‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 3)Chapitre 20 sur 44 · CHAPITRE XX VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX VII

Conclusion. Principes suivis dans le cours de la discussion. Réponse à l’objection tirée de la perte des notions scientifiques des anciens. Démocrite seul , parmi eux , S'occupa d'observations et de physique expérimentale. Ce philosophe voyait comme nous, dans les œuvres magiques, les résultats d'une application scientifique des lois de la nature. Utilité dont il est d'étudier sous ce point de vue, les miracles des anciens. Les Thaumaturges ne liaient éhsemble, par aucune théorie, leurs notions savantes : c’est un in-

” dice qu'ils les avaient reçues d'un peuple antérieur 4 Les premiers Thaumaturges ne peuvent être accusés d’imposture ; mais il serait dangereux de suivre aujourd’hui leurs traces, en cherchant à subjuguer le peuple par des miracles : l’'obéissance volontaire aux lois est une conséquence assurée du bonheur que

les lois procurent aux hommes.

Nous avons entrepris de rendre à L'histoire de l'antiquité entière, la grandeur que lui

262 DES ri OCCULTES.

faisait perdre un ou apparent de fables puériles, et de montrer, dans les miracles .. dans les œuvres magiques des anciens, le résultat desconnaissances scientifiques plus ou moins relevées , mais positives , que, pour la plupart, les Thaumaturges se transmettaient secrètement , en s'efforçant avec le plus grand soin d’en dérober la connaissance aux autres hommes.

Deux principes nous ont constamment guidés : | :

Îl est absurde d'admirer, ou de rasta de croire , comme surnaturel, ce qui peut être expliqué naturellement ;

Il est raisonnable d’admettre que les conmaissances physiques, propres à opérer un acte miraculeux, existaient, au moins pour quelques hommes, dans le temps et dans le pays où la tradition historique a placé le miracle. |

Nous accusera-t-on,de commettre ici une pétition de principe facile à renverser en niant le fait même du miracle ? Non : il faut un motif plausible pour nier ce qui a souvent été attesté par plusieurs auteurs, et

répété à diverses époques ; ; ce motif n'existe plus, et le miracle rentre dans là classe des faits historiques, dès qu’une explication , tirée de la nature des choses, a dissipé lPapparence surnaturelle qui le faisait regarder comme chimérique.

Mais , encore une fois, comment des connaissances d’un si haut intérêt ne ,sont-elles point arrivées jusqu’à nous ? Comme se sont perdues, sur toute la terre, et les histoires de la plus grande partie des temps écoulés, et tant de lumières en tout genre, dont on ne

dispute point la possession aux anciens. Aux causes générales de destruction qui ont opéré ces vides immenses dans le domaine de l’intelligence humaine , se sont Jointes ici deux

causes particulières dont nous avons signalé l'énergie : l’une est le mystère dont la religion et l’intérèt ; à l’envi, enveloppaient les no-

tions privilégiées; l’autre, le défaut d’une liai-

son systématique qu'aurait ‘4 seule établir entre elles une théorie raisonnée ; liaison sans laquelle les faits isolés se perdent successivement , sans que ceux qui surnagent rendent possible de retrouver ceux qu’enfoncent

En

peu à peu dans l’abime de l’oubli, le laps du temps, la négligence, la crainte , la superstition et l'incapacité. |

Ne jugeons point des connaissances anciennes par les nôtres. La physique expérimentale, considérée comme science , date du dernier siècle. Il n'existait auparavant qu'un empirisme capricieux, dirigé par le hasard, égaré par les rêves de l’alchimie. Plus anciennement, les Romains n’ont fait que copier les écrits des Grecs, qui eux-mêmes, sans tenter plus d'expériences, copiaient, ce qu’ils trouvaient dans des livres plus anciens, ou dans les récits d'auteurs étrangers qu’ils ne comprenaient pas toujours. Démocrite semble seul avoir senti la nécessité d'observer, d’apprendre, de savoir par soi-même (1). Il consuma sa vie à faire des expériences, en notant exactement, dans un livre qui traitait de la Nature, les faits que lui-même avait vérifiés(2). Jusqu'où l’avait conduit des recherches | dans lesquelles äucune théorie ne lui servit

(1) Encyclop. méthod. Philosophie ancienne et moderne. tome 1‘. page 319.

(2) Petron. Satyric. — Vitruv. De Architect. Nb. 1x.° çap. 3.

probablement de guide ? Il est difficile de le deviner, ses ouvrages ayant péri depuis longtemps. Il est sûr, du moins, qu’elles lui avaient acquis, dans l'opinion générale, une trèsgrande autorité. Tel était, en physique et en histoire naturelle, le poids de son témoignage, que des faussaires publièrent., sous son nom, pour les faire circuler, de nombreux volumes remplis de fables ridicules sur les propriétés des minéraux, des animaux et des plantes(r).

Pline, qui cite souvent ces prétendus ouvrages de Démocrite, a cru à leur authenticité : mais Aulu-Gelle nous a révélé l’imposture, et 1l s'indigne Justement de l’outrage fait à la mémoire d’un grand homme.

Dans un passage malheureusement trop concis, Solin (2) semble présenter Démocrite comme engagé dans une lutte fréquente contre les mages, etopposant à leurs prestiges

(1) Aul. Gell. Noct. attic. lib. x. cap. 12. — Columell. De Re rusticé. lib. vir. cap. 5. — Diogen. Laërt.in Democrit. vit. sub. finem.

(2) « Accepimus Democritum Abderitem, ostentatione « scrupuli hujus (catochitis lapidis) frequenter usum, ad « probandam occultam naturae potentiam, in certaminibus « quae contra magos habuit. » (Solin. cap. 1x.)

des phénomènes en apparence prodigieux, et pourtant nâturels, pour leur montrer jusqu’où va l’énergie des propriétés occultes des corps. Démocrite, dit Lucien (1), ne croyait à aucun miracle ; persuadé que ceux qui en font bornent leur succès à tromper, il s’appliquait à découvrir la manière dont ils pouvaient tromper ; en un mot, Sa philosophie le conduisait à cette conclusion, que la magie ( cet art bien connu de lui, puisque des mages (2) avaient été ses instituteurs ), se renfermait toute entière dans l'application et limitation des lois et des créations de la

nature. c ; Ce sentiment, professé par le premier phi- 4

losophe connu qui ait étudié la science comme M

elle le doit être, est précisément celui que |

nous nous sommes efforcés d'établir. Si nous

n’avons pas travaillé enwain, nous sommes

en droit de déduire de ce théorème quelques

conséquences sur les progrès possibles de la

connaissance de la nature, sur l’histoire et sur

les principes de la civilisation.

(1) Lucian. Philopseud.

(2) Diogen. Laërt. in Democrit. vit:

DES SCIENGES OGCULTES. 267 I. Les anciens, jusqu’à une époque à laquelle nous n’avons,pas prétendu remonter, s’occupérent trop de faits particuliers qu'ils ne cherchaient point. à enchainer ensemble.

Les modernes netombent-ils point dans l'excès contraire? Ne négligent-ils pas un peu trop tant de faits isolés, Consignés dans les livres, reproduits même dans les laboratoires, mais que ne recommandent d’ailleurs à nos recherches haucune application immédiate , aucun rapportde liaison ou d'opposition avec les théories existantes ?

é L'histoire naturelle , nous l’avons vu , peut gagner, quelque ske: à l'examen et à la discussion dés prodiges rapportés par les anciens. L'étude de leurs miracles et de leurs opérations magiques ne serait pas non plus sans avantage pour la physique et pour la chimie. En essayant de parvenimaux mêmes résultats que les Thaumaturges , par une route calculée Rnres les moyens d’action qu'ils nous ont laissé entrevoir ou que nous pouvons leur supposer, on arriverait à des découvertes curieuses et même utiles dans leur a Re aux arts : ; et l’on ‘rendrait un grand service à l’histoire de l'esprit humain ; on retrouverait

les débris de sciences importantes , dont la perte, chez les Romains et chez les Grecs, fut déterminée ou accélérée par le défaut absolu de méthode et de théorie.

II. C'est par une conséquence inévitable de ce défaut , que les magiciens, Thaumaturges se montrent inséparables de leurs livres, esclaves de leurs formules, véritables apprentis qui ne connaissent que mécanique-

ment les procédés de leur art, eh n’en distinguent même plus ce qüe la superstition , :

ou le besoin d’en imposer, y a mêlé de cérémonies RE | Les plus anciens comme les plus nouveaux ; offrent ce trait caractéristique. Ils n’avaient donc rien inventé. Déqui tenaient-ils leurs secrets, leurs formules, leurs livres, leur art tout entier ? Nous voici, pour

“ + ; cette branche de connaissances, comme pour 2 | à

toutes les autres, ramemés aux temps indé-

terminés où les sciences furent'inventées ou perfectionnées, pour déchoir ensuite ,ét'ne subsister que par lambeaux incohérens , dans l'esprit d'hommes qui en retenaient les oracles sans les comprendre. Nous voici replongés

SUR ÉRR à dans cette antiquité que histoire indique + sé ;

Le

confusément , mais qui est de si loin antérieure à l’histoire.

III. En nous enfonçant, à l’aide de quelques conjectures probables, dans cette nuit que le cours des temps doit sans cesse rendre plus prôfonde, un trait marquant nous a frappés : l'opinion qui attribuait aux miracles et à la magie, une origine célesté,n@fut point, dans le principe, une imposture ; née de la piété qui oulait que toute espèce d’excellence émanît de la divinité , elle fut entretenue par le style figuré, qui se conformait

Maturellement à à cessentimens religieux. Ainsi, … parmifesJégislateurs qui ont'eu recours à cet agent vénéré , pour donner de la stabilité à leurs ouvrages , les plus anciens au moins ne se. sont pas étayésed’'uñ mensonge’; ils n’ont point professéWlexécrable doctrine qu’il faut tromper. sommes. Ce fut de bonne foi

it inspirés , et qu'ils donnèrent leurs œuvres merveilleuses pour preuves de

qu'ils se.-dir.

leur mission , parce qu'ils rapportaient hum-

blement à la divinité leurs lumières , leurs vertus leurs vues sublimes, et leurs connaissances au-dessus du vulgaire.

Ces grands hommes adoptéraiënt aujour= d’hui une marche bien différente. Aujourd’hui, celui qui chercherait, dans l’art d'opérer dés miracles , un instrument pour agir sur la civilisation | échouerait bientôt, parce qu'il tromperait sciemment + parce que sa Mauvaise foi, contraire à la morale, ne le serait pas moins à l’ésprit de la civilisation perfectible, qui tend sans césse à lever les voiles dont s’enveloppent la nature etflla vérité.

Faut-il en conclure que, privés de ce levier énergique, la législation soit impuissante sur la volonté des hommes, et que, pour diriger leurs actions, elle ait besoin d’une for coac= tive toujours subsistante. Non ! Quoi qué l’on en ait dit de nos jours, il n’est pas besoin de tromper les hommes pouries conduire, quand on ne veut que les conduire au bonheur :

l’homme qui trompe songe moins à Srvirceux qu’il déçoit, qu’à satisfaire son orgueil; son ambition ou sa cupidité. Le besoin d’être gouvernés domine les hommes, dès qu'ils vivent en société ; il s’accroît chez une nation, avec les lumières et le bienlêtre, et em pro= portion du désir raisonné déjouifsans trouble des avantages que l’on possède. C’est dans ce

sentiment que le politique dont les intentions sont droites, trouvera un appui non moins solide que celui qu’il chercherait dans l'intervention prétendue de la divinité ; un appui qui jamais ne le laissera exposé aux mêmes inconvéhiens ni à des conséquences aussi graves , que la fiction religieuse , et jamais ne menacera de s’écrouler sur ses bases minées par la raison et le progrès des connaissances naturelles. Rois !RÉGNEZ POUR Vos PEUPLES !

et bientôt à l'observateur surpris qui demandera à quels prestiges sont dues leur do- “cité et votre puissances vous pourrez répondre , en lui révélant ce principe : « Voilà « toute notre magie ! voilà la source de tous

« nos miracles ! »

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