‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 2)Chapitre 62 sur 66 · tome xxtr, pag · texte numérisé non relu

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pour que leur atteinte, pendant un ou plusieurs jours , n’entraîne aucun danger. Dans les grandes villes de l’Europe et dans l’intérieur sauvage de l'Afrique (1), l’un ou l’autre secret est mis en usage par les charlatans qui, aux yeux d’une foule effrayée , bravent, en se jouant, la morsure de reptiles venimeux.

L’un ou l’autre explique la douceur du serpent que virent, dans la Haute Égypte, ily a cent ans, deux voyageurs français (2), et que la superstition présentait, tour-à-tour, comme un ange , un génie bienfaisant, et comme le démon qui étrangla jadis les six premiers époux de l’épouse du jeune Tobie.

Des jongleurs hindous se laissent mordre par des serpens, dit un voyageur (3); et quand la force du poison les a fait extraordinairement enfler, ils se guérissent soudain avec des huiles et des poudres qu’ils vendent ensuite aux spectateurs. L’enflure n’est sûre-

(1) Voyages et découvertes en Afrique, etc., par Oudnery, Denham et Clapperton. tom. ir. pag. 39-40.

(2) Voyage du sieur Paul Lucas en 1699. tom. T. pag. 72- -8. etc. — Voyage du sieur Paul Lucas en 1715. tom. 11. pag. 348 354.— Voyage fait en Egypte par le sieur Granger, pag. 88-92.

(3) Terry. £ast. Ind. sect. IX.

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ment qu'apparente; l’art de combattre un poison déjà si avancé dans ses progrès, est trop merveilleux pour qu’on y croie légérement : il suffit aux jongleurs de se prémunir contre le danger des morsures qu'ils affrontent, en forçant d'avance le reptile à épuiser les réservoirs où est renfermé son venin. On ne peut douter qu'ils ne se servent de ce secret, puisque Koempfer (1) la vu mettre en usage dans le même pays, par les jongleurs qui dressent jusqu'à un certain point , à l’obéissance , le serpent Vagé dont le poison est si justement redouté.

Mais que la morsure venimeuse d’un repile füt sans danger pour certains hommes et mortelle pour tous les autres, h. reléguait cette assertion parmi les fables; on interprétait dans le sens allégorique is passages nombreux où l’écriture parle du pouvoir de charmer les serpens. Les hommes qui | en Chine, aussi hardis que les Psylles anciens, s’exposent à des morsures réellement dangereuses , on ne h à voir en eux que

des charlatans habiles. Vainement les écri-

(1) Koempfer. Æmoen. ue 565 et seq.

vains latins et grecs assurent-ils que le don de charmer les reptiles venimeux était héréditaire dans certaines familles, et depuis un

temps immémorial; qu’en Italie il était le par-

tage des Marses, et en Chypre des Ophio-

genes, qui prétendaient tirer leur origine ,

ceux-ci d’une vierge de Phrygie unie à un dragon sacré, ceux-là de la magicienne Circé; que dans l’Hellespont et en Afrique, ces hommes privilégiés formaient une tribu (1)... On invoquait, pour repousser leur témoignage, le témoignage de Galien qui dit que, de son temps, les Marses ne possédaient aucune recette secrète, que leur talent se bornait à tromper le peuple par l'adresse et la fraude (2); et l’on en concluait que la fraude et l'adresse avaient, de même, été mises en œuvre de tout temps. On n’apercevait point que l’assertion du médecin de Pergame est détruite par un trait connu de l’histoire d’'Héliogabale : cet empereur (3) fit recueillir des

(1) Plin. Hist. nat. M à 2.— A. Gell. Noct. Attic. lib. 1x. cap. 12. et lib. xv. cap. 2. Strabo. lib. xiu. Aelian. De nat. animal. lib. 1. cap. 57. et lib. xm. cap. 39.

(2) Galian. libr. De theriac. ad Pison.

(3) Lamprid. in Ant. Hélas

Fr

serpens par les prêtres Marses, et les fit jeter dans le cirque , à l'instant où le peuple ÿ accourait en foule : beaucoup de personnes périrent des morsures de ces reptiles que les Marses avaient impunément bravées.

Des voyageurs dignes de foi sont venus enfin et nous ont dit j'ai vu : Bruce et Hasselquist (1) se sont assurés, par leurs propres yeux, qu’en Égypte, en Arabie et surtout dans le Sennaar, beaucoup d'hommes ont le privilége de braver impunément la morsure des vipères, la piqûre des scorpions, et de frapper ces animaux, retenus dans leurs mains, d’un douloureux engourdissement.

Pour compléter leur ressemblance avec les Psylles anciens , les modernes assurèrent à Bruce qu'ils naïssaient avec cétte faculté merveilleuse. D’autres prétendaient la devoir à un mystérieux arrangement de lettres, ou

à quelques paroles magiques : ceci se rap-

proche des anciens chants, propres à charmer

(1) Bruce. Voyage aux sources du INil. tom 1x. pag. 402-

403-412-4197. — Hasselquist. re dans le Levant. tom. 1. pag. 92-93-96-100. L +

les serpens, et fournit un nouvel exemple de l'habitude si préjudiciable à la science ; de céler un.secret physique en attribuant ses effets à des pratiques insignifiantes et superstitieuses.

Les doutes, s’il pouvait en subsister ; ont été levés sans retour à l’époque de la bril-

lante expédition des Français en Égypte.

Voici ce qu’on raconte, ce qu'attesteront encore des milliers de témoins oculaires : des Psylles qui prétendent , ainsi que Bruce l’a rapporté, tenir de leur naissance la faculté qui les distingue, vont de maison en maison offrir leur ministère pour détruire les ser- ‘pens de toute espèce, qui y sont presque touio communs. À les croire, un instinct merveilleux les entraîne d’abord vers le lieu où se cachent les serpens. Furieux, hurlant, écumant, ils.s’y jettent, ils s'y trainent, saisissent les reptiles sans redouter , leurs morsures. et les déchirent avec les ongles et avec les dents. |

Mettons sur le compte du charlatanisme , les hurlemens, l’écume, la fureur, tout ce qui rappelle, en un mot, les efforts pénibles que feignaient les M. en répélant les

La

DES SCIENCES OCCULTES. 373 chants propres à faire périr les reptiles ( 1). L'instinct qui avertit les Psylles de la présence des serpens à quelque chose de ‘plus réel. Les nègres, aux Antilles, découvrent par Podorat un serpent qu'ils ne voient pas : c'est qu’en effet les serpens exhalent une odeur fade et nauséabonde (2). Le même indice , en Égypte , frappe des hommes exercés dès l’enfance, et comme héréditairement, à la chasse des reptiles, et cela même à une distance trop forte pour que les miasmes parviennent aux organes émoussés d’un Européen. Le fait principal, d’ailleurs , la faculté de réduire à l’impuissance par le seul contact ces animaux dangereux, reste bien constatée ; et toutefois nous n’en connaissons pas mieux la nature de ce secret célèbre dans l'antiquité, et conservé jusqu’à nos Jours par les plus ignorans des hommes.

Quelques réflexions sur ce sujet ne paraitront peut-être pas déplacées. | Les sens des animaux sont semblables aux

(3) « Venas intendens omnes. » Lucil. Satyr. lib. xx.

(2) Thibaut de Chanvalon:MPoyage à la Martinique. pag. 100.

nôtres ; mais la ressemblance n’est pas absolue. Nous n’apercevons point des substances qui les affectent avec force ; et ils ne semblent point affectés différemment par celles qui nous paraissent les plus dissemblables.

Cela est vrai du sens de l’odorat : le chien qui possède un odorat si exquis, si susceptible d’impressions délicates dont rien ne nous

donne l’idée, le chien ne paräîit mettre au-

cune différence, pour le plaisir, entre un

parfum suave et une odeur infecte. Une di-

versité si marquée entre nos sensations et celles qu'éprouvent les animaux, a dû offrir souvent des moyens d’agir sur eux, sans agir sur les sens des hommes. Les chiens n’entraient point, à Rome , dans le temple d’'Her-

cule ; l’odeur de la massue , que le Dieu avait.

laissée jadis à la porte, suffisait encore , après quatorze siècles, pour les en éloigner (x) :

Les prêtres , sans doute, avaient soin de renouveler , de temps en temps, cette odeur qui n’était point sentie par les hommes , et qui perpétuait le | que Albert-le-Grand

possédait une pierre. 1 attirait les serpens...

(a) Solin. cap.u. Là

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S'il pouvait y avoir quelque chose de vrai dans ce récit, nous lattribuerions à une cause analogue : les reptiles sont, comme beaucoup d'insectes, susceptibles d’être vivement affectés par des émanations odorantes.

Galien à, je crois, été abusé par une déclaration mensongère que faisaient les Marses et les Psylles pour mieux cacher leur véritable secret, quandil a dit qu'ils devaient leur pouvoir sur les serpeñÿ, à l’habitude de se nourrir de vipères et deWreptiles venimeux (1). Pline ct Élien , mieux instruits, en indiquent la cause dans don TUE d’une substance odorante qui engourdissait les serpens, et dont il paraît que leurs ennemisse frottaient le corps (2). Bruce s’est assuré quetle secret des Égyptiens et des Arabes consiste à se baigner dans une décoction d'herbes et de racines dont ils cachent soigneusement la nature. Forskhal nous apprend que les Égyptiens charment. les serpens avec une aristoloche dont il ne désigne pas l’espéce.

# (1) Galian. De Art. cura 0. IT, Cap. 10.

(2) « Ut odore sopirent eos (serpentes). » Plin. Hist. nat. lib. vu. cap. 2. Aelian. De nat. animal. lib. xin. cap. 39.

et lib. xvr. cap. 27. +

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