IL. rh
possèdent, ou qu’on leur attribue la propriété de suspendre le sentiment de la faïm et de la soif: telles sont les feuilles de tabac et les feuilles de Coca (herbe du Pérou) (1). On va jusqu’à dire que, tenues dans la bouche, ellesempêchent de souffrir du besom, l’homme: qui passe une Journée sans manger et à travailler.
Matthiole (2) attribue aux Scythes l'usage d’une herbe agréable au goût, qui suppléait si efficacement à la nourriture , que l'effet s’en prolongeait quelquefois douze jours entiers.
Une autreherbe soutenait de même les forces des chevaux de ces infatigables cavaliers. La merveille ici est poussée trop loin pour ne pas indiquer une supercherte , ou plutôt Part de réduire à un três-petit volume des substances éminemment nutritives. Cet art, dont l'emploi fit dire d’Abaris que jamais on ne Pavait vu manger ni boire (3); cet art qu'Épiménide , contemporain de Solon, exercait
(+) J. Acosta. Histoire turelts des Indes, etc. livre 1v. chap. 22.
(2) Matthiol. Commentar. in Dioscorid... Epistol., nunctwpator.
(3) Tamblich. Vit. Pythag. $ xxviu.
DES SCIENCES OCCULTES. 83 avec succès (1), est aujourd’hui bien connu ; et récemment encore, un savant vient de le perfectionner (2). Îl y a environ cinquante ans que d’on essaya en France , de donner aux marins une nourriture de ce genre ; son mince volume aurait permis d'en embarquer une quantité beaucoup plus grande que de tout autre comestible : on y renonça, parce que les hommes ainsi nourris, quoiqu’ils ne souffrissent pas du besoin , supportaient beaucoup moins la fatigue. Des Thaumaturges ne seront point arrêtés par cet inconvénient :un homme divin., qui vit sans prendre d’alimens, se tient communément immobile dans la cellule où viennent le chercher les respects et les adorations : et quand, au terme d’une longue épreuve, on le trouverait près de tomber en faiblesse , on n’en ajouterait que plus de foi à la >éahité de sa merveilleuse abstinence.
Cette difficulté, d’ailleurs, pourrait n’avoir point existé autrefois. Les Calédoniens et les Méates (3), qui formaient la plus grande par-
(x Plutarch. Sympos. | (2) M. Gimbernat. Revue Encyclopédique. tome xxxv.
page 235. ; (3) Xiphilin. in Sever. ann. 208.
tie de la population de la Grande-Bretagne , savaient, dit Xiphilin, préparer une nourriture si propre à soutenir leurs forces, qu'après en avoir pris une quantité égale à la grosseur d’une fève, ils ne sentaient ni la faim ni la soif. Les Scythes possédaient sans doute un procédé analogue à celui-là, et ils Pétendaient jusqu’à la nourriture de leurs chevaux ; ne supposant l’existence des herbes merveilleuses dont parle Matthiole , que pour donner le change sur la nature de leur secret. Mais ce secret ne dut pas être ignoré, au moins de la tribu savante , chez des peuples bien plus civilisés que les Scythes et les Calédoniens : son existence dés-lors rend croyables tous les récits du même genre et les dépouilles de leur miraculeuse enveloppe.
Au - dessus de la merveille d’affranchir l’homme des besoins les plus pressans de la vie, se place celle de lui rendre la vie qu'il a perdue. |
On convient que rien n’est souvent si difficile à saisir que les signes certains et irréfragables de la mort. Une étude spéciale de ces signes, une expérience consommée de ce qu’ils ont d’équivoque et de ce qu’ils ont de
positif, fourniront le moyen de distinguer une mort apparente d’une mort réelle, et de ramener à la vie l’être que menace d’en priver une sépulture précipitée : ce sera aujourd’hui un bienfait ; en d’autres temps , un miracle.
Chez un peuple éclairé, les lois ou les mœurs prescriront toujours de s’assurer que la vie est réellement éteinte. Selon les apparences , à une époque très-éloignée de nous, on employait, dans les cas douteux, l'épreuve de la brülure, la plus certaine peut-être de toutes; puisque lors même qu’elle ne réveille pas la sensibilité , l’action de la brülure présente des différences visibles, selon qu’elle s'exerce sur un corps privé de vie, ou sur des organes où la vie subsiste encore (1). Tertullien (2) tourne en dérision les spectacles où l’on représentait Mercure examinantles morts, et s’assurant avec un fer rouge, que les signes extérieurs du trépas n'étaient point trompeurs. Cet usage avait donc été en vigueur :
mais il était tombé en désuétude, et n’existait
(1) Fodéré... Dictionnaire des sciences médicales. art, Signes de la mort.
(2) Tertullian. Apologetic. cap. xv.
plus que dans les souvenirs mythologiques.
N’a-t-on pas droit de s’en étonner? Démocrite avait affirmé , dès long-temps, qu’il n’existe pas de signes toujours certains de la mort consommée (1). Pline (2) soutint la même opinion, et remarqua même que les femmes sont, plus que les hommes, exposées à la mort apparente. On citait de nombreux exemples de mort apparente ; et entre autres, d’après Héraclide, celui d’une femme rendue à la vie, après avoir passé pour morte pendant sept jours (3). On n’avait pas oublié la perspicacité d’Asclépiade qui, voyant passer un convoi, s’écria que Phomme qu’on portait au bûcher n’était pas mort (4). Enfin ; humanité n’eutelle pas dû s'approprier ce moyen de salut, quand l'instinct de la tyrannie inspirait à Nicocrate (b) de le mettre en usage , pour empècher qu’une mort feinte n’aidät les citoyens de Cyrène à sortir de la ville et à se soustraire à sa cruauté ?
(1) A." Cornel. Cels. lib. 1. cap. 6.
(2) Plin. Hist. nat. lib. vir. cap. bo.
(3) Plin. Ibid. ibid.
(4) À. Cornel. Cels. loc, cit.
(5) Plutarch. Mulier. Fort. Fact. $ x.
Serait-il absurde de penser que les Thaumaturges voulurent, de bonne heure , rester en possession du secret d'opérer le miracle brillant d’une résurrection ; et en conséquence , qu'ils ne contribuèrent pas peu à écarter ou à laisser tomber en désuétude la pratique salutaire que la tradition n’attribuait plus qu’au dieu Mercure, et que Pignorance méprisante traduisait en ridicule sur la scène ?
IL est sûr au moins, que l’on a doué plusieurs théurgistes de la faculté de rappeler les morts à la vie. Diogène Leéërce raconte qu'Empédocle (1) ressuscita une femme :
c'est-à-dire ,; « qu'il dissipa la léthargie « d’une femme attaquée d’une suffocation « utérine (2). »
Le biographe d’Apollonius de Fyane s’ex- plique avec plus de réserve, relativement à une Jeune fille qui dut la vie aux soins de ce philosophe. Il dit qu'elle avait paru mourir. Il avoue que la pluie qui tomba sur elle,
(x) Diogen. Laert. Bb. vin, cap. 57 et Go.
(2) Diderot, Opinions des anciens philosophes. art. Pythagore-Pythagoriciens.
lorsqu'on la portait au bûcher le visage dé « couvert, avait pu commencer à réveiller ses sens. Apollonius eut du moins, comme Asclépiade, le mérite d’avoir, au premier coup d'œil , distingué d’une mort réelle , une mort apparente (r).
Un observateur du XVII: siècle (2) raconte qu'un valet, trouvant au retour d’un voyage son maitre mort, embrassa tendrement et à plusieurs reprises ce corps inanimé. Croyant y découvrir quelques signesde vie, il lui souffla son haleine avec assez de persévérance , pour lui rendre la respiration, le ranimer, en un mot le ressusciter. On ne cria point au miracle : heureusement pour le serviteur fidèle, on ne cria point non plus à la magie.
Cette résurrection, toute naturelle, rappelle laguérison du fils de la veuve de Sarépta,
(1) Philostrat. Vit. Apollon. Tyan. lib. 1v. cap. 16.—Apollonius commença par demander le nom de la jeune fille, sans doute pour le lui adresser. Il savait que, de tous les sons articulés qui peuvent frapper notre oreille, notre nom propre est celui que nous reconnaissons le plus aisément et qui réveille le plus vite notre attention.
(2) Petr. Borellus. Hist. et Observ. medic. Centur. x. observ. 58. — Cité par Frommann. Tractat. de Fascinatione. pag. 483-484.
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par le prophète Élie. Observons que le livre sacré (1) ne dit point, comme l'historien Josèéphe , que l'enfant fût mort; mais que sa maladie était devenue si vive qu’il ne pouvait plus respirer. Elie ajusta tout son corps sur le corps, et par conséquent sa bouche sur la bouche de l'enfant ; et, implorant le secours de Dieu, il obtint que le souffle (anima), la respiration rentrât dans le sein du fils de sa bienfaitrice.
Un des auditeurs de la prédication de saint Paul. à Troade, tombe d’une fenètre, et reste à terre privé de sentiment. Saint Paul le prend entre ses bras, et dit : Ne vous alar-
mez point ; son àme anime encore ses membres. Le jeune homme, en effet, ne tarde point à reprendre ses sens (2). On a voulu :
. voir là une résurrection : il est clair que Papôtre n’a pas même songé à opérer un miracle.
Au risque de contrarier une opinion reçue, je Juge de la même manière l’œuvre bienfaisante dont fut l’objet la fille de Jair. Elle
(1) Reg. lib. LIT. Cap. 17. VEIS, 17.
(2) Act. Apost. cap. xx. vers. 9-12.
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est mourante. Son père a imploré le secours de Jésus. On vient annoncer qu’elle à cessé de vivre. Jésus rassure Jaïr ; il dit positivement aux personnes qui pleuraient : /Ve pleurez point; la jeune fille nest point morte, mais seulement endormie. I la prend par la main , Pappelle à haute voix : sa respiration renait ; elle se lève ; et, par l’ordre de Jésus, on lui donne des alimens (1). Une fille de douze ans que rend malade le travail de la puberté , tombe dans un sommeil comateux et léthargique : Jésus l'en retire... Supposer qu'elle ne vivait pius, c’est supposer que Jésus à proféré un mensonge, en disant, elle n’est point morte : supposition à la fois déraisonnable et injuricuse ; je dirais même blasphématoire , si l'enthousiasme de la reconnaissance ne portait avec lui l’excuse des erreurs qu'il enfante.
(1) Ævang. sec Luc, cap. vur. vers. 49. 5o. 52. 54, 55... Matth. cap. 1x. vers, 23-25... Marc. cap. v. vers. 35. 43.