‹ Des sciences occultes, ou, Essai sur la magie, les prodiges et les miraclesChapitre 29 sur 55 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Secrets pour agir sur les sens des animaux. Exemples modernes et anciens. Pouvoir de l’harmonie; pouvoir des bons traitements; crocodiles et serpents apprivoisés; reptiles dont on détruit ou dont on épuise le venin. Psylles anciens : la faculté qu’ils avaient de braver la morsure des serpents, mise hors de doute par des expériences récentes, fréquemment répétées en Égypte; cette faculté tient à des émanations odorantes qui affectent les sens des reptiles et échappent aux sens de l’homme.

Presque aussi terribles que le feu, et souvent plus difficiles à éviter, les reptiles venimeux, les animaux féroces perdront-ils le pouvoir de nuire, dès c[ue l’ordonnera l’homme doué d’une science surnaturelle?

Les récits des anciens sur ce sujet ont toujours révolté l’incrédulité des modernes. L’histoire d’Orphée passa pour une allégorie gracieuse ; et ce n’étaient que des escamoteurs, ces hommes qui , dans le spectacle des initiations, maniaient impunément des serpents, ces Ménades qui se jouaient avec des tigres et des panthères.

On ne nie point cependant qu’il n’existe des moyens occultes d’agir sur les animaux soustraits à notre empire par leur indépendance naturelle. L’odeur de la cataire et celle du marum, surtout dans les pays chauds, exercent sur l’odorat des chats une action si énergique qu’elle paraîtra merveilleuse à l’homme qui, pour la première fois, en observera les effets : on en tirerait aisément

parti pour attirer à soi l’animal qu’elle affecte. Si l’on en croit les observateurs anciens, l’éléphant aime les odeurs suaves, celle des fleurs, celle des parfums (1); et les chèvres du Caucase, vivement flattées du parfum du chinamomum, suivent avec empressement la main qui leur en présente (2). Aujourd’hui, à Londres, quelques hommes possèdent l’art de faire sortir les souris de leurs trous, en plein jour, et de les contraindre à entrer dans une souricière ; le charme consiste à enduire sa main d’huile de cumin ou d’huile d’anis et à en frotter quelques brins de paille que l’on introduit dans la souricière (3). On a vu, dans le siècle dernier^ un homme marcher couvert d’un essaim d’abeilles qui, répandues sur ses mains et sur sa figure, semblaient avoir oublié leurs ailes et leurs aiguillons. Il est probable que son secret se rapprochait de celui que nous venons d’indiquer.

L’exposition aux bêtes féroces était un supplice usité dans l’empire romain : les secrets propres à endormir la férocité des animaux devaient donc être assez répandus. Maricus, qui, sous Vitellius, essaya de rappeler les Gaulois à l’indépendance, se faisait passer pour un Dieu. Pris en combattant, il fut livré aux bêtes, et n’en reçut aucune atteinte : ce qui parut confirmer sa prétention, jusqu’à ce que Yitellius le fît égorger (4). L’Égyptien Sérapion prédit à Caracalla une mort prochaine : on lâche sur lui un lion affamé; il présente sa main à l’animal, qui se retire sans l’offenser. Un autre supplice mit fin à sa vie (5). « Gomme on avait lâché sur Thècle des « bêtes redoutables, toutes les femmes ayant jeté sur

(1) Ælian. Denat. anim. lib. i, cap. 38; lib. xiii, cap. 8.

(2) Philostrat. Vit. Apollon, lib. ni, cap. 1.

(3) JiibiiotJièque universelle. Sciences^ lome iv, page 2(j3.

(4) TaciL J^Hstor. lib. ii, cap. 61.

(5) Xiphiliii. in Aîiton. Caracal.

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c< elle, l’une du nard, l’autre de la cassia, celle-ci des « aromates, celle-là de l’huile parfumée, les bêtes furent c( comme accablées de sommeil; elles ne touchèrent (( point Thècle (1)... » Ce récit, emprunté à un écrit qui date des premiers temps du christianisme, a probablement pour base quelque fait réel ; et l’usage des odeurs pénétrantes a pu sauver quelquefois des malheureux, condamnés à assouvir la faim d’animaux carnassiers. D’un fait raconté avec quelques détails par Athénée, il suivrait qu’en Égypte, le jus de citron pris intérieurement suffisait pour opérer cette merveille. L’expérience qu’il cite est d’autant plus frappante qu’on la recommença, en permettant à l’un des malheureux qui avaient ainsi échappé à la mort, d’user de la même précaution, faculté qui fut interdite à un autre. Le premier fut encore épargné par les bêtes féroces : le second périt sur-lechamp, déchiré (2). Il est fort douteux que le citron ait eu jamais cette efficacité : mais il pouvait servir à masquer des ingrédients plus énergiques. Suivant Élien, une friction de graisse d’éléphant est un préservatif infaillible (3) : l’odeur, aussi pénétrante que fétide, propre au cadavre de ce grand quadrupède, rend la chose moins incroyable. Un secret analogue motivait sans doute la sécurité du jongleur que Ton voyait, dit Tertullien (à), exposer en public des bêtes féroces dont il défiait et évitait les morsures avec une habileté merveilleuse. Firmus, qui revêtit un moment la pourpre impériale à Alexandrie, nageait impunément au milieu des crocodiles; on suppose qu’il devait cet avantage à l’odeur de la graisse

(1) Actes de Thècle et de Paul^ apôtre. ("2) Atheii. lib. iii, cap. 5.

(3) Ælian. De nat. anim. lib. i, cap. 37.

(4) ïeiTulliaii. Apoloyetic. 16.

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de crocodiles dont il se frottait le corps (1). C’est probablement la connaissance, devenue vulgaire, d’un secret analogue qui a fait tomber en désuétude une ordalie, jadis usitée dans l’Indoustan : l’accusé devait, en présence des brames, traverser à la nage une rivière habitée par]e Moudela (crocodile), et n’était absous qu’autant qu’il échappait aux morsures de l’amphibie (2). Les prêtres mexicains se frottaient (3) le corps d’une pommade à laquelle ils attribuaient des vertus magiques ; et ils erraient de nuit, dans les lieux déserts, sans re« douter les bêtes féroces, que l’odeur de cette onction suffisait pour éloigner. 11 existe encore, pour se faire suivre, sans danger, d’animaux d’ailleurs redoutables, un moyen pratiqué communément par les hommes qui font profession de détourner les chiens pour les livrer aux anatomistes, et quelquefois par les chasseurs qui veulent attirer les loups dans un piège. Il consiste à frapper les sens du mâle par les émanations que, dans la saison du rut, exhale la femelle. Il a été indiqué avec détail par l’écrivain le plus original et le plus philosophe du seizième siècle (â). Galien (5) en avait fait mention ; mais il était connu longtemps avant ce médecin célèbre. Dans le temple de Jupiter, à Olympie, on montrait un cheval de bronze à l’aspect duquel les chevaux entiers éprouvaient les plus violents désirs. Élien observe judicieusement que l’art le plus parfait ne pourrait imiter assez bien la nature pour produire une si forte illusion : il affirme en conséquence , comme Pline et Pausa-

(1) Vopisc. in Firmo,

(2) Paulin de Saint-Barthélemi, Voijage, etc. tome i, page 428.

(3) Voyez ci-après, chap. 18.

(4) Rabelais, Uùt. dr GarganI ua H de Panfagruel,\[y, i, cliap. 22. (3) (ialcn. lib. i. /iphorüm. 22.

nias (1) que, dans la fonte de la statue, un magicien avait versé de Vhippomanès ; c’est nous donner le secret du miracle. Toutes les fois qu’on le voulait opérer, on enduisait convenablement le bronze à' hîppomanès liquide, ou d’une drogue qui en exhalait l’odeur (2).

Un artifice semblable attirait les taureaux vers la génisse d’airain, chef-d’œuvre de Myron : comme il n’est pas probable que ces animaux fussent sensibles à la beauté de la sculpture, une représentation moins parfaite , mais disposée de même, aurait également déçu leurs désirs.

Le même secret indique peut-être l’origine du charme qui entraînait, dit-on, à la suite d’un mortel favorisé des Dieux, les lions et les tigres dépouillés de leur férocité. Plus généralement, on a attribué ce miracle au pouvoir de la musique. Platon assure que le chant et la mélodie adoucissent les animaux sauvages, apprivoisent les reptiles (3). On serait tenté de croire qu’en cette occasion encore, le philosophe s’est laissé dominer par la vivacité peu philosophique de son imagination : il n’a fait que répéter une opinion reçue, et fondée, disait-on, sur des observations. Le charme de la musique consolait les élé-^ pliants tombés au pouvoir de l’homme, de leur captivité ; dans la domesticité, il suffisait pour les dresser à exécuter des mouvements mesurés et cadencés (4) . La musi-

(1) Pausanias, Elîac. lib. i, cap. 27. Plin. Hist. mt. lib. xxviii, cap. 2. Ælian. De nat. anim. lib. xiv, cap. 18.

(2) c( L'hippomaTiès est une plante qui croît en Arcadie; par elle les (( jeunes coursiers et les promptes cavales sont livrées à des désirs fu- (( rieux. » (Theocrit. Idyll. ii, vers. 48 et 49.) Junius Philargyrus (in Géorgie, lib. iii, vers. 280) borne l’effet de cette plante aux cavales qui en mangeaient. Peut-être, néanmoins, l’odeur qu’exhalait ce végétal était-elle le principe de ses propriétés ; et l’on pouvait s"en servir pour opérer la merveille que nous discutons.

(3) Plato, De rep. lib. ii.

(4) Ælian. De nat. animal, lib. xii, cap. 44; et lib. lî, cap. 2.

que trouvait, en Libye, les cavales sauvages assez sensibles, pour qu’elle devînt un moyen de les apprivoiser (i). Quelques poissons même n’étaient pas à l’abri de son pouvoir; il en rendait la capture plus facile (2)... Les modernes, moins disposés à croire, sont pourtant forcés de reconnaître l’action qu’exerce la musique sur les tor~ tues et les araignées ; l’influence sur les éléphants en a été récemment constatée sous nos yeux. Un voyageur a vu, avec surprise, de pesants hippopotames, réjouis par le bruit mesuré d’une marche guerrière, suivre, à la nage, des tambours le long d’un fleuve (3). Les grands lézards et les iguanes sont susceptibles de sensations encore plus prononcées : un chant, un sifflement doux et mesuré a suffi plus d’une fois pour les arrêter jusque sous la main du chasseur (û).

Les chats que fatiguent ou effrayent dessous trop éclatants, sont agréablement affectés par la musique, si l’on proportionne la douceur des modulations à la susceptibilité de leurs organes. Les chiens, au contraire, paraissent n’en recevoir que des impressions douloureuses. Les sons élevés et perçants leur arrachent des hurlements prolongés. On gardait, dans un temple, une lyre qui passait pour être celle d’Orphée : un amateur l’acheta, persuadé qu’en la touchant il verrait, comme le premier possesseur de l’instrument, accourir autour de lui les animaux charmés par la mélodie. Il en lit l’essai dans un lieu écar té, et périt bientôt déchiré par des chiens

(1) Ælian. De nat. anim. iib. xii, cap. 44.

(2) Ælian. De nat. animal. Iib. vi, cap. 31 et 32.

(3) Voyages et découvertes en Afrique^ par Oudney, Denham et Clapperton, tome ii, page 47.

(4) Lacépède, Histoire naturelle des quadrupèdes ovipareSj, art. Iguane. — Founiier-Pescay, Dictionnaire des Sciences médicales j, art. Musique

DlîS SCIENCES OCCULTES. — CMAl’. XVI.

sauvages (1). Ce ne fut point, comme le prétend Lucien, sa présomption cjui lui coûta la vie; mais son imprudence, mais l’oubli d’un effet physique que nous rappelle une expérience journalière, et qui mettrait en danger les jours d’un joueur d’orgues, si, hors de portée de tous secours, il faisait retentir les sons criards de son instrument au milieu' d’une troupe de dogues peu apprivoisés.

L’influence des sons modulés sur les animaux a dû être étudiée autrefois plus qu’elle ne l’est aujourd’hui; les expériences, plus variées ; les résultats, plus étendus. Rappelons-nous que, dans les temples, on cherchait, on essayait tous les moyens d’opérer dés merveilles : et quelle merveille plus séduisante, plus digne de figurer dans la célébration des mystères dont Orphée avait été l’un des premiers instituteurs, que celle qui réalisait le miracle brillant d’Orphée?

Nous ignorons jusqu’où peut aller le développement moral des animaux, nous qui, dans nos rapports avec eux, demandons tout à la terreur, à la contrainte, au malaise, aux supplices : rarement ou jamais, cherchonsnous à connaître ce que Ton peut obtenir par la douceur, les caresses, les sensations agréables (2). Nous semblons, dans la pratique, suivre la bizarre opinion de Descartes : nous traitons les animaux comme s’ils étaient des machines. Des peuples moins éclairés que nous les traitent comme des êtres sensibles, et non moins susceptibles que les hommes d’être conduits par les bons traitements et par le parti que l’on sait tirer de leurs penchants et de leurs affections. Ce qu’ils en obtiennent rend croyable ce qu’ont raconté les auteurs anciens d’animaux sauva-

(1) Lucien. « Contre un ignorant qui achetait beaucoup de livres. » OEuvres complétés de Lucien, tome iv, pages 274-276.

(2) Voyez G. Colin, Traité de Physiologie comparée des animaux domestiques; Paris, 1854, t. 1, p. 158.

ges, devenus domestiques et même alfeclionnés. Les cynocéphales et les taureaux perdaient, les uns leur amour vagabond de l’indépendance, les autres, leur naturel farouche et ombrageux ; les lions même et les aigles déposaient leur fierté, et l’échangeaient contre un attachement soumis pour l’homme dont ils recevaient les soins (1). On dressait, dans les temples, les chèvres et les corbeaux à rendre des oracles ; les animaux savants qu’on offre fréquemment à la curiosité publique, nous indiquent quel parti le charlatanisme pouvait tirer de ces singuliers interprètes des volontés du ciel.

Peut-être même hésiterais-je à nier l’existence, attestée paiMantde traditions, des tigres apprivoisés qui figuraient dans les fêtes de P)acchus, et qui, nourris à Thèbes dans les temples du Dieu, attendaient, renversés et ouvrant leur gueule effrayante, qu’on y versât, à longs traits, un vin (2) auquel la prudence mêlait probablement quelques drogues assoupissantes.

Ce n’est point dans l’Europe civilisée que l’emploi des pigeons messagers a pris naissance : telle en est dans l’Orient l’antiquité, que les écrivains nationaux affirment qu’il était usité dans la Pentapole de Palestine. Deux mois suffisaient aux Arabes pour une éducation à laquelle les mauvais traitements n’avaient aucune part; et les pigeons étaient si bien dressés, que, suivant la direc lion dans laquelle on les lâchait, ils portaient des messages dans trois endroits différents (3). Cet art nefut point ignoré des Grecs. Une colombe vola de Pise à l’île d’Égine, pour annoncer au père de Taurosthène, la victoire

(1) Ælian. De nat. animal, lib. ii, cap. 40; lib. v, cap. 39; lib. vi, cap. 10; lib. xii, cap. 23.

(2) « Expectantque cibos, fusoque horrenda supiiiarit Ora mero. » (Slat. Theb. lil). vu, vers. 575 et 576.)

(3) La colombe messafjère (trad. de l’arabe par Sylvestre deSacy, in-8”; Paris, 1805), pages 30, 52-74.

que cet aüilète avait remportée le même jour aux jeux Olympiques. Le fait, quoique peu ordinaire, parut trop simple aux amis du merveilleux : ils substituèrent, au messager ailé, un fantôme, une apparition (1). L’histoire ' ancienne rapporte plus d’une victoire, dont la nouvelle ^ parvint presque sur-le-champ, et probablement grâce à un procédé analogue, en des lieux éloignés de celui où s’était donnée la bataille : le moyen de communication étant tenu secret, la rapidité parut un miracle, dû à l’intervention de quelque agent surnaturel.

Proposez à un Européen d’apprivoiser un crocodile : s’il l’entreprend, il emploiera la faim, la privation de sommeil ; il affaiblira l’animal au point de le rendre, sinon docile, au moins incapable de résistance. Laing (2) a vu, chez le roi des Soulimas, un crocodile privé , et aussi docile que le pourrait être un chien : mais encore, cet animal était captif, renfermé en un bassin, dans l’intérieur du palais ; n’aurait-il pas repris, avec la liberté, sa férocité naturelle? Le cheik de Suakem, ayant pris un jeune crocodile, l’avait apprivoisé et le gardait dans un bassin près de la mer. L’animal, devenu trèsgrand, ne fut pas moins docile ; le prince se plaçait dessus et se faisait porter par lui dans un espace de plus de trois cents pas (3). Dans l’île de Sumatra, en 1823, à l’embouchure de la rivière de Beaujang, s’était établi un crocodile d’une grande taille ; il en avait chassé les autres crocodiles, et dévorait tous ceux qui se hasardaient

(1) Ælian. Var. Ilist. lib. ix, cap. 2. — Pausanias, Eliac. lib. ii, cap. 9.

Dans les derniers jours de la République romaine, Hirtius se servit du .

même moyen pour faire parvenir des avis à Decimus Brutus, assiégé dans Modène. (Frontin, Stratag. lib. iii, cap. 13.) L’empressement des hirondelles à revoler vers leurs nids, les a fait employer à un usage semblable : Pline en cite deux exemples. {Hist. nat. lib. x, cap. 25.)

(2) Laing, Voyage dans le Timanni, le Kouranko et le Soulimana, p. 353.

(3) Vincent le Blanc, Voyage... part. chap. 9, tome i, page 39.

à y reparaître. Les habitants lui rendaient un culte divin, et lui apportaient, avec respect, des aliments. « Pas- « sez, disaient-ils au missionnaire anglais qui raconte le « fait, et qui paraissait craindre de s’approcher du re- « doutable amphibie ; passez, notre Dieu est clément. » Celui-ci, en effet, regarda paisiblement le bateau de l’Européen, sans donner des signes de crainte, de colère ni d’envie d’attaquer (1). Ce trait nous rappelle les crocodiles sacrés qu’adorait le peuple d’un nome d’Égypte. Cela est-il vrai, disons-nous ? cela est-il possible ? les prêtres eux-mêmes ne risquaient-ils pas, chaque jour, de devenir la proie de leur divinité, d’un animal féroce et stupide, redoutable sur la terre, et, dans l’eau, plus redoutable encore?... Loin de là, nous voyons avec quelle facilité ils pouvaient apprivoiser l’animal divinisé. Rassuré ainsi, par une longue expérience, contre la crainte des agressions de l’homme et l’inquiétude du besoin, le crocodile devait perdre son instinct malfaisant ; et il y avait probablement peu d’exagération dans ce que disait, du crocodile sacré, un disciple des prêtres Egyptiens : « Le soukh-os est juste, car il ne fait jamais de mal à aucun animal (2). »

(1) John Anderson, Mission à la côte orientale de Sumatra, dans Van 1823. Nouvelles Annales des Voyages, tome xxx, page 260. — Le crocodile du Gange est aussi très-facile à apprivoiser. Voyage aux Indes- Orientales, par le P. Paulin de Saint-Barthélemi, tome ni, pages 281 et 282, à la note.

(2) Damasc. Isidori vit. ap. Photium Bihl. cod. 242, — Soukh-os, ce nom, suivant M. Geoffroy Saint-Hilaire, désigne une variété de Pespèce du crocodile. Les Égyptiens détestaient le crocodile Temsah, animal vorace qui leur faisait souffrir des dommages fréquents; ils aimaient le Soukh, espèce d’une moindre taille, rarement redoutable aux hommes ; et qui, se montrant dans les terres avant tous les autres crocodiles, lors de la crue du Nil, annonçait et semblait amener l’inondation bienfaisante, dont il devenait le symbole sacré. Sur les bords du Gange, les Indiens distinguaient aussi deux espèces de crocodiles, Lune féroce et

L’agilité des mouvements du serpent, la force énorme de quelques-uns de ces reptiles, la difficulté de distinguer au premier coup d’œil ceux dont la morsure n’est pas empoisonnée, en voilà assez pour expliquer la crainte et l’horreur que les serpents inspirent, et l’idée d’un pouvoir surnaturel attachée au talent de les braver, de les réduire à l’impuissance. Aussi le biographe de Pythagore, attentif à exalter son héros, nous fait-il admirer le philosophe, exerçant sur les animaux un pouvoir égal à celui d’Orphée, et maniant impunément des serpents très-dangereux pour tout autre que pour lui (1). Les jongleurs qui donnaient en public un spectacle semblable, profitaient de l’effroi qu’il leur était facile d’inspirer, pour rançonner les curieux ; ce singulier genre d’escroquerie se répéta assez souvent pour attirer sur ses auteurs l’animadversion des lois (2).

On compte, toutefois, un grand nombre d’espèces de serpents dont la morsure ne porte avec elle aucun venin, et dont le caractère familier permet aisément de les apprivoiser. Tels étaient sans doute les serpents monstrueux, mais incapables de nuire, que l’on admirait dans plusieurs temples anciens (3) ; et le serpent de quinze pieds de long qu’avait apprivoisé Ajax, fils d’Oïlée (4), et qui le suivait comme un chien fidèle ; et fénorme reptile que prirent vivant les soldats de Ptolémée Aulétès (5), et qui devint bientôt aussi doux qu’un animal domesti-

carnivore, Tautre parfaitement innocente. (Ælian. De nat. anim. lib. xn, cap. 41.)

(1) lamblich. in Vit. Pythag. cap. 14 et cap. 18.

(2) « In circulatores qui serpentes circumferunt etproponunt, si cui, ol) (( eorura metum, damnum datum est, pro modo admissi actio dabitur. » Digest. lib. xlvii, tit. 11, § 11.

(3) Ælian. De nat. animal, lib. xiir, cap. 39; xv... 321 ; xvi, 39.

(4) Philostrat. in /femc.

(5) Tzetzes. Chiliad. ni, n. 113.

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que. On a vu mille fois, en Europe, des couleuvres privées, parfaitement dociles et caressantes. On montra au voyageur Laing, dans le Timanni (1), un serpent qui, à l’ordre d’un musicien, accourait, se roulait, se courbait, sautait, aussi obéissant, aussi adroit que les animaux les mieux dressés. Parmi les nègres de la Guyane hollandaise, on voit des femmes qui font le métier de devineresses ; une des preuves de leur talent surnaturel est de faire descendre d’un arbre, et d’apprivoiser, rien qu’en lui parlant, le serpent papa ou ammodite, reptile d’une dimension assez forte, mais qui n’est jamais dangereux (2).

L’aspic même, si justement redouté, s’apprivoise sans peine : du lait sucré qu’on lui donne tous les jours, suffit, dans PHindoustan, pour opérer ce miracle. Le reptile vient régulièrement, à l’heure accoutumée, prendre le repas qui l’attend ; et jamais il ne fait de mal à personne (3). N’est-ce point grâce à un artifice analogue, que les prêtres égyptiens faisaient sortir, de l’autel d’isis, des aspics inoffensifs ; et que tant de fois, en Grèce et en Italie, des serpents sacrés vinrent dévorer les présents déposés sur les autels des dieux, et donner ainsi aux peuples un présage assuré de bonheur et de victoire?

Il est peu de contes plus communs que ceux de génies revêtus de la forme de serpents, et commis à la garde de trésors souterrains : cette croyance est encore populaire en Bretagne, dans le district de Lesneven (4). Elle est générale dans l’Hindoustan ; et là du moins elle peut n’être

(1) Laing, Voijage dans le Timanni^ le Kouranko, etc. pages 241 et 242.

(2) Stedmann, Voyagea, Surinam, tome iii, pages 64 et 65.

(5) Paulin de Saiut-Barthélemi, Voyage aux Indes orientales, tome i, page 477.

i\) Camhry, Voyage dans le départ ornent du Finistère, tonie n, page 25.

pas toujours dénuée de fondement. Voici ce que raconte Forbes, observateur anglais, que l’on cite généralement avec confiance. Dans un village de l’Hindoustan, un caveau, placé sous une tour, renfermait, disait-on, un trésor gardé par unième, sous la forme de serpent. Guidé par l’ouvrier même qui avait construit le caveau, Forbes le fait ouvrir: aune profondeur assez considérable, il y découvre un énorme serpent, qu’il compare, pour la grosseur, à un câble de vaisseau. Le reptile, se déroulant lentement, dresse la tête vers l’ouverture pratiquée

dans la partie supérieure On se hâte d’y jeter une

grande quantité de foin enflammé : le serpent meurt étouffé. Forbes y trouva son cadavre, mais non pas le trésor ; le propriétaire l’ayant sûrement enlevé avant des’eufuir... (1), Le lecteur observera, comme nous, que la construction du caveau était peu ancienne: le serpent qu’on y plaça, avait donc atteint déjà une forte dimension; il était donc bien apprivoisé, bien docile, puisqu’il s’y laissa renfermer ; il connaissait donc bien son maître, puisque celui-ci put enlever ses richesses, sans avoir rien à craindre de la sentinelle qui y veillait et à laquelle il aurait dû sauver la vie, en lui rendant alors la liberté.

Les serpents les plus dangereux, à l’exception de ceux que leur force rendredoutables, cessent d’être nuisibles, dès qu’on leur a arraché les dents canines, destinées par la nature à verser, dans les plaies qu’ils font, le poison dont elle les a armés. Souvent même il suffit de leur faire mordre, à plusieurs reprises, un morceau d’étoffe ou de feutre, et d’épuiser ainsi les réservoirs de la liqueur vénéneuse, pour que leur atteinte, pendant un ou plusieurs jours, n’entraîne aucun danger. Dans les grandes villes

(1) Forbes, Oriental Memoirs. The Monthly repertory^ toine xxi, pages 367-369.

de l’Europe et dans l’intérieur sauvage de l’Afrique (1), l’un ou l’autre secret est mis en usage par les charlatans qui, aux yeux d’une foule effrayée, bravent, en se jouant, la morsure de reptiles venimeux. L’un ou l’autre explique la douceur du serpent que virent, dans la Haute-Egypte, il y a cent ans, deux voyageurs français (2), et que la superstition présentait, tour à tour, comme un ange, un génie bienfaisant, et comme le démon qui étrangla jadis les six premiers époux de l’épouse du jeune Tobie.

Des jongleurs hindous se laissent mordre par des serpents, dit un voyageur (3) ; et, quand la force du poison les a fait extraordinairement enfler, ils se guérissent soudain avec des huiles et des poudres qu’ils vendent ensuite aux spectateurs. L’enflure n’est sûrement qu’apparente ; l’art de combattre un poison déjà si avancé dans ses progrès, est trop merveilleux pour qu’on y croie légèrement : il suffit aux jongleurs de se prémunir contre le danger des morsures qu’ils affrontent, en forçant d’avance le reptile à épuiser les réservoirs où est renfermé son venin. On ne peut douter qu’ils ne se servent de ce secret, puisque Kaerapfer (4) l’a vu mettre en usage, dans le même pays, par les jongleurs qui dressent jusqu’à un certain point, à l’obéissance, le serpent Naga, dont le poison est si justement redouté.

Mais que la morsure venimeuse d’un reptile fût sans danger pour certains hommes et mortelle pour tous les

(1) Voyages et découvertes en Afrique ^ etc., par Oudney, Denham et Clapperton, tome iii, pages 39 et 40.

(2) Voyage du sieur Paul Lucas^ en IG99, tome i, pages 72-78, etc. — Voyage du sieur Paul Lucas j, en 1715, tome u, pages 348-354. — Voyage fait en Egypte^ par le sieur Granger, P«^gGS 88-92.

(3) Terry, Eastind. sect. 9.

(4) Kaempfer, Amœn. exot. pages 565 et seq. — Lacépède, Hist. nat. des reptiles J art. du Serpent à lunettes on Naga.

antres, on reléguait cette assertion parmi les fables ; on interprétait dans le sens allégorique les passages nombreux où l’Écriture parle du pouvoir de charmer les serpents. Les hommes qui, en Chine, aussi hardis queles Psylles anciens, s’exposent à des morsures réellement dangereuses, étaient regardés comme d’adroits charlatans. Vainement les écrivains latins et grecs assurent-ils que le don de charmer les reptiles venimeux était héréditaire, depuis un temps immémorial, dans certaines familles; qu’aux bords de l’Hellespont, ces familles étaient assez nombreuses pour former une tribu ; qu’en Afrique, le même don était le partage des Psylles : que les Marses en Italie, en Chypre les Ophiocjènes, le possédaient, grâce à leur origine, que les uns prétendaient tirer de la magicienne Circé, les autres d’une vierge de Phrygie unie à un dragon sacré (1). On oubliait même qu’au commencement du xvi^ siècle, en Italie, des hommes, se prétendant de la famille de saint Paul, bravaient, comme les Marses, les morsures des serpents (2). . . Pour repousser un fait qui semblait trop merveilleux, on invoquait le témoignage de Galien, qui dit que, de son temps, les Marses ne possédaient aucune recette secrète, que leur talent se bornait à tromper le peuple par l’adresse et la fraude (3) ; et l’on en concluait que la fraude et l’adresse avaient, de même, été mises en œuvre de tous temps. On n’apercevait point que l’assertion du médecin de Pergame est détruite par un trait connu de l’histoire d’Héliogabale : cet empereur (4) fit recueillir

(1) Plin. Hist. nat. lib. vu, cap. 2. — A. Gell. Noct. attic. lib. ix, cap. 12 et lil). xvi, cap. 2. Strabo, lib. xiii. Æliaii. De nat. animal, lil). i, cap. 57 et lib. xii, cap. 39.

(2) Ascensiiis, Not. in Â. Gell. Noct. attic. lib. xvi, cap. 2.

(3) Galen. De theriac. ad Pison.

(4) Lampi id. in Ant. Helio(jal)al ,

des serpents par les prêtres Marses, et les fit jeter dans le cirque, à l’instant où le peuple y accourait en foule : beaucoup de personnes périrent des morsures de ces reptiles que les Marses avaient impunément bravées.

Des voyageurs dignes de fois sont venus enfin, et nous ont dit : fai vu. Bruce, Hasselquist, Lemprière (1) se sont assurés, par leurs propres yeux, qu’à Maroc, en ' Égypte, en Arabie et surtout dans le Sennaar, beaucoup d’hommes ont le privilège de braver impunément la morsure des vipères, la piqûre des scorpions, et de frapper ces animaux, retenus dans leurs mains, d’un douloureux engourdissement. Pour compléter leur ressemblance avec lesPsylles anciens, les modernes assurèrent à Bruce qu’ils naissaient avec cette faculté merveilleuse. D’autres prétendaient la devoir à un mystérieux arrangement de lettres, ou à quelques paroles magiques : ceci se rapproche des anciens chants, propres à charmer les serpents, et fournit un nouvel exemple de l’habitude, si préjudiciable à la science, de céler un secret physique en en attribuant les effets à des pratiques insignifiantes et superstitieuses.

Les doutes, s’il pouvait en subsister, ont été levés sans retour à l’époque de la brillante expédition des Français en Égypte. Voici ce que racontent , ce qu’attesteront encore des milliers de témoins oculaires : des Psylles qui prétendent, ainsi que Bruce l’a rapporté, tenir de leur naissance la faculté qui les distingue, vont de maison en maison offrir leur ministère pour détruire les serpents de toute espèce, qui y sont presque toujours communs.

A les croire, un instinct merveilleux les entraîne d’abord

(1) Bruce, Voyage aux sources du Nil, tome ix, pages 402, 403, 412- 417. — Hasselquist, Voyage dans le Levant, tome i, pages 02-93-96-100.— Lemprière, Voyage dans Veinpire de Maroc et le royaume de Fez, en 1790- 1791, i>ages 42 et 43.

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vers le lieu oii se cachent les serpents. Furieux, hurlant, écumant, ils s’y jettent, ils s’y traînent, saisissent les reptiles sans redouter leurs morsures, et les déchirent avec les ongles et avec les dents.

Mettons sur le compte du charlatanisme les hurlements, l’écume, la fureur, tout ce qui rappelle, en un mot, les efforts pénibles que feignaient les Marses, en répétant les chants propres à faire périr les reptiles (1). L’instinct qui avertit les Psylles de la présence des serpents a quelque chose de plus réel. Les nègres, aux Antilles, découvrent par l’odorat un serpent qu’ils ne voient pas : c’est qu’en effet les serpents exhalent une odeur fade et nauséabonde (3). Le même indice, en Egypte, frappait jadis (4) et frappe encore des hommes exercés dès l’enfance, et comme héréditairement, à la chasse des reptiles, et cela meme à une distance trop forte pour que les miasmes parviennent aux organes émoussés d’un Européen. Le fait principal, d’ailleurs, la faculté de réduire à l’impuissance par le seul contact ces animaux dangereux, reste bien constaté ; et toutefois nous n’en connaissons pas mieux la nature de ce secret célèbre dans l’antiquité, et conservé jusqu’à nos jours par les plus ignorants des hommes.

Quelques réflexions sur ce sujet ne paraîtront peutêtre pas déplacées.

Les sens des animaux sont semblables aux nôtres; mais la ressemblance n’est pas absolue. Nous n’apercevons point des substances qui les affectent avec force ; et ils ne semblent point affectés différemment par celles qui nous paraissent les plus dissemblables. Gela est vrai

(1) « Venas intendens omnes. » Lucil. Satyr. lib. xx.

(2) Thibaut de Chaiivalon, Voyage à la Martinique.

(3) Ælian. Denat. animal, lib. \ i, cap. 33.

eu AP. XVI.

du sens de l’odorat : le chien, qui possède un odorat si exquis, si susceptible d’impressions délicates dont rien ne nous donne l’idée, le chien ne paraît mettre aucune différence, pour le plaisir^ entre un parfum suave et une odeur infecte. Une diversité si marquée entre nos sensations et celles qu’éprouvent les animaux, a dû offrir souvent des moyens d’agir sur eux, sans agir sur les sens des hommes. Les chiens n’entraient point, à Rome, dans le temple d’Hercule ; l’odeur de la massue, que le Dieu avait laissée jadis à la porte, suffisait encore, après quatorze siècles, pour les en éloigner (1). Les prêtres, sans doute, avaient soin de renouveler, de temps en temps, cette odeur qui n’était point sentie par les hommes, et qui perpétuait le miracle. Albert-le-Grand possédait une pierre qui attirait les serpents : s’il pouvait y avoir quelque chose de vrai dans ce récit, nous l’attribuerions à une cause analogue : les reptiles sont, comme beaucoup d’insectes, susceptibles d’être vivement affectés par des émanations odorantes.

Galien a, je crois, été abusé par une déclaration mensongère que faisaient les Marses et les Psylles pour mieux cacher leur véritable secret, quand il a dit qu’ils devaient leur pouvoir sur les serpents, à l’habitude de se nourrir de vipères et de reptiles venimeux (2). Mieux instruits, Pline, Elien, Silius Italiens, en indiquent la cause dans l’emploi d’une substance odorante qui engourdissait les serpents, et dont il paraît que leurs ennemis se frottaient le corps (5). Ce procédé inspirait aux Psylles tant de confiance qu’ils ne craignaient pas d’exposer aux

(1) Solin. cap. 2.

(2) Galen. De Art. curator. lib. ii, cap. 11.

(3) (( Ut odore sopirent cos (serpentes). » Piin. liist. nat. lib. vu, cap. 2. Le inêmc auteur observe que les Ophioijcnes de TUe de Chypre

CIIAE. XVI.

morsures des serpents les enfants nouveau-nés, afin de s’assurer de leur légitimité (i), ou plutôt pour donner, au gré de leurs soupçons, la mort aux fruits prétendus de l’adultère. Bruce s’est assuré que le secret des Égyptiens et des Arabes consiste à se baigner dans une décoction d’herbes et de racines dont ils cachent soigneusement la nature. Forskhal nous apprend que les Égyptiens rnent les serpents avec une aristoloche dont il ne désigne pas l’espèce. C’est, suivant Jacquin, V aristolochia anguicorda, qu’emploient au même usage les indigènes de l’x4mérique (2).

Aujourd’hui que l’on a retrouvé la trace des émigrations qui, du plateau de la Tartarie, ont conduit des peuplades nombreuses jusque dans l’Amérique équinoxiale, on s’étonne peu de voir ce secret propagé dans le Nouveau-Monde. Après s’être convaincu de sa haute antiquité, en rapprochant des narrations des voyageurs modernes celles des historiens anciens, on s’étonnerait bien davantage de ne le point retrouver dans THindoustan. 11 y existe en efl'et, de temps immémorial.

exhalaient, surtout au printemps, une forte odeur vireuse, lib. xxvin, cap. 3. Ælian. De nat. animal, lib. xin, cap. 39 et lib. xvi, cap. 27.

«Et somnunitacto misisse chelydro (Sil. Italie, lib. v, vers. 354.)

« et chelydris cantare soporem,

« Vipereumque herbis hebetare et carminé dentem. » {Idem, lib. viii, vers. 496 et 497.) — Un charlatan se faisait mordre en public par des aspics : Elien croit qu’il usait d’une boisson préparée pour se préserver des conséquences des morsures. Mais ce pouvait bien n'être encore qu"un artifice destiné à cacher le véritable secret.

(1) Les Psylles ne communiquaient point à leurs femmes un secret qui pouvait devenir si funeste pour elles. « Mulier enim Psylla esse non po- « test.)-) (Xipbilin. in August. — Ælian. De nat. anim. lib. i, cap. 57.) Leurs disciples modernes n’ont point imité leur réserve. Hasselquist (tome I, pages 96 et 97) cite une femme qui, sous ses yeux, réduisit des serpents à une complète impuissance.

(2) llassclquis^-, Voyage dans le Lecanl, tome \, page 100, à la note.

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A côté de tout secret de ce genre, on est presque sûr de rencontrer un usage qui tantôt en a rendu la découverte nécessaire, et tantôt, au contraire, lui doit la naissance. Dans l’Hindoustan, pour connaître la vérité d’une accusation, a on jette le serpent à chaperon, appelé « Naga, dans un pot de terre profond, où on laisse tonic( ber un anneau, un cachet ou une pièce de monnaie, « que l’accusé est tenu de prendre avec la main. Si le « serpent le mord, il est déclaré coupable ; et, dans le « cas contraire, innocent (1). » C’est ainsi qu’en Égypte des aspics sacrés, ministres intelligents des vengeances d’Isis, donnaient la mort aux méchants, et respectaient les hommes de bien (2).

(1) Recherches asiatiques^ tome i, page 473. Observons que la plupart des ordalies hindoues sont également usitées au Pégou, chez les Birmans.

(2; Ælian. De nat. anim. lib. x, cap. 31.

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