‹ Des Scrofulides Graves De La Muqueuse Bucco-PharyngienneChapitre 19 sur 35 · À. LUPUS PRIMITIF DE LA GORGE · texte numérisé non relu

À. LUPUS PRIMITIF DE LA GORGE

Il est probable, plutôt que bien démontré par les observations, que le lupus peut présenter à la gorge des formes multiples comparables à celle qu’il revêt sur les téguments.

Je n’ai observé aucun exemple de la forme qu'on pourrait appeler lupus à tubercule solitaire; l'indolence de laf-= fection fait peut-être passer inaperçue une lésion qui existe parfois dans le cas de lupus secondaire et qu'on découvre alors presque accidentellement. Ce n’est d’ailleurs là sans doute qu’une période de début à laquelle succéde bientôt Le lupus d tubercules conglomérés. Ce second type est celui qu’on rencontre le plus souvent; c’est l’analogue des cas si fréquents à la face dans lesquels le groupement des boutons constitue des surfaces mamelonnées où les éléments tuberculeux se distinguent à peine les uns des autres.

Get état s’accompagne quelquefois d’une augmentation de volume des parties telle que l’affection mérite alors le nom de lupus hypertrophique (voy. l’obs. de M. Landrieux). “is

La seconde forme, que je désignerai plus spécialement sous le nom de lupus de la gorge, estdécrite dans cinq observations, trois des malades que j'ai vus se rapportaient à ce type (obs. IT, X et XI); deux cas communiqués à la

ux, par M. Desnos ( (1865, p. 80: Le Lou ntéressants exemples. D AN: A, si :

Ÿ one oit probablement (la description publiée ne per Pas HUUARE : me | pas d'être plus affirmatif) rapprocher dumême 1) LME >upe un fait de M. Isambert (Soc. méd. des hôpitaux, nt

à p- 234) et l'observation IV de la thèse AM POUR an, , MARÉES ÿ

; les détails manquent plus encore à propos fine, a

ne Roue de M. Dumontpallier.

Le début du mal et les premières phases de la lébion |

— passent le plus souvent inaperçues au médecin qui n DUR D PAT NA

| appelé que bien tard à constater une affection dont l’in-

ss rs laisse pleine sécurité au malade. En général, dès à

Va a premier examen, on est étonné de constater des alté-

rations déjà fort avancées. Chez une malade du service SAS

7 SES M. Bernier, par exemple, la luette est détruite et 15417774

dE piliers, surtout le postérieur du côté gauche, sont grave- A AVES \ fa

| de ment altérés. Chez une autre, que j'ai vue dans les salles |

P#u2T / de M. Lailler, Ja luette a disparu; le mal s'étend à tout

4 Je bord libre de la crête et aux piliers à droite et à gauche; =

| voici cette observation qui peut être regardée comme un

# 3 . type de scrofulide pharyngée.

2... 088. IT. —Angine ulcéreuse de nature probablement scrofuleuse (Re

D 7 Rrim it de la gorge. — Guérison.

ET R TS < r

Thuill..…., M., entrée le 20 avril 4874, Sainte-Foy, 19 (service de M. Lailler). Sortie, guérie le 8 juin. + FN Cette malade est une jeune femme de constitution moyenne, Un Ye y. peu maigre, mais habituellement bien portante. Sa mère est morte à 52 ans d’une affection du cœur. Elle-même ne présente dans ses X A el non rien qui puisse se rattacher à la syphilis. Elle est ma- # __ riée et elle a deux enfants bien portants, l’un de deux ans, Pautre

de sept mois. |

Elle ne se rappelie pas avoir eu d’autre A Êl une fièvre 7

typhoïde, il y a deux ans. rh

ain 47 a FU

Elle ne présente rien du facies strumeux, n’a eu dans son enfance aucun des accidents de la scrofule.

Il y a neuf mois, au septième mois de * grossesse, par conséquent, elle fut prise, après avoir toussé pêndant quelque temps, d’un mal de gorge assez modéré, sans grande douleur, si ce n’est lorsqu'elle buvait du vin pur. Elle fit usage à cet époque d'huile de foie de morue et de sirop d’iodure de fer; la gorge fut touchée avec la teinture d’iode pure. En même temps, elle eut une ophthalmie qui a laissé comme vestige une opacité centrale incomplète de la cornée gauche.

La gorge ne guérissant pas, la malade entre à lhôpital.

Lorsqu'on examine l’arrière-bouche on est frappé par l’absence de la luette; tout le contour de l’isthme (bord libre du voile et des piliers), a subi une érosion progressive qui lui a donné un aspect inégal, comme crénelé, qui tient à la présence de petites saillies mousses séparées par des dépressions peu profondes. Lorsqu’on porte le doigt derrière ce bord peu épais, on sent que la face supérieure du voile présente des fongosités. Les piliers du côté droit sont un peu épaissis et comme mamelonnés; à gauche, ils se distinguent mal l’un de l’autre et le pilier postérieur est appliqué contre le fond du pharynx avec lequel il se confond. La muse queuse pharyngienne elle-même présente des granulations peu saillantes, légèrement fongueuses, qui saignent facilement, elle est manifestement exulcérée à la partie inférieure.

Toutes les surfaces malades présentent une teinte rouge sombre peu foncée.

. La voix est nasonnée; mais la inalade prétend qu’elle avait léjà ce caractère avant l’angine. La déglutition se fait bien; le vin provoque néanmoins toujours quelques douleurs. La lésion cause d’ailleurs actuellement peu de souffrance et la malade supporte très-bien un examen prolongé.

Il n’y a pas d’engorgement ganglionnaire, ni aucun signe de lésion broncho-pulmonaire.

L'examen de la surface du corps ne fait découvrir aucune lésion cutanée, si ce n’est quelques boutons d’acné.

L'absence d’antécédents ne suffirait pas pour faire rejeter l’idée d’une affection syphilitique ; mais les caractères de l’angine sont bien loin de ceux qu’on rencontre dans les syphilides ulcéreuses ou les gommes ulcérées du palais. La délimitation des lésions au contour de l’isthme qui est intéressé dans toute son étendue; le

caractère érosif plutôt que franchement ulcéreux de l'affection ; la présence de granulations nombreuses sont peu.favorables à l'hypothèse de la vérole; au contraire, l’opacité cornéenne a une valeur sérieuse comme signe de scrofule.

Traitement : 2 cuillerées de sirop d'iodure de fer ioduré.

Badigeonriages de teinture d’iode sur la gorge.

Dès le 11 mai, il y a une amélioration évidente qui fait des progrès jusqu'en juin ; le 8 de ce mois, la malade sort, sur sa demande, en bonne voie de guérison.

Les descriptions que je donne dans mes trois observations (celle qui précède et les observations X et XI) me dispensent de m'’étendre longuement sur le tableau d'ensemble de la forme que j'étudie.

La lésion siége sur le voile du palais ou sur les piliers; mais, quel qu’ait été le point de départ, le voile et les piliers sont rapidement compromis à la fois, et la muqueuse du fond du pharynx participe bientôt à l’altération des parties voisines. La forme et l'apparence extérieure de l’isthme peuvent être d’ailleurs très-différemment modifiées. Dans l'observation II, l'affection a procédé à peu près symétriquement à droite et à gauche. Chez la petite L. H... (obs. XT), les deux moitiés du voile sont inégalement intéressées ; une moitié presque entière reste intacte dans l’observation X.

La coloration des surfaces malades est presque toujours altérée; au lieu de la teinte rosée ou saumonée de l'état normal, le voile est plus ou moins vineux, violacé ; les piliers ont des tons analogues; le fond du pharynx est en général assez rouge.

Les surfaces affectées ne restent pas égales et lisses, mais, dans une étendue variable, se couvrent de petites éminences, tantôt sous forme de gonflement un peu mégal, tantôt constituant de simples élevures peu sail-

See ou, is l DDR as abE due M ne distincte, il semble qu’on reconnaisse d'une façon plus évidente des éléments tuberculeux cohérents. Au fond ee du pharynx, on trouve le même état mamelonné ou de # véritables RRAHAROESs Dans les points qui sont en voie de destruction (je n’ose dire les ulcères, car, je le répète encore, l'érosion se fait un peu partout et n’est très-visible nulle part), la perte de substance se fait suivant une direetion régulière, progressivement, parallèlement au bord libre du voile, par exemple, ainsi que procède un lupus qui échancre peu à peu l'une des narimes. HEURE Les parties qui se détruisent conservent longtemps à RES ï quelque chose des formes normales. Les limites du mal | sont marquées, du eôté du bord libre, par une ligne un peu ondulée ou présentant une série de petites échanorures peu profondes et de petits reliefs qui répondent aux mamelons, aux granulations dont la surface malade est garnie. Latéralement, d’un seul on des deux côtés, les lésions de la muqueuse du voile se propagent aux piliers. On voit alors ceux-ci, tantôt l’un et l’autre, tantôt un seul (et le pilier postérieur a le privilége d’être alors presque toujours affecté), tuméfiés, mamelonnés, d'un rouge vineux ou présentant, à un certain degré, les reflets jaunâtres et l'aspect demi-transparent du un cutané.

En même temps qu'ils sont changés dans leurs caractères extérieurs, les piliers tendent à altérer les rapports qu'ils affectent avec les parties voisines, ce qui à une importance considérable au point de vue des déformahons consécutives. Voici, en effet, ce qu'on observe assez souvent : l'amygdale est petite en général; le piler postérieur, épais, mamelonné, s’accole au fond du

74 , re + RARE 4

te ES peu se fusionne avec. tab) d’ UT à sa ù “base, : uis vers la partie supérieure. Il attire à lui etvers V2 ne Fe per du pharynx la portion du voile à laquelle il s’in- ; À A | sère; de plus en plus son bord libre se confond avec la À Re ES muqueuse pharyngée qui, elle-même, est mamelonnée, 4 tuméfiée. Le pilier, en se portant en dedans et en arrière, | “ a: a étalé en quelque sorte l’excavation amygdalienne dont le fond vientse montrer de face (1); le pilier antérieur est de moins en moins distinct et saillant. | in ‘Le bord libre exuleéré du voile adhère au fond du pharynx par ses extrémités et tend à s’y accoler pro- gressivement -par un fusionnement des surfaces bour- géonnantes; le voile forme alors un rideau transversalement tendu d'avant en arrière; il ne reste entre lui etla ( paroi postérieure qu’un orifice dont le diamètre peut CNT pas dépasser celui d’une plume d’oie ou s’effacer même complètement; les fosses nasales n’ont plus alors de communication avec la gorge. C’est ainsi que je m’ex- plique la formation des adhérences entre le voile et la muqueuse pharyngée. Je n’accepte done pas la pathogénie admise par Paul, de Breslau, et depuis par M. Isambert. ie avoir fait remarquer combien d’obs- tacles s'opposent à la fusion des muqueuses palatime et pharyngienne (mobilité incessante du voile sous l’influence du jeu de ses muscles propres, de la déglutition, AE la respiration; écoulement incessant du mucus nasal, etc.), Paul suppose que les fragments du voile sé parés par une perforation, pendants, paralysés, peuvent accidentellement se porter en arrière durant l’inspira-

(1) Le pilier adhérent n’est pas toujours ainsi-porté en dedans; il peut être au contraire caché derrière le pilier artérieur ; l’excavation, __ au lieu de s’étaler, peut être complètement masquée.

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tion. Alors un contact très-court suffirait, suivant le même auteur, pour produire un commencement d’adhérence qui deviendrait bientôt persistante. On conçoit difficilement cette greffe rapide, soudaine même, tandis que l'adhésion de proche en proche de surfaces bourgeonnantes est un fait qui s’observe journellement sur toute autre partie du corps.

Le lupus de la gorge, lorsqu'il occupe un autre point que le bord libre du voile, peut avoir un aspect un peu différent et déterminer la production d’échancrures ou même de perforations remarquables par l'état mamelonné granuleux de leurs bords; la muqueuse présente, à ce niveau, la rougeur avec exulcération superficielle et enduit purulent inégal que j'ai déjà indiqué.

On voit parfois, en même temps que l'érosion progresse, des perforations et des incisures plus ou moins profondes se produire par l’apparition et les progrès de petites pustules qui se cereusent et se multiplient au milieu ou au voisinage des surfaces bourgeonnantes.

Pendant que le voile du palais se détruit graduellement, les parties voisines restent rarement tout à fait saines. Du côté de la voûte palatine à la vérité, le mal s'arrête assez brusquement en général, mais la muqueuse du fond du pharynx est rouge granuleuse. L’épiglotte est souvent intéressée ; elle ne formait plus qu'un moignon bourgeonnant chez le malade de M. Desnos (Soc. méd. des hôpitaux, 1872, p. 64).

La lésion palatine, caractérisée, comme je l’ai dit, à sa période d’état, suit une marche progressive, dont on ne peut indiquer la durée d’une manière générale ; le mal datait de neuf mois dans l'observation Il; chez la petite

sigtes H. L... (obs. XI), lesprogrès continuaient, malgré le traitement, dix mois après le début probable.

Après la phase d'extension, spontanément ou sous l'influence du traitement, les lésions cessent de s’accroître et les parties malades commencent à subir un retrait cicatriciel ; cette marche vers la guérison est souvent interrompue par des poussées nouvelles qui sont tout à fait l’analogue des rechutes que l’on voit sisouvent interrompre la cure du lupus cutané; il se produit alors soit une éruption de pustules miliaires qui deviennent le point de depart d'autant de petites ulcérations, ou bien la muqueuse qui avait pâli et se montrait plus égale rougit et se tuméfie de nouveau.

Lorsque enfin l’affection tend vers la guérison, l’aspect des parties malades se modifie peu à peu, la tuméfaction diffuse diminue et les saillies mamelonnées s’affaissent ; la rougeur luisante et les exulcérations font place à une coloration rosée égale, un peu mate; les traînées mucopurulentes qui formaient çà et là un enduit grisâtre disparaissent. Là cependant ne s'arrête pas la période qu’on pourrait appeler régressive, et, sur les muqueuses comme à la peau, le lupus laisse des cicatrices persistantes; le bord libre du voile ou des piliers s’amincit, semble s’atrophier et tend à prendre un aspect lisse et nacré.

Les adhérences cicatricielles du voile, au fond du pharynx, constituent des lésions définitives dont les chirurgiens surtout se sont occupés. On a voulu à tort en faire le stigmate caractéristique soit de la syphilis, soit de la scrofule exclusivement; ce que l’on peut dire avec plus de vérité, c’est qu’elles appartiennent aux scrofulides ou aux syphilides tuberculeuses (lupus) plutôt qu'aux sero-

fulides ou syphilides ulcéreuses proprement dites, les- Homolle. 7

quelles laissent plus particulièrement à leur suite des brides saillantes, des cicatrices rayonnées.

Ces adhérences sont signalées déjà par Hamilton; il mentionne une forme d’angine scrofuleuse grave com mençant par des tubercules durs qui s’ulcèrent ensuite, et il rattache cette forme au lupus exedens. Il ajoute : « Il n’est pas rare, dans ce dernier cas, lorsque l’ulcération a intéressé les piliers du voile du palais et les parties latérales du pharynx, de voir des adhérences s’établir entre le voile et le fond de la gorge de manière à boucher toute communication avec la partie postérieure des fosses nasales. » On a publié, depuis le remarquable mémoire du médecin irlandais, un grand nombre d’observalions (1) qui indiquent avec plus ou moins de détails les caractères de ces adhérences. Je n'ai eu qu'une occasion d'observer moi-même ces difformités tardives

de la scrofule pharyngée (voy. obs. IV).

B. SCROFULIDES ULCÉREUSES PRIMITIVES DE LA GORGE.

Dans le second groupe de scrofulides graves de la gorge, l’ulcération est le fait primordial. Les pertes de substance plus ou moins étendues ont des limites bien indiquées ; elles s’observent à la voûte palatine, au voile du palais, au fond du pharynx, et elles empruntent au siége qu'elles occupent des caractères si tranchés, elles entraînent des conséquences si différentes suivant leur

(1) Voyez les observations de MM. Tardieu, Coulson, Czermak, Bryk, H. Paul, Isambert (obs. I, IT, IE, du mémoire de 1371,.et obs. { du mémoire de 18172; Société médicale des hôpitaux) etc.— Quelques-uns de ces faits ne peuvent être regardés comme des exemples incontestables de cicatrices scrofuleuses et se rapportent probablement à des lésio syphilitiques.

localisation, qu'il est nécessaire d'étudier séparément les ulcérations de la voûte et du voile du palais, et celles du fond du pharynx.

J'ai vu à la Charité un malade que j'ai cru, avec M. Brouardel, qui remplaçait alors M. le professeur Bouillaud, devoir considérer comme affecté d’une scrofulide ulcéreuse du voile du palais (voy. obs. XIT).

Au même type se rattachent le cas rapporté dans le mé-" moire de M. Hérard sur le diagnostic différentiel de la scrofule et de la syphilis, deux observations de M. Lailler consignées dans la thèse de M. Fougère sous les numéros X et XI, les faits de M. C. Paul (obs. VI, même thèse); les exemples cités par M. Bazin dans son traité de la scrofule semblent se rapporter à la même série, ainsi qu'un des faits de M. Liberman (1). Je rapprocherai des cas précédents, mais avec quelque réserve, une observation de M. Bucquoy (2), une de M. GC. Paul (obs. IV, th. Fougère), une autre de M. Lailler (Soc. méd. des hôpitaux, 1865, p. 76), et enfin une de celles que cite Hamilton.

Les ulcérations du fond du pharynx peuvent exister seules (obs. de M. Bergeron, VIII, th. Fougère), ou associées aux précédentes (obs. Hamilton, obs. de M. Libermann, de M. Lailler, de M. Bazin).

4° Ulcérations scrofuleuses du voile du palais. — On observe au palais divers types de mutilation comparables à ceux que M. Fournier signalait récemment comme conséquence des syphilides ulcéreuses du voile. Je décrirai trois formes distinctes : l’échancrure marginale, l'ulcèr

{4) Société médicale des hôpitaux; 1872; p. 67. (2) Société médicale des hôpitaux ; 4872, p. 72.

perforant et la division en rideaux (se sont les expressions mêmes de M. Fournier). |

Echancrure marginale. — La lésion occupe le bord libre, soit de l’un des piliers, soit du voile du palais; la courbe normale que dessinent ces parties est brusquement interrompue par l'intersection d’une courbe de rayon différent ou par une incisure plus ou moins profonde et plus ou moins régulière. La muqueuse est peu altérée en général sur tout le contour de l’échancrure, le bord même est nettement coupé ou bien aminci progressivement ; il est recouvert d’un enduit pulpeux grisâtre. A quelque distance existe assez souvent une zone inflammatoire.

L'ulcère perforant occupe fréquemment la lignemédiane; :l peut alors affecter le voile ou la voûte; dans quelques cas rares il siége au-dessus de l’un des piliers. La perte de substance est circulaire, ovale ou même très-allongée dans le sens antéro-postérieur ; cette dernière disposition s’observe surtout au voile ou à la voûte, sur la ligne médiane. Tout autour de l’ulcération, la muqueuse est en général peu modifiée ; parfois elle forme une marge saillante qui est plus ou moins rettement entaillée ou semble même coupée à l’emporte-

pièce; dans d’autres cas, les bords sont amineis, et se.

continuent avec le fond de la perte de substance qui est rosée mais peu granuleuse.

Tant que l’ulcération est en voie d'évolution, elle se couvre d'un enduit muco-purulent grisâtre plus ou moins abondant; plus tard, au moment de la guérison, des bourgeons rosés s'élèvent du fond de l’ulcère et le comblent.

Les lésions de voisinage sont en général de peu d’im-

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portance. La rougeur périphérique est franche, sans lividité; elle est quelquefois presque inflammatoire bien qu'on ne trouve jamais les tons vifs et l’aspect luisant des angines phlegmoneuses. La surface de la muqueuse est égale ou présente seulement quelques petites saillies glanduleuses sans importance. Il est plus rare d’observer, au pourtour de l’ulcération, des pustules miliaires semblables à celles qui, dans quelques faits, ont été Le point de départ manifeste de la perte de substance {obs. de M. Lailler, X de la th. de M. Fougère).

Les os de la voûte sont eux-mêmes détruits partiellement chez quelques sujets, et tantôt la lésion semble avoir débuté par eux, tantôt ils paraissent n'avoir été envahis que secondairement.

La perforation n’occupe bien souvent que le centre de l'ulcère et reste très-petite par rapport aux dimensions de celui-ci; dans d’autres cas, la perte de substance forme une sorte de canal ereusé à travers toute l'épaisseur des parties molles et du squelette osseux, comme si une portion de la voûte avait été détachée à l’emporte-pièce.

On observe un type très-intéressant de ces lésions destructives chez de jeunes sujets qui présentent l’ensemble ou du moins quelques-uns des caractères qui décèlent, suivant Hutchinson, la syphilis héréditaire à évolution tardive ; j'y reviendrai plus loin.

Division en rideaux. — Quand une perforation s’est produite au voisinage du bord libre du voile ou d’un pilier, et que, par ses progrès, elle s'étend jusqu'à ce bord même et en interrompt la continuité; ou bien lorsqu'une incisure profonde du bord libre va se continuer avec une perforation, le voile se trouve partagé en deux lambeaux flottants qui tendent à s’écarter l’un de l’autre à la ma-

nière de deux rideaux. C’est ce qui semble s’être produit chez une malade de M. Lailler (obs. XI, th. Fougère).

Une grande partie de la base de la luette du côté gauche (environ un tiers) au niveau de son point d'insertion sur la voûte palatine, est détruite; de plus, il y a destruction complète du pilier antérieur et du pilier postérieur de ce même côté gauche, de sorte que le voile du palais est là complètement flottant.

Des cicatrices. — Lorsque la cicatrisation s’opère, elle entraîne des modifications en rapport avec les caractères de l’ulcère. Si l’ulcération a produit une échancrure du voile ou d’un pilier, la portion intéressée s’amincit et donne lieu à une cicatrice marginale linéaire sous forme d’une bandelette nacrée.

La courbe générale du voile reste modifiée, mais la déformation tend néanmoins à s’atténuer; il se produit là quelque chose d’analogue à ce qu'on observe aux lèvres après l’ablation d’un bouton cancéreux; on voit alors le croissant profond qu'avait décrit le bistouri faire graduellement place à une cicatrice à peu près de niveau avec le reste du bord labial. Lorsqu'il s’est produit une perforation du voile ou de la voûte, la mutilation est en général persistante; le contour de la perte de substance est formé par un bord mince et nacré; toutefois, dans quelques cas où la perforation est peu étendue, il peut arriver que le bourgeonnement des bords en amène l’occlusion. Le voile partagé par une division profonde n’est plus susceptible de reprendre les caractères de l'état normal; l’écartement, que les muscles tendent à produire ici comme dans les divisions congénitales, s’exagère sous l'influence du retrait cicatriciel, et l’isthme du gosier présente, au lieu du cintre régulier qu’on lui connaît, une ogive très-aiguë ; tout le contour est marqué

Las par une ligne fibreuse,' et très-souvent, des cicatrices plus ou moins profondes couvrent les parties voisines du voile.

Les adhérences des piliers ou du voile même, avec la paroi postérieure du pharyux, très-fréquentes dans le cas de lupus, semblent succéder aussi, quoique plus rarement, aux scrofulides ulcéreuses.

Elles se sont produites chez une malade de M. Läiller (obs. X, th. Fougère), dont j'ai déjà parlé comme ayant présenté en grand nombre des pustules miliaires qui devenaient le point de départ d’ulcérations rapidement perforantes. Revue sept ans après sa sortie de l’hôpital, cette femme avait le voile du palais soudé aux parties postéro-latérales du pharynx; l’orifice de communication entre les cavités nasale et pharyngienne occupait la place de la luette; il n'avait que le diamètre d’une plume d'oie.

Il est à regretter que les détails de l’observation ne permettent pas de suivre le mode de la formation de l'adhérence. Ce fait, qui se rapproche beaucoup d’un des nôtres (Lupus, obs. X), est peut-être plus voisin du lupus que des ulcères scrofuleux du voile.

2° Les ulcérations du fond du pharynx peuvent occuper la portion de ce conduit qui est directement en vue quand on examine la gorge, ou siéger sur des parties plus profondes. Elles sont, dans tous les cas, constituées par une perte de substance à contours arrondis, ou irréguliers, quelquefois pourvus de prolongements radiés. Les bords sont fréquemment taillés à pic; le fond est saillant et bourgeonnant ou, plus souvent, au contraire, déprimé, jaunâtre, lardacé, d'aspect tout à fait atonique. La lésion peut être isolée ; mais souvent il existe simulta-

nément un ou plusieurs ulcères du voile affectant l’une. des formes que je viens de décrire.

4 Les ulcérations des amygdales signalées comme accompagnant les scrofulides ulcéreuses du voile (Isambert, Bryk, C. Paul) n'ont jamais été citées comme une manifestation isolée de la strume. Je rapporte plus loin une observation de scrofulide probable de l’amygdale (voy. obs. XXI), dont le diagnostic ne peut cependant être af firmé sans réserves.

5° La septième observation de M. Isambert serait un exemple de scrofulide ulcéreuse primitive de l'épiglotte, mais la description publiée ne suffit pas pour établir la diagnose d’une façon certaine. On peut observer une perte de substance de l’épiglotte en même temps qu'uñe ulcération du voile,

L'examen laryngoscopique, dit M. Libermann, en parlant d’une fille de 14 ans, atteinte de scrofulide ulcéreuse du voile, montre une grande ulcération grisâtre coupée à pic, occupant tout le bord libre de l’épiglotte et s'étendant jusqu’au milieu de sa face inférieure. La plaie est parsemée de petites végétations ulcéreuses au nombre de huit ou dix. (Jai appris que cette malade avait eu plus tard un lupus du nez.)

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