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possèdent l’art de faire sortir des souris de leurs trous, en plein jour, et de les contraindre à entrer dans une souricière ; le charme consiste à enduire sa main d’huile de cumin ou d’huile d’anis, et à en frotter quelques brins de paille que l’on introduit dans la souriciére 62" On a vu, dans le siècle dernier, un homme marcher couvert d’un essaim d’abeilles qui , répandues sur ses mains et sur sa figure, semblaient avoir oublié leurs ailes et leurs aiguillons. Il est probable que son secret se rapprochait de celui que nous venons d’indiquer. À
« Comme on avait lâché sur Thécle d’au- « tres bêtes redoutables, toutes les femmes « ayant jeté sur elle , l’une du nard , l’autre « de la cassia, celle-ci des aromates , celle-là « de l’huile parfumée, les bétes furent comme « accablées de sommeïl; elles ne touchérent « point Thècle... » (2). Ce récit, emprunté à un écrit qui date des premiers temps du christianisme | a probablement pour base quelque fait réel ; et l'usage des odeurs pé-
(1) Bibliothèque universelle. Sciences. tom. 1V. pag. 263. (2) Actes de Thecle et de Paul, apôtre.
nétrantes à pu sauver quelquefois des malheureux, condamnés à assouvir la faim d’animaux carnassiers. Pour rester sans crainte au milieu d’eux, il suffisait , dit-on, de se frotter le corps de graisse d’éléphant (1) : l'odeur aussi pénétrante que fétide propre au cadavre de ce grand quadrupède, rend la chose moins incroyable. Un secret analogue motivait sans doute la sécurité du jongleur que l’on voyait, dit T'ertullien (2), exposer en public des bêtes féroces dont il défiait et évitait les morsures avec une habileté mer-
veilleuse. Firmus, qui revêtit un moment
la pourpre impériale à Alexandrie, nageait impunément au milieu des crocodiles; on suppose qu'ii devait cet avantage à l’odeur de la graisse de crocodiles dont il se frottait le corps (3). Les prêtres mexicains se (4) frottaient également d’une pommade à laquelle ils attribuaient des vertus magiques; et ils erraient de nuit, dans les lieux déserts , sans redouter les bêtes féroces, que l'odeur de
(1) Aelian. De nat. animal. Hb.r. cap. 35.
(2) Tertullian. Apologetre. cap. 16.
(3) Vospic. in Firmo.
(4) Voyez ci-après, chap. xvur.
DES SCIENCES OCCULTES. 355 cette onction suffisait pour éloigner. Il existe encore, pour se faire suivre, sans danger, d'animaux, d’ailleurs redoutables, un moyen pratiqué communément par les hommes qui font profession de détourner les chiens pour les livrer aux anatomistes, et quelquefois par par les chasseurs qui veulent attirer les loups dans un piége. Il consiste à frapper les sens du mâle, parles émanations que, dans Ja saison du rût, exhale la femelle, Ia été inz diqué avec détail par l'écrivain le plus origimal et le plus philosophe du seizième siécle (1). Galien (2) en avait fait mention : mais il était connu long-temps avant ce médecin célèbre. Dansle temple deJupiter, à Olympie, on montrait un chéval de bronze à laspect duquel les chevaux entiers éprouvaient les plus violens désirs. En disant que, dans:la fonte de la statue, un magicien avait versé de l’hippomanès, Elien et Pausanias (3) nous donnent le secret du miracle. Toutes les fois
(1) Rabelais. Hist. de Gargantua et de Pantagruel. lis: 1. chap. 22.
(2) Galen. lib. 1. Aphorism. 22.
(5) Pausanias. Eliac. lib. x. cap. 27. Plin. Hist. nat. Hb XXVIH, Cap. 2. Æelian. De nat. anim. lib. XIV, Cap. 2.
qu'on le voulait opérer, on enduisait convenablementle bronze d’hippomanès liquide, ou d’une drogue qui en exhalait l’odeur (x).
Un artifice semblable attirait les taureaux vers la génisse d’airain, chef-d'œuvre de Myron : comme il n’est pas probable que ces animaux fussent sensibles à la beauté de la sculpture, une représentation moins parfaite, mais disposée de même, aurait également -décu leurs désirs. |
Le même secret indique peut-être lori- ‘gine du charme qui entraïnait, dit-on, à la suite d’un mortel favorisé des Dieux, les lions et les tigres dépouillés de leur férocité. Plus généralement, on a attribué ce miracle au pouvoir de la musique. Platon assure que le chant et la mélodie adoucissent les animaux sauvages, apprivoisent les reptiles (2). On
(1) « L’hippomanès est une plante qui croît en Arcadie; « par elle les jeunes coursiers et les promptes cavales sont « livrés à des désirs furieux. » (Theocrit. Eidyll. nr. vers 48- 49.) Junius Philargyrus (in Georgie. lib. 1u. vers 280 } borne l'effet de cette plante aux cavales qui en mangeaient. Peutêtre", néanmoins, l’&deur qu'exhalait ce végétal était-elle le principe de ses propriétés ; et l’on pouvait s'en servir pour opérer la merveille que nous discutons.
(2) Plato. de Rep. lib. 11.
serait tenté de croire qu’en cette occasion encore, le philosophe s’est laissé dominer par la vivacité peu philosophique de son imagination : il n’a fait que répéter une opinion reçue, et fondée , disait-on, sur des observations. Le charme de la musique*consolait les éléphans tombés au pouvoir de l’homme , de leur captivité ; dans la domesticité , il suffisait pour les dresser à exécuter des mouvemens mesurés et cadencés (1). La musique trouvait, en Libye, les cavales sauvages assez sensibles, pour qu’elle devintun moyen de les apprivoiser (2). Quelques poissons même n'étaient pas à l’abri de son pouvoir; il en rendait la capture plus facile (3)...
Les modernes, moins disposés à croire , sont pourtant forcés de reconnaitre l’action qu'exerce la musique sur les tortues ct les araignées : son influence sur les éléphans a été récemment constatée sous nos yeux. Un vuyageur à vu avec surprise, de pesans hippopotames , réjouis par le bruit mesuré d’une
(1) Aelian, De nat. animal. Nib.xir. cap: 44. et lib. 1. cap. 11.
(2) Aelian, De nat. animal. lib. xu, cap. 44.
(3) delian. De nat. animal. lb. vr. cap. 31-32.
marche guerrière, suivre, à la nage ; des tambours.le Tong d’un fleuve (1). Les grands lézards etlesiguanes sont susceptibles de sen+ sations encore plus prononcées : un chant, un sifflement doux et mesuré: a suffi plus d’une fois pour les arrêter jusque sous! la main du:chasseur (2). :: :
Les chats que fatiguent ou effrayent des sons trop éclatans, sont agréablement affectés par la musique, si Pon proportionne la dou ceur/des modulations à la suscéptibilité de leurs organes. Les chiens, au contraire | paraissent n’en, recevoir que des! impressions douloureuses. Les sons élevés et percans leur arrachent des hurlemens prolongés: On gar:
dait, dans un temple; une Iyrequitpassait pour être celle d’Orphée tun'amateur!l’acheta, -persuädé qu'enla touchant ilvére rat, comme le premier: possesseur de: linstrument ,accourir autour de lui les animaux charmés par-la mélodie: Il en fit Pessai dans
1) Voyages et découvertes en Afrique, par vs Denham.et Clapperton. tom. 11, pag. 47.
(2) Lacépède. Histoire naturelle des quadr CRI ovipares.
. Iguane:—Fournier-Pescay, Dictionnaire des seiences médicales. art. Musique.
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un lieu écarté, et périt bientôt déchiré par des chiens sauvages (1). Ce ne fut point, comme le prétend Lucien, sa présomption qui lui coûta la vie ; mais son imprudence ,
mais loubli d’un effet physique que nous rappelle une expérience journalière, et qui mettrait en danger les jours d’un joueur d’orgues , si, hors de portée de tous secours, il faisait retentir les sons criards de son instrument au milieu d’une troupe de dogues peu apprivoisés.
L'influence des sons modulés sur les animaux a dû être étudiée autrefois plus qu’elle ne l’est aujourd’hui ; ses expériences plus variées, leurs résultats plus étendus. Rappelons-nous que dans les temples, on cherchait, on essayait tous les moyens d'opérer des merveilles : et quelle merveille plus séduisante, plus digne de figurer dans la célébration des mystères dont Orphée avait été Pun des premiers instituteurs, que celle qui réalisait le miracle brillant d’Orphée ?
(1) Lucien. « Contre un ignorant qui achetait beaucoup: de livres.» OEuvres complettes de Lucien. tom.1v, pag. 271-
Nous ignorons jusqu'où peut aller le développement moral des animaux, nous qui dans nos rapports avec eux, demandons tout à la terreur, à la contrainte , au malaise, aux supplices : rarement ou jamais , cherchonsnous à connaitre ce que l’on peut obtenir par la douceur , les caresses, les sensations agréables. Nous semblons, dans la pratique, suivre la bizarre opinion de Descartes : nous traitons les animaux comme s'ils étaient des machines. Des peuples moins éclairés que nous, les traitent comme des êtres sensibles, et non moins susceptibles que les hommes, d’être conduits par les bons traitemens et par le parti que l’on sait tirer de leurs penchans et de leurs affections. Ce qu’ils en obtiennent rend croyable ce qu'ont raconté les auteurs anciens d’animaux sauvages , devenus domestiques et même affectionnés. Les cynocéphales et les taureaux perdaient, les uns leur amour vagabond de l’indépendance, les autres, leur naturel farouche et ombrageux ; les lions même et les aigles déposaient leur fierté, et l’échangeaient contre un attachement soumis pour l’homme dont ils recevaient
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les soins (1). Ces miracles s’opéraient le plus souvent dans les temples.
Ce n’est point dans l’Europe civilisée que l'emploi des pigeons messagers a pris naissance : telle est en Orient son antiquité, que les écrivains nationaux affirment qu'il était usité dans la Pentapole de Palestine. Deux mois suffisaient aux Arabes , pour une éducation à laquelle les mauvais traitemens n'avaient aucune part; et les pigeons étaient si bien dressés, que, suivant la direction dans laquelle on les lâchait , ils portaient des messages dans trois endroits différens (2).
Proposez à un Européen d’apprivoiser un crocodile : s’il entreprend , il emploiera la faim, la privation de sommeil; il affaiblira l’animal au point de le rendre, sinon docile, au moins incapable de résistance. Laing (3) a vu chez le roi des Soulimas, un crocodile privé, et aussi docile que le pourrait être
(1) Aelian. De nat. animal. lb. 11. cap. 4o. v. 39. vi. 10. 4. XII. 923. -
(2) La colombe messagère, etc. traduit de l’Arabe par Sylvestre de Sacy. (in-8°. Paris 1805), pag. 36-58 et 74.
(3) Laing. Voyage dans le Timanni, le Kouranko et le Soulimana. pag. 355.
un chien : maïs encore, cet animal était captif, renfermé dans un bassin, dans l’intérieur du palais ; n’aurait-il pas repris , avec la hberté, sa férocité naturelle ? Je répondrai à cette question par le récit d’un missionnaire anglais (1). Dans l’île de Sumatra, en 1823; à l'embouchure de la rivière de Beaujang, s'était
établi un crocodile d’une grande taille; ilen
avait chassé les autres crocoäiles, et dévorait tous ceux qui se hasardaient à ÿ reparaitre.
Les habitans lui rendaient un culte divin }, et lui apportaient , avec respect, des alimens:
«Passez, disaient-ils à lEuropéen qui crai- «gnait d'approcher de l'animal ; passez, notre «Dieu est clément. » Celui-ci regarda, en effet, paisiblement le bateau du missionnaire, sans donner de signes de crainte , de colère, ni d'envie d’attaquer. Ce fait nous rappelle les crocodiles sacrés qu’adorait le peuple d’un nome d'Égypte. Cela est-il vrai, disionsnous ; cela est-il possible ? Les prêtres euxmêmes ne risquaient-ils pas, chaque jour, de
{1) John Anderson, Mission à la côte orientale de Sumatra, dans lan 1823. Nouvelles Annales des voyages. tome xxx.
pag. 200.
devenir la proie de leur divinité , d’un animal féroce et stupide, /redoutable sur la terre, et dans l’eau encore plus redoutable ?... Loin de là, nous voyons avec quelle facilité ils pouvaient apprivoiser lanimal divinisé. Rassuré ainsi, par une longue expérience, contre la crainte des agressions de l’homme et linquiétude du besoin, le crocodile devait perdre somäünstinct malfaisant ; et il y avait probablement peu d’exagération dans ce que disait , du crocodile sacré, un. disciple, des prêtres Égyptiens : « Le soukhos est juste, car il ne « fait jamais de mal à aucun animal (1).».
L’agilité des mouvemens du serpent la force énorme de quelques-uns deices reptiles, la difficulté de distinguer au premier coupd'œil ceux dont la morsure n’est; passempoisonnée, en voilà assez pour expliquer la crainte et l’horreur que les serpens inspirent;
(1) Damasc. Isidori. Vii. apud Photium. Biblioth. cod. 242... Soukh-os : ce nom peut dériver de e-Msooh, nom coptethébain du crocodile, suivant Mr Champollion (Bulletin des sciences. tohi. vir. pag. 997). Suivant M. Geoffroy-5t- Hilaire, 5! désigne une variété de l’espècé du crocodile : le soukhos était rarement redoutablé pour les hommes ; et son apparition annonçait aux Egyptiens le commencement de la
crue du Nil.
et l’idée d’un pouvoir surnaturel attachée au talent de les braver , de les réduire à limpuissance. Aussi le biographe de Pythagore, attentif à exalter son héros , nous fait-il admirer le philosophe ; exerçant sur les animaux un pouvoir égal à celui d’Orphée, et maniant impunément des serpens très-dangereux pour tout autre que lui (1). Les jongleurs qui donnaient en public un spectacle semblable, profitaient de l’effroi qu'il leur était facile d’inspirer , pour rançonner les curieux ; ce singulier genre d’escroquerie se répéta assez souvent pour attirer sur ses auteurs l’animadversion des lois (2).
On compte, toutefois, un grand nombre d'espèces de serpens dont la morsure ne porte avec elle aucun venin, et dont le caractère familier permet aisément de les apprivoiser:
Tels étaient sans doute les serpens monstrueux, mais incapables de nuire , que l’on
(1) Zamblich. in Vit. Pythag. cap. xiv et cap. xviu.
(2) « In circulatores qui serpentes circumferunt et propo- « nunt, si cui, ob eorum metum, damnum datum est ; pro « modo admissi actio. dabitur. » Digest. lib. xLvir. tit. xl. SEXE.
admirait dans plusieurs temples anciens (1) ; et le serpent de quinze pieds de long qu'avait apprivoisé Ajax, fils d'Oilée (2), et qui le suivait comme un chien fidèle; et l’énorme reptile que prirent vivant les soldats de Ptolémée Aulétès (3), et qui devint bientôt aussi doux qu’un animal domestique. On a vu mille fois en Europe, des couleuvres privées, parfaitement dociles et caressantes. On montra au voyageur Laing , dans le Timanni (4) un serpent qui, à l’ordre d’un musicien , accourait, se roulait , se courbait, sautait , aussi obéissant , aussi adroit que les animaux les mieux dressés. Parmi les nègres de la Guyane hollandaise, on voit des femmes qui font le métier de devineresses : une des preuves de leur talent surnaturel est de faire descendre d’un arbre, et d’apprivoiser, rien qu’en lui parlant , le serpent papa ou ammodite , reptile
(1) Aelian. De nat. animal. lib. xrtr. cap. 39. xv.…. 3ar. XVI 30.
(2) Philostrat. in Héroic.
(3) Tzetzes. Chiliad. ur. n. 113.
(4) Laing. Voyage dans le Timanni, le Kouranko, etc. pag. 241-242.
366 DES SCIENCES OCCUUTES.
d’une dimension assez forte, mais qui n’est jamais dangereux (1).
Il est peu de contes plus communs que ceux de génies revêtus de la forme de serpens, et commis à la garde de trésors souterrains : cette croyance est encore populaire en Bretagne, dans le district de Lesneven (2). Elle est générale dans l’'Hindoustan ; et là du moins elle peut n’être pas toujours dénuée de fondement. Voici ce que raconte Forbes, observateur anglais, que l’on cite généralement avec confiance. Dans un village de l’Hindoustan, un caveau , placé sous une tour, renfermait, disait-on, un trésor gardé par un génie, sous la forme de serpent. Guidé par l’ouvrier même qui avait construit le caveau , Forbes le fait ouvrir :à une profondeur assez considérable, il y découvre un énorme serpent, qu'il compare , pour la grosseur, à un cäble de vaisseau. Le reptile, se déroulant lentement, dresse sa tête vers l'ouverture pratiquée dans la partie supéricure..... On se hâte d’y jeter une grande
(1) Stedmann. Voyage à Surinam. tom. ur. pag. 64-63. (2) Cambry. Voyage dans le département du Finistère. tom. 2, pag. 25.
DES SCIENCES OCCULTES. 367 quantité de foin enflammé : le serpent meurt étouffé. Forbes y trouva son cadavre; mais non pas le trésor; le propriétaire l'ayant sûrement enlevé avant de s’enfuir..….. (1). Le lecteur observera, comme nous, que la construction du caveau était peu ancienne : le serpent qu’on y plaça, avait donc atteint déjà une forte dimension ; 1l était donc bien apprivoisé, bien docile, puisqu'il sy laissa renfermer ; il connaissait donc bien son maitre, puisque celui-ci put enlever ses richesses, sans avoir rien à craindre de la sentinelle qui veillait sur elles, et à laquelle il aurait dû sauver la vie, en lui rendant alors la liberté.
Les serpens les plus dangereux, à l’exception de ceux que leur force rend redoutables, cessent d’être nuisibles, dès qu’on leur à arraché les dents canines , destinées par la nature à verser, dans les plaies qu’ils font , le poison dont elle les a armés. Souvent même il suffit de leur faire mordre, à plusieurs reprises, un morceau d’étoffe ou de feutre , et d’épuiser ainsi les réservoirs de la liqueur vénéneuse,
(x) Forbes. Oriental Mémoirs. The Monthly repertory.