CHAPITRE XIII
Optique : effets semblabjles à ceux du diorama } fytitasmagoiie^ apparitions des dieux et des ombres des morts 5 chambre noire 5 magiciens changeant d aspect et de figure, prestige incroyable.
Tous nos sens sont tributaires de l'empire dû merveilleux^ et l'œil encore plus que l'oreille. Pour peu qu'ils se prolongent, Iqs sons agréables perdront de leurs charmes, le bruit effrayant asso,urdira, les voix merveilleuses deviendront suspectes. Que les illusions offertes à la vue se succèdent sans relâche , elles ne cesseront pas d'occuper l'homme, avide de nouveaux spectacles ; leur variété et leurs contrastes ne laisseront point de prise à la réflexion, point d'accès à la monotonie.
Quelques prodiges que l'optique dût en-
a^S DES SCIENCES OCCULTES.
fanter dans les représentations pompeuses ou terribles des mystères et des initiations , et dans tes miracles des Thaumaturges., les ressources scientifiques ne manquaient point pour les opérer. Les anciens savaient fabriquer des miroirs qui présentaient des images multipliées , des images renversées, et ce qui est plus remarquable, qui, dans une position particulière , perdaient la propriété de réfléchir. Que cette dernière propriété tînt seulement à un tour d'adresse, ou qu'elle eût quelque chose d'analogue au phénomène de la lumière polarisée qui, arrivant au corps réfléchissant sous un certain angle , est absorbée et ne produit aucune image ; il n'importe; son emploi était propre à enfanter de nombreuses merveilles. Aulugelle, citant Varron, nous apprend ces faits ^ et en même temps il peint l'étude de phénomènes si curieux comme indigne de l'attention d'un sage. De quelque
( I ) jiuL Gell. Noct. Attic Aih. xvi. cap. 18. « Voici la fin du passage latin : ut spéculum in loco certo positum nihil imagineti aliorsumtranslatum faciat imagùies, m Le compilateur, répétant ce qu*il n'avait point approfondi, a pu croire que le phénomène tenait à [a place y et non à \a position du miroir.
DES SCIENCES OCCULTES. Sgg
principe qu'émanât une opinion si peu raison-* nable , mais commune à toute la classe éclairée chez les anciens, et qu'Archimède ne dédaigna point de partager , on sent combien elle était utile au Thaumaturge : ses secrets miraculeux n'auraient pas long-temps mérité ce nom , si les hommes qui recréaient la science , sous l'influence lumineuse de la civilisation perfectible , au lieu de se renfermer dans l'étude de la théorie, avaient dirigé leurs recherches sur la combinaison pratique des phénomènes.
Les jardins délicieux, les magnifiques palais qui , du sein d'une obscurité profonde, apparaissaient subitement éclairés à perte de vue par une lumière magique et comme par un soleil qui leur fût propre (i); une invention justement admirée, lediorama, les reproduira sous nos yeux. L'artifice principal consiste dans la manière de faire tomber la lumière sur les objets, tandis qu'on retient le spectateur dans l'obscurité. Cela n'était pas difficile , quand l'initié , traîné de souterrains en souterrains ,
(l) « Solem que suum, sua lumùia norunt,
Firgil, Aeneid, Hb. vi. vers. 64».
3oo D£S Sciences occultes.
et tantôt élevé eu l'air, tantôt petombant avac rapidité , pouvait se croire perdu dans les profondeurs de la terre , alors que le Ueu obscur qui le renfermait touchait au niveau du sol.
Et comment les Thaumaturges n'auraient-ils pas connu une telle invention, eux qui ne cherchaient que les moyens de multiplier les merveilles ? L'observation , saos aucun effort de l'art , suffisait pour la leur révéler. Si , à une longue galerie qui ne reçoit de lumière que par son extrémité , succède un berceau d'arbres touffus, le paysage vu au-delà du berceau se rapproche et se d/éploie comme le tableau du diàrama , à l'ceîl des pi^rscwnes placées au fond de la gajerîe.
L'illusion était encore susceptible àfi s'augmenter par l'union des moyens mécaniques aux effets de peiniture et de perspective. Bans le diorama exposé à Paris en 1 826 , et qui représentait un cloître en ruines (i), une porte s'ouvrait et se fennait comme par l'effet d'un vent violent. Etait-elle ouverte; on apercevait au-delà une immense campagne et des
(0 Le cloître de Saint- Waiulril le, près Rouen, septembre i8'j6.
DES SGIKNC&S OCCULTES. 3oi
arbres qui projettaient sur les débris du cloître des ombres plus pu moins noires, suivant que les nuages, rapidement promenés sur le ciel que l'on voyait au travers des ruines , étaient censés laisser au soleil un éclat plud ou moins vif. Cet artifice , peu approuvé par les amis sévères des beaux-arts, transportezle au fond d'un sanctuaire, sous les yeux d'homm^es croyans et déjà enivrés de prestiges ; éprouveront-ils le moindre doute sur la réalité d'apparences qui présenteront la vérité, la mobilité de la natul^e?
Des miracles que l'optique enfante, l<es apparitions, quoique le plus commun, sont, le plus célèbre.
Dans une antiquité très-reculée, sous l'empire de civilisations stationnaires, tout homme qui avait vu un dieu devait mourir, ou perdre au moins l'usage des yeux. Cette crainte singulière , dont nous indiquerons ailleurs la cause y avait cédé au temps et au besoin qu'é-* prouvaient les âmes ardentes d'entrer en communication directe avec les objets de leur adoration. Loin d'être redoutées, les apparitions des dieux devinrent un signe de leur faveur ; elles donnèrent un lustre respectable
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aux lieux OÙ ils recevaient les hommages des mortels. Le temple âiEnguinumy en Sicile , était moins révéré pour son antiquité, que parce qu'il était favorisé quelquefois de l'apparition des Déesses-mères (i). A Tarse , Ésculape avait un temple où il se manifestait souvent à ses adorateut^s (2). Cicéron parle des fréquentes apparitions deâ dieux (3). Varron, cité par saint Augustin (4) , dit que Numa et Pythagore voyaient dans l'eau les images des dieux , et que ce genre de divination avait été apporté de Perse en Italie , ainsi que l'art de faire apparaître les morts.
Ces deux arts , en effet , ont dû n'en faire qu'un seul ; et nous les retrouvons dans l'Asie, bien avant l'âge de Numa ou de Pythagore. La pythonisse diAïn-dor évoque devant Saùl l'ombre de Samuel : elle voit, dit-elle, un Dieu qui s* élève du sein de la terre (5). Cette expression, répétée plus d'une fois dans le texte , donne , je crois :, l'interprétation du
(i) Plutarch. in vit. Marcell.
(a) Philostrati in vit, Appollon, lib. i. cap. 5.
(3) Cicer\ De natur» Deor. lib. ii. cap.
(4)iS* Auguitin. De witate Dei. lib. vu. cap. 35.
(5) Beg. lib. i. cap. 28.
passage où Pline parle d'un siège placé dans le temple antique d'Hercule à Tyr : « Dé ce (( siëge, fait d'une pierre sacrée y s*élevaient{i ) (( facilement des dieux; » c'est-à-dire que de là semblaient sortir de préférence les apparitions miraculeuses.
Un art que la Perse transmit à Pitalie ne dut pas rester inconnu dans la Grèce. Nous l'y retrouvons à une époque bien ancienne.
Inconsolable de la mort d'Eurydice , Orphée (( se rendit à Aornos , où il y avait ancîenne- (( ment un lieu où l'on évoquait les morts (( (Nekjomantion). Il crut que l'ombre d'Eu- « rydice le suivait : et se retournant, voyant « qu'il s'était trompé , il se tua (2) » . Cette explication historique du mythe d^Orphée nous révèle une particularité curieuse , l'existence , dans ces temps reculés , de lietix spécialement consacrés à l'évocation des morts , à l'apparition des ombres.
Les ombres étaient muettes quelquefois ; mais le plus souvent, Vengastrimjrsme qui
(0 Plin. Hist. nat. lib. xxvii. cap. lo. «Eusebès, ex eo
ce lapide facta sedes, ex quâ DU facile surgebant. »
(1) Pausanias, Boeotic. cap.
3o4 DES SCIENCES OCCULTES.
servit la pythonisse consultée . par Saùl , put leur prêter des discours et des oracles. Cette conjecture difficile à contester^ présente sous un jour nouveau le onzième livre de lH)dyssée. Homère y raconte réellement l'admission d'Ulysse , mais de lui seul (i) , dans un Nékyomantiou y où le chef d'Ithaque converse avec les amis que lui a enlevés la mort. Une multitude innombrable d'apparitions et un bruit effrayant interrompent ces entretiens merveilleux i Ulysse s'éloigne, craignant que, du sein dçs enfers , Proserpine irritée ne fasse apparaître la tête de la Gorgone (2) :. tels étaient les moyens que l'on mettait en œuvre pour éloigner les spectateurs, quand leur curiosité devenait embarrassante , <ou>se pro^ longeait plus long-temps que les ressources du spectacle.
C'est là qu'Homère introduit Achille exaltant la vie comme le plus grand des biens, et préférant, à sa célébrité impérissable, la condition du pluç misérable des vivana (3). On a
(r Odyss. lib. x. vers 5'j8. , (s/'Oir^jr.iib. x». yer8 63»^34.
(3} Odyss. lib. xi« vers 466 490 •
viTcment critiqué le démenti que donne Tc^BCbbre d'Achille ^ aij joaractère établi du plus. intrépide des guerriers.' Où l'invention {Poétique sers^ fclàfiû^afale'^ j'admire la fidélité de la narration. Une époque a existé (et elle était ^, en Grèce , encore récente^, au temps duc|Siége de Troye) , où la <;aste sacerdotale ., qui avait' jusqu'alors reçu sans partage les adora-r tiens de^ hommes , sUndigm devoir les guerriers, sans autres titi^ei»^ que Leur courte >) leur force et leurs combats , se faire recon?^ naitre pour àe^demi-diefuc et des héros , enfans de quelque divinité, et usurper ainsi unt admiration) et un pouvoir réservés tout entiers aux possesseurs des arts magiques. Quelle doctrine ces possesseurs devmenti-ils prpçlamer dans leurs révélations religieuses? La plus propre' à glacer l'entho'usiasme guerrier. Et quoi de plus adroit, en Grépe , que de choisir pour interprète de cette doctrine pusillanime là grande âme d'Achille ! xc Un chieÉsr vivant « vaut mieux qu'un lion mQrt(i) » ; voilà ce qu'enseignait de même , à des Arabes : belliqueux*, un livre postérieur de mfoins de deux
(i) JScclésiàsi, cap. ix. v 4»
3o6 DES SCIENCES OCCULTES.
siècles aux voyages d'Ulysse , mais émané visiblement de Técole théocratique.
Le procès de l'encensoir et du glaive semblait terminé sans retour, lorsque Virgile entreprît de marcher sur les traces d'Homère; et le poète se serait déshonoré gratuitement , en faisant piarler un héros contre le mépris de la mort. Le sixième livre de l'Enéide est un magnifique tableau des scènes principales du drame des initiations , plutôt que la descrip* tion d*une Nekjromantie. L'art des évocations> était déchu ; les temples où on l'exerçait ne |>araissent pas avoir subsisté dans les âges historiques de la Grèce, et presque aucune apparition n'en rappelle le souvenir.
Une cause avait pu, de bonne heure, en précipiter la décadence : les conséquences, terribles qu'avaient dû entraîner de telles apparitions. Ceux qui les sollicitaient n'étaient pas toujours des hommes curieux ou inquiets, et pressés de pénétrer l'avenir. Plus souvent ce furent des êtres aimans et , comme Orphée y privés par la mort de Pobjet de leurs plu»
chères affections. Telle fut la fideUe épouse de Protésilas , importunant les dieux pour revoir un moment son époux mort aux rivages
DES SCIENCES OCCULTES, So^
troycns ; et dés qu'elle eut aperçu son ombre^ n'hésitant plus à le suivre en se précipitant dans les flammes. Ces apparitions agissaient sur des imaginations exaltées , sur des cœurs brisés «, et dans cette crise douloureuse ^ où l'être capable d'un sentiment profond coui^ rait à la mort comme au plus grand des biens , s'il était persuadé que la mort le réunit à la meilleure moitié de lui-même. Rien de plus propre à suppléer à une telle persuasion , à en hâter l'influence , que l'apparition qui , ne rendant le bien perdu que pour le reprendre à l'Instant^ semblait indiquer en même temps le chemin ouvert pour le rejoindre.
Ainsi que d'autres trésors de la science occulte , la désuétude cacha dans l'oubli ^ mais n'anéantit point le secret des apparitions. Au IX' siècle de notre ère , un père inconsolable de la perte de son fils , l'empereur Basile le Macédonien, recourt aux prières d'un pontife déjà célèbre par le don des miracles (i) ; et il voit l'image de ce fils chéri, vêtu magnifique-
(i) Théodore Santabaren^ abbé-archevêque des Euch^es. Voyez GlycaS) Annal, part. iv. pag. a()6.; Léo, grammat, in t/iiâ Basilii imp, $ ao.
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ment et monté sur un cheval superbe , accoujrir vers lui , se jeter dans seis bras , et disparailre . Pour expliquer ce trait historique , osera^-tron encore élever la supposition grossière d'un cavalier aposté pour jouer le rôle du jeune prince ? Le père , déçu par la ressemblance , ne Teût-il pas saisi , retenu , enchaîné dans ses embrassemens? L'existence de cet homme ^ trahie .par une ressemblance si remarquable^ et dès-lors la fausseté de l'apparition , n'auraient-elles pas bientôt été découvertes et dénoncées par les ennemis du Thaumaturge? En , rapprochant ce fait des traditions antérieures , et surtout de l'existence dinûque des^Nékjomantiùn , n'est-îl pas plus simple d^a vouer que , de nos jours , la fantasmagorie a été retrouvée et non pas imftntée.y . et de reconnaître également ses prestiges dans les apparitions des dieux\ et dans les évocations des morts^ où dés ombres douées d!une ressemblance frappante avec, les étft*esjQule& images qu'elles devaient rappeler^ s'évanouissaient soudain au milieu des embrassemens qui les voulaient saisir.
Nous pourrions emprunter au t*. Kir-
cher (i) la description des instrumens qui durent servir à la fantasmagorie, dans les temples anciens : mais il est plus curieux d^en présenter les effets , tels que les a peints un disciple des philosophas théurgistes : « Dans C( une manifestation qu'on ne doit pas rêvé- « 1er.... .'il apparaît, sur la paroi du temple, a une masse de lumière qui semble d'abord « très-i-éloignée ; elle se transforme, <iomme « en §e resserrant, en un visage évidemment ((divin et surnaturel, d'un * aspect sévère « mais mêlé de douceur, et très-beau à voir.
((Suivant les enseignemien^ d'une religion (( mystérieuse , ' les Alexandrins l'honorent (( comme Osiris et Adonis. » (2) Si j'avais à décrire iine fantasmagorie notoderne,- m'cxpUqueraiSrjc différemment ?
Damascius nous apprend que l'on mettait en œuvre cette apparition pour détourner les chefs de la cité- de se livrer à des dissensions pernicieuses^ Le miraicle avait un but politique : c'est cfe que Vàn peut reconnaître pour plusieurs des miracles que nous raconte l'àn-
(1) Kii'cher. OEdipus. tora. ii. p. 3-23.
(2J Damascius apucl Photium, Biblioth. cod. 343-
3lO DES SCIENCES OCCULTES.
tiquité , et supposer pour le plus grand nombre.
En d'autres cas, on a pu se servir de la chambre-noire pour reproduire des tableaux mouvans et animés. Et ici se présente, avec plus de force, la remarque faite à Poccasion du diorama : la simple observation suffisait pour en indiquer l'usage. Dans une chambre dont la fenêtre est close par un volet qui joint exactement, s'il y a une ouverture dans le corps du volet , on voit se peindre nettement, sur le plafond, les hommes, les animaux , les chars qui passent sur le sol , dés qu'ils sont suffisamment éclairés ; les couleurs , pour peu qu'elles aient de vivacité , brillent , parfaitement reconnaissables ; les images peuvent même, et j'en aï fait l'expérience, conserver une ressemblance frappante dans les détails comme dans l'ensemble , lorsque , pour les dimensions , elles ne sont plus aux objets qui les produisent, que dans les proportions, d'un à douze ou à quinze.
Que , chez les anciens , ce^ apparitions résultassent de moyens scientifiques , cela est
DES SCIENCES OCCULTES. 3ll
prouvé par l'art que possédaient les Thaumaturges de redresser les figures qu'une lentille convexe ou un miroir concave faisait paraître renversées. Suivant Théodoret (i) et les rabbins, le motif dé Teffroi que la pythonisse, consultée par Saùl, éprouva ou feignit d'éprouver , c'est que l'ombre de Samuel parut dans l'attitude d'un hamme qui se tient debout ; tandis que , jusque - là , les ombres des morts n'avaient apparu que renversées* Il s'ensuit seulement que la fantasmagorie de la pythonisse était ipieux montée que celles des nécromanciens qui, avant elle, avaient paru en Judée.
Buffon admet comme possible l'existence du miroir d'acier ou de fer poli que l'on avait établi au port d'Alexandrie , pour découvrir de loin l'arrivée des vaisseaux. Si, comme on peut le présumer, long-temps avant de tomber dans le domaine de l'industrie^ les connaissances qui dirigèrent la construction du miroir d'Alexandrie , existaient dans les temples , quels miracles , supérieurs à
(t) Théodoret. in Aeg, lib. i. quaest. lxix.
3l3 DES SCIENCES OCCULTES.
ceux que nous venous de r^ppelfer , purent au besoin frapper d'admiration le^ peuples , et étonner même lea philosophes \
a Si ce miroir, dit Bafibn ^ a réelleniçnt (( existé comme il y a toutç apparence , on « ne peut refuser aux anciens la gloire ;dç « l'invention du télescope, w (i) De cettç au^ torité imposante , qu'il nous 90Ît permis d'en rapprocher june d!un genre bien différent > dans ces antiques narrations orientales dont le . merveilleux , suiva^r^t nous ^ appartient k dea traditions défigurées^ plus Souvent qu'aux écarts d'une imagination s^ns frein i* otîk ^t figurer un tuyau d'ivoire, long .d'un pied, d'un peu plus d'un pouce de grosseur ; il est garni dfun verre à .chaque extrémité ; en > y appliquant l'œil , on voit la cho^ que l'on a souhaité de voir (2). A ce miracle , substituons celui d'apercevoir un objet que son éloignement dérobe à la vue. simple : et l'instrument magique devient, sinon un télescope, au moins une lunette de longue vue.
(i) Bufîon. Histoire naturelle des minéraux. Introduction^ sixième mémoire, article ii.
(2) MiUe et une nuits. coyi« niât. tom. 5. pag. ^%d5d, etc-
Dl^ SCIENCES OCCULTES. 3l3
Aux prest%e8 de lu dioptrique*, faudrat-^il rapporter* une faculté extraordinaire doilt ^ parlent dés 1 1 f&crivains d'âges et de pays assez différens, pour que l'on puififse croire qu'ils ne se sont pas copiés les uns les autres %'*^* " ' ' . » »
' QuDiiJupiteramouiTeux revête- toui^à-toiir ^ la ressemblance de Diane et cejile d'Awpbytrion ; que Protéc et Vertumne changen|: , à leur gré , dfe fpnpe et d'aspect^ on pardonne CCS fables à. une mytlpiologie riante ; soq
éclat en.£ait oublier fabsurdité.
Quand un biographe raconte qi;i,e son héros^ sous une figuré empruntée ^ trompa les yeux même de «es amis , cm rit de l'excès de crédulité où a pu l'ehtraîner renthousi;aisme ; et l'on opposera la même incrédulité, à d^eux ou trois récita d'aventures du même genre* Mais ce h'esb point d'un fait isolé , c'est d'un aH propre à une caste tout entiérie que parle - Suidas. « On appelait , dit-il , mages (c (ou magiciens) les homimes. qui savaient « s'entourer d'apparitions décevantes (i). »
Son traducteur ajoute , en forme d'explica-
(I) Suidas, verbo Magos.
3l4 DES SCIENCES OCCULTES.
tion , H que , par leurs prestiges , ils abuu saient les yeux des hommes au point de « paraître tout autres qu^s étaient réelle- « ment. »
Un historien qui , indépendamment d'auteurs grecs et latins que nous ne possédons plus et qu'il a pu connaître ^ a consulté les traditions importées d'Asie dans le nord de l'Europe avec la religion d'Odin , Saxo Grammaticus , tient le même langage que Suidas.
Parlant des illusions ^produites par les philosophes-magiciens : « Très-experts , dit-il ^ « dans l'art d'abuser les yeux , ils savaient (( se donner et donner à autrui l'apparence « de divers objets , et , sous des formes « attrayantes, cacher leur aspect vérita- « ble (i). »
Jean de Salisbury, qui, incontestablement^ a puisé à des sources aujourd^ui fermées pour nous, rapporte que « Mercure, le plus « habile des magiciens , avait trouvé le secret (( de fasciner la vue des hommes , au point de (( rendre des personnes invisibles , ou plutôt
(i; Saxo. Grammai. Hist. Dan. lib. i. cap. 9.
DES SCIENCES OCCULTES. 3l5
« de les faire paraître sous la forme d'êtres Ai d'une espèce différente (i). »
Poiïiponius Mêla attribue aux druidesses de l'île de Séna l'art de se transformer, quand elles le voulaient , en animaux (2) ; et Solin (3) croit pouvoir expliquer par dès apparitions trompeuses ^ les prestiges qu'opérait Circé.
Eustathius entre dans des détails importans. Protée, dans Homère, ^e transforme en un feu désforant ; cela , dit le commentateur (4), ne doit se prendre que dans le sens à! apparition j c^est ainsi que Protée devient dragon , lion ou sanglier ; il apparaît, il ne devient pas. Protée était \m faiseur de prodiges ( Terasios ) , très-savant , trèssouple et très-adroit , et versé dans les secrets de la philosophie égyptienne. Après avoir cité Mercure , et d'autres êtres qui appartiennent aussi à la mythologie , et qui , par une métamorphose apparente , passaient
(0 Joan, Salisb. Policr. lib. i. cap. g.
{1) Pompon. Mêla. lib. m. cap. 6.
('3) Solin. cap. 8.
(4) Eustath. inHomer, Od/ss. lib. iv. vers /\\']-^iS^.
3l6 DES SGIt;«CES OCCULTEl^.
comnvo Protée d'une forme à une autre ; « dans le même art; coûtihu^ ËtiatathiUs , (c on a admiré Graûslttiâne : Hfm^iùt appa- (0 paître des feux qui semblaiétit sortir de lui « et jouir d'un mouVement quiîleur était pro- « pre ; il mettait en œuvre d'autres apparia « tiàns pour forcer les hommes à lui con- « fesser leurs pensées. Tels furent encore « Xénophon^ Soymnos, Philippide^ Héra- « clide et Nymphodore , qui se jouaient dos « hommes en leur inspirant de l'effroi. »
Atbénée^i), parle dans les mêmes termes, de Cràtisthène. et de Xénophbn qm faisait apparaître du feu y et <le Nymphodore, tous trois habiles & décevoir les hommes por des prestiges, et à les épouvanter par des apparition^. '-
Qu'étaient ces apparitions ? le sens du mot n'est pas équivoque / puisque le cdmmentatpur se propose de prouver que l'on doit considérer comme des apparitions, lès prétendues métamorphoses de. Protée : il fallait donc que les prestigiateurs^ parussent revêtir
(1} jâthenae. Deipnosoph. lib. i. cap. i4'
DES SCIENCES OCCULTES. Sl^
eux-mêmes Ifes formes dotit ils efïrayaient les spect&teuï*9.
Observez qu'en assurant qu'ils possédaient ce talent^ Eustathius ni Athénée ne nous montrent^ dans Cratistbène^ ou Xénophon, des hommes doués d^un pouvoir surnaturel t Pun et l'autre, et Protée lui-même , ne sont que d'habilesyixweMr^ de prestiges.
En d'autres temps et sur un autre hémisphère, nous retrouvons un prestige semblable. Joseph Acosta , qui résida long-temps au Pérou dans la seconde moitié du XVI* siècle, assure qu'il y existait encore à cette époque , des( sorciers qui savaient* prendre telle forme quHls voulaient. Il raconte qu^au Mexique , le chef d'une . cité , mandé par le prédécesseur de Montézuma, se transforma, aux yeux des hommes envoyés successivement pour le saisir i)i en a^le, en tigre, en immense serpent. Il céda enfin, et se laissa conduire vers l'empereur , qui sur-le-champ lui fit donner la mort (i). 11 n'était plus dans
(i) Joseph Acosta. Histoire naturelle des Indes ^ etc. feuillets a5i et 358- 35v.
3l8 DES SCIENCES OCCULTES.
sa maison ; il n'était plus sur son théâtre ; il n'avait plus de prestiges à employer pour défendre sa vie.
Dans un écrit publié en 1702, l'évéque de Chiapa (province de Guatemala), attribuait le même pouvoir aux Naguals^ prêtres nationaux, qui s'étudiaient à ramener à la religion de leurs ancêtres , les enfans que le gouvernement faisait élever dans la pratique du christianisme. Âpres quelques cérémonies , à l'iïistant où l'enfant qu'il endoctrinait venait l'embi'asser, le NagiuU prenait tout-à-coup un aspect effroyable, et sous la forme d'un lion ou d'un tigre semblait enchaîné au jeune néophite (i).
Observons que ces miracles , comme les prestiges de l'enchanteur mexicain, s'opéraient dans un endroit choisi et désigné d'avance. Les uns et les autres ne prouvent donc qu'une puissance purement locale; ils indiquent l'existence d'une machine; mais ils n'en font pas deviner les ressorts .
Le feu dont, à l'exemple de Protée, s'entou-
(i) Recueil de voyages et de mémoires, publié par la Société de géographie, tom. ii. pag. 182.
DES SCIENCES OCCULTES. Sig
raient Cratisthéne et Xénophon, et peut-être aussi les autres prestigiateurs, ne leur servaitil pointa cacher quelque autre opération? Les anciens, on le sait, ont souvent cru voir, dans les émanations d'un corps enflammé , des objets d'une forme déterminée. Au moyen de vapeurs dégagées par le feu , les théurgistes faisaient apparaître en l'air les images des Dieux (i) : Porphyre recommande ce secret ; lamblique en réprouve l'usage ; mais il en avoue l'existence , et convient qu'il est digne de l'attention d'un contemplateur de la vérité. Le théurgiste Maximus usa sans doute d'un secret analogue quand , au milieu de la fumée de l'encens qu'il brûlait devant la statue d'Hécate, on vit la statue rire d'une manière si prononcée que tous les spectateurs furent saisis d'effroi (i).
De telles illusions, en supposant qu'elles aient eu jamais quelque chose de réel, ont pu être mises en œuvre par le prestigiateur qui d'abord s'environnait de flammes. Mais nous ne donnerons aucune suite à des rapproche-
(i) Icunblich. de Mysteriis. cap. xxix.
\i) Eimap. in Maximo,
mens si douteux; nous ne tenterons point d'expliquer ce que nous ne pouvons regarder comnae croyable. Nous avpns dû seulement appeler la réflexion sur des récits qui placent le même miracle dans tant de lieux dif]férens : ils prouvent au moins qu'en employant la science ou la supercherie ^ les Thaumaturges avaient poussé loin IV^^ (T abuser les jreux^ assez loin même pour que l'on conçût de leur puissance une idée exagérée ou plutôt insensée.
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