‹ Des sciences occultes, ou, Essai sur la magie, les prodiges et les miraclesChapitre 26 sur 55 · I.I) s. Justin, Apologet. lib. ii · texte numérisé non relu

I.I) s. Justin, Apologet. lib. ii

(2) Laclant. Div. institut, lib. vu, cap. 13,

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des miracles (1) ; et il voit l’image de ce fils chéri, vêtu magnifiquement et monté sur un cheval superbe, accourir vers lui, se jeter dans ses bras, et disparaître. Pour expliquer ce trait historique, élèvera-t-on encore la supposition grossière d’un cavalier aposté pour jouer le rôle du jeune prince ? Le père, déçu par la ressemblance, ne l’eût-il pas saisi, retenu, enchaîné dans ses embrassements ? L’existence de cet homme, trahie par une ressemblance si remarquable, et dès lors la fausseté de l’apparition, n’auraient-elies pas été bientôt découvertes et dénoncées par les ennemis du thaumaturge (2)? En rapprochant ce fait des traditions antérieures et surtout de l’existence antique des Nékyomantions, n’est-il pas plus simple d’avouer que, de nos jours, la fantasmagorie a été retrouvée (3) et non pas invenlée, et d’en reconnaître également les prestiges dans les apparitions des dieux, et dans les évocations des morts (4), où des ombres douées d’une ressemblance frappante avec les êtres ou les images qu’elles devaient rappeler, s’évanouissaient soudain

()) Théodore Saiitabaren , abbé-archevêque des Euchaïles. Voyez Glycas, Annal, part, iv, page 296; Léo Grammat. in Vita Basilii imp. § 20.

(2) La ressemblance d’une femme nommée Oliva et de la reine Marie- Antoinette servit, en 1785, à t’intrigue connue sous le nom de Procès du Collier. Mais Oliva ne tarda point à être arrêtée et mise en jugement. Le substitut du fils de l’empereur grec aurait été également saisi par les rivaux de Santabaren : l’envie, surtout à la cour, est bien aussi habile que la police la plus active.

(3) Voyez, dans les Souvenirs d’un homme de coui\ tome i, pages 324- 329, le récit d’une apparition fantasmagorique qui doit dater du milieu du xvine siècle. Elle consistait spécialement à donner l’apparence de la vie et du mouvement à des personnages de tapisserie.

(4) Pytbagore enseignait que les ombres des morts ne clignent point les yeux (PlutaiNjue, Des délais de la juslicc divine) ; la remarque est juste; ce mouvement serait difficilement communiqué à une apparition fautasmagori<)ue.

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au milieu des embrassements qui les voulaient saisir ?

Nous pourrions emprunterau P. Kircher (1) la description des instruments qui durent servir à la fantasmagorie, dans les temples anciens : mais il est plus curieux d’en présenter les effets, tels que les a peints un disciple des philosophes théurgistes : « Dans une manifestation

« qu’on ne doit pas révéler il apparaît, sur la paroi

« du temple, une masse de lumière qui semble d’abord « très-éloignée ; elle se transforme, comme en se resser- « rant, en un visage évidemment divin et surnaturel, « d’un aspect sévère mais mêlé de douceur, et très-beau « à voir. Suivant les enseignements d’une religion mys- « térieuse, les Alexandrins l’honorent comme Osiris et «Adonis (2). » Si j’avais à décrire une fantasmagorie moderne, m’expliquerais-je différemment ?

Damascius nous apprend que l’on mettait en œuvre cette apparition pour détourner les chefs de la cité de se livrer à des dissensions pernicieuses. Le miracle avait un but politique : c’est ce que l’on peut reconnaître pour plusieurs des miracles que nous raconte l’antiquité, et supposer pour le plus grand nombre.

En d’autres cas, on a pu se servir de la chambre noire pour reproduire des tableaux mouvants et animés. Et ici se présente, avec plus de force, la remarque faite à l’occasion du diorama : la simple observation suffisait pour en indiquer l’usage. Dans une chambre dont la fenêtre est close par un volet qui joint exactement, s’il y a une ouverture dans le corps du volet, on voit se peindre nettement, sur le plafond, les hommes, les animaux, les chars qui passent sur le sol, dès qu’ils sont suffisamment éclairés ; les couleurs, pour peu qu’elles aient de

(1) Kircher, Œdipus^ tome ii, page 323.

(2) Damascius apud Photiurn, Biblioth. cod. 242.

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vivacité, brillent, parfaitement reconnaissables ; les images peuvent même, et j’en ai fait l’expérience, conserver une ressemblance frappante dans les détails comme dans l’ensemble, lorsque, pour les dimensions, elles ne sont plus, aux objets qui les produisent, que dans les proportions d’un à douze ou à quinze.

Que, chez les anciens, ces apparitions résultassent de moyens scientifiques, cela est prouvé par l’art que possédaient les thaumaturges de redresser les figures qu’une lentille convexe ou un miroir concave faisait paraître renversées. Suivant Théodoret(l) et les rabbins, le motif de l’effroi que la pythonisse, consultée par Saül, éprouva ou feignit d’éprouver, c’est que l’ombre de Samuel parut dans r attitude d’un homme qui se tient debout; tandis que, jusque-là, les ombres des morts n’âvaient apparu que renversées. Il s’ensuit seulement que la fantasmagorie de la pythonisse était mieux montée que celles des nécromanciens qui, avant elle, avaient paru en Judée.

Buffon admet comme possible l’existence du miroir d’acier ou de fer poli que l’on avait établi au port d’Alexandrie, pour découvrir de loin l’arrivée des vaisseaux. Si, comme on peut le présumer, longtemps avant de tomber dans le domaine de l’industrie, les connaissances qui dirigèrent la construction du miroir d’Alexandrie, existaient dans les temples, quels miracles, supérieurs à ceux que nous venons de rappeler, purent au besoin frapper d’admiration les peuples, et étonner même les philosophes ?

« Si ce miroir, dit Buffon, a réellement existé, comme « il y a toute apparence, on ne peut refuser aux anciens « la gloire de l’invention du télescope (2). » De cette au-

(1) Théodoret, in Reg. lib. i, quæst. 62.

(2) Buübn, Histoire naturelle des minéraux. Jnlroduction, sixième mé’moire, ait. 2.

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torité imposante, qu’il nous soit permis d’en rapprocher une d’un genre bien différent : dans ces antiques narrations orientales dont le merveilleux, suivant nous, appartient à'des traditions défigurées, plus souvent qu’aux écarts d’une imagination sans frein, on voit figurer un tuyau d’ivoire, long d’un pied, d’un peu plus d’un pouce de grosseur ; il est garni d’un verre à chaque extrémité : en y appliquant fœil, on voit la chose que l’on a souhaité de voir (1). A ce miracle, substituons celui d’apercevoir un objet que i’éloignemeut dérobe à la vue simple : et l’instrument magique devient, sinon un télescope, au moins une lunette de longue-vue.

Aux prestiges de la dioptrique , faudra -t- il rapporter une faculté extraordinaire dont parlent des écrivains d’âges et de pays assez différents, pour que l’on puisse croire qu’ils ne se sont pas copiés les uns les autres ?

Que Jupiter amoureux revête tour à tour la ressemblance de Diane et celle d’ Amphitryon ; que Protée et Yertumne changent, à leur gré, de forme et d’aspect, on pardonne ces fables à une mythologie riante , son éclat en fait oublier l’absurdité.

Quand un biographe raconte que son héros, sous une ligure empruntée, trompa les yeux même de ses amis, on rit de l’excès de crédulité où a pu l’entraîner l’enthousiasme ; et l’on opposera la même incrédulité à deux ou trois récits d’aventures du même genre. Mais ce n’est point d’un fait isolé que nous devons parler : c’est d’un art répandu dans presque toutes les parties du monde. L’objet de la magie, dit lamblique, n’est pas de créer des êtres, mais d’en faire paraître des images ressemblantes qui s’évanouissent bientôt sans laisser la

(1) Mille et une yuits, cDVic mut, tome v, pages etc.

moindre trace (1). Dans les conquises de Gengis-Kan, fut comprise une ville qui était Tenlrepüt de tout le commerce de la Chine : les habitants, dit l’historien (2), s’adonnaient à un art qui consiste à faire paraître ce qui n’est pas et disparaître ce qui est. « On appelait Mages « (ou magiciens), dit Suidas, les hommes qui savaient « s’entourer d’apparitions décevantes (3). « Son traducteur ajoute, en forme d’explication, que, par leurs prestiges, ils abusaient les yeux des hommes au point de paraître tout autres qu’ils n’étaient réellement.

Un historien qui, indépendamment d’auteurs grecs et latins que nous ne possédons plus et qu’il a pu connaître, a consulté les traditions importées d’Asie dans le nord de l’Europe, avec la religion d’Odin, Saxo Grammaticus, tient le même langage que Suidas. Parlant des illusions produites par les philosophes-magiciens : « Très-experts, dit-il, dans l’art d’abuser les yeux, ils (( savaient se donner et donner à autrui l’apparence de « divers objets, et, sous des formes attrayantes, cacher « leur aspect véritable (4). »

Jean de Salisbury, qui, incontestablement, a puisé à des sources aujourd’hui fermées pour nous, rapporte que Mercure, le plus habile des magiciens, avait trouvé le secret de fasciner la vue des hommes, au point de rendre des personnes, invisibles, ou plutôt de les faire paraître sous la forme d’êtres d’une espèce différente (5).

Simon le Magicien pouvait aussi faire qu’un autre

(1) (( Ejmmodi namque magicœ finis est, non facere simpUciter, sed « usque ad apparentiam imaginamenta porrigere, quorum, mox nec vola^ « quod dicitur, compareat, nec vestigium. » (lamblich. De 7nyst.)

(2) Histoire de Gengis-Kan, pages 471 et 472.

(3) Suidas, verbo Magos.

(4) Saxo Grammat. Hist. Dan. lib. i, cap. 9.

(5) Joan. Snlisb. Polycr. lib. i, cap. 9.

homme lui ressemblât tellement, que tous les regards y fussent trompés : c’est comme témoin oculaire, que l’auteur des Récognitions attribuées au pape saint Clément, rapporte ce fait incroyable (1).

Pomponius Mêla attribue aux druidesses de l’île de Séna l’art de se transformer, quand elles le voulaient, en animaux (2); et Solin (o) croit pouvoir expliquer par des apparitions trompeuses , les prestiges qu’opérait Circé.

Eustathius entre dans des détails importants. Protée, dans Homère, se transforme en iin feu dévorant : cela, dit le commentateur (4) , ne doit se prendre que dans le sens d'apparition ; c’est ainsi que Protée devient dragon, lion ou sanglier ; il apparaît, il ne devient pas. Protée était un faiseur de prodiges (tera tourgos) , très-savant, très- souple et très-adroit, et versé dans les secrets de la philosophie égyptienne. Après avoir cité Mercure et d’autres êtres qui appartiennent aussi à la mythologie, et qui, par une métamorphose apparente, passaient, comme Protée, d’une forme à une autre : « Dans le « même art, continue Eustathius, on a admiré Cratis- « thène : il faisait apparaître des feux qui semblaient « sortir de lui et jouir d’un mouvement qui leur était « propre; il mettait en œuvre d’autres apparitions pour « forcer les hommes à lui confesser leurs pensées. Tels c( furent encore Xénophon, Scymnos, Philippide, Hé- « raclide et Nymphodore, qui se jouaient des hommes « en leur inspirant de l’effroi. »

Athénée (5) parle, dans les mêmes termes, de Cratisthène et de Xénophon, qui faisait apparaître du feu, et

(1) Recognit. lib. x. — Epitome de rebus gestis B. Pétri.

(2) Pompon. Mêla, lib. ni, cap. 6.

(3) Solin. cap. 8.

(4) Enstath. in Homer. Odyss. lib. iv, vers. 417 et 418.

(5) Athenæ. Deipnosoph. lib. i, cap. 14.

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de Nymphodore, tous trois habiles à décevoir les hommes par des prestiges, et à les épouvanter par des apparitions.

Qu’étaient ces apparitions ? le sens du mot n’est pas équivoque, puisque le commentateur se propose de prouver que l’on doit considérer comme des apparitions, les prétendues métamorphoses de Protée : il fallait donc que les prestigiateiirs parussent revêtir eux-mêmes les formes dont ils effrayaient les spectateurs.

Observez qu’en assurant qu’ils possédaient ce talent, Eustathius ni Athénée ne nous montrent, dans Cratisthène, ou Xénophon, des hommes doués d’un pouvoir surnaturel : l’un et l’autre, et Protée lui-même, ne sont que d’habiles faiseurs de prestiges.

En d’autres temps et sur un autre hémisphère, nous retrouvons un prestige semblable. Joseph Acosta, qui résida longtemps au Pérou dans la seconde moitié du XVI" siècle, assure qu’il y existait encore, à cette époque, des sorciers qui savaient prendre telle forme qu'ils voitlaient. Il raconte qu’au Mexique, le chef d’une cité, mandé par le prédécesseur de Montezuma, se transforma, aux yeux des hommes envoyés successivement pour le saisir, en aigle, en tigre, en immense serpent. Il céda enfin, et se laissa conduire vers l’empereur, qui sur-le-champ lui fit donner la mort (1). Il n’était plus dans sa maison ; il n’était plus sur son théâtre ; il n’avait plus de prestiges à employer pour défendre sa vie.

Dans un écrit publié en 1 702, l’évêque de Chiapa (province de Guatemala) attribuait le même pouvoir aux Naguals, prêtres nationaux, qui s’étudiaient à ramener a la religion de leurs ancêtres les enfants que le gouver-

(1) Joseph Acosta, Histoire naturelle des Indes, etc., feuillets 251 et 258.

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nenient faisait élever dans la pratique du christianisme. Après quelques cérémonies, à l’instant où l’enfant qu’il endoctrinait venait l’embrasser, le Nagual prenait tout à coup un aspect effroyable, et, sous la forme d’un lion ou d’un tigre, semblait enchaîné au jeune néophyte (1).

Observons que ces miracles, comine les prestiges de l’enchanteur mexicain, s’opéraient dans un endroit choisi et désigné d’avance. Les uns et les autres ne prouvent donc qu’une puissance purement locale ; ils indiquent l’existence d’une machine ; mais ils n’en font pas deviner les ressorts.

Le feu dont, à l’exemple de Protée, s’entouraient Cratisthène et Xénophon, et peut-être aussi les autres prestigiateurs, ne leur servait-il point à cacher quelque autre opération ? Les anciens, on le sait, ont souvent cru apercevoir dans les émanations d’un corps enflammé des objets d’une forme déterminée. La vapeur du soufre brûlé, la lueur d’une lampe alimentée par une graisse particulière servaient à Anaxilaüs de Larisse, pour opérer quelques prestiges qui semblent appartenir moins à la magie qu’à de véritables récréations physiques (2). Un prestigiateur moderne (3), dans la révélation de ses secrets, indique la possibilité de produire une apparition dans la fumée. Dans des vapeurs dégagées par le feu, les théurgistes faisaient apparaître en Fair les images des dieux (i) : Porphyre recommande ce secret ; Tamblique en réprouve l’usage; mais il en avoue l’existence, et con-

(1) Recueil de voyages et de mémoires, publié par la Société de géogra^ phie, tome ii, page 182.

(2) Plin. Hist. nat. lib. xxviii, cap. ii; xxxii, cap. 52; lib. xxxv, cap. 15. — Anaxilaüs avait composé un livre cité par saint Irénée et saint Épiphane, et intitulé llaipia, Jeux, Enfantillages.

(3) Robertson, Mémoires, etc. tome i, page 354.

(4) lamblicb. De mysterii s, cdip. 2tt.

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vient qu’il est digne de Tattenlion d’un contemplateur delà vérité. Le théurgiste Maximus usa sans doute d’un secret analogue quand, au milieu de la fumée de Tencens qu’il brûlait devant la statue d’Hécate, on vit la statue rire d’une manière si prononcée que tous les spectateurs furent saisis d’eîïroi (1).

De telles illusions, en supposant qu’elles aient eu jamais quelque chose de réel, ont pu être mises en œuvre parle prestigiateiir qui d’abord s’environnait de flammes. Mais nous ne donnerons aucune suite à des rapprochements si douteux ; nous ne tenterons point d’expliquer ce que nous pouvons à peine regarder comme croyable. Nous avons dû seulement appeler la réflexion sur des récits qui placent le même miracle dans tant de lieux différents : ils prouvent au moins qu’en employant la science ou la supercherie, les thaumaturges avaient poussé loin Vart (T abuser les yeux, assez loin même pour que Ton conçût de leur puissance une idée exagérée on plutôt insensée.

(1) Ennap. in Maximo.

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