‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles;Chapitre 40 sur 43 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

Seorets pour agir sur les sens des animaux. Exemples moçlernes et anciens. Pouvoir de Tharmoaie 5 pom Toir des bonç traitemensj crocodiles et serpens apprivoisés ] reptiles dont on détruit ou dont on épuise le venin. Psylles anciens : la faculté qu'ils avaient de braver la morsure des serpens , mise hors de doute par des expériences récentes , fréquemment répétées e'n Egypte 5 cette faculté tient à des émanations odoramtes qui affectent les sens des reptiles et échappent auic. sens da Vhomjne.

Presque aussi terribles que le feu , et souvent plu^ difficiles à éviter , les reptiles ve<nimeuX) les animaux féroces perdront -ils le pouvoir de nuire ^ dès que l'ordonnera l'homme doué d'une science surnaturelle 7

Les récits des anciens sur ce sujet ont toujours révolté l'incrédulité des modernes.

L'histoire d'Orphée passa pour une allégorie gracieuse ; et ce n'était que des escamoteurs, ces hommes qui, dans le spectacle des initiations, maniaient impunément des serpens, ces Ménades qui se jouaient avec des tigres et des panthères.

On ne nie point cependant qu'il n'existe des moyens occultes d'agir sur les animaux soustraits à notre empire par leur indépendance naturelle. L'odeur de la cataire et celle du marum , surtout dans les pays chauds , exercent sur l'odorat des chats une action si énergique qu'elle paraîtra merveilleuse à l'homme qui, pour la première fois, en observera les effets : on en tirerait aisément parti pour attirer à soi l'animal qu'elle affecte. Si l'on en croit les observateurs anciens, l'éléphant aime les odeurs suaves, celle des fleurs, celle des parfums (i); et les chèvres du Caucase , vivement flattées du parfum du cinnamomum , suivent avec empressement la main qui leur en présente (2).

Aujourd'hui , à Londres , quelques hommes

il) Aelian, de nat, anùnalAîh, i.cap. 3 .

(a) Philostrat vit, Apollon, lib. m. cap. i.

DBS SGIBNY:ES 0GGUI.TE9. 353

> possèdent l'art de faire sortir des souris de

leurs trous^ en plein jour , etde les contraindre h entrer dans une souricière ; le charme consiste à enduire sa main d'huile de cumin ou d?hùilé d'anis^ et à en frotter quelques brins de paille que l'on introduit dans la souridère (i). Oïn a "VU, dans le siècle dernier, un homme marcher couvert d'un essaim d'abeilles qui , répandues sur ses ndains et sur sa figure, sem-^ blaient avoir oublié leurs ailes et leurs aiguillons. Il est probable que son secret se rap*proehait de celui que nous venons d'iûdiquer.

« Gonime on avait làchésur Thècle d'au*- « très bétes redoutables, toutes les f^inmes K ayant jeté sur elle , l'une du nard , l'autre «de lacassia, celle-ci des aromates^, celle-là « de l'huile parfumée, les botes furent comme «; accaUées de sommeil ; elles ne touchèrent << point Thèclei^. » (2). Ce récit ^ emprunté à un. écrit qui date des premiers temps du christiabistae. , . a probablement pour base quelque fait réel ; et l'usage des odeurs pé-

(i) Bibliothèque 'universelle. Sciences^ tom. iv, pa^, 263. (3) Actes de Thècle et de Paul , apâtre»

354; Dcs âcifiHcBs odovlrt^:

nétrstnté» a pu sauver quelquefois éeà mal*-' heureux ^ eondaitinés à assouvir la faim d'ani* .maux carnassiers. Pour rester sans crainte au milieu d'eux ^ il suffisait , dit-on^ de se frotter le corps de graisse d'éléphant (i) : l'odeur aussi pénétrante que fétide propre au ca^ -davre de c<e grand quadrupède ^ mnd fer chose moins incroyable. Un secret analogue motivait sans doute la sécurité du jongleài!

que l'on voyait, dit TertuUîen (s), exposer en public des bétes féroces dont il défiait et -évitait leiK morsures av^o une habileté mei^ veilleuse. Firraus, qui revêtit un moment ià pourpre impériale à Alexandrie , nageait impunément au milieu des crocodiles; on ^uppas^ ^qu'ii devait cet avantage à l'odeulr de la graisse de crocodiles dont il se frottait le corps (3). Les prêtres mexicains se (4) frottaient également d'une pommade à laquelle ils attribuaient des vertus magiquôè ; et ils iehrai^nt de niiit , dans les lieux déserts., ^ans redouter les bêtes féroces , que l'odeiir de

{i) jâelian. De nat, animal, lib, i. cap. 37. (a) Tertullian. Apologetic. cap. 16.

(3) yoipié. in JFïrmOi

(4) Voyez ci-après, cbap. xtiii.

DES JSGIE^BTCESr OCCULTES. 355

cette onction suffisait pour éloigner. Il existe encore <, pour se faire suivre ^ sans danger^ d'a^iiimattx d'ailleurs redoutables ^ untnoye^ pi*^tîqilé comiâuiràmeiit par les homme» £[ui fapt profeâiûdn de d'étouruer les clûeâs pour les livrer ^lïxaiiatomistes^ et quelquefois par par \e$ dbassleui^s qui veuleBt attirer les loups dans UA piège* Il œnsistè à frapper les sen^ du mâle ,, par - les 4nia nations què\, dans 1» saison duii^ùt, exhale la femelle. Il a été ini* diqué av6c détail par Pécrivain 4e plus oariginal et le plus philosophe du seizième ^^ <M (0* CraKen (a) enarait fait mention : mail» i} 4^it oonuiï long-temps avant ce médecin célèbre» Osins le temple de Jupitek», k01ynipie< on montrait un cheval dé bronze k l^aspect duquel les chevaux .entiers éprouvaient les plus violons démrs. 'En disant que ^^ dans la fonte de la statue , un magicien avait versé de Vhippomanès ^ Elien et Pausanias (3) nous donnent le secret du miracle. Toutes les fois

. Vj ir V

(l) Aabelais. Hist. de Gargantua et de Pantagruel. lir« i .

cbap, aa* (a) Galen. Mb. i, AphorUm. aa. " ' i

(3) Pausanias, Eliac. lib. i. cap. a7. Plm* BiitUin^. Hl».

xxvin. cap. i.Aelian. De nat. anim. lib. xir» oèp.i^.

qu'on le voulait, opérer , on enduisait convenablement le bronze ^tuppomanès liquide, ou d'une. drogué qui en exhalait l'odeur (i).

Un artifice semblable attirait les taureaux vers la génisse d'airain , chef-d'œuvre de Myron : comme il n'est pas probaUe que ces animaux fussent sensiUes à 'la beauté de la sculpture., une représentation moins parfaite, mais disposée de méme^ aurait également déçu leurè dé^rs.

Le même secret indiqué peut-être Tori-^ gine du charme qui entraînait , dit-on , a la suite d'un mortel favorisé des Dieux , les lions et les tigres dépouillés de leur férocité. Plus généralement , on a attribué ce miracle^ au pouvoir de la musique. Platon assuré que le diant et la mélodie adoucissent les animaux sauvages , apprivoisent les reptiles (2). On

( t ) (« L'hippomanès est une plante qui croit en Arcadie ; ^ par elle les jeunes coursiers et les promptes cavales sont <c livrés à des désirs furieux. » {Theocrit, EidjrU. n. vers 4^ 49. ) JuniusPhilargyrus (in Géorgie, lib. 111. vers aSo ) borne Feffet de cette plante aux cavales qui en mangeaient. Pent- •étre", néanmoins, Fodeur qu'exhalait ce végétal était-elle le principe de ses propriétés ; et l'on pouvait s'en servir pour opérer .la raefVeillê que nous discutons.

(a) Plato. de Rep. lib. n. '

i>£S SCIENCES OGGI^LTES. 367

selrait tenté de croire qu'eti cette occasion encore ) le philosophe s'est laissé dominer par la vivacité peu philosophique de son imagination : il n'a fait que répéter une opinion reçue , et fondée , disait-on , sur des observation!». Le charme de Ja musique consolait les éléphans tombés au pouvoir de Phonnne ^ de leur .captivité ; dans la domesticité ^ il suffisait pour les dresser à exécuter des môuve* mens qaesurés et cadencés (i). La mumque trouvait, en Libye , les cavales sauvages assez sensibles, pour qu'elle devint un moyen de les apprivoiser (3). Quelques poissons méoae n'étaient pas à l'abri de son* pouvoir;

il en rendait la capture plus facile (3)

Les modernes, moins disposés à croire, sont pourtant forcés de reconnaître l'action qu'exerce la musique sur les tortues et les araignées : son influence sur les éléphans a été récemment constatée sous nos yeux. Un voyageur à vu avec surprise , de pesans hip-* popotames , réjouis parle bruit mesuré d'une'

(i) ^elian^ De nat» animal, lib. xii. cap. 44* ^' '^^* ''* cap. n.

(1^ Aelian. De nat» animal, lib. xii, cap. 44* (3) Aelian. De nat. animal, lib. vk eap. 5i-3u^

358 DBS. SCIENCES «COULTES^

marche guerrière^ suivre, à la nage, des tambours le long d'un fleuve (i). Les^ grands lézards et les iguanes sont susceptibles de sen« sations. encore plus tprononcées : rni chant ^ un sifflement doux et mesure a suffi plus d'une fois pour les ari^èter jusque sous la main du :cbasseur (o^).

Les chats que fatiguent ou effrayent des sons trop éclatatns^ sont agréablement affectés par la musique y si l'on proportionne la douceur des modulations à la suséeptibilîté de leurs organes. Les chiens 4 au contraire , paraissent n'en recevoir que des impressions douloureuses. Les sons élevés et perçans leur arrachent des hurlemens prolongés. On gar^ dait, dans un temple <, une lyre qui passait pour être celte d'Orphée : un amateur IV cheta^^ persuadé qii'en la touchant, il vêtirait ^ comme :1e premier possesseur de l'in^ strument, aoeourtr autour de lui les amhiaur charmés par la mélodie. Il en fit l'essai dans

.1) Voyages et décauvertes en Afrique) par Oudnejr, JD^nkam et Clapperton. tom. iXo.p^* 47 • > "

(et) Lacépède. Histoire naturelle des quadrupèdes ovipares^ ait. Iguane — Fo urnier -Pescay • Dictionnaire-, dûs tances médicales, art. Musique.

iin lieu édarté^ et périt H^iiât déchôré par dçs cfaiens saurages (i)'. Ce ne Ait point v. comme le prétend Lucien , : sa présomption 4|iii lui coûta la vie 4 mais soii iipprudeUce ;, aiats l'oubli d'un effet physique cpm nous fappeUa une expériencp journalière^ et qui mettrait en danger les^ joure d^un joueur d'opgu^', si ^ hors de portée de tou^^secours^ il faisait retentir les sons criardsrde son in^ ittrument au milieu d'aune troupe de dogues |)eu apprivoisés.

L^infliuence des sons^^ modulés sur les 'animaux a dû être étudiée autrefois plus c(tt'elle tk l'est aujoixrd'hm ; ses expérieneès 'plus^ variées , leurs résultats plus étendus. Rappe* lonsHfiou» que dans les temples , on cher- •chait , on essa^rait tous les moyens d^opérer des merveilles : et quelle merveille ptes sé^ Nuisante , plus digne de figurer dans la cé<lébration des- mystères dont Orphée avait été l'un des* premiers instituteurs ^ que celle qui réalisait le miracle brillant d'Orphée ?

. (1) Lucien, <t Contre un ignorant c^ui achetait beaucoup

de livres,** OEuvres complettes de Lucien, tom. iv,. pag. 27 j-

36o VB& SCIBNCBS OCClHLtBS*

Nous ignorons jusqu'où peut aller le développement moral des animaux, nous qui dans nos rapports avec eux , demandons tout à la terreur ) à la contrainte , au imalaise , aux supplices : rarement ou jamais ,. cherchons* nous à connaître ce que Pon peut obtenir par la douceur , les caresses , les sensations agréa* blés. Noussemblons, dans la pratique , suivre la bizarre opinion de Descartes : nous traitons les animaux comme s'ils étaient des machines* Des peuples moins éclairés que nous , les traitent comme des êtres sensibles , et non moins susceptibles que les hommes , d'être conduits par les bons traitemens et par le parti que l'on sait tirer de leurs pehchans et de leurs affections. Ce qu'ils ea obtiennent rend croyable ce qu'ont raconté les auteurs anciens d'animaux sauvages , devenus dômes* tiques et même affectionnés. Les cynocé* pbales et les taureaux perdaient, les uns leur amour vagabond de l'indépendance , les au* très , leur naturel farouche et ombrageux ; les lions même et les aigles déposaient leur fierté, et l'échangeaient contre un attachement soumis pour l'homme dont ils recevaient

DES SCIENCES OCCULTA. 36 1

led soins (i). Ces oiiraclea s^opéraient le plus souvent dans les temples.

Ce n'est point dans l'Europe civilisée que l'emploi des pigeons messagers a pris nais^ sance : telle est en Orient son antiquité , cpe les écrivains nationaux ajfHrment qu'il était usité dans la Pentapole de Palestine. Deux mois suffissent aux Arabes , pour une éduca* tion à laquelle lés mauvais traitemens n'avaient 2(jacune part; et les pigeons étaient si bien dressés, que, suivant là direction dans laquelle on les lâchait , ils portaient des messages dans trois endroits différens (2).

Proposez à un Européen d'apprivoiser un crocodile : s'il l'entreprend , il emploiera la faim , la privation de sommeil ; il affaiblira l'animal au point de le rendre , sinon docile , au moins incapable de résistance . Laing (3) a vu chez le roi des Soulimas, un crocodile privé, et aussi docile que le pourrait être

(i) Aelian, De nat, animal, lib. ii. cap, ^o, v. 39. vi. 10. 4* XII. qS.

(a) La colombe messetgère, etc. traduit de l'Arabe par Sylvestre de Sacy. (in-S». Paris i8o5)) pag. 36-58 et 74*

(3) Laing. Foyage dans le Timannij le Kouranko^tleSoiAlimana. pag. 353.

363 DES SCIBNCBS QOGULTBSJ

un chien : maôs encore , cet animal était captif, renfermé dans un bassin , dans l'intérieur da palais ; n'aurait-il pas repris , avec la liberté ^ sa férocité naturelle ? Je répondrai à cette question par le récit d'un missionnaire an-^ glais (i). Dans l'ile de Sumatra^ en i8a3^ à l'embouchure de la rivière de Beaujang<, s'était établi un crocodile d'une grande taille ; il en avait chassé les autres crocodiles^ et dévorait tous ceux qui se hasardaient à y reparaître « Les habitans lui rendaient un culte divin , et lui apportaient , avec respect , des alimensi. (( Passez , disaient-ils à l'Européen qui crai- M gnait d'approcher de l'animal; passez, notre (( Dieu est clément. » Celui-ci regarda , en effet, paisiblement le bateau du missionnaire,^ sans donner de signes de crainte, de colère, ni d'envie d'attaquer. Ce fait nous rappelle les crocodiles sacrés qu'adorait la peuple d'un nome d'Egypte. Cela est- il vrai, disionsnous ; cela est-il possible ? Les prêtres euxmêmes ne risquaient-ils pas , chaque jour, de

( t ) Johu Anderson « Mission â la côte orientale de Sumatra^ dans 1^ an iSd3. Nouvelles Annales des voyages, tome xxx:.

DE6 SCIENCES OGCVIiTESè 363

devenir la proie de leur divinité ^ d'un animal féroce et stupide , redoutable sur la terre ^ et dans l'eau encore plus redoutable 7. .• Loin de là ,, nous voyons avec quelle facilité ils pouvaient apprivoiser l'animal divinisé. Rassuré ainsi ^ par une longue ej^périence , contre la crainte des agressions de l'homme et l'inquiétude du besoin , le crocodile devait perdre son instinct malfaisant ; et il y avait probable* ment peu d'exagération dans ce que disait ^ du crocodile sacré, un disciple des prêtres Egyptiens : « Le soukhos est juste, c^r il ne tt:fait jamais de mal à aucun animal (i). » '

L'agilité des mouvemens du serpent , 1^ force énorme de quelques-uns de ces reptiles, la difficulté de distinguer au premier Coupd'orîl ceux dont la morsure n'est pas empoisonnée , en voilà assez pour expliquer la crainte et l'horreur que les serpens inspirent',

(i) Damasc. Isidori, Fit. apud Photium, Biblioth. cod. 349.. . Soukh'OS : ce nom peut dériver de e-Msooh, nom coptethébain du crocodile, suivant Mr GhampolHon (Bulletin des sciences, tom. vu. pag. 297), Suivant .M. Geoffroy-filt- Hilaire, il désigne une variété de l'espèce du crocodile : le soukhos était rarement redoutable pour les hommes ; et sonapparition aniion(!ait aux Egyptiens le commencement de la crue du Nil.

et l'idée d'un pouvoir surnaturel attachée au talent de les braver , de les réduire k l'impuissance. Aussi le biographe de Pythagore ^ attentif à exalter sou héros ^ nous fait^il admirer le philosophe ^ exerçant sur les ani«^ maux un pouvoir égal à celui d'Orphée, ^t maniant impunément des serpens très^^iangereux pour tout autre que lui (i). Les jongleurs qui donnaient en public un spectacle semblable, profitaient de l'effroi qu'il leur était facile d'inspirer , pour rançonner les curieux ; ce singulier genre d'escroquerie se répéta assez souvent pour attirer sur ses auteurs l'animadversion des lois (2).

On compte, toutefois, un grand nombre d'espèces de serpens dont la morsure ne porte avec elle aucun venin , et dont le caractère familier permet aisément de les apprivoiser.

Tels étaient sans doute les serpens monstrueux , mais incapables de nuire , que l'on

(i) lamblich* in Fit. Pythag. cap. xiv et cap. xviii.

[q) «c J[n circulatores qui serpentes circumferunt et propoft'iiunty si cuiy ob eorum metimiy damniun dati/bi est^ pyo « modo admissi actio dabitur. m JDigest, lib* xlyiz. tit. xi^ ♦ xi.

DES SCieNCBS OCCULTES. 365

admirait dans plusieurs temples anciens (i) ; et le serpent de quinze pieds de long qu'avait apprivoisé Ajax , fils d'CMlée (2) , et qui le suivait comme un diien fidèle ; et l'énorme reptile que prirent vivant les soldats de Ptolémée Aulétés (3), et qui devint bientôt aussi doux qu'un animal domestique. On a vu mille feSs en Europe , des couleuvres privées, parfaitement dociles et caressantes. On montra au voyageur Laing , dans le Timanni (4) un serpent qui^ à Tordre d'un miusiden , accourait, se roulait , se courbait , sautait , aussi obéissant , aussi adroit que les animaux les niièux dressés. Parmi les nègres de la i&uyane hollandaise , on voit, des femmes qui font le mé» tter dedeviile^essés : une des preuves de leur talent surnaturel est de* faire descendre d'Un arbre, et d'apprivoiser, rien qu'en lui pat^' lant , le serpent papa oq amniodtte^ reptile'

(^i) Jlelian, De natf aninnUAih, xiii. cap. 3(j. xv... 3ai* XVI 39.

(2) Philostràt, in Héroïc

(3) Tzetzès, Chiliad, m. n. ii3.

(4) Laing. Voya^ dans le Timanni, U Kouranko, etc. pag. 041-24».

366 DBS SCiBNCBS OOeULTVS.

d^une dimension asaex . fotte \ maïs, qUt . a'â$l îaaials dangereux (i). ! -

. U est peu de cioûtes plus cototaUDS que cetuiK de gémes revêtus de la forme de sep- {>en$, et<3Qtnmis à la garde 4e trésors souterrains : cette croyance e$t encore pc^ubird en Sret9gne«) dan3 le district de LeaDe;ven{a). Elle est.géhéraladan^ THindonstan ; et là du moins elle pi^tit n'être pas toujours dénuée de^ fondement. : Y oîoi ce que raconte Forbes. y observateur anglais^ ^ que Toii cite généralement avec confiance^ Dans un village idé l'Hi»^ dou^tan 1^ .un* caveau , placé soos une tour .^ rénfermiuit^ di^it-oui, un trésOr gardé pwt uû génie,, 9QUA Id forme de. serpent ^:Guidé par; T-ouvrier même <|ui aviaît consti^uit le (m^. veau , Forbes le £p&t ouvrir rà une profoAr; deur ^%GaL cQnsidérable i, < il :y découvre iHi éqqrme ^sej^nt , qu'il coi^pare ^, pOuir la:

grosseur, à un câble de vaisseau. Le reptile, se déroulant lentement, dresse sa tête vers Fouverture pratiquée dans la partie supérieure..... On se hâte d'y jeter une grande

(i") Stedmann. Voyage à Surinam, toxn/ni. pàg. 64-65. ' (2) Gambry. Voyage dans le département du Finistère. toRi. 3) pag. a5. ^

DK9 SCIENCES 0€C|fLTB»4 36^

quantité de foin enflammé : ie serpent meurt, étouffé. Forbes y trouva son C2(4ayre; mais non pas le trésor; le propriétaire J'ayant sûrement enlevé avant de s'enfuir. ... ( i )• Le Lecteur observe^ra^ comme nous, que laçons^ truction du caveau était peu ancienne : le ser*. peut qii'on y plaça , avait donc atteint déjàune forte dimension ; il était donc bien appri-f voisé f^ bien docile , puisqu'il sy laissa renfer* mer;' il connaissait donc bien sdn maître, puisque celui-ci put enlever ses richesses , sans avoir rien à craindre dé la sentinelle qiû» veillait sur elle», et à laquelle il aurait dû sauver la vie, en lui rendant alors la liberté. . Les serpens les plus dangereux, à l'exception de ceux que leur force rend redoutables, cessent d'être nuisibles, dés qu^on leur a arraché les dents canines , destinées par k nature à verser, dans les plaies qu'ils font , le poison dont elle les a armés. Souvent même il suffit de leur faire mordre, à plusieurs reprises, un niôrceau d'étoffe ou de feutre , et d'épuiser ainsi les réservoirs de la liqueur vénéneuse ,

(i) Forbes. Oriental Mémoirs. The Monthly repertory. tome XXI , {>ag. 3'>7-369.

368 DES SCIENCES OCGUtTES.

pour qile leur atteinte ^ pendant un on phnsieurs jours , n'entraîne aucun danger. Dhik les grandes villes de l'Europe et dans l'iniérielir sauvage de l'Afrique (i), l'un ou l'autre secret est mis en usage par les charlatans qui, aux yeux d'une foule effrayée , bravent , en se jouant , la morsure de reptiles venimeux.

L^un ou l'autre explique la douceur du serpent que virent , dans la Haute Egypte ^ il y a cent ans, deux voyageurs frança» (s), et que la superstkioH présentait, tour4i*-tour, comme un ange , un génie bien£aiiaant , et comme le démon qui étrangla jadis les six premiers époux de l'épouse du jeune Tobie.

Des jongleurs hindous se laissent mordre par des serpens, dit un voyageur (3); et quand la force du poison les a fait eitraor*dioairement enfler, ils se guérissent soudain avec des huiles et des poudres qu'Us vendent ensuite aux spectateurs. L'enflure n'est sûre-

(0 Voyages et découvertes en Afrique f etc., par Oudn^x» Denham et Clapperton. tom. m. pag. 39-40.

(2) Voyage du sieur Paul Lucas en 1699. tofai. i, pag. 7*- ^8. etc. — Voyage du sieur Paul Lucas en 1715. tom. 11. pag. ^S35^.'- Voyage fait en JSgypte^mr le sieur Oranger^ pag. 88-9^.

(3) Terry. EasU Ind. sect, ix.

ment qu'apparente; l'art de combattre un pobon déjà si avancé dans ses progrés, est *

trop merveilleux pour qu'on y croie légèrement : il suffît aux jongleurs de se pré« munir contre le danger des morsures qu'ils affirontent, en forçant d'avance le reptile à épuiser les réservoirs où est renfermé son venin. On ne peut douter qu'ils ne se servent de ce secret, puisque Koempfer (i) l'a vu \^

mettre en usage dans le même pays, par les jongleurs qui dressent jusqu'à un certain point , à l'obéissance , le serpent Nagâ dont le poison est si justement redouté.

Mais que la morsure venimeuse d'un reptile fût sans danger pour certains hommes et mortelle pour tous les autres , on reléguait cette assertion parmi les fables; on interprétait dans le sens allégorique- les passages nombreux où l'écriture parle du pouvoir de charmer les serpens. Les hommes qui ,1 en Chine , aussi hardis que les Psylles anciens, s'exposent à des morsures réellement dangereuses , on ne voulait voir en eux que des charlatans habiles. Vainement les écri-

ff

(i) Koempfer. Amoen, exot. pag. 565 et seq.

370 DBS SCIENCES OCCULTES.

vains latins et grecs assurent-ils que le don de charmer les reptiles venimeux était héréditaii*e dans certaines familles, et depuis un temps immémorial ; qu'en Italie il était le parr tage des Marses, et en Chypre des Ophio^ gènes ^ qui prétendaient tirer leur origine, ceux-<3i d'Une vierge de Phrygie unie à. un dragon sacré , ceux-là de la magicienne Ciircé ; que dam^ l'Hellespont et en Afrique, ces hommes privilégiés formaient une tribu ( i). • • . On invoquait, pour repousser leur témoi*.

gnage , le témoignage de Galien qui dit que, de 3on temps, les Marses ne possédaient aucune recette secrète , que leur talent se bornait à tromper le peuple par l'adresse et la fraude (2) ; et l'on en concluait que la fraude et l'adresse avaient , de même , été mises en œuvre de tout temps. On n'apercevait point que l'assertion du médecin de Pergame est détruite par un trait connu de l'histoire d'Héliogabale : cet empereur (3) fît recueillir des

(1) Plin. Hist. nat, lib. vn. cap. a.— A. GeU, Noct, Attic. lib. IX. cap. 13. et iib. xy. cap. a. Strabo, lib. xiu. Aelian. Dt nat. animal, lib. i. cap. 67. et lib. xii. cap. 3g.

(u) Galion, libr. De theriac. ad Pison.

v^) Lamprid. in Ant, Heliogabal.

serpens par les prêtres Marses^ et les fit jeter dans le cirque ^ à l'instant où Ip peuple y accourait en foule : beaucoup de personnes périrent des morsures de ces reptiles que les Marses avaient impunément bravéefe.

Des voyageurs dignes de foi sont venus enfin ^ et nous ont dit fai vu : Bruce et Hasselquist (i) se sont assurés^ par leurs pro* près yeux, qu'en Egypte, en Arabie et surtout dans le Sennaar, beaucoup d'hommes ont le privilège de braver impunément la morsure des vipères, la piqûre des scorpions, et de frapper ces animaux , retenus dans leurs mains, d'un' douloureux engourdissement.

Pour compléter leur ressemblance avec les Psylles anciens , les modernes assurèrent à Bruce qu'ils naissaient avec cette faculté merveilleuse. D'autres prétendaient la devoir à un mystérieux arrangement de lettres , ou à quelques paroles magiques : ceci se rapproche des anciens chants , propres à charmer

(i) Bruce. Voyage aux sources du Nil. tom ix. pag. 4oa- 4o3'4i3-'4'7* — Hasseiquist. Voyage dans le Levant, tom. 1. pag. 93-93-96-100.

les serpens , et fournit un nouvel exemple de l'habitude si préjudiciable à la science ^ de celer un secret physique en attribuant ses effets à des pratiques insignifiantes et superstitieuses.

Les doutes^ s'il pouvait en subsister <, ont été levés sans retour à l'époque de la brillante expédition des Français en Egypte.

Voici ce qu'on raconte, ce q^i'attesteront encore des milliers de témoins oculaires : des Psflles qui prétendent , ainsi que Bruce l'a rapporté, tienir de leur naissance la faculté qui les distingue , vont de maison en maison offrir leur ministère pour détruire les serpens de toute espèce , qui y sont presque toujours communs. A les croire , un instinct merveilleux les entraîne d'abord vers le lieu où se cachent les serpens. Furieux , hurlant , écumant, ils s'y jettent, ils s'y traînent, saisissent les reptiles sans redouter leurs moi:sures, et les déchirent avec les ongles et avec les dents.

Mettons sur le compte du charlatanisme , les hurlemens, l'écume, la fureur, tout ce qui rappelle , en un mot, les efforts pénibles que feignaient les Marses, en répétant les

■ DES SCIENCES OCCULTES. 3'j3

chants propres à faire périr les reptiles (i). L'instinct qui avertit les Psjlles de la présence des serpens a quelque chose de plus réel. Les nègres, aux Antilles , découvrent par l'odorat un serpent qu'ils ne voient pas : c'est qu'en effet les serpens exhalent une odeur fade et nauséabonde (2). Le même indice , en Egypte , frappe des hommes exercés dès l'enfance , et comme héréditairement , à la chasse des reptiles, et cela même à une distance trop forte pour que les miasmes parviennent aux organes émoussés d'un Européen. Le fait principal, d'ailleurs, la faculté de réduire à l'impuissance par le seul contact ces animaux dangereux, reste bien constatée ; et toutefois nous n'en connaissons pas mieux la nature de ce secret cél^re dans l'antiquité , et conservé jusqu'à nos jours par les plus ignorans des hommes.

Quelques réflexions sur ce sujet ne paraîtront peut-être pas déplacées.

Les sens des animaux sont semblables aux

(i) « Venas inténdens omnes. » Lucil. SatyrAïh.xjL, (a) Thibaut de Chanvalon. Voyage à la Martinique, png. 100.

nôtres ; mais la ressemblance n'est pas absolue. Nous n'apercevons point des substances qui les affectent avec force ; et ils ne semblent point affectés différemment par celtes qui noua paraissent les plus dissemblables.

Cela est vrai du sens de l'odorat : le chien qui possède un odorat si exquis ^ si susceptible d'impressions délicates dont rien ne nous donne l'idée ^ le chien ne parait mettre aucune différence^ pour le plaisir ^ entre un parfum suave et une odeur infecte. Une diversité si marquée entre nos sensations et celles qu'éprouvent les animaux , a dû offrir souvent des moyens d'agir sur eux ^ sans agir sur les sens des hommes. Les chiens n'entraient point ^ à Rome ^ dans le temple d'Hercule ; ^âpftir de la massue ^ que le Dieu avait laissée jfadis À la porte, suffisait encore , après quatorze sièfSes ^ "^our les en éloigner (i) : Les prêtres , sans dÉftte ^ avaient soin de renouveler, de temps en temps, cette odeur qui n'était point sentie par les hommes y et qui perpétuait le miracle. Albert-le-Grand possédait une pierre qui attirait les serpens.. .

(i) Solin. cap. ii.

DliS SCIENCES OCCULTES. 3^]^

S'il, ppi^v^iit y . avoir queiqyukc chose de vrai dans ce récit ^ nous l'attribuerions ^ une cause analogue : les reptiles, sont , comQie be.9.ucQup 4'insectes, suâceptibles d'être vivement affectas par des éaianations odorantes.

. Galien a^^ je^ crois , été abusé par une déçlarat|pn npLç.n^opgère que. faisaient le^ Marses etjes Psylles pour mieux cacher leur vérifa|:^le ^Qcret,>quandil a dit qu'ils devaient leur pouvoir sur les serpens^ à l'habitude de se nourrir de , vipères et de reptiles i venimeux (i). Pline lot Éliejii, mieux instruits, eh pidiquent la c^^uçe dans l'emploi d'une substance odoi:aiite qui engourdissait les serpéns, et dont il parait que leurs ennemis se frottaient le corps (2). Bruce o'est assuré que le secre|; des Égyptiens et des Ai^^hegi^nsbte à se baigner dans une décoctioi^ ,dfij^i^rb,es et de racines dont ils cachent.^ ^igneu^elnent la nature. Forskhal ^ppps apprend que les Égyptiens charment les serpens avec une aristoloche .dont il ne désigne pa^ l'espèce.

(i) Galion. De Art, curator, lib. 11. cap. 10.

(3) ce Ut odore sopirent 60« (serpentes), » Plin. HisU nat, lib. VII. cap. a. Aelian. De nat. animal* lib. xiii. cap. 39. et lib. XVI. cap. 37.

C'est, suivant Jacquin , V aristolocftia angui^ corda , qu'emploient au même usage les in* digénes de l'Amérique (i).

Aujourd'hui que l'on a retrouvé la trace des émigrations qui , du plateau de la Tatarie , ont conduit des peuplades nombreuses jusque dans l'Amérique équinoxiale , on s'étonne peu de voir ce secret propagé dans le Nouveau Monde. Après s'être convaincu de sa haute antiquité, en rapprochant des narrations des voyageurs modernes, celles des historiens anciens , on s'étonnerait bien davantage de ne le point retrouver dans l'Hindoustan. Il y existe en effet , de temps immémorial.

A côté de tout secret de ce genre , on est presque sûr de rencontrer un usage qui tantôt en a rendu la découverte nécessaire , et tantôt, au contraire, lui doit la naissance.

Dans l'Hindoustan , pour connaître la vérité d'une accusation , (c on jette le serpent à cha- « peron , appelé Nagâ , dans un pot de terre « profond , où on laisse tomber un anneau ,

(i) Hasselquist. Vojaçt dans U Le\^ant^ tom. i. pag. roo. àlft note.

tf un cachet ou une pièce de monnaie , que « l'accusé est tenu de prendre avec la main.

« Si le serpent le mord , il est déclaré cou- « pable ; et ^ dans le cas contraire ^ inno- « cent (i). »

(i) Recherches asiatiques, tom. i.pag. 473. Observons que la plupart des ordalies hiadoiies sont également usitées au Pégou, chez les Birmans.

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