‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 3)Chapitre 2 sur 44 · LÀ · texte numérisé non relu

LÀ

(4) Pausanias. b, 1x. cap. 39 . é ue

\ DES ISCIENCES OCCULTES. ki

si'active , qu’il leur semblait qu'oni les lavait avec du feu(i): ff

Les disciples des hommes qui nant" rent, au centre de l'Amérique , des idées et des pratiques religieuses empruntées à l'Asie, les prêtres de Mexico ; oignaient leurs éorps d’une pommade fétide ; quand'ils voulaient, disaient-ils:, converser avec la divinité. La base ên était le tabac et une semence moulue qu ls appelaient ololuchqui ; semence dont leffet était de priver l’homme de son bon sens, comme celui du tabac d’engourdir la sensibilité. ils se sentaient alors très-intrépides et trés"cruels (2) ; et sans doute aussi très-disposés h'avoir des visions, puisque cette pratique | avait pour. but de les mettre en rapport avec les objets de leur culte fantastique:

“Abandonnons un moment les temples :

ni Hi

s e LME +

K Phare: De vit. Apoll. lib, 111, Cap. 5.

(a) A costa: Histoire des Indes occidentales. liv. v. chap. 26.

t'aduction françäise. (8°. 1616) feuillets 256-257. Les prêtres.

mexicains faisaient entrer dans, cette pommade les cendres ou les corps d'insectes réputés venimeux; c'était sans doute pour tromper sur la nature des drogues AU Me efficaces. : À

AE : 4 ; 24 "hi

a) = DES SCIENCES OCCULTES.

suivons au dehors cesecret divulgué, et tombé entre les mains des magiciens vulgaires.

Tout est-1l imposture dans ce que rapportent les poëtes et les romanciers de l’effet des\ onctions magiques? I est difficile de le penser. Les ingrédiens dont elles se composaient avaient sûrement une efficacité quelconque.

Nous avons supposé qu’au sommeil qu’elles déterminaient , se mélaient des songes lubriques ; supposition d'autant plus probable que c'était surtout l'amour contrarié ou l’amour trahi qui employait leurs secours. En proie à sa passion, qu'une femme en fit usage!

préoccupée de ses désirs et de l'espoir dé Les voir satisfaire , elle s’endormait ; il était, naturel que leur unique objet occupât ses son- | ges , et que bientôt elle attribuät aux caresses de être adoré, les émotions voluptueuses que lui prodiguait le sommeil magique. A son réveil, pouvait-elle douter qu’un charme aussi puissant que délicieux ne Peüt transpor- stée dans les bras de son amant, ou n’eût rendu a ses vœux un infidèle ?

Ce que demandait aux enchantemens la passion ou la curiosité, lonction magique le faisait ainsi obtenir en rêve; mais d’une ma-

niére si prononcée, qu'il était impossible de ne pas prendre l'illusion pour une réalité : voilà ce que prouve l’histoire des procès de sorcellerie ; procès dont le nombre surpasse l’imagination. C’est la nuit , au milieu de leur sommeil, que les sorciers sont enlevés et transportés au Sabbat. Pour obtenir cette faveur, ils ont dû, le soir, se frotter d’une pommade (1) dont ils cherchent ; et dont souvent ils ignorent la composition ; mais dont les effets sont précisément ceux que nous venons de signaler. |

On amène devant le magistrat de Florence, homme au-dessus de son siècle et de son pays, une femme accusée d’être sorcière : elle se déclare telle, et assure qu'elle assistera au S'abbat la nuit même, pourv® qu’on la laisse rentrer chez elle, et pratiquér l’onction magique ; le juge y consent. Après s’être frottée de drogues fétides, la prétendue sorcière

(1) Les déclarations faites par des sorciers , à l’inquisition d'Espagne , en 1610, parlent de la nécessité, pour aller au Sabbat, de se frotter la paume des mains, la. plante des pieds ,etc. ayec l’eau que lâche un crapaud effrayé ou irrité (Llorente. Histoire de l’inquisition. chap.xxxvu.art. 2. tom.* 3, p. 431 et suivantes) : recette puérile, destinée-à cacher aux

adeptes même, la composition de l'onction véritable. s

1O DES SCIENCES OCGULTES.

se couche et s'endort sur-le-champ :, on lattache sur le lit ; des piqûres ; des coups , des brûlures même ne peuvent interrompre son profond sommeil. Réveillée avec peine, le lendemain , elle raconte qu'elle est. allée, au Sabbat ; dans le récit de son rève se, mélent les sensations douloureuses qu’elle a réelle; ment, éprouvées en dormant, et auxquelles le juge borne sa punition (1).

.. De trois récits identiquement semblables à celui-ci, que nous pourrions emprunter à Portaet à Frommann (2), nous tirerions seulement une observation physiologique. Deux des prétendues sorcières, ainsi endormies par lonction magique ; avaient annoncé qu'elles iraient au S'abbat, et qu’elles en reviendraient., en s’envolant @vec des ailes. "Toutes deux crurent que les choses s'étaient passées ainsi , ets’étonnaient qu’on leursoutint le contraire. L'une , même , en dormant, ayait exécuté des mouvemens et s'était élancée , comme si elle eùt voulu prendre son vol. Tout le monde

{1) Paolo Minucci, jurisconsulte fiorentin , mort au XvIt° . siècle, nous a transmis ce fait intéressant, dans son commentaire sur lé Malmantile racquistato, cant. 1v. ott. 76.

(2) JB. Porta Magia natur. lib. 11. cap. 26. Frommann. Trace. de Fascin. pag: 562... 568-569.

Li à

DES SCIENCES OCCULTES. die LI

sait que ; dans le sommeil, . IL . aflue vers le cerveau, il n’est pas rare de rêver que l’on s'élève , en volant, dans les airs.

‘En avouant qu'ils employaient l’onction magique pour se transporter auwS'abbat., des insensés ne pouvaient en donner la recette :

la médecine la donnerait sans peine. Porta

et Cardan (x) en ont indiqué deux : le so/a- ‘num somniferum fait la base de lune; la

jusquiame et l’opium dominent dansW’autre.

Le ‘sage Gassendi, pour ‘éclairer des misérables qui se croyaient-sorciers, :chercha à

deviner leur secret . et à limiter. Avec une. | 119

pommade dans laquelle entrait de l'opium , il oïgnit d des paysans , à. qui il pérsuada que cétte cérémonie les ferait-assistertau Sabbat: Aprés un long sommeil, ils se réveillèrent;,

bien convaincus que le procédémagique avait

produit son effet ;‘ils firent un récit: détaillé de: ce qu’ils avaient vu au S'abbat et des plaisirs qu'ils y avaient goütés ; récit où l'action

: de Popiumi était on hé à ie des sensations

du

voluptueuses.

{1} J. Due, De Praestig. Hb.u. cap.36.—J. B. Porta. Magia matt. Lib! u,— Cardans De subtilitate. lib. 16.

[2 ‘HARIDES SCIENCES OCCUETES.

En 1545 , on trouva chez un sorcier une pommade composée de drogues assoupis= santes. Le médecin du pape Jules IIT, André Laguna , s’en servit pour oindre une femme attaquée de frénésie et d’insomnie. Elle dormit trente-six heures de suite ; et, lorsqu'on. parvint à l’éveiller , elle se plaignit de ce. qu’on Vlarrachait aux embrassemens d’un jeune homme aimable et vigoureux (1)... De cette illusion, nous rapprocherons ,. avec le judicieux et infortuné Llorente, celle qu’éprouvaient les femmes vouées au culte de la Mère des Dieux , lorsqu'elles entendaient continuellement le son des flûtes et des. tambourins, qu’elles voyaient les danses Joyeuses des faunes et des satyres, et qu’elles goûtaient des plaisirs inexprimables : quelque médicament du même genre causait chez elles le mème genre d'ivresse. t

Nous en rapprocherons, aussi les succès qu’obtenaient dans leurs amours les'magt-.

ciennes;et par exemple celles qu'ont rendues. célèbres Lucien et Apulée : ce sera étayer

(x) A. Laguna. Commentaire sur Dioscor ide. lib. 56. cap. 4. cité par Llorente. Histoire de l'inquisition. tom. 111. pag. pe

LA

d’une probabilité nouvelle l'opinion que le même secret, avec des variations légères, est arrivé, des mains des magiciens subalternes qui vendaient des filtres amoureux en Grèce et en Italie, jusqu'aux malheureux sorciers de l'Occident.

Il y a eu, de tout temps, plus de sorcières que de sorciers : une imagination et des organes plus mobiles rendent compte de “cette différence. J’explique de même pourquoi, dans les fables si souvent répétées, des démons ou des génies qui, dans un commerce magique, s’unissaient à des mortels, les plus nombreuses portent sur des incubes.

Il n’y avait de réel que des songes voluptueux, déterminés par la nature'aphrodisiaque des linimens ; songes plus fréquens chez le sexe le plus susceptible, et secondés souvent par des dispositions aux vapeurs hystériques.

Enfin, nous ne craignons pas de le dire :

pour expliquer les faits principaux consignés dans les archives sanglantes des tribunaux civils et religieux et dans les volumineux

recueils de démonologie, pour expliquer les aveux de cette foule d’insensés des deux sexes qui ont cru fermement être sorciers et

14 DES SCIENCES OCGULTES.

avoir assisté au Sabbat, il suffit de combiner,

avec lPemploi de lonction magique, lim-

pression profonde, produite par des descrip-

tions antérieurement entendues des cérémo-

nies dont on serait témoin, et des divertis-

semens auxquels on prendrait part . dans les

assemblées du Sabbat. Ces assemblées, en effet, et leur but coupable avaient été si-.

gnalés dès le commencement du cinquième

siècle , et bientôt avaient éveillé la sévérité

toujours croissante des prêtres et des ma-

gistrats ; on les peint comme fréquentes et

d'assez longue durée : et toutefois, on n’a

jamais surpris les sorciers dans une seule de ces réunions. Ce n’était point la crainte

qui ensaurait empêché : les mêmes recueils,

les mêmes procés constatent qu'il existait

des procédés certains pour que l’organé des lois, le ministre de la religion, loin d’avoir rien à redouter de l'esprit de ténèbres, ! lui

imposassent , et malgré lui s’emparassent des misérables qu'il égarait..….. Mais, dans la réalité, ces réunions n’existaient plus, si elles avaient existé dans la forme qu’on leur sup-* posait : elles avaient peu survécu aux derniers restes du polythéisme. Remplacées par des

DES SCIENCES OCCULTES. 19 initiations individuelles, qui se réduisirent bientôt à des confidences intimes ; il n’en subsista que la tradition inexacte des cérémonies empruntées à divers mystères du paganisme, et la peinture des délices dont on promettait aux initiés de les faire jouir. Conformément aux déclarations des sorciérs , on + ne peut se dispenser de reconnaître qu'ils se frottaient diverses parties du corps, d’une drogue qu'ils croyaient magique ; et les faits cités prouvent que l'effet de cette drogue sur leur imagination, était assez énergique pour qu'ils ne doutassent pas plus de la réalité des impressions fantastiques qu’elle leur faisait éprouver, que de celle des sensations reçues dans l’état de veillé Ainsi ils restaient fermement persuadésiqu'ils avaient pris part à des festins splendides, quoiqu'ils sentissent, comme ils l’avouaient devant les juges, que ces festins n'apaisaient ni la faim ni la soif (1); ils ne pouvaient croire qu'ils n’eussent bu et mangé qu’en songe* Mélant cependant à leurs rêves, comme cela arrive toujours» ces réminiscences machinales , la

(1) Fromann. Tract. de Fasc. pag. 615.

mémoire leur présentait, d’une part, ba succession confuse des scènes bizarres auxquelles ils s'étaient promis d'assister; de l’autre part, elle faisait intervenir, au milieu des cérémonies magiques, des personnes de leur connaissance, qu’ils dénonçaient ensuite, jurant qu'ils les avaient vues au Sabbat ; et leur serment homicide n’était point un parqure ! Ils le faisaient d’aussi bonne foi que l’aveu inconcevable par lequel ils se dévouaient à d’épouvantables supplices. À Ingolstadt, dit Frommann (1), on lisait publiquement les aveux de sorcières condamnées au feu; elles confessaient avoir , par leurs maléfices , tranché la vie de plusieurs personnes ; ces per-

| sonnes vivaient ; êlles assistaient à la lecture,

et, par leur présence, démentaient ces aveux insensés..... et les juges néanmoins continuêrent à instruire des procès de sorcellerie ! En 1750 ,à Wurtzbourg, une religieuse prévenue de ce crime, est traduite devant un tribunal; elle y soutient opiniätrément qu’elle "est sorcière ; comme les accusées d’Ingolstadt, elle nomme les personnes à qui sses sorti- .

(x) Ibid. pag. 550.

\ DES SCIENCES OCCULTES. 17 léges ont donné la mort; ces personnes vivatent; et l’infortunée périt sur un bücher(:): en 1750 !

L'opinion que ces développemens tendent à établir n’est pas nouvelle : déjà J. Wierius s’est honoré en la soutenant. Un théologien espagnol a adressé à l’inquisition un traité (2), où, s’étayant de l'opinion de plusieurs de ses confrères , il soutient que la plupart des faits imputés aux sorciers n’ont existé qu’en rêves ; et que, pour produire ces rêves, il suffisait de la drogue dont ils se frottaient , et de l’opinion certaine qu’ils avaient conçue d’avance qu'ils allaient être transportés au S'abbat. | Nous ne nions point qu'après la cause générale, des causes particulières n’aient exercé ici une influence sensible : la possession de connaissances mystérieuses a dü, par exemple, créer, chez une populace très-ignorante, l'opinion qu’un homme était sorcier. Telle est la source de la réputation généralement

(1) Voltaire, Prix de la justice et de l'humanité. art. x. (2) Llorenet. Histoire de l’inquisition. tom. ur. pag. 454-

NNÉTS 2

acquise aux bergers. Dans leur isolement frequent , la nécessité les force à être les médecins et les chirurgiens de leurs troupeaux : forts de leur expérience , ils enseigneront, aux propriétaires de troupeaux, des remèdes efficaces; bientôt, peut-être, guidés par la- : nalogie ou favorisés par Île hasard, ils guériront un homme maladé. D'où peut venir à des hommes sans instruction, cette faculté merveilleuse , si elle ne découle pas d’une science occulte ? « Plusieurs d’entre eux re- « connaissent , au, bout de peu de temps, la «physionomie de leurs moutons, au point « de distinguer un de leurs moutons, mêlé «dans le troupeau d’un autre berger (1).

Entre mille animaux qui nous paraissent tous semblables, l’homme qui devine d’abord celui qu’on lui a dérobé, évitera difficilement de passer pour sorcier, surtout si sa vanité et son intérêt le portent à favoriser l'erreur qui lui attribue un savoir ét une puissance extraordinaires. Que sera-ce donc, si le point

(1) M. Desgranges. Mémoire sur les usages d'un canton de la Beauce. Mémoires de la Société des antiquaires de France. tom. 1. pag. 242-245.

DES SCIENCES OGCULTES. 19 d’où devrait émaner la lumière , si l’autorité qui règle la destinée de tous les citoyens, paraît dominée par l'opinion commune? La législation française a, jusqu’à nos jours, traité les bergers comme prévenus ou au moins suspects de sorcellerie, puisque, de leur part, de simples menaces sont punies de peines réservées en tout autre cas, pour des violences meurtrières. N'est-ce pas supposer que leurs paroles seules portent avec elles une efficacité malfaisante? Cette loi, date de 1751 (1); tombée en. désuétude, elle n’a pas été formellement abrogée.

La sévérité déployée contre les sorciers, quoique tout-àa-fait absurde en principe, ne fut pas toujours injuste dans l’application:

la sorcellerie servit plus d’une fois de mas: que ou d’instrument à des actions criminelles. Laissons de côté l’usage des drogues qui eni-

(1) « Faït pareillement S. M. défense à tous bergers de « menacer, maltraiter, faire aucun tort. aux fermiers ou « laboureurs qu’ils servent ou à ceux qu’ils ont servis... « ainsi qu'à leurs familles, bergers ou domestiques; à peine « contre lesdits bergers, pour les simples menaces, de cing « années de galères, et pour les mauvais traitemens, de neuf « années... »

Préambule du Conseil-d’ Etat du Roi du 15 septembre 1551.

vrent le poisson d’un étang , tellement qu'on peut le prendre avec la main, délit prévu aujourd’hui et puni par la loi, mais qui passait autrefois pour l'effet d’un sortilége. Laissons les escroqueries dont on entend chaque jour retentir les tribunaux de police correctionnelle, et qui consistent à vendre cher le secours imaginaire d’un pouvoir surnaturel. Doutons même d’une accusation souvent répétée, suivant laquelle ce ne seraient pas seulement des procédés bizarres , extravagans, qui auraient servi à cacher le secret des compositions magiques; mais des atrocités, des crimes, enfantés par l’exaltation de la folie, les transports de la cruauté, les raffinemens de la vengeance, ou seulement par la volonté d'imposer à des affidés, la chaîne d’une complicité redoutable (1). Mais

(1) « Commodus.... sacra Mithriaca homicidio vero polluit; « cüm illic aliquid , ad speciem timoris, vel dici, vel fingi « soleat. » (Ael. Lamprid. in Commod. Anton.) Cette phrase est obscure ; on y connaît la réserve extrème que s'imposaient les anciens écrivains sur tout ce qui concernait les initiations. On peut néanmoins en induire que, dans les mystères de Mithra, le récipiendaire croyait obéir au commandement de tuer un homme. Ces mystères qui pénétrèrent à Rome, ‘et par suite dans les Gaules, vers le commencement de notre

trop souvent, on ne peut le nier, le poison seul a fait toute l’efficacité des sortiléges : c’est un fait que les anciens n’ont pas ignoré, et dont nous avons indiqué une preuve en citant la seconde églogue de Théocrite (1). C’est un fait que, chez les modernes, les procédures judiciaires ont constaté (2), lors même que le malheureux frappé de mort s’obstinait à voir, dans les maux quil endurait, des effets surnaturels , et aidait ainsi leur coupable au-

ère, remontaient, en Asie, à une haute antiquité: puisque le premier Zoroastre y fut initié avant de commencer sa mission religieuse : or ce prophète est de beaucoup antérieur à Ninus ; la religion qu’il fonda était déjà répandue et puissante dans l’empire d’Assyrie, au temps de Ninus et de Sémiramis.. L'épreuve, mise jadis en usage par les prêtres de Mithra, afin de s'assurer de la résolution et de la docilité d'un récipiendaire, est encore aujourd'hui pratiquée dans les loges de maçonnerie, pour l’un des grades supérieurs. Des épreuves analogues ont dû, à plus forte raison, passer, des anciens temples, dans les écoles de magie; et, on le sent, ce qui n’était habituellenrent qu’une feinte, pouvait, au besoin, devenir une réalité.

(x) Ci-dessus chap. 1x. Tom. 1. page 242.

(2) En 1689, des bergers de Brie firent périx les bestiaux de leurs voisins, en leur administrant des drogues sur lesquelles ils avaïent. jeté de Peau bénite’et récité des conjurations magiques. Poursuivis comme sorciers, ils furent condamnés comme empoisonneurs.: on reconnut que la base de ces drogues était de larsenic.

22 die OCCULTES.

teur à en dérober la cause HATAQ aux re— cherches de la loi.

Alors, certes, les magistrats auraient acquis de grands droits à la reconnaissance publique, si, éclairés autant que sévères ; ils eussent mis leurs soins à dévoiler le crime aussi bien qu’à le punir; si, livrant à la plus grande publicité, sa nature véritable , ils eussent proclamé l'impuissance, des magiciens dès qu'ils n’ont point recours à ces détestables pratiques. De pareilles révélations auraient enfin guéri les imaginations blessées.

Mais loin de là : les juges ont long-temps raisonné comme les inquisiteurs qui, lorsque des dépositions formelles prouvaient que les secrets des principaux sorciers consistaient à fabriquer des poisons, punissaient néanmoins le forfait imaginaire plutôt que le forfait réel (1). Les législateurs n'avaient pas d’autres veux que le vulgaire : ils portaient contre les sorciers des décrets terribles, et par cela même ils en doublaient, ils en décuplaient le nombre; ce serait mal connaitre

(x) Llorente. Histoire de l'inquisition, tome 111. pages 440-

ka.

les hommes que de douter, en ce sens, de l'efficacité de la persécution. En ouvrant une vaste carrière aux délations que peuvent dicter la sottise ,; la peur, la haine ou la

vengeance, en apprètant de toutes parts les.

instrumens de torture, en dressant les buü-

chers , ils multiplièrent les aveux forcés , les

dénonciations absurdes ou mensongères; en

revêtant du caractère saint de la loi leurs

folles terreurs , ils rendirent incurable l’égarement général : la multitude ne mettait point en doute la culpabilité d'hommes qu’elle

voyait poursuivre avec tant de rigueur ; les.

hommes éclairés grossissaient les rangs de la multitude , soit par entrainement, soit pour ne point devenir suspects eux-mêmes des crimes dont ils auraient nié l’existence. Comment expliquer autrement la longue et déplorable histoire des procès de sorcellerie , où l’on voit, chaque jour, les accusés confesser, les témoins affirmer , les médecins

constater , les juges punir des faits matériellement impossibles. On supposait, par exemple, que linsensibilité physique de tout le corps ou d’une partie seulement, était le signe certain d’un pacte avec le diable. En 1589,

quatorze prétendus sorciers déclarés insensibles , à la suite d’une visite légale de chirurgiens , furent en conséquence condamnés à mort. Sur l’appel interjeté par ces malheureux, le parlement , séant alors à Tours, ordonna un nouvel examen. Il fut avéré, par les hommes sages qui y procédèrent, que les accusés étaient stupides ou fous (peutêtre devenus tels à la suite des misères qu'ils avaient endurées \; mais doués d’ailleurs d’une vive sensibilité physique (1). Cette fois, la vérité fut entendue ; elle leur sauva la vie. Mais ce ne fut là qu’un cas d'exception. Le cours du dix-septième siècle vit encore un grand nombre de procès de sorcellerie ; jusqu’à ce qu'enfin le progrès des lumières, ce bienfait de la civilisation qu’on ne cesse aujourd’hui de calomnier, désillât les yeux de l'autorité suprême. L’ordonnance de juillet 1682 porte que les sorciers ne seront poursuivis que comme trompeurs, profanateurs et empoisonneurs, c’est-à-dire, que pour leurs véritables crimes: et de cet in-

(4) Chirurgie de Pigray.hv. var. chap. x. pag. 445.

| DES SCIENCES OCCULTES. 25 stant, le nombre des sorciers a diminué tous les jours (r).

Cette discussion pourra paraitre superflue aux esprits impatiens qui croient que c'est perdre le temps que de réfuter aujourd'hui l'erreur d'hier ; comme si le développement des causes de nos erreurs ne formait pas une partie essentielle de l’histoire de l'esprit humain. Et si d’ailleurs, en Europe, les personnes qui ont recu quelque instruction ne croient plus aux sorciers, un tel progrès estil déjà si ancien , et les lumières se sont-elles étendues dans un cercle si vaste que ce sujet ne mérite plus que l'oubli ? Il n’y à pas cent ans qu’à Paris, un livre parut pour appeler la rigueur des lois et la sévérité des tribunaux sur les sorciers, et sur les incrédules qui nient lexistence de la sorcellerie et de la magie ; et ce livre reçut alors les éloges des juges de la littérature (2).

Nous avons déjà rappelé le supplice d’une prétendue sorcière, brülée à Wurtzbourg ,

(1) Dulaure, Histoire de Paris, tome v, pages 36-37. (2) Traité sur la magie par Daugis (in-12, Paris, 1732.), extrait avec éloge, dans le Journal de Trévoux, septembre

1750, pages 1934-1544.

en 1750. À la même époque, dans un pays de lumières, aux rigueurs des magistrats qui ne poursuivaient plus un crime chimérique , survivaient les emportemens de la crédulité populaire. «Il n’y a guère plus d’un demi- « siècle que l’on noyait encore les sorciers en « Angleterre, écrit un voyageur admirateur enthousiaste des Anglais... » Dans l’année «1751, deux vieilles femmes, suspectées de « sortilèges, furent arrêtées; et, dans le cours « des expériences que la populace fit sur ces « malheureuses , en Les plongeant à plusieurs « reprises dans un étang, elles furent noyées, « dans un lieu après Tring, à quelques milles « de Londres (1). » Malgré le voisinage de la capitale , il ne paraît pas que l'autorité ait fait la moindre démarche pour punir deux assassinats, que le voyageur qualifie si doucement d’experiences.

Après un tel exemple, on conçoit qu'en 1760 , dans une des provinces intérieures de la Suède (2), il ait fallu l'autorité et le cou-

(1) Voyage d'un Français en Angleterre (2 vol. in-8°, Paris, 18:16), tome 1, page 490.

(2) En Dalécarlie.… Barbier, Dictionnaire historique,

page 1 195.

ragé de l’épouse d’un grand personnage, pour arracher à la fureur du peuple, douze femmes accusées de magie.

En 1774, l'Allemagne où la philosophie est cultivée avec tant d’ardeur , l'Allemagne n’a-t-elle pas vu de nombreux disciples suivre Gassner et Schroepfer, et embrasser leurs doctrines de miracles , d’exorcismes , de magie et de théurgie (1)? En 1783 , dans le canton de Lucerne, le célébre historien J. Muller et un de ses amis, paisiblement assis sous un arbre, et lisant Tacite à haute voix, furent assaillis et pensèrent être massacrés par une troupe de paysans , à qui deux moines avaient persuadé que les deux étrangers étaient des sorciers (2).

Au commencement du siècle, on a condamné , en France , plusieurs escrocs, qui, parcourant les campagnes, affirmaient aux paysans que l’on avait jeté des sorts sur leurs bestiaux ou sur eux; et. non contens de se faire payer pour lever les prétendus sorts, en dé-

(1) Tiedmann. De Quaestione, etc. pag. 114-115. (2) C. V. de Bonstetten, Pensées sur divers objets de bien public, pages 230-232.

signaient les auteurs, et suscitaient ainsi de violentes inimitiés, et même des rixes meurtrières.

«En 1810, dans les écoles de Rome, on « argumentait encore sérieusement pour sa- «voir si les sorciers sont fous ou possé- « dés (1) ?» On était plus avancé à Paris en 1817; on y a publié deux ouvrages (2) où l’on soutient formellement l'existence de la magie; et où l’on applaudit au zèle des hommes savans et vertueux, qui, jadis, faisaient brüler les sorciers.

Que les fauteurs de ces doctrines’s’applaudissent ; elles sont encore puissantes dans les contrées lointaines où des Colons ont plus souvent porté les vices que les lumières de l’Europe. Les terres élevées et arides des iles d'Amérique sont en proie , en été, à des maladies qui ravagent les haras et les troupeaux, et n’épargnent même pas les hommes. Qu’elles

1) Guinan-Laoureins. Tableau de Rome vers la Jin de 1814, page 2928.

(2) Les Précurseurs de l'Antechrist.— Les superstitions et prestiges des philosophes. Voyez le Journal de Paris, 28 décembre 1855.

aient pour cause la mauvaise qualité des eaux stagnantes dont on est obligé de faire usage , c'est ce qu'on ne peut révoquer en doute, puisque les habitations arrosées par des eaux courantes , échappent constamment au fléau.

Loin de reconnaitre cette vérité, les Planteurs attribuent opinâtrément leurs pertes à des moyens de sorcellerie pratiqués par leurs esclaves; et ils font périr dans les tortures, les infortunés sur qui le hasard a fixé leurs soupçons (1).

Mais est-il besoin de traverser les mers pour trouver des exemples de ces horribles extravagances ? En l’année 1817, dans une commune de la Flandre Orientale , un père a assassiné sa fille , âgée de dix ans, parce que, a-t-il dit, elle était sorcière : il préparait le mème sort, et par un motif semblable, à sa femme et à sa sœur (2). On a prétendu que ce misérable était en délire : quel délire que celui qui, d’un époux, d’un père, fait un assassin |! Quelle effroyable crédulité que celle

(1) Je tiens le fait d’un témoin oculaire.

(a) Voyez le Journal de Paris, jeudi, 3 avril 1817, page 3.

qui conduit à un pareil délire ! Comment qualifier le crime de ceux qui la font naître, de ceux qui l’entretiennent ? ;

Dans notre patrie aussi, dans la France , st justement orgueilleuse de ses lumières, de sa civilisation, de la douceur de ses mœurs, l’erreur a porté ses fruits. Trois ans ne sont pas écoulés, depuis qu’un événement tragique en a offert la preuve. Une paysanne des environs de Dax tombe malade ; un fourbe persuade aux amis qui entourent, que sa maladie est l'effet d’un sort jeté sur elle par une de ses voisines. Ils se saisissent de celle-ci, la frappent violemment, puis la plongent dans les flammes pour la forcer à lever le sort; ils l'y retiennent , malgré ses cris , ses prières , ses sermens ; ce n’est que lorsqu'ils la voient près d’expirer, qu’ils la poussent hors de la maison (1)... Vers la même époque, la ville de Spire était le théâtre d’un scandale moins atroce, mais auquel la qualité des personsonnages imprime un caractère plus remarquable. «L’évêque, mort à l’âge de quatre- « vingt-deux ans, et qui avait légué 20,000 flo-

{ax} Voyez le Constitutionnel, n° du 26 juillet 1526.

DES SCIENCES OCCULTES. 31 « rins à sa cathédrale, n’a point été enterré, « comme ses prédécesseurs, dans une cha- « pelle de son église; le clergé n’a voulu « prendre aucune part à ses funérailles, parce « qu’il accusait ce vénérable prélat de sor.

« CELLERIE (1). » | Aujourd’hui enfin, aujourd’hui même et presque aux portes de la capitale, les campagnes sont infectées de livrets de sorcellerie. Je parle de ce que j’ai vu; j’en ai distingué un , entre autres , imprimé très-récemment :

c’est ce qu’attestaient le caractère typographique, la blancheur du papier, lPétat de conservation et la propreté du livret, si remarquables entre les mains grossières d’un pâtre. Dans celui-là, au milieu d’absurdités et de lambeaux de Grimotre, on trouve des recettes moins innocentes : celle, par exemple, de la composition d’une eau de mort, poison violent, mais indiqué comme propre à transmuer en or tous les métaux ; une autre recette doit servir à procurer l’avortement , et ordonne l'emploi d’un médicament plus énergique , dans le cas où la mère aurait senti remuer son enfant ;

(1) Voyez le Constitutionnel, n° du 15 août 1826, page 4.

tant il est vrai, comme nous l’avons déjà observé., que des lecons de crime se sont mêlées presque toujours aux rêveries des sorciers | Faut-il donc laisser l’erreur s’enraciner ? ou est-ce le devoir d’un homme de bien de la combattre dans son principe, jusqu’à ce que le progrès des lumières préserve de ses atteintes , l'homme même le plus simple et le plus borné ? Faut-il sauver de ses conséquences ceux qui se croiraient un pouvoir surnaturel, et ceux que l’effroi de ce pouvoir tourmenterait d'inquiétudes aussi redoutables par leurs suites, que ridicules par leur origine? ou n'est-ce ici qu’une question oiseuse de philosophie? Sont-ils si éloignés de nous , les siècles où, agitée de terreurs frénétiques et d'autant plus difficiles à guérir par le raisonnement qu'elles ne portaient sur aucun motif déterminé , la multitude dévouait au supplice des êtres paisibles ; où sur un mot, sur un bruit vague, un peuple entier devenait accusateur , juge et bourreau? Ces terreurs qui changent l’homme en bête féroce , n’offrentelles pas un grand moyen de trouble, de vengeance , de pouvoir, à ceux qui les fomentent, à ceux dont le but avoué est d’as-

DES SCIENCES OCCULTES. 33 servir les princes et les nations ? Et dussent les lignes que j'écris me valoir une accusation de sacrilége, de la part de quelques hypocrites de fanatisme, que fais-je, que d’obéir à ma conscience, quand je réduis à sa honteuse absurdité une croyance contraire aux plus chers intérêts de la société humaine, comme à tout ce que peut enseigner de la puissance, de la sagesse et de la bonté de Dieu, une piété véritable?

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