‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 3)Chapitre 19 sur 44 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Les Thaumaturges pouvaient encore opérer des merveilles avec le fusil à vent , la force de la vapeur de l’eau échauffée , et les propriétés de l’armant. La boussole a pu être connue des Phéaciens, comme des navigateurs de Phénicie. La Flèche d'Abaris était peut-être une boussole, Les Finnois ont une boussole

qui leur est propre ; et l'on fait usage de la boussole, à la Chine, depuis la fondation de l'empire. Autres moyens d'opérer des miracles. Phénomènes du galvanisme. Action du vinaigre sur la chaux. Amusemens de la physique ; larmes bataviques , etc.

Nous touchons au terme de notre carrière :

quelques brillantes que soient les promesses

que nous avons placées dans la bouche du Thaumaturge, nous croyons avoir prouvé qu'il ne lui serait pas impossible de les remplir. |

Le sujet n’est point épuisé : nous pourrions. dans les connaissances que les anciens ont possédées, trouver plus d’un moyen encore de produire des merveilles.

En parlant des armes de jet, nous n’avons point cité celles qu’anime le ressort de l'air comprimé. Aujourd’hui encore, pour les hommes médiocrement instruits , le jeu d’un fusil à vent qui lance sans bruit, sans explo- sion, un projectile meurtrier, aurait quelque chose de miraculeux. Philon de Byzance (1), qui a dù fleurir dans le troisième siécle avant notre ère , a laissé uné description exacte du fusil à vent. Il ne s’en attribue pas l'invention : à quel point celle-ci peut-elle étre ancienne ; c’est ce que personne#n’osera décider. Plu-= . sieurs histoires parlent d’aiguilles empoisonnées quon lançait avec le souffle ; l’abrévia- . teur de Dion Cassius (2) cite deux exemples de ce crime impunément commis ; nôus ré- . péterons ce que nous avons eu tant de fois occasion de dire : combien, avec un pareil secret, n'est-il pas aisé d'opérer des miracles !

(x) Revue encyclopédique. tome xxur. pages 529 et sui. (2) Xiphilin. in Domitian... in Commod.

La force de l’eau, vaporisée par la chaleur, est un agent dont l’emploi à , de nos Jours, changé la face des arts mécaniques, et qui, imprimant à leur action un progrès toujours croissant, prépare, pour les générations qui nous suivront , une puissance d'industrie dont nous ne pouvons point mesurer les résultats.

Cet agent a-t-il été absolument inconnu aux anciens ? Deux faits autorisent à en douter ; Pun appartient à un savant du Bas-Empire, Anthème de Tralles, que nous avons déjà cité. Agathias, son contemporain, raconte que, pour se venger de Jhabitant d’une maison voisine de la sienne , il remplit d’eau plusieurs vases sur lesquels il fixa des tuyaux de cuir assez larges par le bas pour couvrir hermétiquement les vases, et fort étroits par le haut. Il en attacha les orifices supérieurs cofitre les solives qui soutenaient les planchers de la maison en butte à son courroux; puis il fit bouillir l’eau ; la vapeur bientôt se répandit dans les tuyaux, les enfla, et imprima une commotion violente aux solives qui s’opposaient à sa sortie (1)... Le cuir se serait

(1) -Agathias. De Rebus Justiniani. lib. y. cap. 4.

DES SCIENCES OCCULTES. | 245 déchiré cent fois avant qu’une solive fût légé- rement ébranlée. Oui : mais ces tuyaux étaientils réellement de cuir? et le physicien de Tralles n’accrédita-t-il point cette erreur, pour mieux cacher un procédé dont il voulait se réserver la propriété? L’explication rapportée par le crédule Agathias (1), toute’bizarre qu’elle est , indique qu'Anthème connaissait la force prodigieuse que développe l'eau réduite en vapeurs.

L'autre exemple nous conduit sur le bord du Wéser : là , Bustèrich recevait les hommages des Feutons. Son image, fabriquée en métal, était creuse; on la remplissait d’eau ; on fermait , avec des coins de bois. les trous

ratiqués aux yeux et à la bouché : puis on hill s PUS mettait des charbons embrasés sur la tète, jusqu’à ce que la vapeur de Peau échauffée fit sauter les coins avec fracas, et se répandit

(1) Le même historien avait également adopté (loc. citat.) une explication trompeuse de la merveille que nous avons citée à la fin du chap; xxvr. Suivant lui, Anthème l’opérait avec des machines bruyantes, et un miroir concave dont le mouvement faisait voltiger çà et la des images éblouissantes

du soleil : un si faible artifice n'aurait pas persuadé à un

homme un peu instruit, comme était l'ennemi d'Anthème,

* qu’on lançait sur sa maison les feux du tonnerre,

au dehors en torrens de fumée (1), signes de | A ° k # ; o.

la colère du Dieu aux yeux de ses grossiers adorateurs.

Si, d’un peuple peu civilisé, on descend jusque dans l’enfance de la société , on rap-

prochera de l'image miraculeuse du dieu Teuton, les armes de jet des indigènes de la AL Guinée ; leur explosion est accompagnéeïde re ;, Quoique. ce ne soient point

des mousquets (2) ; ce fait semble. indiquer nn moteur analogue à la vapeur de Peau.

Il serait au moins curieux de s’en éclaircir. Savons-nous. aussi jusqu’à quel point les Thaumaturges anciens faisaient usage de Pai-

mant ? Sa propriété attractive leur était assez

connue, pour avoir servi, dit-on, à suspendre miraculeusement, à la voûte d’un temple d’Av la statue de Sérapis (3), et celle de

(1) - ol Fist ttinerariae. pages 34-35. (2) Nouvelles Annales des Voyages. tomer. page 73. (3) Suivant Suidas (verbo Magnés), la statue suspendue

à-la voûte du temple d'Alexandrie était d’airain. Un fort clou .

placé dans la tête suffisait pour que l’aimant la soutint. Cet auteur s'exprime même comme si la statue avait été suspendue en l'air, entre la voûte et le sol. Après avoir fait, sur ce point, la part de lexagération, nous observerons qu'il pouvait y

CEA REP RÈROS Le

DES SCIENCES OCCULTES. 247 Cupidon, dans le temple de Diane(1). Sa propriété répulsive n’était pas ignorée ; mais suivant l’usage adopté pour redoubler les voiles du mystère, on disait, on voulait faire croire qu’elle n’appartenait qu’à une sorte d’aimant, l’aimant d’Ethiopie (2). Nous savons combien sont actives aujourd’hui, dans les jeux de la physique expérimentale , l'attraction et la répulsion magnétiques : rappelons ngus que ces jeux furent des miracles dans les temples.

L'Europe moderne réclame la découverte de la propriété qui anime la boussole : cette prétention est contestable, si elle est exclusive.

| Let Û ) al , " .

Un pässage remarquable de l'Odyssée a ins-, piré à un savant anglais une conjecture ingénieuse : Alcinoüs (3) dit à Ulysse que les. ” | “ avoir des moyens de laisser difficilement apercevoir le point de contact du clou de fer avec la voûte. #

(x) Cassiodore ( Farior. lib. r. Epist. 4$) ne parle point de :l’aimant; maïs il en indique assez l'effet, en disant que la statue suspendue en l'air, sans aucun lien, était de fer. Isidore de Séville (Origin. lib. xvr. cap. 4.)ne nomme point le temple; mais il dit qu’on y voyait une statue de fer suspendue en l'air par la vertu de l’aimant.

(2) Zsid. Hispal. Origin. lib. xvi. cap. 4.

3) Homer, Odyss. üb. vi. vers. 553-563...

navires phéaciens sont animés et conduits par une intelligence ; qu’ils n’ont point, comme les bâtimens vulgaires , besoin de pilote et de gouvernail ; qu'ils traversent les flots avec la plus grande vitesse , malgré l’obscurité profonde de la nuit et des brumes, sans courir jamais le risque de se perdre. M. William Cooke explique ce passage, en supposant que les Phéagiens connaissaient l'usage de la boussole, et qu'ils avaient pu l’apprendre des Phéniciens (1).

Sur cette conjecture, nous ferons quelques

observations :

M1? Son auteur pouvait s’étayer de ce que dit Homère, à plusieurs reprises, sur la rapidité de la marche des vaisseaux phéaciens (2). Dirigés au large par la boussole, leur vitesse devait, en effet, paraître prodigieuse à des

navigateurs que la crainte de perdre trop

long-temps la terre de vue, forçait à longer

presque toujours les côtes.

2° Le style figuré qui caractérise le passage:

“en William Cooke. #n Enquiry in to the Patriarchal and Druidical religion, etc.in-4°. London 1754 page 22. (2) Homer Odyss. lib. vu. lib. var. lib. xur.

cité, convient à un secret que le poëte ne connaissait que par ses résultats. Homère transforme ainsi en miracle un fait naturel ; ‘et quand il raconte que Neptune changea en rocher le navire qui ramena Ulysse dans sa patrie, afin que les Phéaciens ne sauvassent plus les étrangers des dangers .de la mer , il adopte cette opinion dont nous avons déjà indiqué l’origine (1), pour exprimeique le secret qui rendait si sûre la navigation, s'était perdu chez les sujets d’Alcinoüs.

3° Que les Phéniciens aient connu l’usage de la boussole, c’est ce qu'il est difficile de

ne point admettre , quand on se rappelle les ”

fréquens voyages que leurs navigateurs faisaient auxÎles Britanniques : mais qu’iis eussent communiqué ce secret aux habitans de Corcyre, c'est ce que rien ne prouve. Homère, si exact à recueillir toutes les traditions relatives aux communications des anciens Grecs avec

l'Orient , ne nous fournit à cet égard aucun renseignement. Mais il nous apprend que les Phéaciens avaient habité long-temps dans le voisinage des Cyclopes , et s’en étaient ré-

(x) Ci-dessus, chap. 3. pages 22-24.

cemment éloignés. En même temps, il donne aux Cyclopes le titre d'hommes très-ingénieux (1) : titre bien dù à des artistes versés | dans la docimasie et la pyrotechnie, et qui, depuis plus de trente siècles, ont laissé leurs noms à dés monumens gigantesques d’architecture , en Italie, en Grèce et en Asie. Nous avons établi aîlleurs(2), et peut-être avec quelque probabilité, que les Cyclopes, comme les Curètes, appartenaient à une caste savante , venue d'Asie én Grèce, pour civiliser et gouverner quelques peuplades pélasgiennes. Il serait peu surprenant que lesPhéaciens eussent

profité de l’instruction de cette ‘easte, ‘avant

d’être assez fatigués de son despotisme pour s’en séparer sans retour. On voit même que leur habileté ou leur bonheur dans les voyages sur mer, Cessa bientôt après cette séparation.

Le père d’'Alcinoüs l'avait déterminée ; et sous Alcinoüs , les Phéaciens rénoncérent à [EI navigation. Ne serait-ce point parce que les instrumens qu’ils tenaient de la libéralité de

te , Homer. Odyss. b. vi. vers {-8.

») Essai historiqueet ROpRES ue sur les noms d'hommes;

hs un et de lieux. $ 81. tome 11. pages 161-172:

leurs anciens maîtres avaient péri, et qu'ilsne

savaient point en fabriquer d’autres?

IL reste à établir que les Cyclopes possédaient une connaissance si précieuse ; et cela est à peu prés impossible.

On sait seulement qu'ils étaient venus de Lycie en Grèce ; mais peut être: n’avaient-ils fait que traverser la Lycie , et venaient-ils d’une contrée plus intérieure de l’Asiejeomme lhyperboréen Olen, lorsquil apporta en Grèce, avec un culte religieux et des hymnes, les élémens de la civilisation,

IL vint aussi des extrémités de FAsie, dans la Grèce et dans lItahe , cet Abaris, hyperboréen ou scythe, doté par le Dieu qu'il ado-

rait d’une flèche à l'aide de laquelle il par-

courait l'univers. On a dit jadis poétiquement, et Suidas: et lamblique ont répété, que, grâce à ce don précieux, 4baris traversait les airs (1).-On a pris à la rigueur cette expression figurée. Maïs le même lam- blique raconte immédiatement, après … que

(x) Suidas. verbo Abris. — Iamblich. vit. Pythagor. + cap. 28. — Voyez aussi Herodot. lib. rv. $ 36, — Diod. Sic. lib. ur. cap. 11.

À É è va

«Pythagore déroba à Abaris la flèche d’or « avec laquelle il se dirigeait dans sa route « (qud se gubernabat)... que, lui ayant ainsi « ravi et caché la flèche d’or sans laquelle il « ne pouvait discerner le chemin qu'il devait suivre, Pythagore le força à lui en décou- Cvrir la nature (1).» A la prétendue flèche, substituons une aiguille magnétique , de mêémedforme , d’une grande dimension, et qu’on a dorée pour la préserver de la rouille :

au lieu d’une fable absurde , le récit d’Iam-

blique contient un fait vrai, raconté par un

homme qui n’en pénètre point le ARE scientifique. Û

Tout ceci néanmoins n’offre que des con-

jectures plus ou moins plausibles. Citons un

fait : les Finnois possédent une boussole qui ne leur à certainement pas été donnée par les Européens, et dont l’usage remonte, chez eux, à des temps inconnus. Elle offre cette particülarité qu’elle désigne le levant et le couchant d'été et d'hiver, et qu’elle les place d’une manière qui ne peut convenir qu’à une

+ (4) Zamblich. loc. cit.

DES SCIENCES OCCULTES. 253 latitude de 49° 20’(r). Cette latitude traverse, en Asie, la Tatarie entière, la Scythie des

anciens. C’est celle sous laquelle Bailly avait été conduit à placer le peuple inventeur des sciences (2); celle sous laquelle, comme l’a observé Volney (3), a été écrit Le Bouñdehesch , le livre fondamental de la religion de Zcroastre. En la suivant, elle nous conduit , l’est, dans cette portion de la Tatarie, dont les populations, tantôt conquérantes et

tantôt sujettes . ont eu constamment des re-

lations intimes avec l'empire chinois. Or, l’existence ancienne de la boussole, en Chine,

n’est contestée par personne. On, n’arguera

même point de faux, la tradition (4) suivant

laquelle , long -temps avant notre ére, un héros chinois se servit avec succés de la bous-

(1) Wouvelles Annales des Voyages. tome xvur. page 414.

ue Bailly. Lettres sur l'origine des sciences. l’Atlantide.

(3) Volney. OEuvres complètes, tome 1v. pages 202-203.

(4) Abel Remusat. Mémoire sur les relations politiques des rois de France avec les empereurs mongols (Journal asiatique, tome 1. page 137).

.… Lettressur

N.B. Les Hindous font usage de la boussole, et rien n’an-

nonce qu'ils aient reçu des Européens l'usage de cet instrument.

sole, pour se frayer une route au milieu des ténébres. ; |

En retrouvant à la fois la boussole chez les Finnois et à la Chine, il est naturel de se souvenir que l’usage des noms de famille, inconnus si long-temps en Europe , mais existant de toute ancienneté à la Chine, paraît avoir passé de ce pays, chez les Samoïèdes, les . Baschkirs et les Lapons (x). L'extension qu’en des temps inconnus à prise ainsi une institution utile et populaire, nous indique quel chemin a pu faire, mais seulement parmi les disciples de la Caste savante , un secret dont la possession opérait des merveilles aussi utiles et plus brillantes. Elle rend probable ce qui d’abord semblait chimérique, que de la latitude sous laquelle la religion de Zoroastre a pris naissance (2), la connaissance de la

(1) Eusèbe Salverte. Essai historique et philosophique sur les noms d'hommes, de peuples et de lieux. $ 21. tome. r. . pages 35-44.

(2) Isidore de Séville (Origin. lib. xvr. cap. 4.) dit que l’'aimant a d'abord été trouvé dans l'Inde, et a reçu en conséquence le nom de Lapis indicus. Mais ce renseignement vague et isolé ne nous a point paru suffire pour que nous dussions chercher dans l’Hindoustan lorigine de la bous-

sole.

EP

boussole à pu parvenir dans les contrées occidentales de PAsie Mineure , où cette même religion était arrivée , et où él

Île avait naturalisé la pratique de miracles propres aux sectateurs du culte du feu (1). ji Hitons-nous de le dire, pour prévénifiiles objections oùmune partialité assez légitime se mélerait à un juste amour de la vérité : l’existence de certaines connaissances dans l’antiquité et chez des peuples qui nous ont été long-temps inconnus, ne prouve point du tout que , dans les temps modernes, les Européens n'aient pas éventé véritablement les arts et les sciences qu'ilstont retrouvés. L'art de la typographie est aussi ancien à 11 Chine et au Thibet que l’histoire même de ces contrées : c’est depuis moins de quatre siècles que léigénie de Faust, Schoeffer et Guttemberg en a enrichi la civilisation européenne. C’est depuis quinze ou seize lustres que lé progrès des sciences nous a conduits à reconnäître , dans les récits de l'antiquité, l’art retrouvé par Franklin de commander à la foudre. Les savans, embarrassés pour fixer

(x) Voyez ci-dessus, chap. xx.

l’époque de la reéinvention de la boussole et

de la QE ui le sont moins pour

déclarer que Pusage ne s’en est répandu en Europe que depuis cinq à six cents ans. Les secrets de la Thaumaturgie devaient être fort multipliés ; puisque la caste savante n’étudiait guère la physique que pour yatrouver ; avec de nouveaux miracles, de nouveaux moyens d’étonner, d’effrayer et de dominer. Si donc, dans le nombre de ces secrets , plusieurs ont péri sans retour avec les prêtres et les temples, il peut'en être d’autres dont la mémoire, ensevelie sous une enveloppe fabuleuse dans quelques documens#anciens , sortira un jour de cétte espèce de tombeau, réveillée par des découvertes heureuses qui ; sans honorer moins leurs auteurs et l'esprit humain, ne seront pourtant que des r'einwentions. |

On pourrait tenter quelques essais en ce genre.

Le hasard avait révélé à Cotugno les premiers phénomènes du galvanisme ; comme il les révéla ensuite à Galvani, qui a mérité le titre d’inventeur, en perfectionnant par l’exa-

men et le raisonnement, une connaissance

d’abord fortuite. Si le hasard eût enrichi de la même découverte un FE AR de quels miracles n’eût-il pas effrayé ses ad- mirateurs , en se bornant aux premières notions du galvanisme , et aux expériences qu’elles le mettaient à portée d'exécuter sur le corps d’un animal récemment privé de la vie ! m0:

- Des notions moins relevées serviraient encore. dans plus d’une occasion, les desseins du Thaumaturge. : Au mois d’août 1808, on trouv# sur l'autel deléglise patriarchale de Lisbonne, un œuf qui, n’offrant d’ailleurs la trace d’aucune opération faite de main d'homme, portait, sur sa coque, l'arrêt de mort de tous les Français. Ce miracle causa une fermentation inquiétante parmi les Portugais , Jusqu'à ce que les Français eussent placé dans les églises, et distribué dans la ville, un grand nombre d’œufs qui portaient écrit, sur leurscoque $ le dé- . menti de cette prédiction. Une proclamation, affichée avec profusion, expliqua en même temps le secret du miracle : il consiste à écrire

sur la coque, avec un corps gras, et à tenir If. 47

ensuite l'œuf, pendant un certain temps,

plongé dans un acide (1).

Par le mère procédé, on graverait des lettres, des hiéroglyphes, en creux ou en relief, sur une table de pierre calcaire ; sans que rien ensuite décelât le travail d’une main mortelle. Or, les anciens connaïssaient l’action énergique qu’exerce le vinaigre sur la plupart des pierres; quoiqu’ils l’aient fort exagérée, en adoptant le conte dont on a chargé l’histoire du passage des Alpes par Annibal(2}). «

Descendons jusqu'aux amusemens désla physique expérimentale. Supposons que les

Thaumaturges ancieñs aient connu des mven- |

tions dont les effets singuliers étonneront tou-

jours le vulgaire ; les larmes bataviques (3), #

(1) P. Thiébault, Relation de l'expédition de Portugal.

pages 170-171. | (2) Plin. Hist. nat. lib, xxxur. cap. 1 et 2. — Dion. Cass.

jib. xxxvur. cap. 8. — Le conte dont il s’agit n’aurait-1l pas :

pris sa source dans quelque manœuvre employée par Annibal, pour rendre à ses troupes , le courage que leur ôtait la multiplicité des obstacles qu’elles avaient à vaincre dans leur marche.

(3) Larmes de verre que l'on ne brise point; en frappant |

RTE se <

par-exemple ; ou les matras de Bologne (x); des jouets d'enfant même ; tels ge le £aleïdoscope ou ces petites poupées (2) qui, placées sur la table d'harmonie d’un instrument de musique , se meuvent en mesure, et tournent ; comme en walsanté l’une autour de l’autre. De tout ce que l’on pourrait opérer de merveilles avec des procédés si peu importans, n’est-on pas en droiftde conclure qu'un grand nombre de miracles, dans l’antiquité, procédaient de semblables causes? Les procédés sont perdus ; le souvenir des effets est resté.

Nous pourrions multiplier les suppositions

avec un marteau leur surface sphérique , et qui tombent en poussière, dès qu’on rompt le fil qui forme leur queue.

(1) Petites bouteilles en forme de poires, de verre blanc non recuit, On peut faire rouler dedans, sans les endommager, une bille d'ivoire ou de marbre. Si l’on y laisse tomber un fragment de silex de la grosseur d’un grain de chenevis,

. le matras se brise dans la main en cinq ou six morceaux. Ces

matras et les larmes bataviques n LL eu que la curiosité; on n’en fabrique presque plus : quand on n’en fabri-

. quera plus du tout , le temps pourra venir où l’on refusera de croire à leurs propriétés miraculeuses ; elles paraîtront absurdes.

(2) Ge jouet était connu, il y a dixans, souslenom dQganso-

. musicomanes.

va

du même genre : mais nous croyons en avoir assez dit Pos atteindré, Je but. En mettant detcôté ce qui a appartenu à Pescamotage , à Vimposture , au délire de l'imagination , 1l n’est point de miracles anciens qu’un homme versé dans les sciences modernes ne püt opérer ; soit immédiatement , soit en s ’appliquant à em percer le mystére et à en découvrir les causés ; et les mêmes sciences donneraient la facilité d'opérer d’autres mira-

clés, non moins nombreux et non moins brillans que ceux quiremplissent les histoires.

L'exemple de ce que les modernes pourraient

opérer en fait de magie, suffit à l'explication dé la magie des anciens.

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