‹ Des Scrofulides Graves De La Muqueuse Bucco-PharyngienneChapitre 15 sur 35 · DES CICATRICES · texte numérisé non relu

DES CICATRICES

Je viens d'examiner successivement les diverses lésions qu'on observe sur les muqueuses de la bouche et du pharynx chez les sujets atteints de lupus de la face; j'ai étudié ces lésions dans leur période d'état tant au point de vue de leur forme qu’au point de vue de leur localisation; je resterais incomplet si, avant de rechercher quels troubles fonctionnels les accompagnent, je ne parlais des traces qu’elles laissent subsister, après leur évolution complète, sous forme de cicatrices.

Celles-ci peuvent n'avoir rien de caractéristique, ce sont des surfaces un peu déprimées, pâles, d’un blanc opalin, nacré ou jaunâtre, autour desquelles les parties restées saines paraissent plus ou moins tiraillées.

® (4) Loc. cit., p. 429: « Die bisherigen laryngoscopischen Befunde lieferten bei Lepra ein æhnliches Ergebniss wie bei lupus. (2) Med. chir. transactions, t. XV, p. 254.

Homolle. fs

Deux formes de cicatrices ont une importance considérable parce qu’on les a tour à tour considérées comme appartenant en propre soit à la serofule, soit à la syphilis; ce sont les cicatrices radiées du fond du pharynxetles brides rétractiles qui déterminent les adhérences des piliers postérieurs et du voile au fond du pharynx. Les unes et les autres se rencontrent dans le lupus, et on les observe à la suite d’angines ulcéreuses incontestablement scrofuleuses. Je rechercherai en discutant le diagnostic si elles ne se montrent pas dans la syphilis.

Cicatrices radiées du fond du pharynx. — Les faits ne manquent pas, et, dans tous, la lésion est décrite de même. La muqueuse pharyngienne présente, sur un fond d’un rouge sombre ou violacé, souvent granuleuxet vascularisé, une surface irrégulière, mal délimitée dans sa forme, pâle, tantôt blanchâtre, tantôt nacrée et brillante, légèrement déprimée, lisse ou sillonnée de brides saillantes. De ce centre se détachent en rayons des iraînées nacrées qui se perdent au milieu des parties saines. {Voy. obs. IX. — Les observations VII etIX de la thèse de M. Fougère ont trait à des lésions semblables).

Adhérence des piliers au fond du pharynx. — Je n'ai pas observé de brides cicatritielles, d’adhérences définitives unissant les piliers postérieurs ou le voile au fond du pharynx; mais j'ai constaté la fusion d'un des piliers postérieurs tuméfié et granuleux avec la portion contiguë de ia muqueuse pharyngée (obs. I), et ce fait m'autorise à admettre la possibilité de cicatrices rétractiles semblables à celles qui sont fréquentes à la suite des serofulides graves primitives de la gorge. (Voy. obs. IV.)

Symptômes fonctionnels.

L'endolence est un caractère à peu près constant des affections scrofuleuses de la peau ; elle se retrouve dans les lésions des muqueuses. Lorsque l'organe intéressé n'est pas profondément mutilé et entravé dans ses fonctons, à l'absence de douleurs peut se jomdre l'absence complète de tout désordre capable d'attirer l'attention du malade ou du médecin sur une lésion absolument silencieuse. Des trois malades qui présentaient des cicatrices radiées du fond du pharynx, aucun n'avait connaissance d’une pareille lésion avant que le médecin en fit en quelque sorte la découverte ; deux d’entre eux ne se souvenaient de rien qui eût, à une époque antérieure, marqué l’évolution du mal; un troisième (obs. VIIT, thèse Fougère) avait ressenti quelques douleurs dans

l’arrière-bouche, accompagnées de troubles de la déglu-

tition ; enfin, chez un malade observé par M. Fougère (obs. V de sa thèse), tout le voile du palais et une grande partie de la voûte palatine s'étaient détruits

. presque sans aucune souffrance.

Le siége des lésions fait peu varier ce caractère général d'indoleïice; dans quelques cas d’ulcérations profondes des gencives, cependant, les malades éprouvaient, pendant la mastication, des douleurs assez vives, rendues plus pénibles par le sentiment d’ébranlement des dents.

Peu douloureuses spontanément, les lésions dont je m'occupe présentent, en général, très-peu de sensibilité au contact. Le voile du palais est, chez quelques malades, incontestahlement moins excitable qu’à l’état normal ;

il y a une sorte d’anesthésie. Pohl (1) signale ce peu de sensibilité de la muqueuse palatine altérée, granuleuse dans un cas de lupus du nez. J'ai, à ce propos, recherché le degré de sensibilité des surfaces lupeuses sur la peau. J’ai étudié deux malades, et, je dois le dire, les résultats ont été peu démonstratifs. Chez un malade intelligent, atteint de lupus érythémateux de la face, je n'ai pu constater de différence notable et constante entre la sensibilité (appréciée par le degré d’écartement

des pointes du compas) du centre ou de la périphérie des

plaques et celle de lapeau des parties saines symétriques.

Les résultats n’étaient guère plus certains pour une …

scrofulide tuberculeuse de l'oreille droite. |

Enfin, M. Rendu, qui a particulièrement étudié les troubles de la sensibilité cutanée dans les affections de la peau, n’a pu constater aucun résultat bien net dans les expériences qu'il a faites chez les sujets atteints du lupus.

La déglutition peut s'effectuer presque sans aucun trouble, alors même qu'il existe des lésions assez graves. La voix est parfois à peine modifiée dans son timbre,

On comprend qu'avec cette absence presque complète de symptômes fonctionnels on ait souvent omis l'examen du pharynx dans les cas de lupus facial.

Toutefois la symptomatologie n’est pas toujours aussi muette, mais les désordres fonctionnels ne diffèrent pas en général de ceux qui accompagnent les scrofulides primitives graves de la gorge; pour éviter les redites, je ne m'y arrèterai pas ici.

(4) Loc. cit., p. 192.

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