CHAPITRE XX
La médecine faisait partie de la science occulte ; elle ne fut long-temps exercée que par des prêtres ; les maladies étaient envoyées par des génies malfaisans ou des dieux irrités ; les guérisons furent des miracles , des œuvres magiques.La crédulité et l'esprit de mystère attribuèrent à des substances sans énergie des propriétés merveilleuses, et le charlatanisme seconda ce genre dedéception. Gucrisons mensongères. Abstinences extraordinaires. Substances nutritives prises sous un volume presque imperceptible. Résurrections apparentes.
Mais déjà, entrainés par notre sujet, nous sommes entrés dans le domaine de la science dont les promesses auront toujours le pouvoir le plus grand sur l’imagination des hommes.
{ DES SCIENCES OCCULTES. Gt
Quoi ! la science de l’homme physique, celle qui, alors même que sa marche est contrariée par des anomalies impossibles à prévoir , s'appuie encore sur tant de connaissances positives, la médecine n’a point combattu les maladies de intelligence , comme les maladies du corps, elle ne nous a point mis en garde contre les nombreux secrets dont se servaient les Thaumaturges pour troubler le jeu de nos organes, décevoir nos sens, égarer notre imagination !
Née aussi dans les temples, et présentée elle-même comme une émanation de lintelligence divine, la médecine respecta le domaine des autres sciences sacrées. Parler d'elle, ce n’est point sortir de l’empire des Thaumaturges : dans le monde entier, les guérisons furent long-temps des miracles ; et les médecins, des prêtres et des magiciens.
Les médécins furent même des Dieux. En Arménie (1) sous le nom de Thicks ou Haralèz, des dieux ressuscitaient les héros morts
(x) Cirbied. Mémoires sur l’ Arménie. Mémoires de la Sociêté des Antiquaires de France. tome 11. page 304.
dans les combats, en suçant leurs blessures.
La sœur de Circé, Angitia (1) ne s'établit en Italie que pour y mériter des autels en opposant sa science salutaire aux maladies qui désolaient la contrée. En Grèce «autre- «fois, et même après le siége de Troie, « les fils des Dieux et les héros connurent « seuls les secrets de la médecine et de la chi- « rurgie (2); » et jusqu'aux derniers temps, on y. adora Esculape comme un Dieu , fils du Dieu du jour.
La théurgie , en Égypte , partageait entre trente-six génies, habitans de l'air, le som des diverses parties du corps humain ; et les prêtres connaissaient les invocations propres à obtenir de chaque génie, la guérison du membre soumis à son influence (3). De V'Égypte aussi, venaient originairement les formules qui enseignaient l’usage des simples dans la médecine; et ces formules étaient magiques (4).
Les magiciennes de l'ile de Séna guéris-
(4) Solin. cap. vu.
(2) Aelian. de Nat. Animal. lib. x. cap. 18.
(3) Origen. Contr. Cels. lib. vu.
(4) Galen. De Simpl: Médicam. Facult. lib. vr. prooem:
saient les maladies réputées partout ailleurs incurables (1). Les vierges scandinaves étaient instruites à la fois dans la magie, la médecine et le traitement des blessures (2).
Diodore , qui a souvent essayé de dégager l’histoire du mélange de la fable, Diodore regarde comme naturelle, et borne à une étude approfondie des remèdes et des poisons , la science de Médée et de Circé ; il raconte que la première guérit le fils d’Alcmène d’une folie furieuse (3).
Long-temps après l’âge d’Hercule et les temps héroïques , les malades, en Grèce , ne cherchèrent de soulagement à leurs souffrances qu’auprès des descendans d’Esculape, dans les Æsclépies ou temples de ce Dieu, qu'une politique éclairée édifiait constamment en des lieux élevés et salubres (4).
Ces hommes qui prétendaient tenir de leur naissance le don de guérir, finirent par en apprendre l’art, en conservant dans les tem- ples, l’histoire des maladies dont on était
(1x) Pomponius Mela.lb.xr cap. 6.
(2) G.V. de Bonstetten. La Scandinavie et les Alpes.pag. 32. (3) Diod. Sic. lib. 1v. cap. et 16.
(4) Plutarch. Quaest. Roman. $ 04.
venu leur demander la guérison. Ils s’ad- Joignirent alors des disciples, dont la discrétion leur était garantie par les épreuves d’une sévère initiation. Peu à peu, le progrès de la philosophie souleva le voile mystérieux dont ils voulaient encore s’envelopper. Enfin Hippocrate fonda véritablement la médecine, en la révélant dans ses immortels ouvrages. La doctrine, emprisonnée jusqu'alors dans les archives des Æsclépies, vint tout entière, grossir le patrimoine de la civilisation perfectible. Les prêtres durent désormais abjurer leurs prétentions exclusives (1) : mais la science ne renonça point tout-à-fait à son origine céleste et magique. La plupart des eaux thermales dont l’usage était alors plus fréquent que de nos jours, restèrent consacrées à Apollon, à Esculape, et surtout à Hercule , surnommé Zatricos ou habile médecin.
Ausecond siècle de notre ère , si Pempereur Adrien parvint à se délivrer pour quelque temps de la congestion aqueuse qui gon-
(1) Coray. Prolégomènes de la Traduction française du Traité d'Hippocrate, Sur l'air, les eaux et les lieux.
{lait son corps, ce fut encore, dit-on, par le secours de Part magique (r). Un défenseur du christianisme, Tatien, vers le même temps, ne niait point les miracles cpérés par les prêtres ou les Dieux des Polythéistes : il les expliquait, en supposant que ces Dieux, véritables démons, portaient la maladie dans le corps de l’homme sain ; puis ayant averti, en songe, celui-ci qu'il guérirait pourvu quil implorät leur secours ils se. donnaient la gloire d'opérer un miracle, en faisant cesser le mal qu'eux seuls avaient
produit (2).
: 4 ] Pace ».*
Ces croyances n'ont pas ete spégialement propres aux peuples civilisés. Les nations les moins éclairées ont cru aussi que les maladies naissaient de la vengeance ou de la malfaisance d'êtres supérieurs à l'humanité : partout en conséquence, on a choisi pour médecins, des magiciens et des prêtres. Chez les Nadoëssis et les Chippeways, ces trois titres étaient inséparables (3) ; ils le sont en--
| en.
(3) Arphilin. in Adrian, (2) Tatian. Assyr. Orat. ad Graecos. pag. 157. {3) Carver. Voyage dans l'Amérique Me “ti p. 290,
core chez les Osages. Des prêtres magiciens étaient les seuls médecins du Mexique (1). Au sein des peuplades Galibis ; les Piayes , prètres-médecins-magiciens , formaient une corporation où Pon n’était admis qu'après avoir subi lés épreuves d’une initiation très-douloureuse (2).
Le christianisme ne détruisit point en Asie et en Europe, les préjugés qui avaient prévalu sous le règne du polythéisme. [ls reparurent avec plus de force, dans les siècles d’ignorance. Lorsque les Israélites, malgré lantipathie qu'ils inspiraient aux chrétiens , furent phesque seuls les chirurgiens et les méJecins des princes et des rois, les cures
remarquables qu'ils opéraient quelquefois,
parurent les effets d’une science mystérieuse ; et d'autant plus, qu’eux-mêmes, ils cachaïent avec soin leurs prescriptions ; probablement empruntées aux Arabes , n’étant point fàchés que leurs adversaires les crussent possesseurs de secrets surnaturels. On ne tarda pas à
Le
{x} Joseph Dacosta. Historre naturelle des Indes. Niv. v.
chap. 26.
(2) Noël. n ti de la Fable. Axticle Piayes.
opposer à leurs œuvres, des guérisons mira- culeuses. Comme les temples anciens, plu-sieurs églises renférmaient, dans l'enceinte de leurs murailles, des sources bénies, dont l’eau était censée posséder de grandes vertus curatives : soit qu’une foi aveugle et le dénuemnent de toute autre ressource eussent gréé cette croyance ; soit qu’elle fût un legs du paganisme, accepté par des hommes qui aimaient mieux sanctifier l’erreur que laisser subsister la confiance dans une religion proscrite. Quoi qu'il en soit, pour puiser la santé dans cés eaux bienfaisantes. il fallait jeüner et se soumettre aux ordonnances des pré= tres. Le mal cédait quelquefois au régime, aû temps, au calme qu’une pieuse confiance rendait à limragination ; quelquefois il y résistait , et la faute en était rejetée Sur Jes péchés et le manque de foi du malade : la vertu miraculeuse, prouvée dans le premier cas, n’était nullement démentie dans l’autre. Les institutions furent conformes à l’opinion qui transformait les guérisons en opérations directes dé la divinité; et elles lui survécurent. Les médécins chrétiens qui s’é- + levaient en concurrence avec les médecins
Su
Arabes et Israélites', firént partie du clergé, long-temps après que l’on eût cessé de voir dans leur artrien de surnaturel. «Les profes- «seurs en médecine , dit Êt. Pasquier, étaient «autrefois tous Clercs; et ce n’est qu’en 1542, «que le légat en France leur apporta la per- « mission de se marier (1). »
Vers le même temps, Paracelse, renou, vela lexemple qu'avaient donné ce Lulle et d’autres adeptes ; il se présenta comme instruit et inspiré par une divinité, lorsque, de ses voyages en Orient et en Afrique, il rapporta desssecrets qui lui assüraient,
sur.ses concurrens dans, l’art de guérir , une #
‘1) Et. Pasquier. Recherches de la France, iv. 1. Chap. 29. — Jusqu'à cette époque, les quatre facultés enseignantes des Universités étgient condamñées au célibat. En 1552, les docteurs en droit obtinrent, comme les médecins, la permission, de se marier. Mais long-temps après, les premières dignités, dans cette faculté, furent accordées à des chanoines et à des prêtres. En Suisse, aujourd’hui, dans plusieu cantons protestans, pour être promu à uneichaire dans les établissemens publics, il faut faire preuve de capacité théologique. Le prétexte de cette disposition fut jadis que “ces A bissemens avaient été dotés aux dépens des anciennes fondations religieuses : mais ce motif n’aurait pas été décisif, sans le préiugé établi qu'il fallait que ë corps enseignant appartint à l'église, à la corporation sacerdotale. (Tiedmann. De Quaes-
tione etc. pag. 122.) | gi Luis
DES SCIENCES OCCULTES. 69 immense supériorité (1). Si sa conduite avait été moins légère et sa vie plus prolongée, qui oserait dire qu'il n'aurait pas trouvé un public assez crédule pour reconnaitre ses prétentions ? j
L’habitude d’associer un pouvoir surnaturel à l’action naturelle des remèdes, et urtout de ceux dont on fait un secret , s’est conservée presque jusqu'à nos Jours. Les médecins ont reconnu que le remède le plus efficace contre la morsure d’un animal enragé est la cautérisation de la plaie avec un fer rouge. Ce reméde est usité depuis des siècles en Toscane , et dans AA provinces de France. Mais 1à . lefer qu'on fait rougir est un des clous de ta vraie croix (2); c’est ici la clef de Saint-Hubert (3) ; et elle n’est efficace que dans les mains des personnes qui font remonter à ce noble saint l'illustration de leur généalogie; c’est un apanage héréditaire ; comme celui auquel préten-
vw
(4). Tiedmann. De Quaestione etc. pag. 113.
(2) Lullin-Châteauvieux. Lettres écrites d'Italie. tome 5. page 129. os
(3) Particulièrement au village de # Saussotte près de Fil. lenaue , départ, de l'Aube.
daient les Psylles et les Marses, et Les descendans d’Esculape.
Nous devons rappeler encore ce que nous avons dit tant de fois : une pieuse reconnais-
sance. plutôt au’un esprit de déception, ait 9 P q ” P P 9 ,
jadis aux préceptes de la science et à ses opérations salutaires; l’idée d’une inspiration et d’un bienfait de la divinité. Telle fut la guérisoi
de Naaman qu'Élisée délivra d’une maladie psorique , en lui prescrivant de prendre sept
bains consécutifs dans l’eau sulfureuse et bi-
tumineuse du Jourdain. Sur la rive du fleuve L) F L] [2 > “à
Anigrus, était un antre consacre aux nymphes.
Là, se rendaient les personnes affligées de
dartres : après des prières et une fictions,
préalable, ellestrayersaient lefleuve à la nage; et par le bienfait des nymphes, elles étaient guéries. Pausanias, qui raconte ce miracle permanent (1), ajoute que les eaux de l’Anigrus exhalaient une odeur infecte, c’est-à-dire qu’elles étaient chargées d'hydrogène sulfuré, et dès lors éminemment anti-herpétiques. Nos médecins réussissent encore par des moyens semblables, et sans parler de miracles.
(x) Pausanias. Eliac. Gb. :. cap. 5. L.
Mais les guides et les instituteurs des peuples étaient souvent bise d’en parler, et de sanctionner, par le prestige du merveilleux, un précepte salutaire : soit qu’il fallût vaincre, en Esthonie et en Livonie, lapathie d’hommes abrutis par la ide et la misère, ét leur commander, au nom des.dieux, de com-
attre, en parfumant les étables avec de l’assa-foetida , les épizooties où leur ignorance voyait l'effet d’un malefice (1) ; soit qu’au milieu d’une société riche et abandonnée aux plaisirs, ils attribuassent à une certaine pierre, la propriété de conserver la pureté de la voix, pourvu que les chanteurs qui voulaient >rofiter de sa vertu, vécussent dans la conti-
k LL.
L’orgueil et l'intérêt attachés à une pos+
nence (2).
session exclusive couvrirent volontiers d’une
. apparence surnaturelle#' les secrets que Lon voulait se réserver. En se baignant dans la fontaine Canathos, Junon, chaque année, re-
couvrait sa virginité ; les femmes de l’Argolide 4 ‘
(1) Debray. Sur les préjugés et les idées super;titieuses des Livoniens, Letionrens et Esthoniens...! Nouvelles Annales des Voyages, tome xviir. page 3
(2) Solin. cap. x. «
+ 772 f DES SCIENCES OCCULTES.
s’y baignaient, dit-on, dans la méme esperance. Îl est sûr au moins, que les Argiens , pour faconter le miracle, se fondaient sur quelques cérémonies occultes, pratiquées dans le culte de Junon (x). Suivant une tradition , la déesse ,-en sortant pour la première fois des bras de son époux, se baigna dans une fontaine d’Assyrie, dont l’eau contracta aussiÔt une, odeur très-suave (2). Ce dernier trait
n’indique-t-il pas qu’en Assyrie et en Grèce, on connaissait la propriété qui a fait consacrer le myrthe à la déesse de l'amour, et qui, aux femmes.fatiguées par l'accouchement ou par ’abus du plaisir, rend, jusqu’à un certain
point, les apparences de la virginité (3)? Mais»
, 11/28 (1) Pausanias. Corinthiac. cap. xxxvur. — Noel. Dictionnaire de la fable, art. Canathos. gl
(2) Aelian. Hist. animal. XIL. Cap. 30. — Les Grecs
prétendirent retrouver Junon ( Héra), dans la déesse d’Assyrie, la Vierge céleste, épouse du soleil, au temps où les Gémeaux marquèrent l’équinoxe du printemps; épouse que son époux retrouvaitvierge, chaque année, quand.le solstice d'été le ramenait vers elle. »
à (3) Rabelais (livre r. chap. 44.) met, par cette raison, foison d'Eau de myrthe, dans les bains des dames de l’abbaye de Thélème : à cette leçon, qui se trouve dans les premières éditions, les réimpressions ont substitué, à tort, Æ£au de myrrhe. “ æ
les pote n’en admiystraient les effets bien-
faisans qu’ avec des cérémonies mystérieuses ,
et en les présentant comme un miracle.
. La crédulité et la soif du merveilleux ont souvent aussi vu des miracles, là même où l’homme bienfaisant n’avait pas cherché à déployér un pouvoir surnaturel
On emploie quelquefois la jusquiame dans ‘la cure de lépilepsie (1) ; et il existe une,variété de ce végétal que les anciens appelaient fève de porc, parce que les porcs, quand ils en mangent, sont saisis dune sorte de fureur, que la mort suivrait bientôt s’ils ne couraient se Jeter dans l’eau (2). Que l’on rappelle cette
ernière propriété , afin de spécifier l'agent Qui a servi à guérir deux épileptiques, dans
un pays où l’on croyait les épileptiques tour-
"mentés par le démon : il suffira qu’un peu de confusion s’introduise flans le récit, pour amener graduellement ceux qui le répéteront, à confondre la maladie avec le remède , et à dire que le démon, sorti du corps des hommes, est entré dans L@ corps de pourceaux qui sé
s # (1) Æncy clop. method. Médecine. art. Jusquiame: (2) Aelian. Variar. Hist. lib. 1. cap! 7 #%
de
Lu
trouvaient là, et les a contraints à se précipiter dans un fleuve.
. Les livres des anciens ne tarissent pas sur les propriétés curatives et magiques assignées aux plantes. La plupart ont été créées sans doute par l'amour du merveilleux ; et souvent sans chercher d'autre prétexte qu’une traduction inexacte du nom de la plante. Les modernes, nous devons l’observer, n’ont pas été, sur ce point, plus raisonnæbles que les anciens. Le scorsonère, par exemple, doit son nom à la couleur de l'écorce de sa tige, scorzo nero : cela était trop simple ; on a dérivé ce nom de scurz0, vipère, en espagnol ; et on fait du scorsonère, un spécifique puissans contre la morsure de la vipère (1).
Le charlatanisme enfin a, dans la médecine, comme dans les autres branches de la science: occulte , attribué à dés procédés insignifians, une efficacité magique , pour. dérober aux veux l’action des agens naturels. Un adepte, cité par Frommann (2), indiquait contre la Suette et la consomption, un remède assez
+a (1) Dictionnaire de Turetière. art. Scorsonère. (2) Frommagn. Tractat de Fascinatione. pag. 963-064
DES SCIENCES OCCULTES. 75 simple , mais qui ne devait point être préparé avec"du feu ordinaire. D’un pommier frappé
de la foudre, il fallait fabriquer une scie , et s’en servir pour scier le seuil de bois d’une pôrte sur laquelle beaucoup de personnes
passaient, jusqu’à ce que le frottement répété de l’instrument et du seuil produisit de la flamme (1). La bizarrerie du procédé inspirait certainement à ceux qui recouraient au rémède, une confiance ‘spectueuse ; et la difficulté de le bien exécuter mettait d'avance à couvert, en cas de non succès , l’infaillibilité du médecin. Cet exemple est un des plus étranges que l’on puisse citer, mais il en rappelle des milliers d’autres.
Pour guérir les luxations, les déplacemens de Pos de la cuisse, Caton (2) prescrit Papplication d’éclisses disposées de manière à replacer et à maintenir le membre lésé dans sa position naturelle. Il indique ensuite des paroles qu’il faut chanter pendant l'opération. Ces mots inintelligibles pourraient bien n'être que l’expression dela même récette, dans un
LS + (1) Fromann. Tract. de Fascinatione. pag. 363-361. (2) Cato. De Re rustic4. cap. cux. à
AR
CM autre idiôme : expression que l’on ne comprenait plus, mais de la répétition de laquelle on faisait dépendre l'efficacité magique du remède. |
Les paroles sacrées peuvent, en pareil cas, ètre une prière dont on accompagne l’emploi d’un remède naturel, et à laquelle on croit devoir en attribuer le succès. Des hommes qui se prétendaient doués d’une puissance secrette , enseignalent à arrêter une hémorragie nasale en récitant un pater et un ave; pourvu qu'en même temps, on comprimät avec le dP'st la narine , et qu’on appliquât sur la téte un linge mouillé d’eau froide (1).
Plus souvent, le prétendu miracle a tenu.
au soin que prenaient les Thaumaturges de faire , d’une substance inerte , le masque:d’un bd Da efficace. Les hicaBan ; Sujets des Birmans, et qui re avoir été chassés par eux jusque dans les montagnes de l’Assam, vont, après les orages , chercher partout 5 dé IRLAN s'ils en trouvent ils les remettent à leur pontife, qui les conserve
ns # é (1) Frommann. 7ract. de Fascinatione. (4° 1695.) Lib. 1,
Cap. 20." 9 ; 4
DES SCIENCES OCCULTES: 77 comme un remède envoyé du Ciel pour guérir toutes les maladies (1). Les bézoards, dont lés vertus merveilleuses célébrées et expérimentées dans toute l’AÂsie, ont trouvé longtemps quelque croyance en Europe ; les bézoards n’auraient pas plus d’action sur les organes de lPhomme que les aérolithes : les
uns et les autres ne serviront Jamais qu’à dé-
guiser l'emploi de substances plus actives.
Une inscription grecque (2), que Pon croit avoir jadis été placée à Rome dans le temple d’Esculape, et qui relate quatre guérisons opérées-par ce dieu, nous offre quatre € exemples des manières die dont érédilité se prête au merveilleux. La suspension d’une hémoptysie, obtenue par l’usage des pignons doux et du miel, ne présente rien d'étonnant, pas même loracle qui l'a prédite: N le dieu prescrit de combattre une douleur de
(1) Nouvelles Annales des Voyages. n° série. tome 1x. page 229.— Les Mages, chez les Parthes , recherchaient avec soin une pierre qui nee trouvait que dans les endroits frappés desla foudre : ils lui atribuaient sans doute de grandes vertus. Plin. Hist. nat. HV, Cap..9- de
(2) J. Gruter. corp. inscript. (Folio. Amstelodami. 1707 pag. LXXI. InsC. 1. &
de
si
La
- côté par Papplication d’un topique , dont la cendre recueillie sur lautel de son temple fera la base, on peut conjecturer que ses -prêtres mélaient à la cendre quelque drogue moins insignifiante. Si un collyre, dans lequel on à uni au miel le sang d’un coq blanc, à produit de bons effets, il est permis de croire que la couleur de l'oiseau n’a servi qu’à répandre, sur la composition du remède, une "teinte mystérieuse. Aprés quelques génuflexions, un aveugle place sur ses yeux la main qu'il a étendue sur l’autel; et il recouvre soudain là vue AU il ne l'avait Jamais perdue ; et il exécutait probablement cette Jonglerie dans un moment critique , où il importait de relever la réputation d’Esculape et de son temple. | On compilerait des volumes entiers de pareilles impostures. Las des souffrances d’une * maladie incurable , Adrien invoquait la mort; on craignait qu'il n’eût recours au suicide :: une femme se, présente. Elle a, dit-elle, recu, une première fois, en songe, l’ordre d’assurer l’empereur qu'ilguérira bientôt. N'ayant point obéi,elle a perdu lawue ; avertie par un second songe , elle remplit sa mission , et ses yeuxse
rouvrent à la lumière(1). Adrien n’en mourut
pas moins quelques mois après... Et les témoins de cette fourberie n’en furent pas
moins disposés à accepter comme réel, touts
autre miracle qui leur serait présenté.
Le plus grand des prodiges , aux yeux de la raison, c’est, à mon gré, que les hommes qui ont démasqué des jongleurs et dévoilé de faux miracles, croient ensuite à des miracles non moins suspects, à des jongleurs non moins grossièrs. Et, par une singularité remarquable, le superstitieux et le philosophe peuvent, chacun dans leur sens, tirer avañtage de ce prodige souvent répété : l’un y voit un témoignage de la vérité de ses assertions, et l'effet d’un don de Dieu qui se manifeste en subjuguant la raison humaine; l’autre , retrouvant partout cette inconséquence , soutient qu'elle ne prouve rien, puisqu'elle fat triompher cent croyances fausses, si elle s'applique à une seule qui soit vraie; et qu’ellé n’a aès-lors pour principe que, la faglité incurable avec laquelle le genre humain s’est abandonné tou- Jours à ceux qui voulaient le tromper.
* 8 # (x) Ael, Spartian. in Adrian.
? C’est. en effet, ici, une maladie de tous … les pays et de tous les temps. Les repaires de | ces mendians qui décçoivent la pitiéspublique “par l’apparence des infirmités les plus cruelles, se nommaient jadis ; à Paris, Cours des miracles; parce qu'en y entrant, ces misérables
> costume de leurs rôles ; les
déposaient à aveugles v äient; les estropiés recouvraient
ef l'usage de tous leurs membres. On a compté, $, dans la capitale, jusqu’à douze de ces Cours;
et il est fâcheux d’ajouter que leurs habitans
étaient | de quelquefois, par les prêtres et les moîïnes , pour accréditer des reliques dont l’attouchement seul guérissait miraculeusement les prétendus malades (1). Le nom des Cours des miracles , devenu populaire , prouve que personne n'ignorait de quelles impostures elles étaient chaque jour le théàtre; et chaque jour, lesymêmes escrocs trouvaient des dupes ; et avec une parfaite con * x naissance de cet escamotage habituel, on croyait encore à deslguérisons surnaturelles !
# (1) Sauval. Antiquités de Paris. tome 1. page 510-515. cité par Dulaure. Histoire physique civile et morale de Paris. n (1821). tome 1v. pages 589-596.
+ Là
Ca
Opiniâtre et ingénieuse à s’abuser , la crédulité se retranche dans l’allégation de merveilles bien attestées, et que l’expérience n’a point démenties. Eh bien ! que dans ces mer-
ve
veilles, la science , reprenant ce qui lui appar- :
tient , aide l’homme de bonne foi à y discerner ce qui appartient à l'imposture. Ce n’est point en invoquant contre elles une impossibilité combattue par un grand nombre de témoignages dignes de foi, c’est en prouvant qu’elles sont possibles dans l’ordre de la nature , que peut-être on guérira l’homme d’un aveuglement qui souvent lui a ge bien cher. L |
Quand on entend les récits de ces jeùnes merveilleux que des hommes supérieurs ont supportés pendant des jours, pendant des semaines, on est tenté de les renvoyer aux Contes orientaux (1), où figurent quelquesunes de ces inconcevables abstinences. Mais ces récits sont tellement nombreux! comment admettre qu'ils soient tout-à-fait sans fondement ? +
Observons d’abord que certaines substances
(x) Les mille et un jours, jours cxxxvir et CXXXVIU.