‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 3)Chapitre 13 sur 44 · EL · texte numérisé non relu

EL

(qui descend) : «Or ce:surnom fut donné à «Jupiter, pour marquer qu'il faisait sentir «sa présence sur la terre par le bruit du tonnerre, par la foudre, par les éclairs, «ou par de véritables apparitions (1),» En effet, plusieurs médailles de la ville de Cyrrhus en Syrie, représentent Jupiter armé de la foudre; au-dessous on lit le mot Cataibatès : il est difficile de marquer plus fortement la liaison qui existait entre cette épithète et la descente de la foudre. Mais dans le temple d’Olympie, on révérait aussi l'autel. de Jupitér foudroyant (Keraunios) ‘élevé en mémoire du tonnerre :qui.ayait détruit le palais d'Oenomaüs (2). Ge surnom et celui de Cataibatès présentaient doncà la piété des ‘dées différeñtes. Il devient dès-lors difficile de ne point rapprocher Jupiter Cataibatès de Jupiter Élicius , la foudre qui descend, de la foudre que l’on contraint à descendre.

Nous sommes, on le voit, forcés'de raisonner par analogie, à défaut de traditions positives : mais l'analogie prend une grande force, |

ke + (1) Encyclop. méthod. Antiquités. tome r. art. Cataibates.

(à) Pausanias. loc. cit.

quand on se rappelle que JupitemCataibatès était adoré aux lieux où régna Salmonée, prince dont l’histoire est si semblable à celle des deux roïs qui furent victimes à Mbe et à Rome, dy culte de Jupiter HE:

Rien n’annonce, il est vrai, qu’en des temps postérieurs , la Grèce possédât encore quelques notions sur l’expérience de physique qui devint funeste à Salmonée : mais le culte de Jupiter Élicius subsistait aRome, lorsqu’on avait depuis long-temps cessé d’employer et même de connaître le procédé mystérieux de Numa. Un oubli pareil ne dut pas empêchemle culte de Jupiter Cataibatès de se maintenir en Élide.

C’est toujours en remontant dans le passé que nous avons trouvé des vestiges plus certains de l'existence des sciences anciennes.

Servius nous transporte à l'enfance du genre humain. « Les premiers habitans de « la terre, dit-il, n’apportaient point de feu « sur les autels; mais, par leurs prières, «ils y faisaient descendre (eliciebant ) x

«feu divin (1).® Comme il rappelle cette

(1) Servius in Æeneid. lib. xtr. vers. 205.

tradition , en commentant un vers où Virgile peint Jupiter ratifiant par l’explosion de la foudre les pactes des nations (1), il semblerait que les prêtres faisaient , dé cette merveille , une preuve ennele de la garantie donnée aux traités par les Dieux (2).

De qui en avaient-ils reçu le secret ? « Pro- « méthée, dit Servius (3) découvrit et ré- « véla aux hommes l’art de faire descendre « la foudres: (eliciendorum fulminum )..….

« Par le procédé qu'il leur avait enseigné, «ils faisaient descendre le feu de la région «supérieure (supernus ignis eliciebatur). »

Entre les adeptes possesseurs.de ce secret, Servius compte Numa , Qui n’employa le feu

(1) « Audiat haéc genitor qui fulmine foedera sancit, » Virgil. Aeneid. lib. x11. vers. 200.

@) Cet usage du procédé coactif pourrait expliquer la merveille plus d’une fois rappelée dans les poëtes, de coups de tonnerre entendus par un temps serein. Voyez cependant ciaprès, pages 170-182.

(3) Servius in Virgil. eclog. vi. vers. 42. — Ce passage, qui a échappé à tant d'écrivains modernes, avait frappé, il y | a près de trois siècles, un auteur qu’on ne lit guère que | pour s'amuser, et qu'on pourrait lire quelquefois pour s’instruiré. « Qu'est devenu , ‘dit Rabelais » l’art d'évoquer des \

‘«.cieux la foudre et le féu: ‘céleste, jadis inventé par le sage

« Prometheus?.…. » . (Rabelais. AE chap. 47.)

DES SCIENCES OCCULTES. 165 céleste qu'à des usages sacrés; et Tullës Hostilius, qui fut puni pour Pavoir profané.

Le souvenir du Caucase, sur les rochers duquel dût être explée, pendant des | la divulgation partielle d’un art si Se nous appelle vers PAsie où le secret dut s’en répandre avant de pénétrer en Europe. On retrouve, comme nous l’avons observé, la légende de Jupiter Cataibatès sur les médailles de la ville de Gyrrhus. Or il est peu croyable que les Grecs aient porté ce culte dans une ville lointaine , dont la fondation ne peut être postérieure au temps de Cyrus. Il est donc permis de soupçonner que la légende “citée n’était.que lañtraduction grecque d’un nom national de la divinité foudroyante , et que le secret auquel elle fait allusion n’a point été anciennement ignoré en Syrie.

Les Hébreux, au moins ; paraissent l'avoir connu. Ben-David avait avancé que Moïse possédait quelques notions sur les phénomènes de l'électricité : un savant de Berlin (1) a tenté d'appuyer cette conjecture d'argumens

Le (1) M. Hirt. Magazin encyclop. année 1813. tome tv. page 415.

-plausibles. Michaëlis (1) est allé plus loin. JI

remarque 1° que rien n'indique que la foudre, w

pendant le laps de mille ans, ait jamais frappé le temple de Jérusalem. $ Qu'au rapport.de Joséphe (2), une forêt de piquesgà pointes d'or ou dorées , et-trés-aiguës, couvrait la toiture de ce temple ; trait de ressemblance remarquable avec le temple de Junon , figuré sur les médailles romaines. 3° Que cette toi-

ture communiquait avec les souterrains de la

colline du temple, par le moyen,de tuyaux métalliques, placés en connexion avec la dorure épaisse qui couvrait tout l'extérieur du bâtiment : les pointes des piques produisaient donc nécessairement l'effet de. paratonner-

res... Comment supposer qu’elles ne rem- …

plissaient que par hasard une fonction si 1m-

portante, que l'avantage que l’on en recevait

n’ävait point été-calculé ; qu’on n'avait dressé 4

des piqué$ en si grand nombre; que pour.empêcher les oiseaux de s’abaitre sur la.couver-

| # FN (195 (1) De l'effet des pointes placées sur le temple de Salomon:

Magazin scientifique de Gottinguës me année. 5° cahier, !

(2) 1. Joseph. Bell. Jia. adv. Roman. lib. x. cap. 14.

ture du temple et de la salir? C’est pourtant" là la seule utilité ‘que leur assigne l'historien Josèphe. : Son i ignorance est une preuve de . plus de la faéilité Nec : laquelle ont dü se perdre de hautes connaissances y tant que les hommes, wr lieu d’en composer füne science raisonnée , n’y ont cherché qu’un art empirique d’opérer des merveilles.

Le même secret ne paraît pas avoir survécu à la destruction de l’empire de Cyrus; et toutefois, de fortes probabilités indiquent que ce grand instrument de miracle ne manqua point à Zoroastre et à ses successeurs.

Khondémir (1) rapporte que le démon apparaissait à Zoroastre, au milieu du feu; et

qu'il lui imprima sur le corps une marque Jumineuse. Suivant Dion Chrysostôme (2), » lorsque le prophète Quitta la montagne où il avait long-temps vécu dans la solitude, il parut tout brillant d’une flamme ‘inextinguible, qu'il avait Yait descendre. du ciel ; prodige analogue à l eXpérience de la béatifi. cation électrique , et facile à oPÉTE l'entrée

(1) D'Herbelot. Biblioth. orientale. art. Zerdascht. fa) Dion Chrysost. Orat. Borysthen.

d’une grotte sombre. L'auteur des Récognitions attribuées à saint Clément d’Alexandrie(1)etGrégoirede Tours(2)affirment que,

sous le nom de Zoroastre,| lePersSrévéraient «

un fils de Cham, qui, par un prestige magique, faisait descendre le feu du ciel, ou persuadait aux hommes ‘ avait ce miraculeux pouvoir. Les auteurs cités indiqueraient-ils en d’autres termes , des expériences sur l’électricité atmosphérique, dont un Thaumaturge se serait prévalu pour apparaître , étincelant de lumière, aux yeux d’une multitude frappée d’admiration?

. Nous avons, dans un autre ouvrage (3), essayé de distinguer le fondateur de la religion des mages, des princes et des prêtres qui, pour s'assurer le respect des peuples, ont pris, aprés lui, le hom de Zoroastre.

Nous ne rappellerons point cette distinction , en rapportaht ce qu'ont écrit de Zoroastre , - des auteurs qui n’en Ou point soupçonné la #

(4) Éecog. libs1v.

(2) Greg. Turon. Hist. Franç. Gb. 1. cap. 5.

(3) Eusèbe Salverte. Essai historique et philosophique sur Les noms d'hommes, de peuples et de lieux. Note B, tome 11. pages 427-454.

La

DES SCIENCES OGCULTES. 16g nécessité : en la supposant aussi bien fondé qu’elle nous paraît l’être , ces écrivains n’auront fait qu'attribuer au prophète, ce qui a appartenu à ses disciples aux héritiers de sa science miraculeuse. Zoroastre ;, disent-ils , périt , brülé par le démon qu'il importunait trop souvent pour ù à son brillant prestige. En d’autres termes, 1ls désignent un physicien qui, dans la répétition fréquente d’une expérience dangereuse, finit par né-

gliger des précautions nécessaires ,: et tombe victime d’un moment d’oubli. Suidas (1) Cédrénus , et la chronique d’Alexandrie , disent que Zoroastre, roi de la Bactriane , assiégé dans sa capitale par Ninus, demanda aux

ieux d’être frappé de la foudre, et qu'il vit son vœu s’accomplir , après qu'il eût recommandé à ses disciples de garder ses-cendres comme un gage de la durée de leur puissance. Les cendres de Zoroastre dit Pauteur des Récognitions, fuggnt recueillies et portées aux Perses ypour être conservées et adorées comme un feu divinement descendu du ciel.

Il ya ici une évidente confusion d'idées : on

F | Li .

(1) Suidas. verbo Zoroastres.— Glycas. Annal. pag. 129. se 12

I N° DES SCIENCES OCGULTES.

applique aux cendres du prophète, le culte que ses sectateurs ne rendirent jamais qu’au féu sacré qu’ils avaient reçu de lui. La confusion ne serait-elle pas néeyde l’origîhe prétendue de ce feu sacré , allumé, disait-on , par la foudre. «Les mages, dit Ammien Marcellin, « conservent dans des oyers perpétuels, wr « feu miraculeusement tombé des cieux (1).»

Les Grecs qui donnaient au premier chef des Perses le nom de la nation même, racontaient aussi qu’au temps où Perséus instruisit quelques Perses dans les mystères de Gorgone, un globe enflammé tomba du ciel; Perséus en prit le feu sacré qu'il confia aux mages ; c’est le nom qu'il'avait imposé à ses disciples (2).

Ici nous nous rappelons ce qu'a dit Sérvius 3

du feu céleste que les anciens habitans de la terre faisaient descendre sur leurs autels , et qu'on ne devait employer qu’à des usages sacrés : le rapprochement des deux traditions nous indique lorigme & ce feu tombé des

(1) Æmmian.@Marcell. lib. sn Mb 6.

(2) Suidas. verbo Perseus.— Dans le Chah-namah de Ferdousi, Hou-cheng, père de Djah-Muras, comme Perséus l'est de Merrhus, recueille aussi d’une manière miraculeuse le feu

sacré... Annales des Voyages.

cieux , à la voix de linstituteur des mages ; et destiné à brûler éternellement sur les Py-

es, en l’honneur du Dieu qui l’avait accordé a la terre.” à

De lagquestion qui nous occupe, rapprochons deux des Oracles magiques que Pléthon(1)a conservés etcommentés. Onattribue ces oracles aux ne disciples de Zoroastré, ou à Zoroastre lui-même; ce qui n’a rien d’improbable, puisque l'antiquité. possédait

deux millions de vers dont ce prophète passait pour être l’auteur (2).

Vers 39.43.

« O homme ! ne de la nature dans toute sa témérité !

« Si tu m'invoques à plusieurs reprises, tu verras partout « (uniquement) celui que tu auras invoqué;

« Car, ni le ciel et sa concavité penchée (vers guerre) ne « t'apparaissent ; ’

« Les étoiïles ne brillent pas; la lumière de la lune est yoilée ;

« La terre tremble. et tout ce que tu vois sont des foudres. »

Pléthon, après avoir observé que l’homme est appelé Rouvrage d’une nature très=téméraire, parce qu'il entreprend les choses les

(1) Oracula magica, edente Jounne Opsopoeo. 1589. (a) Plin. Hist. nat. lib. xxx. cap. sr.

Le

plus hardies , ajoute : «L’oracle parle comme «€ ferait Dieu lui-même à l’homme que l’on «initie. Si tu m'invoques à plusieurs repris « ses... tu verras partout... Mor que tu au- ( ras honte ; Car tu ne verras plus gien que «que toutes les foudres, c’est-à-dire, le feu « voltigeant (se répandant) ç ça et là de tout « l'Univers. »

Ce commentaire qui nous apprend quelle premier oracle se rapporte aux initiations, … nous renvoie , par une de ses expressions, au second oracle, duquel elle est empruntée.

Vers 46-48.

Eu

« Quand tu verrasdle feu saïnt et sacré dénué de figure,

« Brillant en voltigeant (en se répandant) partout dans les = « profondeurs de l'univers!

« Ecoute lavoix du Feu!

« Quand tu verras , dit Pléthon, le feu di- « VIn qui ne peut être représenté par aucune « figure (on sait que la loi de Zoroastre proscrit les images ).… (CT a. grace Wet plein de «Joie , écoute la voix du feu qui t’apporte « une prénotion (une connaissance de l’avenir) « très-vraie et trés-certaine. » ,

À travers l’obscurité du texte et des explications , nous saisissons un trait important de l'initiation zroastrienne. Si l'initié est intré- Vide, il invoquera le Dieu qu'il adore, et bientôt il ne verra plus que ce Dieu. Tous les autres. Objets disparaissent ; il est environné d’éclairs et de foudres; un feu qu'aucune image ne peut ni ne doit peindre remplit son horizon ; et du sein du feu, une voix éclatante se fait entendre , et prononce des oracles infaillibles. |

De ce qui a précédé, on pouvait déjà conclure avec vraisemblance que Zoroastre avait des notions sur l’électricité et sur le moyen de faire descendre la foudre ; qu'il s’en servit pour opérer les premiers miracles destinés à prouver sa mission prophétique , et surtout pour allumer le feu sacré qu’il offrit à l’adoration de ses sectateurs : maintenant ne som mes-nous pas en droit d'ajouter que, dans ses mains , dans les mains de ses disciples, le feu céleste devint un in$trument destiné à éprouver le courage des initiés, à confirmer leur foi, et à éblouir leurs yeux de cette splendeur immense , impossible à soutenir par des re-

gards mortels. qui est à la fois l’attribut et l’image de la divinité. PA Aion À

Une tradition (le lecteur en a sûrement fait la remarque) semble attribuer la mort de Zoroastre à ce défaut de précaution dont nous avons déjà signalé plusieurs victimes Un autre récit présente sous un aspect plus noble. le prophète , ou le roi della Bactriane : décidé à mourir, pour ne point tomber au pouvoir d’un vainqueur, ce fut sur lui-même qu'il dirigea la foudre ; et, par un dernier miracle de son art, il se donna une mort extraordinaire , digne de lPenvoyé du ciel , et du pontife ou de l’instituteur du culte du feu.

Ainsi remonte ce grand secret au temps où commence pôur nous l’histoire ; et peut-être au-delà.

Les Ghaldéens qui, dans la guerre contre la Bactriane, secondaient Ninus de toute la puissance de leurs arts magiques, durent posséder, relativement à la foudre , les mêmes connaissances que leur émule : mais le fait n’est établi par aucun document ‘historique.

Il n'est pas impossible que ces prêtres les aient de bonne heure laissé se perdre , peutêtre faute d'occasions fréquentes de les em-

ployer ; tandis quelles se conservérent dans les contrées montueuses de la Haute-Asie et de l’Étrurie, bien plus exposées que la Babylonie aux 26. 2 de la foudre. Voici ce qui aAtorise notre conjecture. Les Oracles magiques qué Pléthon attribue à Zoroastre où à ses disciples , Psellus les a commentés sous le nom d’Oracles chaldaïques (1), les regardant comme émanés des prêtres chaldéens : et

JPexplication qu'il donne de ceux que nous

avons cités , est toute astrologique et allégorique. Les Sages de Babylone et le prophète

de lPAriéma avaient , nous le verrons, puisé

probablement à la même source. Serait-ce que de secret auquel les oracles font allusion, ayant été conservé long-temps"par les successeurs de Zoroastre , des traces en ont subsisté dans la doctrine des mages, à qui Pléthon a emprunté les notions que développe son commentaire? Les Chaldéens, au contraire,

La”

(x) Le Recueil de Psellus diffère de celui de Pléthon par

l’ordre dans lequel les oracles sont disposés; on y:remarque

aussi quelques variantes et des additions considérables. Enfin les vers grecs y sont beaucoup plus corrects, ce qui semble indiquer une traduction moins fidèle, ou faite sur un original

moins ancien.

se seraient jetés dans l’allégorie et y auraient entrainé après eux leur scholiaste, en voulant deviner une énigme, dont ce,secret, perdu pour eux, pouvait seul leur donner la solution. . Quelle est cette source où nous soupçonnons que, de part et d'autre , les oracles ont été puisés ? L’habitude nous fait tourner les yeux vers l’Hindoustan, le berceau de la civilisation du monde ; et nous retrouvons en effet la substance et quelques expressions saillantes des deux oracles, dans cette stance de l'Fadjour-V’éda : « Là, le soleil ne brille pas, « non plus que la lune et les étoiles; les lu- « miéres ne voltigent pas (en ce lieu) : Dieu « inonde de lumière toute cette substance « brillante , et l'Univers est éclairé de sa « splendeur (1)». Zoroastre qui a fait à l’Inde antique tant d’autres emprunts, aurait pu sans doute, dans celui-cf, détourner le sens des mots, et appliquer à la cérémonie magique de l'initiation, une peinture métaphorique de la splendeur divine. Mais, d’abord, W. Jones penche à croire que « cette stance est une «e paraphrase moderne de quelque texte dés

(1) Recherches asiatiques, tome 1, pages 355-376.

anciens livres sacré8\(1). » Cela explique pourquoi ses termes ne correspondent pas exactement à ceux des Oracles magiques, et s’appliquent d’une manière moins explicite au secret de gouverner la foudre :la paraphrase aura été faite à une époque où l’on avait oublié ce secret , et perdu de vue le sens propre du texte sacré. D'ailleurs, ce passage de l'Oupnek-hat «connaitre le feu, le soleil , la lune «et la foudre, est le troisième quart de la « science de Dieu (1) », prouve que la science sacrée ne négligeait point d'étudier la nature du tonnerre , et qu’elle pouvait dès-lors indiqüer les moyens de le détourner. Enfin ces inductions sont fortifiées par un fait historique. Au temps de Ktésias, l’Inde connaissait

encore l’usage des paratonnerres. Suivant cet

historien (2), le fer recueilli au fond de la fontaine d’or liquide (c’est-à-dire du lavage d’or) et fabriqué en forme d'épée, de üge

pointue , jouissait, dès qu'on l’enfonçait en

terre, de la propriété de détourner les nuages , la grêle et la foudre. Ktésias, qui en vit

(1) Recherches asiatiques, tome I, pages 373-376. (2) Oupnek’-hat. Brahmen xx.

(3) Ktésias in Indic. ap. Photium. Bibl. Cod, rxxr. it.

faire deux fois l’expériénce sous les yeux du roi de Perse, attribuait seulement à la qualité du fer ce qui appartenait surtout à sa forme et à sa position. Peut-être aussi employait-on de préférence ce fer, allié natu-

rellemént d’un peu d’or, comme moins sus-…

ceptible de se rouiller , et par le même motif qui, chez les modernes , fait dorer les pointes des paratonnerres. Quoi qu'il en soit, le fait principal reste constant : et il n’est pas inutile de remarquer comment, dès-lors , on avait cru apercevoir des rapports intimes entre l'état électrique de l'atmosphère, et la pro-

duction , non-seulement de la foudre , mais «

aussi de la grêle et des autres météores.

Renouvellera-t-on la question tant de fois

résolue : comment, de connaissances si an-

ciennes, ne se retrouve-t-il, en Europe ; au- É cun vestige, depuis Tullus on depuis 1 au plus vingt-quatre siècles ? Nous répon- * drons qu’elles étaient si peu répandues que | ce fut par hasard et d’une manière impar= faite, que Tullus les découvrit en parcourant 4 les Mémoires qu'avait laissés Numa. Ne sut 4

fisait-il pas d’ailleurs des dangers attachés à.

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74 4 so NT

la moindre erreur ,'dangers prouvés plusieurs fois par une terrible expérience, pour que la crainte fit tomber en désuétude, en Italie et en Grèce , les cérémonies du culte secret de Jupiter Élicius et de Jupiter Cataibatès? La destruction de l’empire Persan par les Grecs , et antérieurement le massacre presque général des: mages après la mort de Smerdis , purent causer cette importante lacune dans la science occulte des disciples de Zoroastre.

Dans l'Inde, tant de fois en proie à des conquérans , des causes analogues ont pu exercer une action également destructive. Dans tous les pays enfin, sur quel sujet, plus que sur celui-là, le mystère religieux aurait-il redoublé l'épaisseur de ses voiles, et préparé la voie à l’ignorance et à l'oubli ?

D’autres questions s'élèvent, plus importantes' et plus difficiles. l'électricité, avec quelque art que l’on en maniît les ressources, pouvait-elle suffire aux miracles brillans de l'initiation zoroastrienne ? Explique-t-elle assez ce qu'Ovide décrit si nettement, dans le détail du culte rendu par Numa à Jupiter Élicius, l’art de faire voir et entendre les feux et le

bruit de la foudre par un ciel serein (+)?

Explique-t-elle surtout le talent redoutable de lancer la foudre sur ses ennemis, tel que l’antiquité le supposait à Porsenna, ettel que deux magiciens étrusques prétendirent le posséder encore au temps d’Attila? Non; au moins dans la mesure actuelle de nos connaissances; mesure que les anciens n’ont probablement pas dépassée. Pour suppléer à notre insuffisance , ne pourrions-nous recourir à un hasard heureux, supposer que le Thaumaturge profitt de l’explosion d’un météore lumineux pour en attribuer les effets à son art, ou que l’enthousiasme voulût voir un miracle dans un effet naturel;ne pourrions-nous, par exemple, rappeler que, suivant un historien, lorsqu'une pluie miraculeuse désaltérait l’armée de Marc- Auréle, l’empereur, en même temps, arracha du ciel, par ses prières, la foudre qui tomba sur les machines guerrières de ses ennemis (1).

Mieux encore, nous pourrions transporter les

(1) Ovid. Fast. lib. 11. vers. 363-350.

(2) « Fulmen de coelo, precibus "suis , contra hostium ma-

« chinamentum extorsit. » Julius Capitolinus in Marc-

Aurel.

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merveilles d’un pays dans un autre ; et retrouver aujourd’hui dans un lieu de tout temps consacré par la religion , un secret équivalent au miracle de Numa. Le naphte, dissous dans Pair atmosphérique , produit les mêmes effets qu'un mélange d’oxigène et d'hydrogène. Près de Bakhou, au - dessus d’un puits dont l’eau est saturée de naphte, on tient un manteau étendu pendant quelques minutes; puis on Jette dans le puits une paille enflammée : soudain, dit le voyageur dont je rapporte les paroles (1), il se fait une détonnation semblable à celle d’un caisson d’artillerieetaccompagnée d’une flamme brillante.

Rendez à l'Ætesch-gah sa majesté antique ; à ce petit nombre de pénitens et de pélerins qu'y attire encore un souvenir religieux ; substituez un collége de prêtres, habiles à faire tourner à la gloire de la divinité, des phénomènes dont la cause est soustraite soigneusement aux regards des profanes : et par le ciel le plus serein, des puits de Bakhou,

1) Voyage de George Keppel de l'Inde en Angleterre p&: Bassora, etc. — Nouvelles Annales des Voyages. w° série, tome v. page 340.

sortiront à leur voix, les feux et les éclats de la foudre. Admettons , ce qui n’a rien d’absurde, que des substances qui s'offrent en abondance dans certaines contrées, aient pu être transportées par les Thaumaturges en des pays où leur action, absolument ignorée, devait paraître plusmerveilleuse : etle Tibre aura

vu, au temps où Numa évoquait Jupiter Éti-

cius, le miracle qui éclate encore aujourd’hui

aux bords de la mer Caspienne ; et la tradition .

qui, de deux secrets n’en faisant qu’un seul, attribuait aux cérémonies du même culte magique, les effets d’une composition de naphte et ceux des paratonnerres et de l'électricité , sera née de l’artifice du Phaumatutée , SOIgüeux de rendre ainsi plus difficiles à pénétrer

et plus respectables, les trésors de sa science.

Mais, d’après le principe que nous avons suivi Jusqu'ici , nous n’admettons qu’à regret des explications partielles ou locales, et apphcables seulement à quelques faits isolés. Nous leur préférons des faits généraux, mais tels que la connaissance en ait pu, pendant un temps, rester circonscrite dans l’enceinte des temples. En rappelant les effets brillans ou destructeurs des diverses compositions pyri-

ques dont ces faits nous dévoileront l’existence, nous mesurerons l'étendue des ressources qui s'offraient aux possesseurs de la science sacrée, pour rendre rivaux des feux du ciel, les miracles du feu terrestre.

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