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CHAPITRE IX

Malgré la rivalité des religions, l’esprit de la forme fixe de civilisation maintient le mystère dans les écoles philosophiques. Il en est, à la longue, banni par Tinfluence de la civilisation perfectible, lo Communication habituelle des Grecs avec les successeurs des mages, dispersés dans l’Asie après la mort de Smerdis; première révélation de la magie; 2o l’appauvrissement de l’Égypte, après la conquête des Romains, fait affluer à Rome des prêtres de grades inférieurs, qui y trafiquent des secrets des temples ; 3» les polythéistes qui se convertissent au christianisme, apportent dans son sein les connaissances magiques qu’ils possèdent.

A celte dernière époque, des débris de la science sacrée subsistent • lo dans les écoles des philosophes théurgistes ; 2<> en la possession des prêtres errants, et surtout des prêtres égyptiens. On peut, sans iuviaisemblance, assigner pour successeurs, aux premiers, les sociétés secrètes d’Europe; aux seconds, les sorciers modernes.

Gomme la forme fixe de civilisation dont il était une des bases principales, le mystère qui enveloppait la science sacrée a subi le pouvoir du temps : le voile s’est déchiré ; assise pendant tant de siècles devant la porte des sanctuaires et des écoles philosophiques, la statue du silence a été renversée.

Quand s’est opérée cette révolution ? Est-ce quand des religions rivales se sont combattues, quand, devant l’inflexible Zoroastre et ses successeurs, et devant le culte du feu, ont reculé le sabéisme, et l’adoration de Shiva, de Wishnou et de Brama? Non ; persécutés comme magiciens, les prêtres hindous et les Chaldéens emportèrent dans l’exil leurs arts sacrés et leur silence inviolable.

L’invasion des Hébreux dispersa les prêtres des peu-

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plades de Chanaan : contre eux, évidemment, Moïse dirige l’ordre de mettre à mort quiconque rend des oracles, ou opère des miracles au nom d’un dieu étranger. Mais la conquête entière de la Palestine s’acheva lentement. Établi au milieu des tribus indigènes, l’Hébreu, infidèle à sa loi, consulta souvent leurs prêtres et leurs devins. Redoutés et même révérés, ceux-ci ne léguèrent qu’à des adeptes leurs secrets, qui étaient encore une source de richesse et de considération, s’ils n’étaient plus un moyen de pouvoir. Je crois reconnaître leurs derniers successeurs dans ces hommes persécutés par Saül avec tant de zèle, que, lorsqu’il tomba luimême dans la faute dont il voulait préserver son peuple, il ne trouva qu’avec peine une femme qui possédcït l’art d’évoquer les ombres des morts.

Les prophètes, en Judée, se divisèrent, se combattirent, épousant les rivalités de Jérusalem et de Samarie : la persécution ni l’anathème ne dévoilèrent les ressources dont s’étayait, au besoin, leur inspiration.

Le farouche Cambyse outragea, en frappant Apis, le dieu suprême d’Égypte, dont ce taureau sacré était l’image ; il envoya ses prêtres et ses adorateurs au supplice ; il pilla les temples 11 passa, laissant un

souvenir exécrable, sans que de si grandes violences eussent porté atteinte au secret religieux des sanctuaires.

L’esprit de la forme fixe planait sur les théâtres de ces divers événements ; il ne permettait point qu’une lumière nouvelle brillât aux yeux des peuples, et les peuples mêmes ne songeaient point à le désirer.

Mais, depuis plusieurs siècles, une cause dont on n’avait point soupçonné l’activité ni même l’existence, commençait, parmi les habitants de la terre, une révolution que trente-cinq ou quarante siècles n’ont pas entière-^

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ment consommée. Dans les colonies qu’il fondait sur des plages lointaines, le navigateur phénicien, à son insu, avait porté le germe de la civilisation perfectible. Trop faible, trop occupé d’intérêts mercantiles pour chercher à subjuguer par la force, trop peu instruit pour fonder la civilisation sur la religion et la science sacrée, il se borna à mêler ses usages à ceux des tribus au milieu desquelles il s’établissait. L’homme alors, pour la première fois, apprit que la manière d’être qu’il tenait de ses ancêtres" pouvait changer, améliorée par un effet de son libre choix, et non par suite d’une obéissance aveugle à des êtres supérieurs. Du désir d’un perfectionnement réfléchi, la première conséquence est la curiosité : on conçut le prix du savoir ; on ne recula pas devant l’idée de l’aller puiser à des sources lointaines ; des voyages de long cours n’effrayèrent point les sages,

pressés du besoin de s’instruire et toutefois, eux

encore, ne brisèrent point le sceau du mystère. Les instructions qu’ils obtinrent dans l’Inde, dans la Ghaldée et dans l’Égypte, se bornèrent, autant que nous pouvons en juger, à des notions particulières et dénuées de théorie : Thalès en effet put prédire une éclipse, mais une seule ; et Pythagore ne trouva qu’à force de génie, la démonstration du théorème qu’on lui avait révélé, de l’égalité du carré de l’hypoténuse à la somme des carrés des deux autres côtés du triangle rectangle. Les philosophes, d’ailleurs, se regardèrent comme des initiés ; l’orgueil de la possession exclusive les toucha comme leurs instituteurs : les disciples de Pythagore recevaient ses révélations, non en proportion de leur capacité, mais selon l’élévation de leur grade dans un enseignement qui avait, comme les initiations^ sa durée préfixe, son langage et ses épreuves. Ce ne fut que peu à peu, et par l’influence extérieure de la civilisation perfectible, que,

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dans les écoles philosophiques, cessa de régner la même discrétion que dans les temples.

Ainsi, dans les pays mêmes où la civilisation perfectible prodiguait ses bienfaits, où la culture des sciences et de l’art d’écrire ouvrait la route vers une gloire brillante, les sanctuaires et l’art merveilleux qu’y avaient porté des instituteurs sortis de la Thrace ou de l’Égypte, restaient impénétrables : les prêtres maintenaient autour d’eux cette obscurité, à l’épaisseur de laquelle se proportionnaient la puissance et la vénération qu’ils pouvaient obtenir.

Démosthène est le premier auteur qui ait signalé, en

Grèce, l’existence de sorcières (i) Alors donc la

science occulte avait cessé d’être concentrée dans les temples ; il en était tombé quelques lambeaux entre des mains profanes ; des hommes obscurs, étrangers aux sacrés mystères, osaient professer l’art d’opérer des miracles. Pour assigner la cause de ce fait, il faut remonter à plus de trente-cinq lustres, et rappeler un des événements les plus remarquables de l’histoire ancienne, le massacre des mages, après la chute de Smerdis. La caste sacerdotale, très-nombreuse, très-puissante, ne pouvait pas succomber tout entière. Elle se dispersa sans doute de toutes parts ; et, lorsque les vues politiques de Darius lui firent désirer de la réunir, on peut croire que tous les mages ne s’empressèrent point également de devenir les soutiens du trône de leur principal assassin. Au milieu de qui durent se trouver souvent ces fugitifs, et les successeurs auxquels ils transmirent leur haine et leurs secrets? au milieu d’hommes nés dans une civilisation perfectible ; au milieu des Grecs disséminés sur

(1) Demosthen. In Aristogit. i..... M. Tiedciiiami, De quœslione, cic. page 46.

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tout le vaste empire de Perse ; commandants et soldats dans les troupes auxiliaires de Darius ; gouverneurs de ses provinces ; agents actifs du commerce dans ses ports, au milieu de la Grèce asiatique, qui, sous le joug du grand roi, conservait, avec le culte et l’idiome de la Grèce d’Europe, l’esprit de la civilisation perfectible (1). Les événements subséquents, la guerre de Gyrus le Jeune contre iVrtaxerxe, et surtout l’ascendant qu’avait pris le roi de Perse sur la Grèce, dont il devint l’arbitre pendant et après la guerre du Péloponèse, multiplièrent, pour les Grecs, les communications intimes avec l’intérieur de l’empire. Ils avaient admiré les prodiges opérés par les mages ; du nom de ces prêtres, ils avaient donné à l’art d’opérer des merveilles, le nom de magie, et ce nom était devenu bientôt assez célèbre pour qu’Euripide Timposât à l’inspiration céleste dont Orphée avait été animé. Curieux et avide, le Grec, ainsi rapproché des mages proscrits et de leurs descendants, profita sans doute des fréquentes occasions qu’il avait de s’instruire (2) , et, de retour dans sa patrie, il y fit un métier lucratif de l’emploi des secrets qu’il avait dérobés au ressentiment et à la misère (3).

(1) Un indice puissant appuierait notre assertion, si le poëme attribué à Phocylide, était en effet de cet auteur. « Abstiens-toi des livres ma- [jiqueSj, » y est-il dit \ers 138. Né à Milet dans la Grèce asiatique, 637 ans avant notre ère (selon Suidas), Phocylide a dû écrire ses préceptes moraux dans râge mûr, et par conséquent lorsque les mages fugitifs étaient depuis vingt ou trente ans en contact avec les Grecs d’Asie.

(2) Les communications des mages avec les philosophes de la Grèce, furent bientôt assez fréquentes, poifr que Platon, dans un de ses dialogues

'(in Axiocho)^ introduisît le mage Gobryas révélant à Socrate des secrets religieux.

(3) Un savant que j’ai déjà cité, M. G. C. Horst, dans sa Bibliothèque magique^ établit que l’Italie et la Grèce reçurent d’Asie et des sectateurs des deux imncipes (c’est-a-dire des adorateurs d’Ormusd, adversaire d’Arhiman) les doctrines magiques qui se mêlèrent peu à peu avec la

Les conquêtes d’Alexandre établirent les Grecs sur tous les points de cette Asie où chaque temple avait ses mystères particuliers ; les prêtres nombreux de Phrygie et de Syrie ouvrirent leurs sanctuaires aux vainqueurs, et s’empressèrent de se les affdier par des initiations.

La seconde idylle de Théocrite renferme la peinture d’une conjuration, d’un enchantement opéré par une femme ordinaire; déjà donc l’usage de la magie avait pénétré bien avant dans les mœurs des Grecs. L’idylle finit par la menace d’un empoisonnement que la magie doit opérer (1) : à l’idée simple succède ainsi une idée superstitieuse ; et l’expression propre aux temples, à l’expression du fait, la seule qu’eussent employée les Grecs, avant leurs communications avec des peuples régis par les dépositaires des sciences occultes; un crime atroce n’est plus l’œuvre d’un homme, c’est le résultat de l’intervention des êtres surnaturels. C’est ainsi que le même Théocrite transforme en magicienne Agamède, femm.e célèbre par ses connaissances médicales.

La religion de l’Égypte, que Cambyse avait attaquée en vain, et que ne troubla point Alexandre, fut conservée et honorée par les Ptolémées ; et les Romains, maîtres de l’Égypte, la laissèrent régner en paix sur leurs nouveaux sujets. Mais les guerres extérieures et les guerres intestines avaient ruiné le peuple et appauvri les temples. L’antique religion du pays languissait, comme le pays même, courbée sous une influence étrangère. Le sacerdoce n’était plus le premier corps dans l’État. H

mythologie ancienne, fondée, dans Fun et dans l’autre pays, sur l’adoration de la nature divinisée. Cette opinion, on le voit, se rapporte au temps où les doctrines magiques pénétrèrent dans les temples, époque fort antérieure au temps où les arts magiques cessèrent d’y être conrentiés.

fl) Theocrit. Idyll. ii, v. 160.

avait trop perdu en majesté, en puissance, en richesse, pour conserver intacte sa nombreuse hiérarchie. Pressés par la misère, des prêtres d’un ordre inférieur se répandirent en foule dans la capitale du monde, et, riches de prestiges et d’oracles, mirent à contribution la superstition et la crédulité. La classe éclairée méprisa ces mendiants sacrés, aussi bien que ceux qui accouraient de la Syrie et de la Phrygie : elle était occupée de trop grands intérêts et nourrie d’une philosophie trop indépendante, pour que des thaumaturges subalternes jouassent un rôle parmi les contemporains de Cicéron et de César.

Sans doute, la multitude les suivit encore, lorsque, pour quelques pièces de monnaie, étalant leurs prestiges sur les places publiques, ils captaient son attention par des oracles, des guérisons et des apparitions merveilleuses (1) ; mais la disposition générale des esprits n’en hâtait pas moins la dégradation de la science sacrée. Les prodiges qu’elle offrait jadis à la vénération publique rencontraient beaucoup d’incrédules : un miracle nié ou discuté est bien près d’être dévoilé dans ce qu’il peut avoir de réel. Les prêtres éprouvaient combien leur tâche, facile sous une civilisation de forme fixe, le devenait peu dans une civilisation perfectible. Ce n’était qu’avec peine qu’ils combattaient celle-ci, et son influence trop prodigue de lumières. Les oracles se taisaient, les prodiges devenaient plus rares, l’obscurité des sanctuaires diminuait avec la superstition, lorsque le triomphe du christianisme vint donner aux esprits et aux croyances une impulsion nouvelle. Voyez, d’un côté, les temples détruits, les prêtres dispersés, voués à l’ignominie, â l’in-

(1) Origen. ('ontr. Celsum, lib. i ; Plutarch. Cnr nunc Pythîa non edii oracula carminé.

digence; quelques-uns enfin réduits, pour vivre, à trafiquer des sciences sacrées ; de l’autre, la persuasion, l’enthousiasme, la légèreté, l’intérêt, l’ambition, la persécution enfin, entraînant, sous les bannières de la religion nouvelle, de nombreux transfuges, prompts à l’enrichir des secrets magiques propres aux diverses croyances qu’ils abandonnaient. Le miracle qui dissipa les ouvriers envoyés par Julien pour relever le temple de Jérusalem, prouva que les chrétiens aussi connaissaient les procédés dont les anciens thaumaturges avaient fait usage avec un succès éclatant. Alors l’ancienne religion reçut un coup mortel ; ses adversaires pouvant également la combattre avec ses propres armes, ou dévoiler au grand jour la faiblesse de ses prestiges.

Aussi longtemps que le polythéisme subsista, détesté et non encore proscrit par l’autorité suprême ; aussi longtemps que ses temples debout, ou leurs ruines récentes, rappelèrent un culte auquel se rattachaient tant de souvenirs, le soin le plus pressant de ses adversaires fut de montrer la fausseté de ses miracles, comme Fabsurdité de ses dogmes. Mais peu à peu le lierre et la mousse couvrirent des décombres au milieu desquels le zèle persévérant ne rassemblait plus les adorateurs; l’habitude, le cours des choses, la nécessité poussèrent dans la nouvelle route les populations entières : on cessa de combattre ce qu’on avait cessé de craindre ; on cessa d’armer contre la crédulité la raison, dont les progrès pouvaient s’étendre un jour au delà du but prescrit à ses efforts.

Les débris des sciences sacrées restèrent entre les mains de deux classes d’hommes bien différentes.

r Aux prêtres d’un ordre supérieur, aux disciples éclairés des sages de Babylone, de l’Étrurie, de la Perse, de l’Égypte et de l’Hindoustan, s’étaient réunis les suc-

cesseurs de ces philosophes théurgistes qui, dès le second siècle, avaient essayé de relever le polythéisme en transformant ses légendes en allégories morales, et ses prestiges en œuvres divines, opérées à la voix de l’homme vertueux par les puissances célestes. Tous ensemble , professant moins l’ancien polythéisme que le culte d’une Divinité unique, adorée sous mille noms divers dans les diverses religions, ouvrirent des écoles de philosophie où les chrétiens, amis des lumières, se crurent permis d’en venir chercher : une théosophie platonicienne et une morale austère et exaltée y formaient le fond de la doctrine. Mais on y révérait aussi la mémoire des hommes qui, grâce à leur piété, mis en communication avec les êtres surnaturels, en avaient obtenu le don des œuvres merveilleuses. La juste crainte d’entendre discuter, nier ou avilir leurs miracles par des adversaires trop puissants, y avait ranimé l’ancien esprit de mystère ; plus que jamais on y faisait un devoir religieux de se taire sur tout ce que l’on possédait encore de leurs enseignements. Synésius reproche amèrement à l’un de ses amis d’avoir révélé à des auditeurs non initiés, une partie de la doctrine secrète des philosophes (1). L’ouvrage entier de Lydus sur les prodiges, et le passage de Damascius que nous avons cité, prouvent à quel point ces deux derniers se croyaient encore étroitement liés par leurs promesses de silence. Les initiés de Memphis, les disciples des prêtres étrusques n’auraient pas tenu un langage plus réservé.

Par rapport aux dogmes philosophiques, il serait possible de suivre en Grèce, puis en Italie après la prise de Constantinople, les traces de l’influence subsistante de ces écoles. Cela est moins aisé pour ce qui concerne la

(1) Synes. Epist. 143.

science occulte : les fondateurs des écoles l’ont sûrement possédée ; mais la transmission n’en est que probable; combien d’accidents pouvaient l’ensevelir dans le mystère dont on ne la laissait sortir qu’avec de si grandes précautions ! Quelques faits cependant viennent répandre un peu de jour sur cet intéressant problème.

La doctrine des théurgistes, qui transformait en êtres surnaturels, en génies, les substances dont se servait la science expérimentale et les hommes qui les mettaient en usage, revit tout entière dans la doctrine cabalistique des modernes. Elle aussi, pour produire des œuvres merveilleuses, fait agir des génies et les soumet au pouvoir du sage qu’elle illumine de ses clartés. Les génies de la terre, de l’eau, de l’air et du feu sont répandus dans les quatre éléments où la physique, alors reçue, plaçait les principes de tous les corps. N’avons-nous pas retrouvé, dans les gnomes, les ouvriers qui exploitent les mines ? Les détails brillants et romanesques dont une imagination vive a paré le fond des principes des cabalistes, n’empêche pas que l’identité des deux doctrines ne demeure reconnaissable.

On sait quel pouvoir sublime est attaché à la syllabe OM , qui désigne la Trimurti hindoue, composée de Shiva, Wishnou et Brahma : en la prononçant, l’homme pieux s’élève à Vintuilion intellectuelle des trois divinités réunies. Ce nom divin et son énergie mystérieuse sont rappelés dans deux livres de magie publiés en Allemagne au commencement du xvE siècle (1). N’est-ce point là un dernier anneau de la chaîne qui, malgré l’éloignement immense des contrées et des âges, malgré la différence des idiomes et des religions, rattache aux doctrines

(1) Us sont cités dans la Bihiiothèqur maçfiqno do M. HorsI.

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transcendantes de THindoustan, les débris qu’en avaient conservés les adeptes modernes ?

Des inventions qui, dans l’antiquité, firent éclore tant de miracles, quelques-unes se sont réfugiées dans les écrits des hommes que le moyen âge admirait ou persécutait comme versés dans les sciences occultes (1), Il est certain qu’à cette époque de ténèbres, les savants se sont souvent transmis le dépôt de leurs connaissances, par l’intermédiaire de sociétés secrètes, qui ont subsisté presque jusqu’à nos jours sous le nom de Rose-Croix^ ou sous d’autres noms également énigmatiques. L’un des plus beaux génies dont se puissent honorer l’Europe et le genre humain, Leibnitz, pénétra, à Nuremberg, dans une de ces sociétés, et, de l’aveu de son panégyriste (2), il y puisa une instruction qu’en vain peut-être il eût cherchée ailleurs. Ces réunions mystérieuses étaientelles les restes des anciennes initiations savantes ? Tout porte à le croire : non-seulement les épreuves et les examens qu’il fallait subir avant d’y entrer; mais surtout la nature des secrets qu’elles possédaient et la manière dont elles paraissaient les avoir conservés. Quelquefois, en effet, dans les écrits des auteurs du xif et du xiif siècle, on retrouve tout entières les connaissances thaumaturgiques et leurs applications. Plus souvent, le souvenir des prodiges qu’elles opéraient jadis subsiste seul dans l’oubli où sont tombés les moyens qui avaient dû y conduire. C’est ainsi du moins que l’on est tenté d’interpréter ces mêmes auteurs, quand ils annoncent comme possibles à leur art, des œuvres si merveilleuses, qu’il

(1) Albert le Grand, l’abbé Trithème, le cordelier Barthélemi, Robert Fludd, Roger Bacon, etc. — Voyez F. A. Pouchet, Histoire des sciences naturelles au moyen âge, Paris, 1853, p. 250.

(2) Fontenelle, Éloge de Leibnitz. {Éloges des académiciens ,, tome t, pages 464 et 465.)

faudrait leur accorder la gloire d’avoir retrouvé, avant Buffon, le miroir ardent d’Archimède, d’avoir inventé le télégraphe, etc. etc. si, à côté de leurs promesses, ils indiquaient les procédés propres à les effectuer.

Leur silence, cependant, n’est pas une preuve décisive de leur ignorance : amoureux du mystère, et fiers d’une possession exclusive, ils n’étaient savants que pour euxmêmes et pour un petit nombre d’adeptes ; ils se taisaient ou ne s’exprimaient qu en allégories (i). Mais ce silence, cet amour du mystère sont un trait de ressemblance qui rappelle les écoles théurgiques au sein desquelles le polythéisme expirant déposa ses secrets. Ce qui semble encore assigner la même origine aux connaissances des membres des sociétés secrètes, c’est l’horreur, l’effroi, l’esprit de persécution que leur science inspirait ; sentiments d’autant plus énergiques qu’on supposait la science plus étendue. Un souvenir confus les désignait comme les héritiers des prêtres polythéistes, des ministres de ces dieux détrônés qui n’étaient plus que les génies du mal et des ténèbres.

Ayant porté ses conquêtes plus loin que les Romains n’avaient étendu leur empire, et se soumettant les vainqueurs mêmes des Romains, le christianisme, fort de plus de six siècles d’existence, semblait n’avoir à craindre que les dissensions sans relâche renaissant entre ses enfants, lorsque sur un point du globe presque ignoré un homme parut. Étranger aux ressources des sciences occultes, il a le courage de s’en passer, et, le premier parmi les hommes, Mahomet fait croire à une révélation ; il

(1) Au XVI® siècle, Léopold d’Autriche, fils du duc Albert II, donna un tableau des Paranatellons des Décans (imprimé à Venise en 1520. Voyez Dupuis, Origine de tous les cultes, tome xii, pages 127 et 128). C’est un extrait de la Sphère persique. Mais Léopold, au lieu de transcrire les indications positives, n’en a emprunté que les figures emblématiques.

fonde une religion, en déclarant que le Dieu qu’il annonce lui a refusé le don d’opérer des miracles. Dans la Syrie, l’Égypte, la Perse, rapidement conquises, ses farouches sectateurs bouleversent la civilisation ; dans la Perse, surtout, leur fanatisme poursuit, avec une rage implacable, les mages, dépositaires des sciences religieuses. Quatre cents ans plus tard, au nom de l’islamisme encore, et animés de l’enthousiasme destructeur qu’il ne peut manquer d’inspirer à des hordes sauvages, les Turcomans inondent l’Asie, du pied du Caucase, aux bords de la mer Rouge, du golfe Persique et du Pont- Euxin : la barbarie semble devoir à jamais y régner avec eux... Des causes semblables produisent de semblables eflets ; et, à ces deux époques, les secrets des sciences occultes se répandent au dehors par suite de la dispersion de leurs possesseurs. Dès le vuf siècle, tranquilles au sein de leurs conquêtes, les Arabes s’adonnèrent avec passion à l’étude de la magie ; ils lui demandèrent Tart de faire de l’or et de découvrir les trésors cachés : vœu naturel à une population amollie par le luxe, et à qui le despotisme ne laissait connaître de propriétés assurées que celles que l’on pouvait emporter en fuyant. Au xi® siècle, lorsque les Musulmans civilisés redoutèrent à leur tour le fanatisme de leurs nouveaux frères, les rapports des Européens avec les Arabes et les Maures avaient pris une grande activité ; et Ton observe qu’alors le commerce de ceux-ci infecta de superstitions magiques (1) les sciences qu’ils avaient apportées en Occident. De diverses contrées de l’Europe, les étudiants accouraient pour fréquenter les écoles de sciences occultes ouvertes à Tolède (2), à

(1) Tiedemann, De quœstione, etc. page 97.

(2) « Complures ex diversisregionibus scholares apud Toletum student « in arte necromantica. » Ainsi s’exprime César de Heisterbach, écrivain

Séville, à Salamanque (1). L’école de Tolède était la plus célèbre : l’enseignement s’y perpétua du xif siècle jusqu’à la fin du XV® (2). Les sociétés occultes d’Europe prirent une part active à ces communications : c’est par les adeptes dont elles se composaient, que nous avons connu la plupart des inventions physiques et chimiques des Arabes.

2° C’est dans la classé la moins relevée de la société que furent recueillis en partie les secrets du polythéisme: l’avilissement de la religion détruite donna les plus ignorants des hommes pour successeurs, aux thaumaturges qui avaient si longtemps dominé les peuples et les rois.

Le vulgaire peut être détrompé d’un prestige et des imposteurs qui osaient s’en prévaloir; mais, tant que sa raison n’a pas été développée par une saine instruction, ses préventions superstitieuses ne meurent point ; elles n’abandonnent un objet que pour se porter sur un autre... Voilà ce qu’entrevirent des ministres subalternes du polythéisme, des hommes dont la science se bornait presque à des mots, et les secrets, à l’art de persuader qu’ils en possédaient beaucoup et de très-redoutables. Oubliant leurs dieux méprisés, ils parlèrent de démons, de génies, de sorts dont ils dirigeaient à leur gré l’action terrible ou bienfaisante.

Vers le milieu du vi® siècle, les Francs et les Visigoths portèrent des lois sévères contre la magie, c’est-à-dire contre la dernière classe des magiciens ; les secrets de la haute théurgie étaient gardés avec trop de soin pour se répandre chez les barbares, au point de les alarmer. De

de la fin ou du commencement du xiii« siècle. Illustr. mirac. et hist. mir. lib. V, cap. 4, page 207 (édition de 1605).

(1) Frommann. Tract, de fascin. pages 173 et 174.

(2) Voyez le Commentaire de Lcduciiat Rabelais^ liv. m, cliap. 23, note 0.

telles lois prouvent que déjà cette classe était nombreuse et puissante partout sur l’esprit de la multitude.

Dès le commencement du v® siècle, en effet, saint Augustin parle du sabbat et des assemblées de sorcières : avant cette époque, on ne citait que des magiciennes isolées, telles que celles dont Apulée et Lucien racontent les prestiges. Ceci est remarquable : l’idée de sabbat^ de réunions, implique celle d’une société organisée qui reconnaît, dans son sein, des grades et des chefs; en un mot l’idée d’une initiation. Descendue dans la lie de la société, elle en porte la teinte ignoble; mais enfin, c’est une initiation. Non contents de vendre des miracles, les magiciens subalternes communiquaient donc le don d’en opérer ; ils imitaient les épreuves, les serments, les révélations et les spectacles des initiations anciennes.

On a cru pouvoir assigner pour origine aux assemblées du sabbat, ou plutôt aux traditions qui s’y rapportent, les réunions nocturnes des druides, leurs danses religieuses à la lueur des flambeaux, les processions des druidesses, revêtues de robes blanches; solennités qu’on ne célébrait plus que dans les campagnes reculées, ou dans les déserts, depuis que le christianisme avait induit les rois à persécuter l’ancienne religipn du pays (1)* Cela n’a rien d’improbable ; mais on peut croire qu’ici, comme dans la formation des modernes sociétés secrètes, se sont fondus ensemble les restes de diverses institutions empruntées à des âges et à des pays différents ; et que difficilement reconnaîtrait-on ce qui, dans l’origine, a appartenu à chacune d’elles.

Quoi que l’on doive en penser, sommes-nous en droit

(1) M. Brodel pense que les grottes immenses que l’on trouve dans les Alpes, ont été habitées jadis par les Faidhs^ ou adeptes religieux des sciences occultes : de là, suivant lui, naquit la croyance que ces grottes ont élé et sont encore le séjour des Fées.

DES SCIENCES OCCULTES. ClIAP. IX.

de donner pour successeurs, aux sorciers des v' et vi“ siècles, les sorciers dont les réunions ont été déférées à tous les tribunaux de l’Europe j usque dans le xvni» siècle ?

Déjà nous avons tenté un rapprochement analogue, entre les sociétés secrètes formées par les savants du moyen âge, et les écoles des philosophes théurgistes. Mais là, c’est sur les formes et le secret de la réception qu’ont porté les altérations produites par le temps ; les çonnaissances que l’on voulait conserver, subsistèrent aussi longtemps du moins que l’on en put comprendre l’énoncé. Ici, au contraire, le but de l’initiation et son histoire sont également tombés dans l’oubli : pour remonter à son origine, nous n’aurons que quelques traces informes des pratiques et des fictions qu’elle mettait en usage, et qu’ont pu conserver d’abord la ruse et la cupidité, empressées de trouver des dupes ; et ensuite la crédulité ignorante et la curiosité qu’aiguisait l’ennui d’une vie sans jouissance et sans avenir.

Diverses considérations montrent qu’un tel rapprochement n’a rien de forcé. M. Tiedemann soupçonne que plusieurs mots barbares, usités dans les opérations de sorcellerie, ne sont que des mots latins ou grecs, mal lus et mal prononcés par des ignorants (1) ; mots qui, dans l’origine, firent sans doute partie de formules d’opérations ou d’invocations. Rien de plus probable : c’est ainsi que les trois mots inintelligibles en grec, Kongx, Om, Panx, que prononçait le grand prêtre à la clôture des mystères d Eleusis, sont, dit le capitaine Wilford, les mots sanscrits, canscha, om, panscha, que prononcent chaque jour les brahmes, en terminant leurs cérémonies religieuses (2).

(1) Tiedemann, De quœstione, etc* pages 102 et 103.

(2) The monUily repertory, lome xxin, page 8.

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N’avons-noLis pas remarqué aussi, clans les invocations des sorciers modernes, un mélange d’idées astrologic[ues dont on ne peut pas leur attribuer l’invention, puisque sûrement ils ne les comprenaient pas, et qu’ils ont dû les recevoir de prédécesseurs plus instruits?

Pour se transporter au sabbat, ou plutôt pour rêver qu’ils s’y transportaient, les sorciers se frottaient le corps d’une certaine pommade : le secret de la composer, secret qui leur a été si souvent funeste, est le dernier, le seul peut-être ciu’ils eussent conservé. Un sommeil subit, profond, durable, comateux, des visions tristes et lugubres, mêlées de mouvements voluptueux, voilà, en général, ce ciue produisait l’onction magique, dont l’effet combinait ainsi les deux mobiles les plus puissants sur l’âme humaine, le plaisir et la terreur. Le choix des substances énergiques dont la pommade se composait, la découverte de leur vertu et de la manière de les employer, ne peuvent être attribués aux sorciers modernes que l’on a rencontrés toujours dans la classe la plus pauvre et la plus ignorante : ces connaissances, n’en doutons point, descendent d’une source plus élevée. La magie ancienne usait d’onctions mystérieuses ; Lucien et Apulée (1) décrivent celles que pratiquaient Pamphila et l’épouse d’Hipparque; et ces deux écrivains n’ont fait que copier les Fables milésiennes, déjà célèbres par leur antiquité autant que par leur agrément.

L’onction magique, ainsi que nous l’établirons bientôt (2), n’avait d’effet, dans les temps modernes, que par les rêves qu’elle enfantait. Mais, dans l’initiation primitive et dans les réunions réelles, composée d’ingrédients moins soporifiques, elle a dû servir à disposer des adeptes

(1) Liician. Lucius sive asinus. ; Apul. Metamorph. lib. iv.

(2) Voyez ci-apiès, cbap. 18.

aux mystères qu’ils allaient célébrer, en sorte qu’ils y apportassent d’avance cette ivresse morale, cette frénésie de croyance, si nécessaire pour créer et entretenir la superstition et le fanatisme.

Pouvons-nous retrouver quelques vestiges de l’initiation primitive?

Dans les aveux arrachés par la torture aux prétendus sorciers, sur ce qui se passait au sabbat, on voit, au milieu de. détails variés avec toute l’incohérence d’un délire stupide, ôn voit se reproduire un certain nombre d’idées uniformes. C’est, dit M. Tiedemann (1), parce que l’oii tourmentait ces malheureux jusqu’à ce qu’ils eussent confessé tout ce dont on les accusait, et que les accusations étaient toujours identiques, conformément aux idées reçues parmi les juges. Mais ces idées bizarres, et pourtant suivies et liées entre elles, les magistrats ne les avaient point inventées : qui les avait originairement imprimées dans leur esprit, sinon des récits fondés sur des actions réelles ou sur des souvenirs conservés par une longue tradition ? Le fond commun à tous les aveux, qui se composait de ces idées, peignait donc probablement, avec les altérations que le temps et l’ignorance n’avaient pu manquer d’y apporter, quelques cérémonies pratiquées jadis dans des initiations subalternes.

Que ces initiations se rattachassent aux derniers restes des cultes détruits, c’est ce qu’il est naturel de croire, et ce que divers indices rendent probable. Si, il y a cent cinquante ans, comme au temps de nos anciens druides, on attribuait des vertus magiques au gui de chêne (!2); si, journellement, les observateurs attentifs retrouvent, au fond des campagnes, des légendes, des superstitions

(1) Tiedemann, De quœstione, etc. pages 137 et 138*

(2) Fromrnami. Tract, de [asc. pag, 607.

et des usages qui émanent des anciennes religions, combien, à une époque moins éloignée de celle de leur splendeur, ces religions n’avaient-elles pas conservé d’influence sur les habitudes et les croyances de la multitude ! Les prêtresses du polythéisme el les druidesses, retirées loin des villes, conservèrent longtemps la confiance et la considération des peuples. Grégoire de Tours parle de l’existence de Pythies, dans les Gaules; en 798, on voit des devineresses, proscrites, sous le. nom de Strice, par les capitulaires de Charlemagne. Bien plus tard, une foule de femmes et d’hommes de la campagne s’assemblaient encore la nuit, dans des lieux déserts, pour célébrer, par des festins, des courses et des danses, le culte de Diana, ou de dame Abunde, appelée aussi liera, du nom grec de Junon (1). Il paraît que le prêtre qui présidait à l’assemblée était vêtu d’une peau de bouc, portait un masque cornu et barbu, et figurait ainsi Pan, la divinité de Mendès, que les Grecs empruntèrent à l’Égypte. Gomme dans quelques cérémonies secrètes du polythéisme, d’autres prêtres y portaient probablement aussi des déguisements d’animaux. Les noms de Diana, de liera, le souvenir de Pan, nous reportent à la religion que renversa le christianisme : mais ne retrouvons-nous pas aussi les détails qui se répètent dans tous les aveux des sorciers ; les danses, les courses, les festins; le bouc que l’on adore; les animaux divers qu’une imagination frappée transforma en démons, et qu’elle supposa servir de monture aux principaux personnages qui se rendaient à la cérémonie? Maxime de Turin, au v® siècle, signalait, dans de pareilles réunions, un reste de paganisme. Sept cents ans plus tard, Jean de Salisbury en a parlé. Il en

(1) Voyez Dulaure, Histoire de Paris, édition, tome v, pages 2S9 et suivantes,.. Carpentier, Glossar. verbis Diana et Holda.

est fait mention au xiv" siècle ; mais il est douteux qu’alors elles eussent lieu réellement : le roman de la Rose dit que les personnes qui croyaient s’y rendre et s’y réunir avec le tiers de la population, étaient déçues par

une illusion Dès ce temps, les réunions et les

cérémonies du sabbat étaient donc tombées en désuétude ; elles n’existaient plus que dans les rêves des sorciers.

Après avoir essayé de renouer la chaîne historique qui unit les misérables qu’une ignorance stupide conduisait à la mort comme sorciers, et les derniers dépositaires des anciennes connaissances occultes, on voudrait, parmi ceux-ci, distinguer les créateurs de la magie subalterne, de la sorcellerie. Des hommes, sortis de divers temples, et possesseurs de secrets différents, ont concouru sans doute à lui donner de l’extension : mais nous soupçonnons qu’elle a été fondée par ces prêtres égyptiens du dernier ordre, que, dès le commencement de l’empire romain, on vit errer partout ; publiquement méprisés, consultés en secret, et qui durent naturellement chercher des prosélytes dans la classe la plus ignorante de la société. L’apparition et l’adoration d’un bouc faisaient une partie essentielle des cérémonies du sabbat; le chat aussi y jouait un grand rôle, pour son malheur, puisque souvent il a partagé l’horreur qu’inspiraient les sorciers : on sait combien le culte du chat et du bouc était ancien en Égypte. On sait aussi quelle importance a la cle(, dans la sorcellerie, quelles guérisons ont opérées la c/cf de saint Jean, la clef de saint Hubert, etc. : la Crux ansata^ si fréquemment reproduite sur les monuments égyptiens, était une clef (i); les idées religieuses qui la mettaient à la main des principales divinités de l’Égypte, nous dé-

(!) Encyclop. méthud. Antiquités, art. Clef.

couvrent, dans la clef, Thiéroglyphe de la souveraine puissance.

La Pseudomonarchia dæmonum nous paraît également avoir une origine égyptienne ; fait important, puisque la plupart des noms que cet écrit renferme, sont reproduits, avec peu d’altération, dans les livrets de sorcellerie qu’on rencontre dans les campagnes. Des génies de la Pseudomonarchia, l’un est une vierge-poisson, figure propre aux planisphères égyptiens (i); l’autre, un vieillard vénérable, à cheval sur un crocodile, et portant sur le poing un épervier. Celui-ci se montre sous la forme d’un chameau qui parle très-bien la langue égyptienne (on sait que le chameau, dans l’astronomie des Arabes, remplace la constellation d’ Hercule agenouillé) (2); celui-là^ qui paraît tantôt un loup, tantôt un homme montrant, comme une mâchoire de chien, c’est Amun ou

Amoun, dont le nom décèle l’origine; Amoun, dieu-univers, dieu caché, que le prêtre égyptien suppliait de se manifester à ses adorateurs (3).

Nous avons dû donner de l’étendue à cette discussion : si les inductions que nous en avons tirées ont de la vraisemblance, elles nous autorisent à citer quelquefois, dans nos recherches, des prestiges modernes, comme empruntés aux anciennes connaissances, ou propres à expliquer, par analogie, les miracles des anciens ; et en

(1) Sur la seconde bande du soffite du portique de Denderah, on remarque (dit M. Jollois, dans Description de VÉyypte) une femme dont le corps se termine en queue de poisson. Sur cet emblème que l’on retrouve dans les mythologies hindoue, japonaise, chaldéenne, phénicienne et même grecque, voyez, ci-après, le § 12 de la note A, Des dragons et des serpents monstrueux.

(2) J. Scaligeri Notœ in M. Manilium, 484.

(3) Suivant Hécatce d’Abdère, cité par Plutarque. (Plutarch. De Isid. et Osirid.)

CHAP. IX

même temps elles nous montrent, se prolongeant presque jusqu’à nos jours, les erreurs nées chez la classe ignorante, à l’occasion du mystère dont s’enveloppait la science, et lé^ [préjudice que ce mystère a porté à l’esprit humain, en comprimant les progrès de la science, en la faisant périr silencieusement entre les mains de la classe éclairée.

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