‹ Des sciences occultes ou essai sur la magie, les prodiges et les miracles (volume 3)Chapitre 27 sur 44 · IT · texte numérisé non relu

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vierge, qu'attendait une punition terrible , si elle avait usurpé son titre (x).

La mythologie grecque est trop connue pour que nous ayons besoin de rappeler Apollon, perçant de ses flèches le serpent Python, à l'entrée de la grotte où la vierge Thémis rendait ses oracles ; Jason que, sur les bords du fleuve de la Colchide , le secours de Médée , vierge encore, rend vainqueur du dragon qui gardait la toison d’or ; ou Hercule et Persée, délivrant Hésione et Andromède , prêtes à devenir la proie d’un monstre sorti de la mer.

Suivant une légende que la foi chrétienne ne consacre que dans le sens figuré , mais que les peintres et la foule des croyans ont adoptée dans le sens propre, saint Michel terrassa et perça de sa lance un dragon vomi par l’abfme infernal, le même.suivant Dupuis, qui, dans l’Apocalypse , poursuit la vierge céleste. À une demi-lieue du chemin de Baruth (l’ancienne Berythe ), on voit la caverne où se retirait un dragon tué par saint Georges,

(1) Aelian. De Nat. anim. lib. x1. cap. 2 et 16. lib. xir. cap. 30. — Propert. Eleg. lib. 1v. eleg. 8.

DES SCIENCES OCCULTES. 201 à linstant où 1l allait dévorer la fille d’un roi du pays (1).

Sainte Marguerite appartient , ainsi que saint Georges, à une époque que la chronologie n’a pasla prétention de fixer. Elle triomphe d’un dragon ; et de la tête du monstre, cette vierge , élevée depuis au séjour céleste, tire une escarboucle, un rubis, emblème de étoile brillante de la Couronne boréale (Margarita ) placée, dans le ciel, prés de la tête du Serpent.

Dans l’histoire de Dieudonné de Gozon, figure aussi « la pierre sortie de la tête du dragon tué à Rhodes par ce héros, et conservée, dit-on, dans sa famille. Elle était de la grosseur d’une olive , et de plusieurs couleurs éclatantes (2).

Elle remonte à une haute antiquité, l'erreur qui, transformant en fait physique une allégorie astronomique, décore d’une pierre brillante , la tête des serpens. « Quoiqu'un serpent ait un rubis sur la tête, néanmoins il

(1) Thévenot. Relation d'un voyage fait au Levant, etc. in-4°. Paris, 1668. page 442.

(2) Dictionnaire de Moréri, at. Gozon (Dieudonné). Gazon mourut en 1353.

sera dommageable» dit un philosophe Hindou qui avait recueilli dans ses Proverbes les enseignemens des siècles les plus reculés (1).

Pline, Isidore et Solin parlent de la pierre précieuse que porte dans sa tête le Dragon (2). Deux traditions hélvétiennes présentent un serpent donnant une pierre précieuse à un homme , en signe d'hommage ou de reconnaissance (3). Fidèle à ces vieilles croyances , la langue populaire du Jura désigne encore sous le nom de V’ouivre (4) un serpent ailé, immortel , dont l'œil est un diamant.

Née de lexpression figurée de la position relative qu’occupent dans les cieux les constellations de Persée, de la Baleine , de la Couronne, du Serpent, etc., la légende, nous l'avons vu, a été ensuite rapportée à la vic-

(1) Proverbes de Barthovherrt, etc. insérés dans l'ouvrage d'Abraham Roger. — Le Théâtre de l'idolätrie , ou la Porte ouverte, etc. traduction française. 1 vol. in-$°. Amsterdam , 1560. p. 528.

(2) Plin. Hist. nat. ib. xxxvu. cap. 10. — Isidor. Hispal. Origin. lib. xvi. cap. 13.— Solin. cap 33.

(3) Scheuchzer. Itinera per Helvetiae alpinas es omN ES tom. 111. pag. 381 383.

(4) Mémoires de la Société des Antiquaires de France. tome VI page 217.

toire du soleil du printemps sur lhiver et de la lumière sur les ténèbres. L’escarboucle ou rubis qui y tient sa place, et dont Ovide (1) décore le palais du soleil , était en effet consacré à cet astre, à cause de sa couleur d’un rouge flamboyant (2).

Presque toutes les mythologies reproduisent, avec quelques variétés , la même légende. |

Sur un monument découvert à Thèbes, Anubis est représenté comme le sont , dans les peintures chrétiennes, saint Michel et saint Georges : il est armé d’une cuirasse ; dans sa main est une lance dont il perce un monstre qui a la tête et la queue. d’un ser-

pent (3).

452 ATEN Er Flammasque imitante pyropo.

Ovid. Metamorph. lib. 11. vers. 2.

(2) Le cardinal Dailly et Albert-le-Grand, évêque de Ratisbonne, dit Cartaud de la Villatte, distribuent les planètes aux religions. Le soleil e(t échu à la religion chrétienne ; c'est pour cela que nous avons le soleil en singulière vénération, que la ville de Rome est ville solaire, et que les cardinaux qui y résident sont habillés de rouge, qui est la couleur du soleil. » Pensées critiques sur les mathématiques. { vol. in-12. Paris, 1753. page 38. avec approbation et privilege.

(3) A. Lenoir. Du Dragon de Meiz, etc. Mémoires de l'4cadémie celtique. tome 11. pages 11-12.

294 à DES SCIENCES OCCULTES.

Dans une suite de narrations, dont les compilateurs ont emprunté à Pantique mythologie de l’'Hindoustan la plupart de leurs récits merveilleux, on voit figurer jusqu’à trois fois des monstres, qui tantôt prennent la forme d'un énorme serpent (1), tantôt dragons gigantesques , battent de leur queue leurs flancs couverts d’écailles (2) : chaque année, de jeunes vierges ont assouvi leur voracité ; c’est à l’instant où la fille d’un roi doit en devenir la victime , qu’ils succombent sous les coups d’un guerrier aidé par des puissances surnaturelles.

Chéderles, héros révéré chez les Turcs, « tua, disent-ils, un dragon monstrueux, et sauva la vie à une Jeune fille, exposée à sa fureur. Après avoir bu les eaux d’un fleuve qui l'ont rendu immortel, 1l court le monde sur un cheval immortel comme lui (3). » Le commencement du récit rappelle les. mythes hindous et les fables d’Hercule et de Persée ;

(1) Les Mille et une nuits, traduction d'Ed. Gauthier ..5 vol. in-8°. Paris, 1822-1823. tome v. pages 425-420. |

(2) Tbidem. tome vi. pages 303-305. et tome v. pages 425-

(3) Noël. Dictionnaire de la Fable. art. Chéderles.

la fin offre l'emblème du soleil, voyageur immortel, qui ne cesse de faire le tour du monde. | Parmi les figures sculptées sur le granit, que l’on a découvertes dans la ville déserte de Palenqui-Viejo, Von remarque un serpent, dela gueule duquelsort une tête de femme(:).

On serait tenté de rapprocher cet emblème de la légende des dragons monstrueux : il est difficile au moins de ne pas supposer que la légende avait passé dans le Nouveau-Monde. Les Caribes croient que l’Être suprême fit descendre son fils du ciel pour tuer un serpent horrible qui désolait, par ses ravages, les nations de la Guiane (2). Lie monstre succomba : les Caribes naquirent des vers que produisit son cadavre ; aussi > regardent-ils comme ‘ennemies les nations à qui jadis il avait fait une guerre cruelle. Voilà bien d’abord le mythe du serpent Python. Mais , que penser de l’origine bizarre que. s’attribuent les Caribes ? On peut soupconner qu'ils re-

(1) Revue encyclopédique. tome x xx1. page 850. (2) Noël. Dictionnaire de la Fable. art. Cosmogonie amé :

ricaine.

çurent jadis cette tradition d’un peuple supérieur en force, qui voulait les humilier et les dégrader ; ils ont conservée par habitude, et parce qu'ellé justifiait leurs haines nationales et leur soif de conquêtes.

La même légende s’introduit dans les traditions du christianisme, surtout chez les peuples d'Occident.

Aussi long-temps que le christianisme-opprimé lutta obscurément contre le polythéisme, son culte, non'moins austère que les dogmes

de sa morale, n’admit, dans ses cérémonies

couvertes encore du voile du mystère , que des rites simples , dégagés de toute représentation. Les recherches des persécuteurs

ne pouvaient arracher aux fidèles que les,

livres saints, les vases sacrés, et peu ou, point d'images (1).

(1) Æncyclop. méthod. Théologie. art. Images.

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Mais, le culte public se passe difficilement de signes visibles et remarquables ; par eux, au milieu d’un rassemblement tel que la parole arriverait à peine aux oreilles de quelques hommes, il parle aux yeux de tous ; il parle à l’un des penchans les plus naturels, les plus universels. La multitude alors se complait dans la magnificence de ses actes religieux , et ne croit pas pouvoir tee multiphier les images.

Cela dut arriver au christianisme, lorsque, sur les débris du polythéisme. il établit publiquement ses temples et son culte. Le progrès fut d’autant plus rapide que, succédant à une religion riche de pompe et d’emblèmes, la religion du Christ dut craindre de repousser, pour une simplicité trop sévère, des hommes habitués à voir, à toucher, ce qu'ils croyaient, | ce qu'ils adoraient. Plutôt que de proscrire imprudemment les objets d’une vénération difficile à détruire , elle aima souvent mieux se les approprier : plus d’un temple fut changé en église ; plus d’un nom de divinité fut honoré comme le nom d’un saint ; et un grand nombre d'images et de légendes passérent sans effort dans le nouveau culte,

conservés par l’antique respect des nouveaux croyans. 1 DT : MIE

La légende d’un être céleste , vainqueur du serpent , du principe du mal, était conforme au-langage, à l’esprit et à l’origine du christianisme : elle y fut accueillie, et reproduite dans les peintures et les cérémonies religieuses ; saint Michel, le premier des archanges, parut aux yeux des fidèles , perçant le dragon infernal, l'antique ennemi du genre humain.

Au V° siècle furent établies en France (1), et plus tard dans tout l'Occident , les processions, connues sous le nom de Rogations.

Pendant trois jours, on y offrait aux regards des fidèles l’image d’un dragon, d’un serpent ailé, dont la défaite était figurée par la manière ignominieuse dont on le portait le trotsième Jour (2).

La célébration des Rogations a varié , sut-

(1) Saint Mammert, évêque de Vienne en Dauphiné, institua les Rogations en 468 ou 454. Encyclop. méthod. Théologte. art. Rogations. “

(2) Guill. Durant. Æationale divinorum officiorum. in-fol. | 1479. folio 226 recto.

vant les diocèses, des premiers jours de la semaine de l’Ascension aux derniers jours de la semaine de la Pentecôte : elle correspond

au temps où, lapremière moitié du printemps

étant écoulée , la victoire du soleil sur l’hiver est pleinement achevée , même dans nos climats froids et pluvieux. Il est difficile de ne point apercevoir une connexion intime entre la légende du dragon allégorique et l’époque qui , chaque année , ramenait son apparition.

D’autres rapprochemens ajoutent à la force de cet indice.

Au VI siècle, saint Grégoire le Grand ordonna que l’on célébrerait annuellement, le jour de saint Marc (le 25 avril ), une proces-

‘sion semblable à celle des Rogations. Voici

l’origine de cette cérémonie. Rome était dé-

. solée par une inondation extraordinaire ; tel

qu'une mer immense, le Tibre s'élevait jus-

| 9 f À pe d qu aux enêtres supérieures es temples.

Des eaux débordées du fleuve ‘sortirent

d'innombrables serpens, et enfin un dragon énorme (1), nouveau Python, né de ce nou-

(1) Jbid. folio 225 verso.

veau déluge (1). Son souffle infectait l'air ; il engendra une maladie pestilentielle (2); les hommes étaient moissonnés par milliers...

Une procession annuelle consacra le souvenir de ce fléau , et de sa cessation obtenue par les prières du saint pape et de ses ouailles. La date du 25 avril, moins éloignée de Féquinoxe que celle des Rogations , convenait mieux à un pays Où le printemps est plus hâtif 4 que dans les Gaules. : 1 Soit hasard, soit calcul, ceux qui ont trans- \ porté à Lima, sous l'hémisphère austral, la 4 Tarasque , \e dragon des peuples septen a trionaux. le font paraître le 4 octobre, jour de la fête de saint Français d'Assise. Cette époque se rapproche encore plus de Péquinoxe du printemps. Mais, dans les. contrées équatoriales, sous le ciel tempéré de Lima,

(1) « Ut Noë diluvium renovatum crederetur, » Platina. De vitis max. pontific….. in Pelag. IL.

(2) « Pestis inguinaria seu inflatura inguinum.» Ge sont | ; les termes dont se sert l’auteur du Æationale (loco citato )& # il ajoute que le pape Pélage Il, successeur de saint Gré- 1 goire-le-Grand , mourut subitement de cette maladie , avec À soixante-dix autres personnes, au milieu d’une procession.

DES SCIENCES OCCULTES. 3ot

la victoire du.soleil ne demeure pas longtemps suspendue, comme dans nos régions septentrionales, où les premières semaines du printemps ne semblent qu’une prolongation dé l’hiver,

Pline a parlé d’un œuf mystérieux (1) à la possession duquel les druides attachaient des vertus merveilleuses, et qui, disaient-ils , était formé par le concours de tous les serpens d’un pays. Écho des druides après deux mille ans, et sans se douter de lantiquité du mythe qu'il répète , habitant de la Sologne affirme que , chaque année , tous les serpens du pays se réunissent pour. produire un diamant énorme qui, mieux encore que la pierre de Rhodes, réfléchit les couleurs les plus vives de l’arc-en-ciel. Si le geai a su en enrichir son plumage, c'est à la possession d’un de ces diamans qu'il en est redevable.

Le jour marqué pour leur production miraculeuse est le 13 mai (2), jour qui appartient

(1) Plin. Hist. nat. lib. xx1x. cap. 5.

(2) Légier (dn Loiret) Traditions et usages de la Sologne. Mémoires de l’Académie celtique. tome 11. pages 915-2:6,

au commencement de la seconde moitié du 4 printemps, comme les jours où lon pros | nait le serpent des Rogations.

: L'époque de cette apparition nous fournit ‘une remarque qui n’est pas san$ intérêt. Sa fixité suffit pour prouver, contre l'opinion que nous avons précédemment combattue , que le serpent n’était point l’emblème d'inondations , de débordemens de rivières, qui n’ont pu avoir lieu partout aux mêmes jours.

Comment donc cette opinion s’est-elle établie? Lorsque l’on eut oublié le sens primitif de l'emblème, on s'arrêta volontiers à une circonstance qui, dans les légendes où on le repro- 4 duisait . faisait presque toujours placer le lieu de la scène aux bords de la mer ou d’un fleuve. L’idée que la cessation des ravages des eaux était ainsi représentée dut paraître d'autant plus naturelle , que la procession du dragon se célébrait régulièrement, à une époque de l’année où les rivières les plus enflées par la 1 fonte des neiges ou les pluies de léquinoxe, . | sont toutes rentrées dans leurs lits.

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Uxplications allégoriques des emblèmes où figurait

le Serpent.

Chaque église avait son dragon : l'émulaon de la piété extérieure fit que , dans ces représentations, on enchérit à l’envi pour inspirer aux spectateurs l’admiration , l’étonnement et l’effroi. La partie visible du culte devient bientôt la partie la plus importante de la religion, pour des hommes uniquement attentifs à ce qui frappe leurs sens : le dragon de la procession des Rogations était trop remarquable pour ne pas attirer l'attention des peuples et usurper une grande place dans lèur croyance. Chaque dragon eut bientôt sa légende particulièré, et les légendes se multiphiérent à l'infini. À ceux qui révoque-

queraient en doute l'efficacité de cette cause,

nous répondrons par un fait : les chrétiens d'Orient n’ont point adopté l'institution des

Rogations ; la victoire remportée par un être céleste sur un serpent, figure rarement dans l’histoire des saints qu'ils révèrent.

Le mot dragon contracté en celui de drac, a désigné des démons, des esprits malfaisans que le Provençal crédule plaçait sous les eaux duRhône, etquise nourrissaient dela chaïrdes hommes; faire le drac était synonyme de faire autant de mal que l’on suppose au diable le désir d’en faire (1). Les personnes mordues par un serpent étaient guéries dès qu'elles approchaient du tombeau de saint Phocas, grâce à la victoire qu’en subissant le martyre, ce héros chrétien remporta sur le diable R l'antique serpent (2). Quand , au VII siècle, on racontait qu'on avait trouvé un énorme serpent dans le tombeau de Charles-Martel(2), voulait-on insinuer autre chose, smon que le démon avait fait sa proie de ce guerrier, qui sauva la France et peut-être l’Europe entière du joug des musulmans, mais qui eut le mal-

(x) Du Cange. Glossar. verbo Dracus.— Millin. Voyage dans l'intérieur de la France. tome in. pages 450-451.

(2) Gregor. Turon. De Miracul. Gb. 1. cap. 99.

(3) Mézerai, Abrégé chronologique de l'Histoire de France. année 741.

heur de contrarier ambition des chefs de l’église et la cupidité des moines ?

11 semblait donc naturel de croire , comme l'enseigne expressément l’auteur du Rationale (1), que le serpent ou dragon, porté à la procession des Rogations, était l'emblème de l'esprit infernal , dont on demandait au ciel la défaite ; et d’attribuer cette défaite à lintercession du saint que, dans chaque diocèse et dans chaque paroisse, révéraient plus particulièremen tles fidèles.

Ce genre d'explication a été reproduit sous diverses formes, par des chrétiens sensés qui ne pouvaient admettre, dans le sens physique, des récits trop souvent renouvelés pour avoir Jamais été vrais. |

Le démon est le vice personnifié : les victoires remportées sur le vice, pouvaient donc être figurées par le même embléme.

À Gênes, sur la petite place qui est près de l’église de Saint-Cyr, on voit un ancien puits où se cachait jadis un dragon dont le souffle faisait périr les troupeaux et les

(1) Guill. Durant. Rationale divinorum offéciorum. folio 226 recto.

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