‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles;Chapitre 36 sur 43 · CHAPITRE Xil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xil

Acoustique : imitatioa du bruit du tonnerre f orgues 5 coffines résonpansj Audipides ou t|tes padantes^ statue de Memnon.

Mais Timposture ne se trahissait -elle pas> elle-même ? Le cri de» poulies, le froissemenr des cordages , le cliquetis des rcwes , le fracas des machines, quelque prévenu que fut l'aspirant , devaient frapper son oreille et luî^ révéler la main .débile de l'homme, où l'on prétendait lui faire admirer l'œuvre de génies tout-puissans ? Ce danger fut senti et prévenu : loin de chercher à amortir le bruit des machines, ceux qui les faisaient jouer s'étudièrent à l'augmenter, sûrs d'augmenter avec lui , l'effroi et la docilité*.

Le roulement effrayant dont s'accompagne la foudre, regardée par le vulgaire comme l'arme des Dieux vengeurs, les Thaumaturges surent le faire entendre , quand ils parlèrent au nom des Dieux.

Le labyrinthe d'Egypte rewfermaît plusieurs palais tellement construits qu'on n'en ouvrait point les portes sans faire retentir audedans le bruit terrible du tonnerre (i).

Darius, fils d'Hystaspe, monte sur le trône ; ses nouveaux sujets tombent prosternés devant lui, et l'adorent comme l'élu des Dieux, et comme un Dieu lui-même : en cet instant, le tonnerre gronde , et l'on voit éclater la foudre (2).

L'suct de .charmer les oreilles a presque autant d'import^Mice pour le Thaumaturge , que celui de les épouvanter. Pausanias , qui raconte sérieusement tant de légendes fabuleuses, taxe néanmoins Pindare d'avoir inventé les vierges (Tor^ douées (Tune voix rabaissante , dont , suivant le poète thébain , étaient ornés les lambris du temple de Del-

(1) Plin. Hist, nat. lib. xxxvi. cap. i3.

(a) Tzetzès, Chilmd.

phes (i). Moins incrédules que lui^ derrière les statues des vierges ou les bas-reliefs dorés^ d'où semblaient partir des chants mélodieux , nous plaçons un instrument de musique dont les sons imitaient ceux de la voix humaine. Un simple jeu d"orgue suffisait pour cela ; et les^ orgues hydrauliques étaient bien connus des anciens ; un passage de saint Augustin semble même indiquer que les orgues à soufflets ne leur étaient pas inconnus.

L'histoire d'une pierre merveilleuse qui se trouvait, dit-on, dans le Pactole , nous révèle une invention beaucoup moins commune.

Placée à l'entrée d'un trésor, cette pierre éloignait les voleurs , effrayés d'en entendre sortir lesaccens bruyans d'une trompette (2). On fabrique aujourd'hui des coffres-forts qui font éclater les mêmes sons, dès qu'on les ouvre furtivement (3). L'auteur phrygien d'un de ces chefs-d'œuvre de mécanique n'avait peut-être pas, comme on est porté à

(i) Pausanias. Phocic» cap. 5.

(a) Traité des fleuves et dés montagnes ^ attribué à Pintarque. % vu.

(3) Louis XV en avait nn ; on «n offrit un à Napoléon , à

Vienne, en 1809.

le croire , caché son secret sous un récit fabuleux : pour qu'il se soit exprimé exactement 9 ne sufBt-il pas que le corps sonore qu'il employait fût une pierre tirée des rivages ou des monts voisins du Pactole ? Quant à la propriété de résonner^ elle lui était commune avec la pierre sonore que l'on conservait k Mégare (i) ; avec le granit rouge d'Egypte; avec les pierres qu'on enipjoie à la Chine pour fabriquer des instrumens de musique ; avec la pierre verte et brillante dont est formée Une statue trouvée dans les ruines de Païenqui-viejo (2) ; enfin avec le basalte dont il existe , au Brésil, des blocs considérables, qui rendent un son très-clair quand on les frappe (3). Le reste appartient à l'ignorance et à l'amour du merveilleux.

Des paroles distinctes ont été proférées par un enfant à l'instant de sa naissance , par des animaux , par des arbres , par des statues , ou bien elles ont retenti spontanément dans l'enceinte solitaire d'un temple : c'est ce que

(i) Pausanias, Attic. cap. ^i, {'i)Re\^ue encyclopédique, tom. xxxi. pag. S5o. (3)Mawe. Voyage dans V intérieur du Brésil, tom. i. chap. V. pag. i58.

- 2S^ ' * »deS sciences' ôccutl^sl'

■. racontent' sèuventles histoires' anciennes. Le (îe l'engastninysmè suffit pour explile partie de'ces récits; mais non pas est donc plus simple de regarder ,

1 conïme des effets de l'art, ces voix dont l'origine n'était pàâ aperce; et d'attribuer le «liracle, à l'invention des androïdes^ ihven-

, tion qui , de nos jours encore , bien que dé- .crite dans des livras 'très-répandus (i), n'en a pas moin», sous le nom de Femme invisible , ' excité l'admiration du vulgaire et celle de gens qui ne croyairàit point faire partie du vulgaire. On Aidrcsae , à Voix basse , des questions à une poupée, à une tête de carton ou de métal , à un coffre de verre ; et bientôt , on entend des réponses qui semblept partir de l'objet inanimé : l'acoustique enseigne les procédés qu'on doit mettre en usage pour qu'une personne placée dans un lieu assez éloigné , entende et soit entendue auss^ intelligiblement 'que si elle occupait la place où parait Vandr<*yê qu'elle fait parler. Ce n'est point une invention moderne. J. B. Porta , il y a plus de deux cents ans , en a expliqué les

,■! Eiicjyciop^ie. att. Artdro'ide.

principes d^ns s^ Magie naturdie (») ; inais^, » en des temp^^ plus s^nâéns , ces principes étaient tenus sécréta^ et Id jneryisilie^ qu'ils opèrent, pjésQnté^ seule à l'admiration des hommes. - ,.

Vers la fin du XIV' siècle, uûli 232** parlantCy construite en poterie, exdtait, en Angleterre, l'étonnement des curieux^ Colle quç fit Albert le Grandi(au XIIP siècle) était aussi en terre. Gerbert , qui , sous le nom de Sylvestre II, occupa le saint siège de 999 à ioo3, en avait fabriqué une en airain (2), Ce chef d'œuvre le fit accuser de magie : acciuia- , tioin . fondée ^ si l'on eût donné le même sens . que nous au mot d'œtivre magique ; c'était le résultat d'une science dérobée. à la connàisr sance du commun des hommes.

Ces savans n'avaient point découvert , ils

avaient reçu de prédécesseurs bien plus aiH

çiens , un secret qui surpassait et effrayait la

faible intelligence de leurs contemporains.

< Odin^ qui apporta chez les Scandinaves

(1) J. B. Porta. De Magiâ naturali. Pancirol. JRerum re cens invent. tit. x, ,

(a' Eliaa Schedius. De Diis germants, p. 572-573.

2g0 DES SCIENCES OCCUtTBS.

une religion «t dçs secrets magiques empruntés à l'Asie , Odin possédait une Tête parlante^ C* était , disait-*OH , la tête du sage Mimer, qu'Odin avait foit ench&«se» dans l'or , après la mort de ce héros ; il la consultait , et Tes répoVises qu'il en recevait étaient révét^ées comme les oracles d'une intelligence supérieure.

• D'autres que le législateur du Nord avaient cherché à rendre la crédulité plus avide et plus docile , en supposant ainsi que les Têtes parlantes dont ils se servaient, avaient jadis été animées par l'intelligence d'hommes vivans.

Noustie citerons point , en ce sens, l'enfant que le spectre de Polycrite dévora tout entier, à l'exception de la tête , et dont la tête énonça des prophéties qui ne nianquérent point de se réaliser (i) : ce mythe appartient probablement à l'allégorie. Mais, à Lesbos, une Tête parlante rendait des oracles ; elle prédit au grand CyfUs , en termes équivoques il est vrai, la mort sanglante qui devait terminer son expédition contre les Scythes : c'était la

(i) Phlego De Mirabilibus Noël. Dictionnaire de la Fable. art. Polycrite.

tête d'Orphée. Elle était fameuse chez les Perses ; elle l'était chez les Grecs dès le temps de la guerre de Troye : telle était la célébrité de ses oracles , qu'Apollon même en fut jaloux (i).

Suivant plusieurs rabbins , les Théraphirjn étaient des têtes de mort embaumées , sous la langue desquelles on plaçait une lame d'or (2)^ comme on avait entouré d'or la tête de Mimer. Appliquées contre une muraille , elles répondaient aux questions qu'on leur adressait. D'autres rabbins disent que les Théraphim étaient des simulacres, des figures qui, après avoir reçu l'influence d'astres puissans , conversaient avec les hommes , et leur donnaient de salutaires avis (3). De$ expressions de Maimonides , sur ce sujet , on peut induire que l'on construisait exprès des édifices pour y placer les images parlantes ; ce qui se comprend aussi bien que le

(t) Philostrat. Vit. Apollon, lib. iv. cap. 4« Philostrat. Hèroîc. in Philoctete.

(2) Frommann. Tract, de Fasc. pag. 682-683.

(3) R. Maimonides. More Net^ochim, lib. m. cap. 3o. « Et <k aedificaverunt palatia et posuerunt in eis iinagitie9, etc.» Elias Schedius De Diis Germanis, pag. 568-569-

«oin qu'on avait , en d'autres cas , de les appliquer contre la muraille : il faut toujours une disposition locale propre à produire le miracle d'acoustique.

Ce miracle n'était point ignoré dans la contrée féconde en merveilles où les Hébreux puisèrent toutes leurs connaissances.' Les prêtres (c'est Mercure Trismégiste qui nous l'apprend), les prêtres y possédaient VaH de faire des dieux ( i ) , de fabriquer des statues douées d^intelligence , qui ^prédisaient l'aveiiir et interprêtaieiit les songes. Il avoue miême que -des Théurgistes adonnés à une ^ioctrine moins pure ,. savaient aussi^â^re des dieux y dies statues que les démons animaient, et qui', pour ks vertus surnaturelles, le cédaiejit pn^u ausi ouvrages sacrés des véritables prêtres. En d'autres termes î, le même secret physique était mis en œuvre par deux sacer^ dpc^e^ rivaux. •.

Lres Anciens possédaient comme nous l'art de construire des androïdes; et, de leurs

:(i) «jârtem qud deos effieerent,..%>.MetonniTnsmeç^ati Pymander. Asclepius. pag. 146-146 et i65. (in-ia. Basileae i53a.)

DES SCIENCES OCCVITBS^ 2^^

sanctuaires , cet art est arrivé à nos iabora* toiras de physique par riotermédiaire des ter- Hébreux savans du moyen âga : c'est la cqivclusion que nous tirons de ce qui précédis ; ^|le nous semble plus admissible que la spp-* position d'impostures ejt de supercheries grossières et sans cesse renouvelées.

Etait-elle une application de la science ^ égale ou supérieure à celles que nous ayons énumérées^ la merveille qu'en Egypte enr core , renA>uvelait , chaque jour, la statue de Mcmnon , quand , de sa voix harmonieuse , elh saluait le lever du soleil ?

On a hasardé plusieurs conjectures pour répondre à osttie question : aucune ne semble l'avoir complètement résplue. Discuter l'bisr toire du colosse et les hypothéd/es qu'elle a fait naitr^e , ce 3Êrait nous écarter sans fruit dfî notre sujet ^ puisque nous n'arriverions à jauGjui) résultat positif (i)» Boi?nons-nous k rappeler .ce qui est ^nconte^tablp. . ^

La vocajité (de la statue n'a jamais été ré-

(i) L*intérêtque présente cette discussion nous a engagés à la traiter séparément, avec quelque étendne. Voyez, à ]a fin du volume, la note B, De la Statue de Memnon.

2g4 ^^^ SCIENCES OCCULTES.

voquée en doute. Sur son débris gigantesque, de nombreuses inscriptions ont été gravées par des témoins du miracle ; Juvénal , dans une satire composée sous le règne d'Adrien, et Philostrate, contemporain de l'empereur Sévère , peignent le miracle comme actuellement subsistant (i). On peut donc croire que la voix n'a cessé de se faire entendre que lorsque le culte national et le sacerdoce de l'Egypte ont cessé eux-mêmes, vaincus par l'influence successive du polythéisme grec, de la philosophie peu crédule des Romains , et de la religion nouvelle qui, en Egypte, comme dans le reste du monde alors connu, s'établit rapidement sur les ruines de toutes les autres religions. Le miracle finit avec les prêtres; et rien n'annonce que de nouvelles mutilations aient été nécessaires pour réduire au silence la statue vocale. Sa voix était donc l'effet d'un art caché, dont le secret a péri en même temps que les prôtres^qui en étaient dépositaires.

Il y a plus, et ceci nous fournit la confirmation d'un de nos principes les plus impor^

(i) Juvénal. Satir. xv. vers 5. PhUostrat. Jh vit, ApoUçn, lib. vr. cap. 6.

DES SCIBNCES OCCULTES. 296

tansj ce que nous disons aujourd'hui de Forigine du miracle, on ne l'ignorait pas au temps du polythéisme.

Ju vénal appelle magiques les sons qui sortaient de la statue (i) ; et nous avons établi que, chez les anciens, la magie était la science d'opérer des merveilles par des procédés scientifiques inconnus au plus grand nombre des hommes. Un schoUaste du satirique latin est plus explicite encore; et, en commentant ce passage, il parle du mécanisme savant de la construction de la statue (a) : c'est dire clairement que sa voix résultait du jeu d'une machine. Quand cet écrivain réduisait ainsi à un chef-d'œuvre de mécanique la merveille de la statue de Memnon, il parlait sans doute d'après une tradition reçue. Cette tradition, toutefois, n'ôtait rien aux sentimens d'admiration et de piété que la voix sacrée réveillait dans l'âme de ses auditeurs (3). Il faut donc

fi) « Dimidio magicae résonant ubi Memnone chordae. »

(2) Cité par J. Phil. Casselius. Dissertation sur les pierres vocales ou parlantes, jjag. 8. Langlès. Dissertation sur la statue vocale de Memnon, Voyage de Norden. tome. ii. pag. 337.

(3) Voyez les inscriptions citées par Langlès. Dissertation sur la statue uocale. etc. pages 227-331.

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reconnaître ici on miracle, suivant le setns primitif de ce mot ; une chose admirable dont on se plaisait à rapporter Pinvention à l'inspiration des dieux , mais qui n'avait rien de surnaturel. A la longue , cette notion s'obscurcit dans l'esprit de la multitude ; alors, et peut-être sans que les prêtres eussent cherché à tromper les adorateurs, la merveille de l'art se transforma en un prodige religieux chaque jour renouvelé.

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