‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 3)Chapitre 26 sur 44 · tome 1. pages · texte numérisé non relu

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(2) Ibid. ibid. page 57.

(3) Moreri. Dictionnaire histor ique , art. Saint Julien. — M. Duchemin-La-Chenaye donne, au théâtre de cette vic-

DES SCIENCES OCCULTES. 283 dragon, dans le système que nous discutons ‘agon, ÿ

représentera les débordemens du Loir, qui coule dans le voisinage. Ils seront aussi figu-

. rés par le dragon de neuf ou dix toises de

long, dont triompha, vers la fin du IV: siècle, . saint Bié ou Bienheuré ermite , habitant près de Vendôme, dans une caverne à côté d’une fontaine (1). Les débordemens de la Moselle le seront par le Graouilli,serpentmonstrueux que vainquit à Metz saint Clément (2); et ceux du Clain , par le dragon de Poitiers qui se cachait près de cette rivière, et dont la mort fut un bienfait de sainte Radegonde, vers le milieu du VI° siècle (3).

On expliquera de même, par les débordemens du Rhône, l’histoire du monstre de Tarascon, que sainte Marthe, au premier siècle attacha avec sa jarretière etifit mourir ,

toire, le nom\de la Roche-Turpin. Mémoires de l’Académie celtique. tome 1v. page 311.

(1) M. Duchemin-La-Chenaye. Ibid. pages 308 et suivantes. |

(2) A. Lenoir. Du Dragon de Metz, etc. Mémoires de l’Académie celtique. tome u. pages 1 et suivantes.

(3) M. Jouyneau-des-Loges. Mémoires de l'Académie cel-

. tique. tome v. page 55.

pe x

et dont la représentation, nommée T'arasque, est encore aujourd'hui portée en procession dans la ville, le lendemain de-h Pentecôte (1). Les débordemens de la Garonne auront pour emblème le dragon de Bordeaux , cédant à la vertu de la verge de saint Martial (2) au XI: siècle, et Le. dragon de saint Bertrand de Comminges, subjugué par l'évêque saint Bertrand, en 1076 (3).

Ainsi le dragon dont saint Marcel délivra Paris (4), celui dont un monument attestait les ravages au village de Torcy, près de Lu-

néville (5), et le dragon ailé de Fabbaye de

(1) Rouvière. Voyage du tour de la France. in-12. 1913. pages 401-402.— Dulaure. Description des principaux lieux de la France. tome 1. page:16. art. Tarascon. — Millin. Voyage dans le midi de la France. 4 vol. in-80. tome ur. page 451-553. La figure de la Zarasque se trouve dans latlas du Voyage, planche 63, mais elle est peu exacte.

(2) M. Decayla Mémoires de l’Académie celtique. tome1v. pages 272-284.

(3) M. Chaudruc. Mémoires de l'Académie celtique tome 1v. page 313.

(4) Les Vies des saints pour tous les jours de l'année. 2 vol. in-4o. Paris, 1934. tome 11. page 84. Wie de saint Mar: cel, 3 novembre. — Gregor. Turon. De glorid confess. cap. 89. — On croit que saint Marcel octupa le siége épis copal de Paris vers la fin du IVe siècle.

(5) D. Calmet. Journal de Verdun, juin 1957. page 454,

DE

LÉ

DES SCIENCES OCCULTES. 285 Fleury (1) offriront les images de la Seine, de la Meurthe et de la Loire débordées.

Ainsi, à Lima, le jour de la fête de saint Francois d'Assise, si l’on voit figurer à la procession, un monstre idéal nommé Terasque (2) (dont le nom rappelle la T'arasque provençale), on se rappellera que Lima, peu éloignée de la mer, est arrosée par une rivière qui fournit de l’eau dans chaque maison.

Ainsi, M. Champollion explique avec vraisemblance lhiéroglyphe des deux énormes serpens à tête humaine que l’on voit dans l'église de Saint-Laurent de Grenoble, par le proverbe : «S'erpens et draco devorabunt urbem , transporté dans la langue vulgaire en ces deux vers :

« Lo serpein et lo dragon Mettront Grenoble en savon, »

faisant allusion ainsi à l'emplacement de la

(1) Du Cange. Glossar. verbo Draco. 2... tom. 1. pag. 1645.

(2) Tableau de l’état actuel du Pérou, extrait du Mercurio peruviano. — Annales des Voyages, par M. Malte-Brun. tome 1. page O2.

Fi €

ville, située à l'embouchure du Drac(Draco), dans l’/sère , representé par le serpent, dont cette rivière imite assez, par son cours , les replis tortueux (1). » La comparaison des sinuosités d’un fleuve aux replis d’un serpent, se retrouve en effet dans le langage populaire et dans les noms qui en sont émanés, autant que dans les métaphores des poëtes. Près d’'Héléno-Pole, ville de Bithynie, coulait le fleuve Draco, Dragon : ce nom, dit Procope (2) lui avait été donné à cause de ses nombreux détours qui obligeaient les voyageurs à le traverser vingt fois de suite.

Par une raison analogue, sans doute, une rivière qui sort du mont Vésuve, et arrose les murs de Vuceria ( Nocera), portait aussi le nom de Dragon (3).

Cette explication est encore fortifiée par un aveu d’autant plus remarquable que Pécrivain à qui il est échappé a recueilli et présenté d’abord comme des faits certains, tous

(a) Dissertation sur un monument souterrain existant & Grenoble. in 4°. an xrr.— Magasin encyclopédique. xx° année. tome v. pages 442-443.

(2) Procop. De aedific. Justin. ib. v. cap.»

(3) Procop. Hist. Misc. lib. 1. cap. 55.

les contes populaires sur les dragons et les serpens monstrueux, qu’au commencement du XVIIT: siècle, on débitait dans l’intérieur ‘ de la Suisse. Scheuchzer (1) convient que l’on a donné souvent le nom de Drach( Draco) aux torrens impétueux qui se répandent tout d’un coup en avalanches. Ze dragon, s’écriet-on alors, à fait irruption... ( Erupit Draco !). La cavité où le torrent prend sa source , et celle où s’engloutissent ses eaux durent s'appeler, en conséquence, Trou du dragon, Marais du dragon, noms que nous retrouverons dans plusieurs lieux rendus célèbres par quelqu’une des légendes qui nous occupent.

Malgré la vraisemblance que présentent plusieurs de ces rapprochemens , deux ob- Jections graves repoussent le système qu’ils sont destinés à établir.

S'il est aussi facile à un pouvoir surnaturel d'arrêter les débordemens de la mer ou d’un fleuve que de mettre à mort un ser-

(1) Scheuchzer. Itinera per Helvetiae alpinas regiones. etc. tom. 11. pag. 377-*97.... Vide pag. 306 et pag. 383. 384. 389. 300.

pent monstrueux , la parité n’existe pas pour les forces 'bornées d’un homme ordinaire. Or, nous verrons figurer, dans les légendes, des chevaliers, des soldats, des bannis, d’obscurs malfaiteurs qu'aucune grâce céleste n’appelait à opérer des miracles. À qui persuadera-t-on qu’un seul homme , quel que füt son zèle ou son pouvoir, soit parvenu à faire rentrer dans leur lit, la Loire ou la Garonne couvrant au loin la plaine sous leurs eaux débordées ?

2° La multitude des légendes ne permet pas de croire qu’en des lieux et des temps si divers, on se soit accordé à figurer par le même emblème des événemens semblables, mais particuliers à chaque époque. Un emblème constamment identique suppose un fait, ou plutôt une allégorie recue dans tous les temps et dans tous les lieux. Telle est celle du triomphe que remporte le vainqueur céleste, le principe du bien et de la lumière , sur le principe des ténébres et du mal , figuré par le serpent.

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Légende du Serpent, transportée des tableaux astronomiques, dans la mythologie et dans l’histoire.

- Nous ne retracerons point ici , dans ses dé- tails, le tableau astronomique de ce triomphe éternellement renouvelé : observons seulement que trois objets accessoiress’y groupent, dans presque toutes les légendes, avec le sujet principal ; une vierge, une jeune fille, ou une femme; un abime, une caverne ou une grotte ; et la mer, une rivière, une fontaine ou un puits (1). On retrouve même une partie de cette légende mise en action, si je puis m'exprimer ainsi, dans la manière dont recevaient leur nourriture les dragons sacrés d'Épire, de Phrygie et de Lanuvium : elle leur était portée dans leur caverne par une

(1) A. Lenoir. Du Dragon de Metz, eic. Mémoires de l'4cadémie celtique. tome 11. pages 5-6.

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