ANGINES SCROFULEUSES GRAVES. LUPUS DE LA GORGE
Parmi les problèmes que l'hôpital Saint-Louis offre à l'étude, il en est peu dont la solution présente plus d'intérêt et en même temps de difficultés que le diagnostic de certaines manifestations de la scrofule et de la syphilis. Devant ces faits, les maîtres eux-mêmes hésitent ; le dermatologiste le plus exercé à reconnaître la maladie aux traits de l'affection, pour employer le langage de M. Bazin, le clinicien le plus habile à retrouver dans l’histoire du malade les jalons qui montrent la voie de la vérité, n'arrivent parfois l’un et l’autre qu'à un diagnostic de probabilité : syphilis possible, scrofule probable, disait M. Ricord en pareille circonstance.
Si délicate que soit la diagnose lorsque les lésions siégent sur la peau, elle est souvent plus incertaine encore dans les cas où l’affection s’est produite sur des surfaces muqueuses et y constitue la seule manifestation morbide.
LRO
Combien plus complexe enfin est la question lorsque la strume et la vérole semblent accumuler leur action? Tantôt c’est un scrofuleux devenu syphilitique chez qui évoluent côte à côte les accidents des deux maladies constitutionnelles ; tantôt la lésion actuelle revêt des traits particuliers qu’elle semble emprunter à une double origine; chez d’autres malades enfin, la scrofule a d’étranges allures, et, dans ses manifestations, simule à ce point la syphilis que l’on songe à la vérole héréditaire. Pour formuler un diagnostic précis, pour discuter sainement le pronostic et indiquer le traitement, le médecin a souvent à résoudre de pareilles difficultés lorsqu'il est en présence de malades atteints de lupus. |
Ce nom de lupus, un peu vague, qui pour les uns ne représente qu'une affection générique de la peau, qui pour d’autres, entraîne fatalement avec lui l’idée de scrofule, et pour d’autres enfin, caractérise une maladie distincte, comparable à la syphilis ou à la strume, fut d’abord exclusivement réservé à des lésions cutanées; il a servi plus tard à qualifier certaines affections des muqueuses, et le lupus de la muqueuse bucco-pharyngienne a plus particulièrement attiré l'attention des médecins durant ces dernières années.
C'est à l'étude de ces faits ou plus exactement des scrofulides graves de la bouche et du pharynx que ce mémoire est consacré.
Les documents qui m'ont servi dans ce travail sont les suivants : |
1° Les discussions auxquelles ont donné lieu, au sein de la Société médicale des hôpitaux, d’abord en 1865, une communication de M. Hérard sur le diagnostic différentiel
PERTE" de la scrofule et de la syplulis (4), puis, en 1871, la lecture d’un mémoire de M. Isambert, sur l’angine scrofuleuse (2).
20 La thèse de M. Fougère, écrite sous l'inspiration de M. C. Paul (3).
8° Treize observations inédites puisées dans la riche collection de M. Lailler que je ne puis trop remercier de sa bienveillante libéralité.
4° Dix-sept observations personnelles inédites que j'ai recueillies pour la plupart dans le service de mon excellent maître, M. le D' Besnier, à l’hôpital Saint-Louis ; onze d’entre elles peuvent être avec plus ou moins de certitude regardées comme des exemples de scrofulides de la bouche et du pharynx; les autres ne me serviront qu’à l'étude du diagnostic différentiel.
En laissant de côté les cas dont l'interprétation paraît le plus discutable, on peut réunir aujourd’hui, pour faire l’histoire des angines scrofuleuses, au moins quarantecinq observations. Mon travail n’est que l'analyse de ces faits, et, grâce au nombre des malades que j'ai pu observer, soit dans les salles de M. Besnier, soit dans d’autres services, les descriptions que je me suis efforcé de faire aussi exactes et aussi complètes que possible, sont la reproduction, d’après nature en quelque sorte, de ce que j'ai vu.
Le nombre des observations semble indiquer une abondance de matériaux considérable ; mais, dans une certaine mesure, cette richesse est plus apparente que réelle; les descriptions sont en général très-brèves et manquent de la précision qui est indispensable lorsqu'il s’agit de lésions
(1) Bulietins de la Société médicale des hôpitaux, 1865, p, 63.
(2) Société médicale des hôpitaux, 1871. Mémoires, p. 407.
(3) Thèse de Paris, 1871, n° 31.
Homolle, 2
PR VS ARE dont les caractères objectifs ont une si grande importance. |