CHAPITRE XI
Merveilles opérdes par la mécanique : planchers mouvans; automates; essais dans l'art de s'élever en l'air.
Dans les prestiges dont se composaient les épreuves et les spectacles des initiations , on ne peut méconnaitre , au premier coup d'œil les secrets d'une mécanique et d'une acoustique ingénieusement appliquées ; les savantes illusions de l'optique , de la perspective et de la fantasmagorie ; diverses inventions appartenant à l'hydrostatique et à la chimie ; l'emploi habile d'observations pratiques sur les mœurs et sur les sensations des animaux : enfin , l'usage de ces secrets, pratiqués dans tous les temps , et retrouvés toujours avec surprise , qui préservent de l'atteinte du feu ,
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nos organes si frêles ^ notre chair si aisément vulnérable.
On ne retrouve pas, dans les écrits des anciens , l'indication positive de la possession théorique de toutes ces connaissances ; mais les effets parlent, et nous forcent d'admettre l'existence des causes. Il est plus sage d'en convenir, nous le répétons, que d'arguer gratuitement de mensonge , tant de récits dont le progrès des sciences a fait disparaître , à la fois , le merveilleux et l'impossibilité. Ce que les anciens disent avoir fait , nous possédons les moyens de le faire : des moyens équivalens leur étaient donc connus. A ceux qui rejetteraient la qonâéqueoce , je demanderai si l'histoire çl^s science^ de l'antiquité, cette histoire enveloppée volontairement ,de tant.de ténèbres , nous est paryeaue si détaillée et si complète, que i)pu$ pui$sions, avec certitude , en définir l'étendue et ç^ji fixer les lipiites 7
Ce. ne sera pas du ipotnspour ce qui concerne ,1a .mécanique. qiie pau3 oserons l'antrepreadre. <( .La science de construire d^s « machines , merveilleuses, dont le^ effet sem^^ (( blent renverser l'ordre entier de la nature » ,
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la mécanique, car c'est ainsi queCassiodorc (i) la définît, a été portée, che^ leâ anciens , à un pbint de perfection que led modernes n'ont pu atteindre pendant iong^temps , et qu'au*^ jourd'huî même ils ont à peine surpassé. li suffirait de citer Arcliimède : ses inventions peuvent nous rendre crédules sur les miracles que là mécanique opérait dans les temples.
Mais obserroB»>-le : de grand homme , trop séduit par la doctrine de Platon , attachait Un prix médiocre aux applications les plus brillantes de la science ; il n'éstim^tque la théorie pure et les reôbeixikes spéculatives. On croit mémB (7)^ quoique peut-être è tort (3) , sur
(2) Plutarch. inMarceU. i 18 et$ 33.
(3) Cassiodore {Variar. lib. i. cap. 45-)) ^^^^ ^® recense- Bien t Àes tirages' que -Boëte avait traduits du grec en latin, indique ipositiv^eâdcnt un Traité de mé€iUH^ued*Arch^mèd4\ « meclianicnm etiaira Arcliimedem latialemsiculis reddidisti.» L'épithète donnée à chaque auteur, par Cassiodore, exprime le titre ou le suje't de l'ouvrage traduit : « Pythagoras musicus; Plato theologus; Aristoteles logicus ». Nous possédons encore le Traité de musique de Boëce. Le sens du mot mechanicus est d'ailleurs mis hors de doute, par la suite de cette lettre où Cassiodore donne de la mécanique , la définition que nous avons citée. Si Ton se rappelle que Plutarque n'est pas, quand il s'agit de faits» une autorité infaillible, on sera porté à accorder quelque poids à l'assertion de Cassiodore,
le témoignage de Plutarque ^ qu'il n'a laissé rien d'écrit sur la construction de ces machines qui lui avaient acquis tant de gloire. Seul, le thaumaturge connaissait toute la valeur des secrets que pouvait lui fournir la pratique de la science ; et l'injuste dédain des philosophes l'aidait à tenir les moyens de sa puissance renfermés dans une obscurité inabordable.
Pans les mystères infâmes dénoncés à la sévérité des magistrats romains , l'an 186 avant notre ère , et qui , sans doute , dérivaient d'initiations plus anciennes, certaines machines enles^aient etfatsaient disparais tre des malheureux qui, disait -on, étaient ravis par les dieux (i). Voilà comment, en d'autres cas, l'aspirant à l'initiation se sentait
subitement enlever On s'étonnerait que
l'artifice , dévoilé cette fois , continuât d'être adoré dans d'autres mystères , si la crédulité
contemporain et ami de Boëce ; on désirera du moins que , dans les bibliotiièques riches en manuscrits^ on fasse des recherches pour découvrir cette traduction d'un traité dont l'original, s'il a jamais existé, semble avoir depuis long-temps fiisparu.
(i) J^it. Liv. lib. XXIX. cap. i3. ^ ^^
humaine ne nous offrait à chaque pas le spectacle de contradictions aussi palpables.
Pour descendre dans la grotte de Trophonius , ceux qui venaient consulter l'oracle se plaçaient dans une ouverture trop étroite pour livrer passage à un homme d'une grosseur moyenne. Cependant , dès que les genoux y avaient pénétré , on se sentait entraîné en dedans avec rapidité. Au mécanisme qui agissait sur Thomme , il s'en joignait donc un autre qui élargisss^it subitement l'entrée de la grotte (i).
Les sages de l'Inde conduisent Apollonius vers le temple de leur dieu , en chantant des hymnes ) et formant une marche sacrée. La terre qu'ils frappent en cadencé de leurs bâtons , se meut comme une mer agitée , et les élève presqu'à la hauteur de deux pas ; puis se rasseoit ^ et reprend son niveau (2). Le soin de la frapper avec les bâtons trahit le besoin d'avertir l'ouvrier qui , placé audessous d'un théâtre mouvant et recouvert de
(1) Clavier. Mémoire sur les oracles anciens, po^. i49-i5o. ('i) Fhilostrat. De t'it. Apoll. lib. m. cap. 5.
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terre , le souféye par un mécanisme assez facile à concevoir^
Si Fon en croit ApoUb^îus (i)^ leà sages de rinde pouvaient seuls exécuter ce miracle. Il est pi'obable néanmoins qu'tiïi secriet analogue existait dans d'autres tettiples. Des voyàgeuiPs anglais (12) ont visité^ à Eleusis^ les restes du temple de Cérès. Le pavé du sanctuaire edt brut et non {)oli ; il est beaucoup plus bas que celui du portique voisin. Il existait donc , au niveau de celui-ci , un plancher en bpis qui cachait , au-dessous du sanctuaire , un, souterrain destiné au J6U de quelques machines.
Dans le sol d'un vestibule intérieur , oh remarqué deux rainures ou ornières profondément creusées : aucune Voiture à roues n'avait pu pénétrer en ce lieu ; les voyageurs pensent ^ en conséquence y que ces rainures recevaient des' poulies qui, dans les mystères^ servaient à soulever un corps pesant , peut-être, disent-ils, un plancher mourant. Ce qui confirme leui" conjecture , c'est qtfon voit au-
(1) Philostrat. De vit* ApoLl. lib. vi. cap. 6.
(*j) The unedited antiquities ofAttica, by the Society of diUttanti, (oL London, 1817. Montlhjr Repertory, tom.xxnk. pag. 8-1 1.
delà , d'autres raîniires où pouvaient se mouvoir les contre-poids qui élevaieht le plancher ; on voit aussi les places des chevilles qui le soutenaient immobile, à la hauteur désirée. Ce sont huit trous percés dans des blocs de marbre élevés au-dessus dii sol , quatre à droite et quatre à gauche , et propres à recevoir des chevilles d'une dimension extraordinaire.
Vulcain, dit Homère, avait décoré l'Olympe de trépieds , qui, sans moteur apparent , se rendaient à leurs places, dans la salle du banquet des dieux (i) : Apollonius vit et admira de semblables trépieds chez lés sages de llnde (2). La construction des automates n'est rien moins qu'une invention récente ; et nous ne craindrons pas , d'après Macrobe (3), qui parle comme témoin oculaire, et sur la foi de l'auteur du Traité de la déesse de Syrie y de rapporter qu'à Antium, et dans le temple d'Hiérapolis , des statues se mouvaient d'elles-mêmes.
(i) Homer.Iliad, lib. xviii. vers. S^S-S^S.
(a) PhUostrat. De vit. ApoU, lib. vi. cap. 6. (3) Macrob, Satumal, lib. i. cap. 3.
Comme une preuve de Thabileté des anciens, on doit citer encore là colombe de bois, fabriquée par le philosophe Archytas, de telle manière qu'elle volait et se soutenait quelque temps en l'air (i). Le souvenir de ce chef-d'œuvre nous rappelle naturellement le désir que , de tout temps , l'homme a conçu de devenir, dans les airs, le rival des oiseaux , comme sur les eaux , l'art de nager et surtout l'art de diriger des navires, le rendent le rival des habitans des fleuves et des mers. Nous ne citerons point Dédale et Icare : « Poursuivi par Minos pour avoir (( révélé à Thésée les chemins et les issues w du labyrinthe , Dédale s'enfuit par mer avec « son fils (2); » se^ ailes furent des voiles que, le premier, en Grèce, il adapta à ses barques, tandis que les navires de son persécuteur ne voguaient qu'à la rame. Gela est d'autant plus vraisemblable , qu'il avait pu connaître en Egypte l'usage des voiles, comme il avait rapporté de ce pays l'idée de la construction du labyrinthe. Mais si nous tournons nos regards
(i; jà. \Gell. Noct. Attic. lib. x. cap. i3.
(3) Heraclit. de Politiis. verh. Icartu.
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vers Porient ( ce que souvent encore nous serons dans le cas de faire), des narrations dont l'origine est sûrement très-ancienne, nous fournissent deux faits trop singuliers pour qu'il nous soit permis de les passer sous silence. Ici un char volant que, dans les airs, un homme dirige à son gré, est présenté comme un chef-d'œuvre de l'art , et non de la magie (i). Là^ au-dessous d'un ballon y^ est attachée une petite naceUcy où un homme se place ; le ballon, s'élançant dans les airs , transporte rapidement le voyageur où il désire aller (2).... Que conclure de ces récits? Rien : sinon que les essais de la mécanique en ce genre , remontent probablement à une époque plus reculée que celle d'Archytas , et que le Tarentin, disciple de Pythagore, disciple lui-même des sages de l'Orient , n'excita peut-être l'admiration de l'Italie que par des secrets puisés dans les temples de Memphis ou de Babylone.
( I ) Les mille et un Jours, jours cxrcxv.
'^3) Les mille et une nuits. olyi« nuit. tom. vi. pag. i44-i4^r
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