‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 3)Chapitre 17 sur 44 · CHAPITRE XXVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVL

Compositions analogues à la poudre à canon. Mines pratiquées par Samuel ; par les prêtres hébreux sous Osias et sous Hérode ; par les prêtres chrétiens , à Jérusalem sous l’empereur Julien, et en Syrie sous le khalife Motassem ; par les prêtres de Delphes , pour repousser les Perses et les Gaulois. Antiquité de l'invention de la poudre ; vraisemblablement originaire de l’'Hindoustan , elle a été connue de tout

temps à la Chine. Ses effets , décrits poétiquement, ont paru fabuleux. Armée tatare repoussée par l'artillerie. Prêtres de l'Inde, employant le même moyen pour lancer la foudre sur leurs ennemis. La foudre de Jupiter comparée à nos armes à feu. Divers miracles expliqués par l'emploi de ces armes. La poudre à canon a été connue dans le -Bas-Empire, et

probablement jusqu'au douzième siècle.

“ F É. * e Les phénomènes physiques et les services que sait en tirer la science s’enchainent les

uns aux autres. L’examen des miracles brillans qu’opéraient des inflammations spontanées , nous a conduits à la discussion des ressources que le Thaumaturge déployait dans la guerre, pour transformer le feu en arme d'attaque ou de défense. Des faits que nous avons cités , il en est qui font déjà pressentir que l’on a connu très-anciennement des compositions pyriques plus ou moins analogues à la poudre à canon ; et que ces tubes qui lançcaient un feu éclatant avec un bruit semblable à celui du tonnerre , ont pu devenir les premières ébauches de nos canons et de nos fusils. Ce ne serait donc point à tort que nous aurions annoncé que les anciens possédaient le moyen d’imiter, de cette manière, les fléaux les plus redoutables de la nature : soit lorsque, ébranlant la terre par des mines, ils l’entr’ouvraient en abimes sous les pieds de leurs ennemis; soit lorsqu'ils lançaient au loin des traits, aussi bruyans, aussi prompis, aussi inévitables que les coups de la foudre. Plus explicite que l’auteur du livre des Nombres, Josèphe met un jour d'intervalle entre la sédition excitée parmi les Hébreux ,

par Coré, Dathan et Abiron, et la punition de ces deux derniers. On sait que la terre les engloutit.…. En se ménageant un délai de vingtquatre heures , Moïse prit-il le temps nécessaire pour pratiquer, sous les tentes de ses ennemis , une mine , telle que celles dont les guerriers européens faisaient usage avant l’invention de la poudre ; une profonde excavation , soutenue par des étais que le feu consuma à un signal donné? Ce qui ajoute à la probabilité de cette explication, c’est la prolixité du discours que l’historien met dans la bouche de Moïse ; c’est l'annonce précise que, dans le livre saint, Moïse fait du genre de mort qui va, tout à la fois, le venger et prouver la vérité de sa mission (1).

Cependant la difficulté de terminer, en une nuit, un travail aussi considérable que celui qu'aurait exigé la confection de cette mine ; le mouvement de la terre , ébranlée comme les flots de la mer par un violent orage; le bruit épouvantable qui signale

(1) FT. Joseph. Ant. jud. lib, 1v.cap.3.— Numer.cap.xvr. vers. 25-30.

l'ouverture de l'abime ; la promptitude avec laquelle le gouffre se relerme sur les victimes qu’il vient de dévorer (r), ces circonstances réunies semblent plutôt indiquer l'explosion d’une mive, telle que l’on en pratique aujourd’hui dans les siéges, où l’on remplit une excavation peu considérable, d’une composition fulminante , propre à soulever le sol et à ensevelir sous ses débris tout ce qui était à la surface.

Que la mine fut chargée’ un mélange de soufre et de limaille de fer, comme celui dont se compose le volcan de Lémery, on ne peut le supposer. En s’enflammant, ce mélange ne donnerait à la terre qu'un ébranlement beaucoup trop léger. Était-ce donc une composition analogue à celle de la poudre à | canon ? Admettons l’affirmative ; supposons que les successeurs de Moïse se soient après lui transmis ce secret de main en main ; nous trouvons l'explication la plus claire, et peutêtre la seule admissible , de la défaite des Philistins , sous la judicature de Samuel. Le livre des Rois se borne à dire que le Seigneur

(a) FE, Joseph. Ant. jud. Gb. 1v. cad. 3.

fit, avec fracas , gronder son tonnerre sur les ennemis d'Israël, qui s’enfuirent frappés de terreur (1). Joséphe (2) peint les Philistins attäquant le peuple de Dieu, dans le lieu même où 1l s'était réuni pour offrir un sacrifice solennel ; dans le lieu où Samuel, si l’on en juge ‘par la longueur de la cérémonie et par la publicité du rassemblement qui Pavait précédée, a sans doute eu dessein de les attirer : ils chancellent ; ils tombent dans des gouffres subitement ouverts; de toutes parts, au bruit de la foudre, des flammes brillantes éblouissent leurs yeux, dévorent leurs mains ; incapables de supporter plus long-temps le poids de leurs armes, vaincus sans combat, la fuite n’en dérobe qu'un petit nombre à la vengeance. \ Ces circonstances rappellent trop bien celles de la mortde Dathan et d’Abiron , pour que les deux miracles n’aient pas été produits par la même cause. Mais, objectera-t-on , l’emploi d’un tel secret , si les Juifs l’eussent dèslors possédé, se serait renouvelé dans les

(1) Reg. Lib.r. cap. 7. vers. 10.

(2) FT. Joseph. Ant. jud. lib. vr. cap. 2.

guerres désastreuses qui désolèrent les royaumes d'Israël et de Juda... Non: les prêtres, qui en étaient les dépositaires, ne s’empressérent point d’en faire part à des rois dont ils s’indignaient de n’être point les égaux ou plu- 1ôt les maîtres. Mais un indice révèle que le même secret subsistait entre leurs mains, trois cent cinquante ans plus tard. À l'instant oùOzias, sourd aux représentations du grandprêtre , fut miraculeusement frappé de lèpre, la terre trembla , à l’ouest de la ville, une portion de montagne s’écroula, et, de ses débris , ferma le grand chemin et couvrit le jardin du roi (1). De la coïncidence des deux événemens, j'induis que, par un tremblement de terre artificiel , par leffet d’une mine, on prit soin de distraire l'attention du roi et des personnes qui l’accompagnaient , en sorte qu'ils ne pussent apercevoir les moyens dont on se servait pour opérer le miracle principal.

Sept siècles et demi séparent cette époque de celle où Hérode descendit dans le monument de David, avec l’espérance d’y déterrer

(x) TT. Joseph. Ant. jud. lib. 1x. cap. rr.

DES SCIENCES OCCULTES. 223 des trésors. Son avidité n'étant point satisfaite des richesses qu’il en avait tirées, il poussa plus loin ses recherches, et fit ouvrir les souterrains où reposaient les restes de David et de Salomon. Une flamme impétueuse en sortit subitement: deux des gardes du roi périrent, suffoqués et brülés (1). Michaëlis attribue ce prodige aux gaz qui s’échappèrent du souterrain, et qu'enflammèrent les torches destinées à éclairer les ouvriers qui en déblayaient l’entrée (2). Mais ceux-ci, en ce cas, auraient été les premières victimes , l’expansion des gaz ne pouvant manquer d’avoir lieu, dès qu’une ouverture aurait été pratiquée dans le souterrain. Nous croirons plutôt que les prêtres qui avaient plus d’un motif de haïr Hérode , les prêtres qui regardaient les richesses renfermées dans le monument de David comme la propriété du gouvernement théocratique, et qu'indignait justement le pillage sacrilége que venait d’y commettre le prince iduméen, cherchèrent , en aiguillonnant sa cupidité, à

(1) FT. Joseph. Ant. jud. lib. xvr. cap. 11.

(2) Magazin scientifique de Gottingue. xrx° année. 6: cahier.

l’attirer dans le souterrain intérieur; et qu'ils yavaient préparé des moyens sûrs de le faire périr, si, comme on pouvait s’y attendre , il y voulait pénétrer le premier.

Michaëlis (1) attribue de même à l’inflammation des gaz souterrains; le miracle qui interrompit les travaux ordonnés par l'empereur Julien pour la restauration du temple de Jérusalem, et dont les chrétiens se réjouirent assez hautement , pour qu'on les en ait crus les auteurs. Cette explication nous semble moins plausible encore que la première : dans les globes de feu qui s’élancérent du milieu des décombres, blessèrent et mirent ‘en faite les ouvriers , dans l’ébranlement du:sol qui-renversa plusieurs bâtimens , si l'on ne veut point reconnaitre, effet d’une mine, nous demandons à quels signes on le reconnaïtra ? la

Observons que ce miracle ne convertit au christianisme ni les Juifs de Jérusalem ,:ni l'empereur Julien, ni Ammien Marcellin, qui nous en a transmis l’histoire. Cela confirme ce que nous avons dit de l'opinion reçue géné-

(1) Magazin scientifique de Gottingue. loc. cit.

ralement sur la nature des miracles : célui-ci, comme tant d’autres, ne parut qu’une opération brillante de la science occulte,

Près de cinq cents ans après, le huitième des khalifes abassides , Motassem, prescrivit impérativement aux chrétiens de Syrie, d’embrasser l’islamisme, à moins qu’ils ne pussent, par l'efficacité de leurs prières, faire, marcher une montagne. Ils obtinrent un délai de dix jours , à l'expiration duquel, à la voix du plus saint d’entre eux et sous Les yeux du khalife, la montagne s’émut, et.la terre trembla d’une manière singulière (x). Ici encore il est difficile de méconnaître le jeu d’une. mine que , pendant un intervalle de dix jours, on a préparée, en creusant assez profondément pour qu'elle n’éclate point au dehors, et que son effet.se borne: à ébranier au loin le sol qui la recouvre. las

. Consultons maintenant les annales de: la Grèce. Les prêtres d’Apollon, à, Delphes , après avoir fait annoncer, par la voix de l’oracle , que leur Dieu saurait bien lui-même

(1) Woyages de Marco Polo. liv. r. chap. 5. :- Nouvelles Annales des Voyages. tome 11. page 165,

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