de la toute-puissance de Dieu ; ce sont les « anges représentés par les lettres dont se « composent les oraisons , qui opèrent les

« prodiges ( i ) » Avec quelle facilité , à

l'aide d'une pareille doctrine, l'imposture n'a-t*eUe pas rançonné les hommes crédules^) en leur vendant des talismans , formés tantôt de lettres qui expriment une prière ou un voeu, tantôt de caractères étrangers ou groupés bizarrement, et supposés d'autant plus efficaces que leur assemblage est plus compliqué et d'un aspect plus extraordinaire.

(i) Les mille et une nuits, toi», i. pag. luS-iag xiv nni^. liist. du branle Pad Manaba^

DBS SCIENCES OCGULtEâL. j3i

Ayant écrit un vocabulaire de la langue des indigènes dé la Louisiane ^ un missionnaire (i) y avait fréquemment recours pour répondre aux questions que ceux-ci lui adressaient. Les indigènes crurent que ce papier était un esprit qui communiquait au missionnaire sa science. Les Nadoèssis savent compter , mais ignorent l'usage des chiffres : Carver (2), ouvrant un livre devant eux, leur disait exactement combien il se trouvait de feuillets dépuis le premier jusqu'à celui qu'il leur montrait ; ils en conclurent pareillement que le livre était un ejpr^ï qui dictait en secret les réponses du voyageur. A Kano , en Afrique , Clapperton rencontra un personnage qui lui supposait le pouvoir de transformer des hommes en bêtes, et la terre en or , rien qu'en lisant dans un livre (3). Les caractères runiques, dès que le sens de cette écriture a été perdu pour le vulgaire , ont été rangés au nombre des instrumens de la magie. Une

(i) Le P. Heniiepîn. Description de la Louisiane y pages !i49-a5o.

(2) Carver. Voyage dans l'Amérique septentrionale, (traduction française, in-S» Paris 1784) pages 8o-8i.

( 30 Voyages et découvertes en Afrique, etc. tom, m. pag. 37..

23,2 9QS\ 8(QIPirGS« OCCUXTBS.

fprniMle flgébriquç aérait jugée de même par rhomme 9upçri9titiauK qui la verrait fournir, ^ur-plençh^TQp t une solution infadllible à des quc^^tionp en apparence très^dliverses , et d^m l^squell^^ il ne dém^emit pas le point commun à tout^a, qu'a au saisir la science (i).

Ki'extravagam^ fit un pas plus étonnant encore , et analogue à Terreur qui , du jsens de noms d'hommes ou de lieux, tita tant d'histoires fabuleuses. Tantôt on a vu , dàn^ un emblème , non la représentation , mais la cause efficiente d'un phénomène ou d'un prodige : d^na les provinces situées à Pest de b Baltique , que la force des armes et les ruses de la politique ont réunies à Fempire de Rus*^ fie ) on croit fermement que , si une femm^ grosse introduit le bois, dans le poêle , dans un f ew opposé à la direction des branches y son enfant se présentera en sens inverse k Hns- W^X de l'acçQuçhement.(2). Tantôt Fhommer

(i) La notation de la musique , chez des peuplades qui n'en DQt pas d*idée } parfiîtiifdt s^qs ^o^te quelque chose de surnaturel, quand un homme répéterait exactement un de leurs chants, r^çU€(ilU p^^' ca moyen, et qu'il n'aurait lui-même jamaia entendu.

(3) Pebray. Sur le^ fitréjMgé ei les idées sup^ntiêieuses

PiftS (9CISNGIS8 OCCULTES. ^33

crédule a imaginé qu'eo imitant , autant qu'il était en lui^ les postures figurées dans les hiéroglyphes , il opérerait le prodige que l'on obtenait , en des temps inconnus , par le procédé dont ces hiéroglyphes avaient renfermé ou déguisé Texpressipo. C'est ce dont on trouve plusieurs exemples dans le recueil de Gftffarel (i).

On peut , nous le croyons , rapporter a des méprises ou à des rêveries du même genre , Torigine de pratiques et d'opinions populaires répandues partout ^i et si étranges , si absurdes , qu'on nç peut en pénétrer le sens , ni leur assigner un motif ou un prétexte plausible ; derniers effets d'une cause qui influe encore sur l'existence des hommes, quand, depuis des siècles elle en est profondément ignorée.

de9 Livonientgeic. ffoHv§Ufa ^mtaUs des poyagtea, tom, xviii . pag. 127.

(i) Gaffarel Curiosités inouïeij etc. cbap. vn, Ç. i et 3.

!234 BBS SCIENCES OGGUlTES.

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