‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles;Chapitre 39 sur 43 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Secrets pour se préserver de latteinte du feu , employés pour opérer des merveilles dans les initiatioiis et dans les cérémonies du culte 5 ils servaient aussi à braver impunément les épreuves par le feu j ils furent connus en Asie et en Italie , et mis en usage dans le Bas-Empire , et jusqu'à nos jours en Europe. Procédé pour rendre le bois incombustible.

Elle naquit aussi dans les temples , elle fut long-temps avant d'en sortir, et elle ne nous est pas entièrement révélée , la connaissance de ces substances énergiques qui , agissant à l'extérieur du corps organisé , donnent à l'homme le privilège d'affronter la flamme , l'eau bouillante , le fer rouge et les métaux fondus. La seule approche du feu est si ef-

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frayante^y son atteinte est si douloureuse, que là menr^lle de s'y soustraire dut, sous phis d'une forme , se reproduire pour seconder les desseins du Thaumaturge.

i*". L'aspirant à l'initiation en faisait probablement Texpérience à son insu. Il serait absiArde de croire que , dans les mystères, toutes les épreuves se passaient en illusions et en es^ camotage ; et répreuve du feu moins qu'une autre*

Les Tatars ont long-temps observé la cou* tume de faire passer entre deux bûchers allumés, pour le purger des influences malignes qu'il pouvait apporter, tout étranger qui approchait de leur hord e , un ambassadeur ou un roi comme un simple voyageur (i).

Que l'on resserre l'intervalle ménagé entre ces deux bûchers, la purification devient une épreuve , une torture , un supplice mortel.

Rendons aux initiations une cérémonie qui leur a sans doute été empruntée : le prêtre y trouvera le pouvoir de faire disparatere dans

(i) Abel Reniusat.^^i}ioire sur les relations politiques des rois de France at^ec les empereurs Mongols, ,»* Journal asiatique, tom. I. pag. i35.

34o. DES SCIENCES OCCULTES.

les flammes, les imprudens qui se mettent à sa discrétion après l'avoir offensé, ou après avoir excité sa défiance sur leur bonne foi et leurs intentions secrettes.

Dans les initiations les plus anciennes , le feu jouait un rôle important : témoins les épreuves effrayantes que subit en ce genre Zoroastre, avant de commencer sa mission prophétique (i).

Dans les préparations à J'initiation,on comptait un ou plusieurs bains composés par les prêtres. Est-il difficile de supposer que ces bains communiquaient à l'aspirant une inrcombustibilité rxiomentaiiéellS»n le soumettant ensuite à l'épreuve du feu, on s'assurait de Sdi Jbiy si on lui avait persuadé qu'il était garanti de tout mal par sa confiance dans la divinité ; ou de son intrépidité , si cette persuasion ne le dominait pas. Sorti triomphant de l'épreuve, on pouvait compter sur son enthousiasme ou sur son courage ; on pouvait compter qu'au besoin, il braverait des dangers semblables , certain de s'en garantir, soit par le secret préservateur lorsqu'il était digne de

(i) yie de Zoroastre. Zenda'vesta. tom. i« n* partie, pag. 34*

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le connaître , soit par la confiance religiense sans laquelle ce secret même était censé perdre son efficacité.

:i^. Ce n'était pas seulement dans le spec-^ tacle des initiations que l'on frappait les esprits d'une admiration sainte , en montrant les favoris du ciel revêtus de cette merveilleuse invulnérabilité : le miracle fut souvent rendu public , tant on était sûr de son succès.

Les escamoteurs modernes paraissent mâcher des étoupes enflammées sans en être incommodés ; et nous ne les regardons pas :

le syrien Eunus^ qui renouvela en Sicile le soulèvement des esclaves (i), et Barcochébas, qui fut le chef des Juifs dans leur dernière révolte contre Adrien (2), paraissaient tous deux vomir des flammes en parlant ; et cette merveille faisait croire à la réalité de l'inspiration céleste , qu'en appelant des infortunés -à la liberté, l'un prétendait avoir reçue de la

(i) Florus. lîb. III. cap. 19. L'historien croit expliquer la manière dont £unu8 opérait cette merveille; mais le procédé qu'il indique est à peu près impraticable. Nous en conclurons qu*£unus , comme tant d'autres , recourait â des al-^ légations mensongères, pour mieux cacher son secret.

(u) S. Hiéronjrm. Apologetic, n. advr. liufin,.

34^ ]»BS «CI£N(^8 OCCULTES*

déesse de Syrie ^ l'autre du tout-puAsaiit <fie8

Les prétresses deJ)hneParasjr>Ay en Cappadoce^ ne s'jfttiraient pas moins de vénération ^n mardiant pieds nus sur deis charbons em^ Ixraaés (i). Les Hirpi, membres d'an petit DOBod^re tk familles établies «sur le territoire des &lisques{:2)^ rebourelaient chaque année le même miracle, dai» le temple d'Apollon sur le mont Soracte : leur incombustièilité béréditaire leur méritait l'exemption du service militaire et de plusieurs autres charges publiques. Varron (3) l'attribuait à l'efficacité d'uâe drogue dont ils avaient soin d'oindi^ la plante de leurs pieds.

Ainsi) pour pénétrer dans un sanctuaire, le héros d'un conte oriental (4) traverse une eau qui bout sans le secours du feu ( une source d'eau thermale et gazeuse), et marche sur des lames d'acier rouges et brûlantes. « . Une pom-

(i ) Strabo. lib. xii.

(a) Plin, Hist, nat, lib. vii. cap. a. Solin. cap. viii,

(3) « Ut soient ffirpini gui amhuÏAtuii per ignem, medi-

« camento plantas tingunt Varro. apud Serviiun

in VirgU. Aeneid. lib. xi. vers 787-788.

(4) Lei mille et un Jours, ccccxci» jour.

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made jontUis'est fn^&le oorp» l'a mis èti état d'âffirdntcr impUnémei^ ces denx épretnires.

. . 3^. On fit dta même secret un usage plus populaire^.êt plus paropte encore à** augmenter le pDuyoir sacerdotaL

JDaos tous ks pays^ rhoimne inhaMIe k dissiper l'erreur ^ k confondre le mensonge^ a d$i»àndé hardiment au del un miracle qui déroUàt le crime et proclamât rinnocence ; laissant ainsi 5 au gré des interprètes du ciel y ime expérience de physique ^ nn hasard aveu* gle, une supercherie honteuse, décider de l'honneur et de la yie de ses semblaMes^ L'épreuve du feu est, de toutes, la plus ancienne 0t la plus répandue ; el)e a fait le tour de la. terre. Dans. l'Hindoustan, son antiquité re* monte au règne des dieux « Sitah^ épouse de Ram (vr incarnation de Wishnou), s'y soumit et monta sur un fer rouge pour se purger dessoupçons injurieux de son époux^ «Le pied de SUahy disent les historiens, étant enveloppé^ dans l'innocence, la chaleur dévorante fut pour elle un lit de roses. » (i)

(1) Forster. f^oyage du Bengale à Pétersàourg* tom. tv. pag. 267-268.

344 ^^ SCISNCES OCCULTES.

ÇettQ épreuve se pratique ena>re de plusieurs manières chez les Hindous* Un témoin, digne de foi ^ y vit soumettre deux accusés ; Fuii porta sans se brûler une boute de fer rouge ) l'autre succomba à Fépreuve de Fhuile bouillante (i); mais nous observerons que celui-ci avait pour accusateur un brame ^ et que toutes les ordalies hindoues s'exécutent sous rinfluence de la religion et des prêtres.

Le mystère de leur succès n'est pas au reste très-difficile à percer. Le même témoin (a) eut connaissance d'une préparation dont les Pandits hindous possèdent le secret ^ et dont il suffit de se frotter les mains pour pouvoir toucher un fer rouge sans se brûler. Il est aisé aux Pandits de rendre un bon office à l'accusé qu'ils protègent, puisque «^ avant qu'il subisse l'épreuve , ils doivent placer et attacher sur ses mains diverses substances, et particulièrement quatorze feuilles d'arbres (3).

Le voyageur mahométan qui, au ix* sîèdi'e.

(i) Mecherches asiatiques, tom. r. pag. 47S-4S3. (a) Ibid. pag. 43a.

(3) Iln'd, pag. 477-479

visita l'Hindoustân, y vit pratiquer l'épreuve du fou de la manière dont la décrit l'observateur anglais. L'épréUvé de l'eau bouillante y était aussi en usage ; un homme qu'on y soumit devant lui, retira de l'eau sa main saine et entière.

Pressé de confondre ses calomniateurs. Zoroastre se laissa verser sur le corps de l'airain fondu, et n'en reçut aucun mal (i). Avait-il employé un préservatif analogue à celui dont usent les P audits hxnàoxx^l son biographe ne le dît pas ; mais, avant de le soumettre à cette terrible épreuve , ses adversaires le frottèrent de diverses drogues (2) : ri'étàit-ce pas évidemment pour détruire l'effet des linimens salutaires dont ils soupçonnaient qu'il avait su se prémunir ?

L'épreuve du feu et le secret de s'y exposer impunément furent connus très-anciennement en Grèce : « Nous sommes prêts à manier le « fer brûlant et à marcher à travers les flam-

(i) Anciennes relations des Indes et de la Chine, tiad. par Renaudot. pag. 37-88.

(a) Vie de Zoroastre Zenda-westa, tom. i. partie u«. pages. 3a- 33

346 0B8 S<2mNGBS OGGITtTE^.

» mes ^ pour prouve^ notre innocence, » s'écrient^ dans Sophocle (i)^ les Thébains soup^ çônnés d'avoir farvorisé FenlèToment du corps de Polynice*

A la chute du Polythéisme survécurent et l'épreuve et le secret. Pachymère {2) assure qu'il a vu plusieurs accusés prouver leur innocence en maniant un fer rôuge sans en être incommodés. A I)idymothèque (3) , une femme reçoit de son mari l'ordre de se purger, en subissant la même épreuve, de soupçons très-violens qu'il a conçus contre elle. Les soupçons étaient fondés ; la femme le confesse à l'évêquede la ville : par son con-^ seil , elle prend le fer rouge , le porte en faisant trois fois le tour d'une chaise ; puis , au commandement de son mari , elle le dépose sur la chaise qui prend feu aussitôt. L'époux

ne doute plus de la fidélité de sa femme

Cantacuzène rapporte le fait comme un miracle, et nous comme une preuve de

(i) Sophocl. Antigon. vers 274.

{ql) Pachym. lib. i. cap. i).

(3) Vers l*an iS^o de notre ère. Cantacuten. lib. m cap. 27.

la sage indulgence et de I^nstruction du fXHitife.

En io65) des moines angeTins^ dans un procès , produisirent pour témoin un vieillard qui , au milieu de la grande église d'Angers , subit l'épreuve de l'eau bouillante : du fond de la chaudière , où l'on avait , au dil*e des moines , fait chauffer l'eau plus qu'à l'ordinaire , il confirma son témoignage , et sortit sans avoir éprouvé aucun mal.

Deux cents ans plus tard, Albert- le-

Graftd (i) indiquait deux procédés propres à donner au corps de l'homme une incombustibiUté passagère. Un écrivain du XVI' siècle (3) prétend qu'il suffit de se laver les mains dans l'urine ou l'eau de lessive , puis de les tremper dans l'eau fraîche , pour pouvoir ensuite laisser couler dessus du plomb fondu , sans en être incommodé. Il affirme , ce dont on peut douter, qu'il en a lui-même fait l'expérience.

Des charlatans qui plongent devant nous

{i) Alberio De mirabilibus mundi.

(a) £. Taboureau. Des Jhux sorciers.

348 DES SGISHCBS OCCULTES.

leurs mains dans du plomb fonda , peuvent déceyoir nos yeux en substituant au plomb une composition de même couleur^ qui se liquéfie à une chaleur trèsHOiodérée : tel est le métalfusible de Darcet. La science ^ s'il le Êillait, composerait bientàt., je crois^ un mét/td Jusible qui ressemUerait extérieurement au cuivre ou au bronze. Elle enseigne aussi les moyens de donner les apparences de l'ébuUition à un liquide médiocrement échauffe. Mais les épreuves judiciaires ou religieuses n'ont pas toujours été dirigées par des hommes disposés à favoriser la supercherie. La supercherie d'ailleurs n'est pas facile k concevoir dans l'épreuve du fer rouge. Et toutefois, le. secret de braver cette épreuve est aussi répandu que son usage. On l'a retrouvé dans les deux parties de l'Afrique. Chez les Cafres, chez les peuples de Loango , les voyar geurs portugais ont vu des accusés se justifier en maniant du fer rouge. Chez les lo* loffs(i), si un homme nie le crime qu'on

(i) G. Mollien. Fojrage dans l'intérieur de l'Afrique, aux sources du Sénégal et de la Gambie, tom. t. pag. io5»

lui impute, on lui applique sur la langue un fer rouge. Il est déclaré coupable ou innocent selon qu'il se montre ou non sensible à l'atteinte du feu ; et tous les accusés ne sont pas condamnés.

Comment donc ce secret n'est-il pas encore parfaitement connu des savans Européens; quoique nous ayons des communications intimes avec l'Hindoustan , où il existe certainement; quoique, de nos jours , des hommes incombustibles aient soumis leurs expériences à l'examen de ce que la France possède de plus éclairé , avec autant d'assurance qu'ils s'exposaient à la curiosité publique ?

Notre incertitude sur ce point est d'autant plus remarquable, que nous connaissons beaucoup mieux les moyens dont se servaient les anciens pour mettre des substances inanimées à l'abri des atteintes du feu. L'art de filer et de tisser l'amiante était poussé par eux assez loin , pour avoir souvent étonné, par des miracles, les regards de l'ignorance. Ils savaient aussi que le bois enduit d'alun refuse long-temps de s'enflammer: telle était la tour de bois élevée dans le Pî-

35o BES SCIENCES OCCULTES.

réa par Arcbélaàs, et que Sylla tenta isaiiie* ment d'embraser (i). La tour de bois de Lariœ à laquelle César ae put mettre le feu (2) ^ était ^préservée ^ par quelque enduit analogue, de l'atteinte de la flamme : nous ne connaissons point de bois incombustible , et le larix ou mélèse ne jouit pas plus qu'un autre , de cette rare qualité* L'opinion qui la lui attribuait servait donc à cacher , sous un prodige imaginaire , ua secret réel , dont on voulait se réserver la possession exclusive.

(i) A. Claud, ifuadrigar. AtmaL, lib. xix. apud. A. Gêll, lib. XY. cap. I.

(a) Vitruv, de Architect. lib. u. cap. 9.

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