fr. en
En 1893, chaque sage-femme faisait 4.114 accouchements ;
En 1894, = 4,512 =
En 1895, — 4.419 —
Le nombre des sages-femmes, ainsi que nous l’avons dit, a été sans cesse en augmentant :
En 1890, 223 sages-femmes ;
En 1892, 233 ——
En 1895, 265 —
En 1897, 517
(Rapport sur le traitement des malades à domicile pendant les années 1893, 94, 95.)
(1) Compte administratif de l'an XI.
x (2) La ville se trouvait avoir une superficie de 7.802 hectares au lieu de
au Parvis Notre-Dame (1), pour venir solliciter son admission au Bureau central? On fut donc obligé de décider que, dans chaque hôpital, on admettrait les malades après la consultation du matin faite par les chefs de service, ou à toute heure du jour en cas d'urgence. La moitié des lits disponibles fut mise à la disposition des chefs de service, les autres restèrent réservés au Bureau central. On crut que ces divers modes d'admission contribuaient par leur multiplicité à amener l'encombrement des hôpitaux : beaucoup de malades, disait-on, pouvant être soignés à domicile ; d'autre part on signalait dans les salles la présence de phlisiques, de chroniques et d’infirmes, dont la place aurait été dans des hospices spéciaux. Or ces derniers ne présentant aucun intérêt au point de vue scientifique, les chefs de service faisant la consultation recevaient, paraît-il, des individus peu malades, qu'ils gardaient autant qu’ils voulaient, de telle sorte que s’il se présentait un malade plus intéressant au point de vue clinique, on pouvait facilement le recevoir, en renvoyant les premiers.
Sans examiner si les reproches adressés aux modes d'admission étaient exacts, il était certain que l’encombrement des salles était devenu excessif. « Partout, ditun rapport officiel (2), on a été obligé d'installer des lits supplémentaires, contrairement aux règles dedhygiène, qui voudraient que les salles des malades dont le cube d’air est généralement calculé d’après le nombre de lits réglementaires ne reçussent point de lits en supplément. » La ré-
(1) Gory, Les secours à domicile dans Paris. Op. cil., p.64 et 65. — Cétait là que se trouvait le Bureau central, dans les locaux de l’Hôtel-Dieu.
(2) Rapp. Fleury-Ravarin, op. cil., p. 128.
forme des modes d'admission (1) paraissait donc s'Imposer, mais comment l’opérer? Ce fut l'objet de vives diseussions pendant la préparation du décret de 1895.
Fallait-il prononcer l'admission au dispensaire, nouvel établissement créé par le décret, et supprimer le Bureau central et la consultation des hôpitaux ? Mais ce projet soulevait une grave objection. Devenant bureau d'admission le dispensaire n'allait-il pas perdre son caractère ? N'était-il pas à craindre qu'il ne fût promptement encombré par une foule de solliciteurs, venant demander leur admission à l'hôpital, et que dans ce cas, il ne fût plus le centre actif de la consultation ?
Un second projet, ne laissant subsister aucun des modes d'admission alors en vigueur, plaçait l'admission à l'hôpital au domicile même du malade. Il fut adopté par le Conseil supérieur de l'Assistance publique, et voici en quels termes, Le rapporteur devant cette assemblée formulait les raisons qui militaient en sa faveur. « Avec le système d'admission proposé, cet encombrement ne se produira plus et les médecins des hôpitaux qui font de la science plutôt que de l'assistance ne pourront plus user de la faculté d'admettre les malades au gré de leur volonté, au lieu de s'intéresser aux véritables misères. »
De sérieuses critiques étaient cependant soulevées par cette mesure projetée : n’allait-on pas imposer, disait-on, aux médecins du dispensaire un nombre de visites prodigieux? Dans le seul hôpital Lariboisière, il y a près de 18.000 admissions par an (2). Et que de temps perdu ! Le
(1) Quand nous nous sommes oceupé de la valeur du traitement à domicile nous avons indiqué quel était notre avis sur ce point (p. 97 et suiv.).
(2) Rapport de M. Bonthoux sur le projet de révision du décret de 1886, op. cil., p. 49.
malade qui voudrait entrer à l'hôpital devrait s'adresser d'abord au bureau de bienfaisance, puis au dispensaire, où enfin l'on désignerait un médecin pour se rendre à son domicile. De plus, une pareille mesure ne serait-elle pas blessante pour les médecins des hôpitaux, subordonnés de la sorte à leurs confrères du bureau de bienfaisance ? Le jour où l’on priverait les chefs de service du droit de faire la consultation, le jour où on les dépouillerait de la faculté de choisir leurs sujets de prédilection, ce jour-là, ils défendraient avec âpreté un droit dontils ne paraissent pas se soucier. N'y aurait-il pas là une source de conflits, dont en définitive les malades seraient les premières victimes ?
Si le lieu où l'admission devait être prononcée soulevait de vives controverses, il en était de même quand il s’agissait de savoir qui la prononcerait? Plusieurs solutions étaient mises en avant.
On pouvait en charger un médecin répartiteur, simple agent administratif, chargé de décider dans chaque cas quel mode de traitement serait le meilleur ? Ce système avait l’avantage de confier à un tiers désintéressé la mission de renvoyer le malade au mode de traitement qui lui convenait le mieux et cela sans autre préoccupation que le bien du service ; mais n’était-il pas bien grave de faire d’un fonctionnaire le maitre absolu de la population indigente d’un quartier ?
Devait-on au contraire charger de ce soin le médecin du dispensaire ? Cela eût été logique, si l’on avait fait du dispensaire le lieu où l’on prononcerait l’admission à l'hôpital, mais tout dépendait de la solution à admettre sur ce premier point. |
Quoi qu'il en soit, la section de l'Intérieur du Conseil
d'État finit par adopter un projet sur l'admission à l’hôpital, projet devant être inséré dans le décret de 1895. L'admission devait être prononcée au domicile du malade par un médecin du dispensaire (1). Ce projet fut repoussé par l'assemblée générale du Conseil d'État. On estima qu'il était illégal d'insérer dans un décret sur les secours à domicile des dispositions concernant les établissements hospitaliers. Une pareille mesure aurait excédé le pouvoir donné au Gouvernement par l'article 8 de la loi du 10 janvier 1849, puisqu'il n'est pas fait mention des éta- ‘blissements hospitaliers dans cet article ainsi conçu : «Un règlement d'administration publique déterminera la composition du Conseil de surveillance de l'administration vénérale, etde l’organisation de l'assistance à domicile. » Aussi, aucune disposition concernant l'admission à l’hôpital ne fut maintenue dans Le décret de 1895. Cependant, comme une réforme s’imposait, l'administration de l’Assistance publique soumit au Conseil de surveillance un projet de réglementation de l’admission à l'hôpital. Ce projet devint l'arrêté du Directeur de l’Assistance publique approuvé par le préfet de la Seine en date du 2 mars 1895 (2). Désormais l'admission a lieu à l'hôpital méme, à la suite de la consultation du matin. À cet effet, chaque quartier de Paris est rattaché à un hôpital déterminé. Il y a de la sorte douze circonscriptions hospitalières dont l'étendue a été basée sur les ressources de chaque établissement et sur le chiffre moyen des malades qui avaient été reçus dans la période précédente. Aucun malade ne peut, sauf le cas d'urgence, être admis gratuite-
(1) Rapport de M. IH. de Villeneuve devant le Gonseil d'Etat. (2) Procès-verbaux des séances du Conseil de surveillance pendant l’année 1893-94.
ment, s'il ne prouve qu’il est domicilié dans la circonscription de l'hôpital (1). On a essayé de mettre ainsi un terme à l'admission de ces prétendus malades qui précédemment faisaient le tour de Paris, jusqu à ce qu'ils eussent trouvé un hôpital leur ouvrant ses portes. Une conséquence de la nouvelle réforme est la suppression du Bureau central : aucune admission aujourd'hui n’a plus lieu que dans la forme que nous venons d'indiquer.
Comment se fait l'admission ?
« Elle est (art. 3) prononcée par le Directeur de F'hôpital, d’après l'examen et sur le vu du bulletin du chef de service de la consultation (2) et en dehors des consultations sur l'avis de l’interne de garde. » Notons que le rôle du Directeur est purement administratif, il se borne à constater si les formalités requises pour ladmission du malade ont été accomplies. Il n’en est autrement que dans le cas où l'interne de garde est dans l'impossibilité de procéder à un examen immédiat, dans ce cas le Directeur de l'hôpital prononce d'office l'admission. Il peut arriver qu'il n'y ait pas de lits disponibles dans un hôpital : dans ce cas l'Administration dirige les malades sur d’autres établissements. Actuellement, il y a un hôpital désigné à cet effet (3), où un certain nombre de lits sont toujours tenus en réserve.
Quels ont été les résultats produits par le nouveau système ? Tout d’abord, il faut faire remarquer qu'il n’a nul-
(1) La description des circonscriptions hospitalières était annexée à l'arrêté. Certaines communes de la banlieue sont rattachées aux hôpitaux parisiens en vertu d'un accord avec l’Assistance publique.
(2) Ces consultations, ainsi que nous l'avons vu plus haut (p. 278), ont lieu chaque matin dans les hôpitaux et sont faites par des médecins des hôpitaux, exclusivement chargés de ce service.
(3) Actuellement c’est l'hôpital Tenon.
lement diminué le nombre des admissions à l'hôpital. Nous ne reviendrons pas sur ce fait, que nous avons déjà signalé et sur les raisons qui en sont la cause. Mais il semble qu'il ait d’autres inconvénients. On à constaté, en effet, qu'entre l'hôpital et le bureau de bienfaisance, il y avait fréquemment des divergences : l'un considère que le malade peut être soigné à domicile, alors que l’autre juge son traitement à l'hôpital indispensable. Le malade, qu’un médecin du bureau de bienfaisance juge devoir être admis, est refusé à la consultation de l'hôpital. Ne pourrait-on lier plus intimement ces deux services et si l'on ne veut pas rattacher le service de l’assistance médicale aux hôpitaux, comme nous l’avons demandé, ne serait-il pas possible d'étudier un système d'admission à l'hôpital par le dispensaire? Nous avons déjà signalé les inconvénients que présente cette solution, cependant actuellement elle semble désirable. Avec le système que nous proposons, à défaut de l'autre, système préconisé déjà au Conseil municipal (1), on mettrait dans les hôpitaux un certain nombre de lits à la disposition des dispensaires. Ce mode d'admission aurait de plus l'avantage de permettre à l'Administration d’avoir des renseignements plus exacts sur la situation des malades : actuellement, ce sont des visiteurs de l'Administration centrale qui font les enquêtes sur la condition des personnes, venant se faire soigner dans les hôpitaux, désormais les administrateurs et commissaires les remplaceraient et connaitraient mieux la situation des malades. L'Assistance publique aurait de la sorte une base plus certaine pour se
(1) Rapport de M. Félicien Pâris, conseiller municipal, sur la réorganisation des services de l'Assistance publique (1898), p. 15.
faire rembourser des frais de séjour (1), soit par les personnes non nécessiteuses, soit par les communes ou les départements, quand les personnes traitées n'auraient pas leur domicile de secours à Paris (2). Nous ne faisons là que poser des règles générales, mais nous croyons que ce principe serait susceptible d’être appliqué avec succès.
(1) Nous avons déjà signalé plus haut (p. 98) l'encombrement des hôpitaux, rappelons que le nombre des admissions qui était de 160.000 environ pendant l’année 1892 s’est élevé à 113.000 en 1897 (Compte moral de l'Administration de l’Assistance publique pendant l'exercice 1897).
(2) On sait que l'admission dans les hôpitaux ne donne droit au bénéfice de la gratuité que si l'indigence du malade est constatée. A Paris, on se montre très large, trop large peut-être sur ce point.
Nous pouvons reprendre, à la fin de cette étude, les idées que nous avons dégagées, en essayant dans notre Introduction de faire l’histoire de l’Assistance, et des Secours à domicile, dont nous avons constaté l’évolution et dont nous venons de voir l'application dans l’état actuel des textes.
Dans quelle mesure l’Assistance doit-elle dépendre du pouvoir central? Faut-il en faire un service purement communal ? Faut-il en faire un service d'État? Faut-il au contraire, adoptant un système mixte, donner la direction au Gouvernement, et laisser seulement à la municipalité un pouvoir plus ou moins étendu ?
Le pauvre a-t-il droit au secours? Le secours n'est-il qu'une obligation en quelque sorte naturelle de la société ? ou bien, n'est-il que l’exercice très volontaire de la charité ? ; |
Nous avons dans le cours de ce travail, à propos de chacune de ces questions, montré quelle était en législation la solution à laquelle nous donnons la préférence, nous voulons simplement résumer comme conclusion de cette étude, les solutions qui nous ont paru les meilleures et indiquer quelle est, selon nous, la meilleure organisation des secours à domicile, celle qui assure le mieux l’assistance aux malheureux, et celle qui, d'autre part, est l’ap-
plication la plus exacte des droits et des devoirs de la société envers les pauvres.
Sur le premier point, nous avons très nettement indiqué à quelle solution nous donnions la préférence : nous estimons que c’est au système actuellement en vigueur qu'il faut s'en tenir. Sans doute il présente des inconvénients, nous ne les avons pas dissimulés, mais d’autres défauts sont la conséquence des autres systèmes, quand les inconvénients actuels ne sont pas augmentés par eux. Certes, nous savons parfaitement que des tendances tout autres se sont manifestées récemment : on a écrit (1) que donner la haute main sur l’Assistance au Conseil municipal, c'était consacrer aujourd’hui la solution traditionnelle qui date de François [*. Mais suffit-il qu'une solution soit conforme à l'histoire pour devoir être appliquée ? Évidemment non. Les données de l'histoire ne sont vraiment utiles que si l'état des mœurs permet aujourd'hui de les appliquer, et les mœurs d'aujourd'hui sont très différentes de celles d'autrefois. Nous avons suffisamment discuté les systèmes proposés : nous résumons simplement ici notre opinion en disant qu'il faut maintenir énergiquement le système actuel, qui, sans éviter toutes critiques, est au moins celui qui permet aux diverses influences en jeu, de se limiter et de se balancer l’une l’autre.
Quant au second point, il semble impossible d’admettre pour tous les pauvres en général, un droit à l'assistance. Cette théorie socialiste du droit à l’existence, cette application du principe « chacun a droit à toutes choses suivant ses besoins » implique par là même l'assurance obligatoire, assurée par uue contrainte légale. L'assistance alors n’a
(1) A. Lefèvre, Paris et l’Assislance publique. Revue de Paris du Aer juillet 1899.
plus qu’un rôle subsidiaire, elle soulage les misères auxquelles l'assurance ne peut porter remède à raison des lacunes toujours existantes, en {ous cas toujours possible de la loi, ou des impossibilités de son application intégrale.
Mais pour qu’il y ait une assistance pure, il faudrait que l'État fournit au moyen d'une Caisse d'assurances dotée par lui et par les communes, la totalité des fonds d’assurances. En réalité, dans les pays où l’assurance obligatoire a été établie, l'élément charitable se joint à l'élément contractuel, car les primes d'assurances ne sont pas intégralement fournies par l'assuré, mais en dehors de l'assurance obligatoire, du droit à l'assistance, on comprend le système de l'assistance, devoir social. L'État a une obligation naturelle d’assistance, mais vis-à-vis de quelle catégorie de pauvres ? Sur ce point, nous adoptons la formule admise en 1889 par le Congrès international d'assistance : « l'assistance publique à défaut d'autre assistance est due à l’indigent qui se trouve temporairement ou définitivement dans l'impossibilité physique de pourvoir à ses besoins ». En conséquence, nous pensons que le devoir d'assistance ne doit exister qu'en faveur des vieillards, des infirmes, des malades incapables de pourvoir à leurs besoins. À ceux-là, comme nous l’avons dit, on doit donner des secours adéquats à leur misère : secours en argent, secours en nature, secours représentatifs deséjour à l’hospice pour les vieillards et infirmes indigents et subsidiairement hospitalisation ; traitement à l'hôpital pour les malades. C’est d'ailleurs la tendance qui se manifeste depuis quelques années dans notre législation charitable, la voie ouverte par la loi du 15 juillet 1893, accordant l'assistance médicale gratuite aux malades indigents,sera sui-
vie, puisqu'un projet de loi dont nous avons parlé (1), prévoit la création de pensions de retraite pour les vieillards indigents. Mais si nous admettons le principe de l'assistance obligatoire pour les indigents non valides, nous ne croyons pas que l'assistance aux valides puisse faire l’objet d’une obligation légale, sous peine d’encourager l’imprévoyance et la paresse. Aussi pensons-nous que les secours qu’on distribue aux valides doivent avoir un caractère spécial et être strictement temporaires. Cependant on a souvent prétendu, que même donnés dans ces conditions, la distribution des secours à domicile aux valides avait une influence désastreuse sur les assistés et qu’elle contribuait puissamment à développer le paupérisme. C’est là une objection qui s'adresse non seulement à la distribution des secours à domicile aux valides, mais au -principe même des secours à domicile, objection trop importante pour que nous puissions la passer sous silence, sans essayer de la réfuter, tout au moins en ce qui concerne Paris.
Le principal reproche fait aux secours à domicile est d'exercer sur la population pauvre une action démoralisante. En effet, a-t-on dit, avec la multiplicité des secours appliqués à toutes les circonstances de la vie, le travailleur certain qu’un secours l'attend pour chaque cas déterminé deviendra fatalement imprévoyant, il comptera toujours sur les dons de l’Assistance publique. La honte de demander assez forte à l’origine, disparait après quelques secours reçus et avec elle, tout effort sérieux pour sortir d'une situation critique. On se résigne à la misère, en comptant que les secours publics l'empêcheront d’aller
() Voir plus haut, p. 94.
à l’extrème, Non seulement les parents s’habituent à ne plus pouvoir se passer de secours, mais les enfants tout jeunes contractent la même habitude. « Depuis 60 ans, disait M. de Wateville en 1854 (1), que l'Administration de l’Assistance publique à domicile exerce son initiative, on n'a Jamais vu un seul indigent retiré de la misère et pouvant subvenir à ses besoins par les moyens et à l’aide de ce mode de secours. Au contraire, elle constitue souvent le paupérisme, à l’état héréditaire : aussi voyonsnous aujourd’hui inscrits sur les contrôles de cette Administration les petits-fils des indigents admis en 1802, alors que les fils avaient 6té en 1830 portés également sur les tables fatales. » Est-ce que ces secours à domicile, si incontestablement supérieurs au point de vue théorique, n'ont pas pratiquement cet effet regrettable de perpétuer en quelque sorte la misère ? Est-ce qu'ils ne sont pas loin de la véritable assistance, c’est-à-dire non pas seulement celle qui donne du pain aux malheureux, mais celle qui l’aide à se passer de secours, celle qui d’un parasite fait un producteur ?
À Paris au premier abord, il semble que les faits confirment ces appréciations. On constate en effet une augmentation continue de la population indigente, dans une proportion supérieure à celle de la population totale. Le nombre (2) des indigents qui en 1896 était-de 47.884, est actuellement de 49,055 (1897), soit une augmentation de près de 2.617 individus (4,69 0/0) en une année. N'est-ce pas là le résultat des secours à domicile ?
En Angleterre où, il est vrai,le droit au secours existe (3)
(1) De Wateville, Rapport sur la situalion du paupérisme en France.
(2) Nous n'’insistons pas sur ce point et renvoyons aux chiffres donnés
d'aus le cours de cette étude.
(3) Depuis le Statut d'Elisabeth (1601).
on a fait la même constatation. Pendant longtemps les secours à domicile constituèrent le mode usuel d’assistance, et l’on en arriva à ce résultat déplorable que sur 10 habitants il y eut un assisté. Les populations pauvres étaient complètement démoralisées, la plupart des assistés jouissant d’un bien-être supérieur à celui des travailleurs indépendants. Devant cette augmentation du paupérisme et surtout en présence de l'accroissement démesuré de Ia taxe des pauvres, une réaction se produisit. À partir de 1834 le secours à domicile, qui étaitla règle, devint l’exception (1), il fut remplacé par l’hospitalisation au Workhouse, dont nous avons déjà parlé. Les résultats ne se firent pas attendre, depuis cette époque le nombre des pauvres a diminué de 35 0/0 (2). Le chiffre des personnes secourues à domicile qui s'élevait à 202.265 en 1849 s’était abaissé à 77.592 en 1892, tandis que le chiffre des hospitalisés au Workhouse avait baissé pendant la même période de près de 4.000 (2). Dans la ville de Londres il y avait en 1857 46,8 individus secourus pour 1.000 habitants et seulement 25,4 pour mille en 1887 (3). Fait significatif : la diminution du paupérisme a été insignifiante dans les Unions qui ont conservé le secours à domicile (4).
(1) Les Board of Guardians de chaque Union peuvent choisir entre j'oul door relief (secours à domicile), ou l’in door relief (hospitalisation), mais tandis qu'ils peuvent accorder l’in door dans tous les cas, ils ne peuvent appliquer l'oul door que dans certains cas déterminés.
(2) Chevallier, La loi des pauvres en Anglelerre, op. cit.
(3) À Londres, pour près de 5 millions d'habitants, il n'y a que 100.000 habitants secourus, alors qu'à Paris il y en a 125.000 pour 2 millions 500.000.
(4) À Whitechappel, une Union pauvre de l'Est de Londres, le chiffre des hospitalisés (Workhouse) s'élevait à 1.419, celui des personnes secourues à domicile à 5.339 ; en 1879 après la suppression des secours à domicile
le chiffre des personnes secourues à domicile tombe à 63, celui des hospitalisés à 1431.
Il semble donc indéniable que la réduction des secours à domicile en Angleterre et à Londres en particulier ait eu d’heureux résultats : « Il n’y à pas de meilleure méthode, disait M. Loch, délégué anglais au Congrès d’Assistance de Paris de 1889, pour encourager la prévoyance et l’6pargne,que la restriction de l’assistance à domicile. L’adoption de cette méthode a fait verser bien de l'argent dans les caisses d'épargne comme provision pour les vieux jours, et il n'existe pas d'agent plus puissant pour amener les individus à s’affilier aux sociétés de secours mutuels que la crainte du Workhouse (1). »
En présence de ces faits conviendrait-il de réagir contre le mouvement qui va sans cesse s’accentuant chez nous en faveur de l'extension des secours à domicile ? nous ne le pensons pas.
Tout d’abord nous ne croyons pas qu’on puisse tirer parti en France et particulièrement à Paris de ce qui se passe à ce sujet en Angleterre, la situation économique et sociale des deux pays diffère trop profondément. En premier lieu le droit au secours existe en Angleterre, il n'en est pas de même en France, où l’admission aux secours peut toujours être refusée : l'extension du paupérisme ne présente donc pas chez nous les mêmes inconvénients. De plus la diminution du nombre des personnes secourues en Angleterre implique-t-elle une diminution de la misère ? Nous ne le croyons pas, la misère est restée la même, et c'est uniquement la crainte du Workhouse, qui empêche les pauvres de réclamer des secours (2) : les
(1) On peut dire de Londres et de Paris ce qu’on a dit des deux pays: le paupérisme est stationnaire à Paris, il est en très notable décroissance à Londres, où le chiffre des indigents, comme nous l'avons vu, s'est abaissé de 35 0/0 depuis 1869.
(2) Chevallier, La loi des pauvres en Angleterre, op. cil.
malheureux préfèrent supporter toutes les privations plutôt que de s’exposer à l’internement dans ces établissements où le régime est extrêmement rigoureux. De tout cela, il résulte que des pauvres dignes d'intérêt peuvent rester sans secours, et c’est là, il faut l’avouer, un état de choses regrettable. Dans ces conditions on ne saurait dire que la suppression des secours à domicile en Angleterre ait amené une diminution véritable de la misère. Il ne saurait être question d'ailleurs, d'appliquer un pareil régime à Paris. Sans doute nous ne verrions aucun inconvénient à ce que l’on traitât de la sorte les mendiants professionnels qui refusent de travailler, mais l'application du système de l’internement aux valides serait en contradiction avec nos mœurs et ce système ne pourrait du reste être mis en pratique que si le principe du droit à l’assistance était reconnu pour ces derniers ; or ce serait là, nous l'avons dit, une mesure qui nous paraîtrait dangereuse. Prenons donc ce qui se passe à Paris. Est-ce l'emploi des secours à domicile aux valides qui a amené l’augmentation du nombre des pauvres? Évidemment non. Sans doute, ce dernier fait est réel, mais n'est-il pas surtout causé par l'attraction qu’exerce Paris sur toute la France. En effet, la population de Paris a quintuplé depuis près d’un siècle. En 1789, il y avait 524.000 habitants, et en 1896, 2.511.629 habitants (1). Cette augmentation rapide a de nombreuses causes sur lesquelles il est inutile d’insister : ce sont les mêmes dans toutes les villes où se développent des industries nouvelles, où se créent des usines, des ateliers, des manufactures. Or, on peut observer que toute industrie nouvelle source de richesses pour le pays
(1) De 1872 à 1896, l'augmentation de la population à Paris a été de 23.000 personnes par an.
Le
tout entier, peut être, au point où elle s'exerce, une cause de misères : l'augmentation de la population, provoquée de la sorte, est donc l'origine de misères considérables. Ces faits, qui sont identiques dans tous les grands centres, sont forcément plus saillants dans la capitale d’un grand pays, centralisé comme le nôtre. Telle est la première cause de l'augmentation du paupérisme à Paris : le développement excessif de la population et de l’industrie.
À cela, il faut ajouter un fait que nous avons déjà signalé : l'émigration des provinciaux pauvres et sans ouvrage. On calcule, en effet, que sur cent personnes, habitant Paris, près des deux tiers n’y sont pas nées (1), et, parmi ceux qui viennent ainsi s’y établir, combien sont sans ressources. Attirés par la perspective de trouver plus facilement du travail, ils viennent en foule et sont souvent incapables de subvenir à leurs besoins. En outre, la faiblesse des secours (2) donnés par les bureaux de bienfaisance de Province amène un grand nombre d’indigents, qui accourent de tous les points de la France, en espérant être plus largement secourus à Paris. Voilà les véritables raisons de l'augmentation continue du nombre des personnes secourues à Paris: les modes de secours employés n’ont sur ce point aucune influence, et il n’est contre cette invasion de miséreux d’autres remèdes que ceux que nous avons signalés : augmentation de la durée du domicile de
(4) Voir plus haut, p. 31 et suiv.
(2) L'enquête de 1874 a révélé que sur 14.000 bureaux de bienfaisance, 12.300 avaient moins de 1.000 francs par an à leur disposition. En 1886, la moyenne générale des revenus des bureaux est de 1.060 francs. 141 villes seulement avaient subventionné leurs bureaux.
Voir aussi le rapport de M. Monod au (tonseil supérieur de l'Assistance
ublique.
La / G. — 21
secours, rapatriement des nécessiteux, employés d'une façon plus fréquente.
Mais, ajoute-t-on, les secours à domicile empêchent la prévoyance et l'épargne, c’est une forme d’assistance agréable qui habitue vite l’ouvrier à ne plus compter que sur la société. C’est là, on le voit, une objection qui s’applique encore au principe même des secours à domicile, en ce qui concerne toules les classes de malheureux auxquelles ils peuvent être donnés.
Remarquons tout d’abord sur ce point que le développement de l'épargne (1) etde la nutualité (2) à Paris, dans ces derniers temps vient donner un éclatant démenti à ces affirmations. Cependant nous ne nions pas la portée de cet argument, nous croyons en effet que la distribution des secours à domicile faite sans méthode présente de nombreux dangers, mais nous estimons aussi qu’une application rationnelle de ce mode de secours aux différentes infortunes, fait disparaitre les inconvénients signalés dans une large proportion. D'ailleurs si désirables qu'elles soient, la prévoyance et l'épargne sont-elles toujours possibles à Paris? Or, les faits prouvent que trop souvent il est loin d'en être ainsi. Sans doute depuis 50 ans le salaire
(1) A sa fondation la Caisse d'épargne de Paris (1818) comptait 351 déposants ayant déposé 54.831 francs. En 1896 elle comprenait 652.000 déposants et 157.853 francs y avaient été placés.
Mentionnons aussi à Paris le développement des Caisses d'épargne scolaires, qui ont pour but d'habituer les enfants à l'épargne. En 1895 : les Caisses scolaires fonctionnaient dans 156 écoles et avaient reçu 127.000 fr., représentant 38.266 versements.
(2) En 1896 il y avait à Paris : 314 sociétés de secours mutuels approuvées avec 165.156 membres participants, 32.003 membres honoraires, possédant un avoir de 63 millions. En outre, il existait 447 sociétés autorisées avec 13.925 membres participants,4.625 membres honoraires et possédant un avoir de près de 17 millions de francs. En 1814, il y avait à Paris 50 sociétés de secours mutuel.
de l’ouvrier parisien à augmenté de près de 50 0/0 tandis que la cherté de la vie n'augmentait que de 25 0/0, il semblerait donc en résulter qu'il reste 25 0/0 pour le superflu et la prévoyance, ce qui serait certainement une forte proportion si le chiffre total du salaire était élevé. Mais quel est ce salaire ? D'après les publications de l'Of/ice du travail auxquelles nous empruntons tous ces chiffres, le salaire moyen est à Paris de 6 fr. 15 pour les hommes, et de 3 francs pour les femmes : un homme gagnerait en 300 jours de travail 1.845 francs, une femme 900 francs, soit pour un ménage 2,745 francs. D'autre part la dépense approximative pour la nourriture, le chauffage, l'éclairage, d'un ouvrier parisien étant évaluée à 1.353 francs par an, il faudrait donc compter pour la femme une somme égale diminuée du loyer, soit 1.033 francs et constater que la dépense du ménage est de 2.386 francs, somme inférieure de 359 francs au gain présumé du ménage. Ce serait là un résultat satisfaisant, mais n'oublions pas que dans l’estimation du prix de Ja vie d’un ouvrier, établie telle que nous venons de le montrer, on ne tient pas compte du vêtement, dont la valeur n’a pu être suffisamment appréciée, et vraisemblablement les 359 francs qui restent suffiront à peine. | se Enfin, le salaire de l'homme et de la femme est compté par nous comme payé 300 jours par an, sans autre chômage que le repos du dimanche et des jours de fête, mais n'est-ce pas là une hypothèse fréquemment trop optimiste ? En effet, d’après les réponses des syndicats ouvriers collationnés par l'Office du travail le nombre des journées qu’un ouvrier trouve à faire s'élève en moyenne à 250 : certains ouvriers stables arrivent à 295 journées, mais la moyenne, pour les instables est de 170 journées par an. Dans ces
conditions (1) le chômage normal étant considérable, le salaire véritable d'un ménage travaillant 250 jours par an, est de 2.287 francs, c’est-à-dire d’après le calcul donné cidessus en déficit assuré de 99 francs sur la somme nécessaire à son entretien. Et nous ne parlons pas des enfants ? où est dans ce budget la place occasionnée par leur dépense ? Sans insister davantage sur ces résultats, on voit que ces chiffres laissent peu d'espoir à la prévoyance et donnent tout juste le moyen de vivre. Heureusement ce calcul ne tient pas compte de l’ingéniosité et du dévouement de la ménagère parisienne de telle sorte que, si le mari est sobre, en fin de compte le budget du ménage peut s'équilibrer, et qu’il est même possible de faire une petite part à l'épargne. Mais malgré tout, la prévoyance, qui est quelquefois impossible étant souvent malaisée, on voit qu'il importe d'accorder à tous les malheureux le secours à domicile, si ce mode d'assistance est adéquat à leur misère et non pas de leur appliquer un mode de secours comme l'internement, qui semble constituer une peine. Nous croyons donc qu’en principe les secours à domicile doivent être accordés aux vieillards, — le droit à l’assistance étant reconnu pour eux seulement, — mais nous estimons aussi que dans une certaine mesure ils doivent être donnés aux valides. Pour ces derniers, cependant, le secours à domicile doit être accordé, dans les limites que nous avons indiquées plus haut, c’est-à-dire d’une façon exceptionnelle. Ainsi appliquée rationnellement, l'assistance à domicile donnera des résultats satisfaisants et n'empêchera jamais la prévoyance lorsqu'elle est possible. Les objections adressées au principe même du se-
(1) D’après l'Office du lravail il y aurait 115 ouvriers pour 100 places, ce qui fait que le chômage normal est considérable,
NT
cours à domicile, visent, donc à notre avis, moins ce mode d'assistance en lui-même queson application irrationnelle. Nous ajoutons qu'en ce qui concerne les valides nous approuverions entièrement une répression plus rigoureuse de la mendicité allant même jusqu’à permettre l’internement de tous les individus valides se refusant à tout travail.
Telles sont les idées que nous avons essayé de soutenir dans le cours de ce travail ; tel est, suivant nous, la mise en œuvre qu'il faut adopter, de ce principe essentiel en matière de secours à domicile : Les secours adéquats aux misères qu'ils doivent soulager. Mais l’Assistance publique peut-elle réellement, peut-elle seule appliquer ces solutions ? N'est-ce pas là une charge au-dessus de ses ressources pécuniaires? Peut-elle d'autre part, enfermée dans des règlements étroits, avoir la liberté d’allures suffisante pour accomplir l’œuvre de relèvement moral, principal objet de toute institution visant les valides ?
Nous avons déjà montré qu'au point de vue financier, les charges de l’Assistance publique étaient trop lourdes pour secourir d'une façon sérieuse les nécessiteux valides et qu'actuellement on les assistait d'une façon dérisoire. Au point de vue moral, les inconvénients sont encore plus grands : le secours aux valides, nous le répétons, doit s'adapter à des situations très complexes, or, l’Assistance publique avec ses procédés administratifs, ses formules simplistes et rigoureuses, ne possède pas la faculté de varier ses moyens d'action pour arriver au but. Pour ne citer qu'un fait, Le secours en travail, qui, à notre avis, est le seul mode d'assistance efficace pour les valides, ne saurait être exercé sans dangers par l'assistance officielle. Pour lutter contre la misère, l'Assistance publique a donc
grand besoin du concours de la charité privée. Non seulement, dans bien des cas l’Assistance publique ne devrait être que le complément de la Bienfaisance privée, mais pour les valides cette dernière devrait la remplacer. Aux indigents invalides il faut des secours réguliers, méthodiques, la distribution de ces secours n’est pas subordonnée aux dispositions morales de celui qui les reçoit, il suffit qu'ils arrivent à heures et à jours fixes. Pour le valide, il faut tenir compte des dispositions morales qui ont produit l'indigence et de celles qui peuvent la faire disparaître. L'indigent invalide est donc le vrai tributaire de la bienfaisance publique. De la bienfaisance privée au contraire, relèvent les valides. L'expérience prouve d’ailleurs que l’Assistance publique peut difficilement résoudre le problème de l'assistance aux valides et qu'à Paris:il serait désirable qu'elle fût laissée entièrement à la charité privée, les sommes actuellement dispersées en secours inefficaces pouvant alors être reportées sur les vieillards et les malades. Mais à Paris, la charité privée pourrait-elle prendre efficacement les valides sous sa protection ? At-elle des ressources suffisantes ? Une organisation méthodique? Quels résultats a-t-elle obtenus jusqu'ici ? L'assistance privée peut revêtir deux formes : l'assistance individuelle et l'assistance collective. La première constitue l’aumüne : cette forme de secours est vicieuse, parce qu’elle ne présente aucune garantie, quant à la réalité et aux causes de l’indigence. Fréquemment elle contribue à former des mendiants professionnels et en un mot elle donne le plus souvent de mauvais résultats. Tout autre est l'assistance par voie d'association, qui combine les avantages de l’action individuelle et ceux d'une organisation collective. D'abord elle ne secourt les indigents
qu'après une enquête sérieuse, puis elle s’informe de leurs besoins et proportionne les secours, de façon à les rendre efficaces, enfin, elle groupe les bonnes volontés de personnes, qui réduites à leurs seules forces s’entendraient mal à faire un judicieux emploi des sommes qu’elles veulent consacrer à la bienfaisance.
À Paris, les œuvres privées d'assistance sont extrêmement nombreuses,et nous n’entreprendrons certes pas d'en donner la nomenclature. Les Parisiens, les documents officiels nous l’apprennent (1), contribuent en moyenne pour plus de 13 francs aux dépenses de l’Assistance publique, les autres citoyens français pour 1 fr. 70 seulement. Loin d’invoquer cette charge exceptionnelle pour restreindre leurs contributions volontaires aux œuvres privées, ils y participent en général dans une mesure beaucoup plus large que partout ailleurs en France, À quelle somme peuvent s'élever annuellement les chiffres des libéralités parisiennes, faites aux œuvres privées ? Les éléments d'information sérieux font défaut, mais si l’on ne peut songer à reconstituer intégralement le budget de la bienfaisance privée à Paris, on peut au moins résumer quelques-uns de ses chapitres par des chiffres certains qui suffisent pour en faire apprécier l'importance totale.
En 1895 (2) Paris a consacré à l’entretien de ses crèches 475.000 francs ; 1.088.000 fr. aux douze principales sociétés distribuant des secours en espèces ou en nature aux indigents. Les trois principales œuvres de fourneaux économiques ont dépensé la même année plus de 600.000 fr. ; les deux asiles réservés aux enfants incurables : 385.000 fr. ; les hôpitaux privés d'adulles plus d’un million; les asiles
(1) Rapp. de M. Monod au Conseil supérieur de l’Assistance publique. (2) Paris charitable el prévogant, 1897.
privés de nuit : 300.000 fr., etc.Tels sont les services rendus par une cinquantaine d'œuvres et l’on en compte plus de 3.000 fondées pour soulager la misère, sous toutes ses formes. Le fonds commun de la bienfaisance est moins limité qu'on ne le croit et les fondations nouvelles répondant à des besoins réels ont pu venir y puiser sans faire aucun tort aux anciennes. Dans un livre publié (1) en 1862, M. Lecomte établissait que le total des dons et legs faits aux sociétés reconnues d'utilité publique s'élevait pour toute la France à un million par an en 1814 et à 4 millions en 1855. Or, en 1894, les institutions d'assistance reconnues d'utilité publique de la seule ville de Paris avaient reçu près de (2) 4.623.000 francs, c'est-à-dire plus à elles seules que ne recevaient celles de toute la France au milieu du siècle. La générosité du public s’est donc progressivement manifestée au fur et à mesure qu’on lui offrait plus d'occasions de s'exercer (3).
En présence de cet immense effort réalisé par la charité privée, il reste à se demander comment les résultats obtenus ne répondent pas aux efforts tentés, comment tant d'infortunes restent encore sans secours, enfin pourquoi cette importante question de l'assistance aux valides n’est pas résolue d'une façon satisfaisante ? Cela tient à deux causes, que nous allons énumérer : La première, c’est le manque de rapport entre la Bienfaisance privée et l'Assistance publique, la seconde, le défaut d'union et d'unité de vues entre les différentes œuvres privées.
(1) La Charité à Paris.
(2) En 1894 elles avaient recu seulement 4 millions.
(3) Jusqu’en 1848 la Société Philanthropique entretenait seule des fourneaux économiques à Paris dans lesquelles elle distribuait 648.000 portions. Quoique beaueoup d’autres fourneaux se soient ouverts depuis, et que la société ait établi des soupes populaires dans chaque arrondissement, la Sociélé Philanthropique à distribué près de 4 millions de portions dans son dernier exercice,
En effet, si l'assistance privée veut conserver toute son efficacité, elle doit se maintenir en communication avec l'assistance officielle, plus disciplinée et pouvant mieux contrôler la nécessité des secours que des sociétés isolées, et cela grâce aux moyens informations dont elle dispose. C'est dans l'alliance de l'assistance publique et de la charité individuelle que consiste le célèbre système d'Elberfeld dont nous avons montré tous les avantages. Mais pour que ces deux assistances puissent se combiner avec succès, il faut que tout en gardant leur indépendance respective, elles augmentent leur force de rayonnement, et s'unissent étroitement entre elles. Elles évitent de cette façon la mauvaise répartition, procédant d'actions isolées qui se portent à la fois vers certaines catégories d’infortunes, laissant les autres sans soulagement.
À Paris malheureusement, d’une part,les œuvres privées et les bureaux de bienfaisance ne cherchent pas à se rapprocher, de l’autre, malgré de nombreux et louables efforts tentés dans ces dernières années, les œuvres privées montrent une regrettable tendance à rester isolées.
Sur le premier point, nous avons déjà montré par exemple que l'accord entre les œuvres d'assistance par le travail et les bureaux de bienfaisance ne se produisait pas dans la mesure où il pourrait exister. Et cependant, nous le répétons, c'est de la coopération complète des bureaux et des œuvres d'assistance par Le travail que peut résulter la solution définitive de la question de l'assistance aux né- ‘cessiteux valides, si difficile à réaliser pour l'Assistance publique.Un article (1) du décret de 1895 décide que la liste des
(1) Article 22 : « La liste des indigents peut être communiquée, avec autorisation du maire,aux représentants des œuvres qui prennent l'engage-
ment de communiquer aux bureaux de bienfaisance la liste des personnes qu'elles secourent » (S 3).
personnes secourues par les bureaux pourra être communiquée aux représentants des œuvres privées qui prendraient l'engagement de donner aux bureaux le nom des malheureux qu’elles assistent. C’est là, en effet le seul moyen d'empêcher le double emploi des fonds charitables et de lutter efficacement contre la mendicité professionnelle. En fait, cette invitation du décret est restée lettre morte : les bureaux prétendent qu'ils communiqueraient volontiers leurs listes, mais que les œuvres privées refusent de donner les leurs, tout en acceptant les renseignements fournis par ceux-ci (1). Beaucoup des représentants des œuvres privées, surtout de celles qui ont un caractère confessionnel, refusent d'entrer en rapport avec les administrateurs des bureaux,auxquels à tort ou à raison ils supposent des sentiments antireligieux ou des tendances politiques différentes des leurs. Sans examiner si ces griefs sont fondés, il est profondément regrettable que l'accord ne puisse se faire sur ce point. Il résulte de ce défaut d'entente que des individus peu scrupuleux reçoivent des secours des deux côtés à la fois (2): il parait même qu'il n’est pas impossible avec un peu d'habileté de se faire, de cette façon, une petite rente. Nous n’avons pas besoin d'ajouter que les personnes agissant de la sorte sont pour la plupart peu dignes d'intérêt et
(4) Rapport sur le fonctionnement des 20 bureaux de bienfaisance pendant les années 1896 et 1897, op. cit.
(2) Le décret de 1895 a prévu ce cas, mais il est actuellement assez difficile d'exercer un contrôle sérieux.
C’est ce que décident les paragraphes 1 et 2 de l’article 22:
« Les indigents sont tenus de faire connaître au secrétariat du bureau de bienfaisance la quotité des secours permanents qu’ils reçoivent d’institutions charitables étrangères à l'administration de l’Assistance publique.
En cas de fausse déclaration, les secours annuels sont supprimés, »
sont, presque toujours, des mendiants professionnels.
Si à Paris d’ailleurs, il n'existe pas d'entente sérieuse entre l'assistance officielle et les œuvres de bienfaisance privée, ces dernières ne sont guère plus unies. Il arrive même parfois, qu'une compétition qui n’est pas toujours exempte d'étroitesse s'établit entre elles et qu’elles se font maladroitement la concurrence les unes aux autres. De plus, elles n’agissent pas d’après les mêmes principes : quelques-unes même,accordent des secours sans enquêtes sérieuses, de telle sorte que ce sont surtout les faux pauvres qui bénéficient de leur assistance. « On fait la charité très largement à Paris, disait M. de Vogué (1), mais comment la fait-on ? Le résultat répond-il à l’immensité de l'effort ? Ne peut-on se demander si entre la réglementation inflexible de l’Assistance publique et les élans confus, le particularisme extrême de l'assistance privée, il n’y aurait pas de place pour une organisation rationnelle de la charité libre. » En résumé, le défaut principal de l'assistance privée à Paris, celui qui l'empêche de remplir son rôle véritable, l’assistance aux valides, est le manque de vue d'ensemble ct l'absence d'organisation générale. Est-ce là un vice irrémédiable? L'exemple de l'étranger est là pour nous prouver le contraire (2).
Il existe en Amérique et en Angleterre des associations, quise sont données pour mission d'organiser une assistance méthodique par l’union de toutes les œuvres charitables et par l'application des mêmes principes. Ce sont les Charity Organization Societies dont nous nous proposons de parler brièvement.
Elles partent de ce principe que pour constituer un sys-
(1) Discours prononcé le 11 mai 1889 à la Société d'Économie sociale, (2) Congrès international d'assistance de 1889.
tème de bienfaisance méthodique il faut: 1° que les diverses classes de donateurs s'entendent et coordonnent leurs efforts afin d'empêcher qu'il y ait superposition de secours, que tous considèrent comme leur mission première d'en hâter le plus possible la distribution et enfin d’approprier les secours de façon à obtenir le relèvement physique et moral des malheureux.
2° Que les unités charitables aient la facilité de recevoir promptement des renseignements précis sur le compte de chaque malheureux et que les établissements spéciaux accordent leur protection à la seule catégorie de misérables pour laquelle ils sont aménagés.
Elles réalisent ces conditions : 1° par la coopération commune de toutes les sociétés charitables officielles ou privées ; 2° par la création de bureaux d'enquête tenus par un personnel salarié ; 3° par la création d'un comité central exerçant un contrôle incessant sur toutes les sociétés faisant partie de la fédération.
La première Charity Organization Society s'est formée à Londres en 1860 et elle a depuis servi de {ype à beaucoup d’autres en Angleterre et aux États-Unis. Son but était de déjouer les fraudes des faux mendiants, dont le développement est favorisé dans les grandes villes par la multiplicité des sociétés charitables. Elle voulut tenter également de réagir contre la division extrême de l'assistance privée et de mettre fin aux luttes entre les sociétés de même nature. Sous ces auspices, un grand nombre de sociétés se sont réunies et ont formé une véritable fédération afin d'échanger des renseignements sur les individus sollicitant des secours et de se communiquer les demandes, qui rentrent dans la spécialité charitable de chaque société.
A Londres, la société est formée par 40 comités de dis-
tricts, dont le ressortest le même que celui des Unions de paroisse. Toutes les sociétés qui veulent entrer dans la fédération doivent se conformer à ses principes généraux. À la tête de la fédération, se trouve un Conseil général, composé des délégués de tous les comités, dirigeant toutes les affaires de la société. Les comités, à leur tour, renferment des membres de toutes les œuvres privées de la circonscription qui leur est dévolue. Ces membres appartiennent à toutes les sectes religieuses et à toutes les opinions politiques ; le respect des croyances religieuses et l'exclusion de toute idée politique étant le premier principes des Charity Organization Societies. De plus, pour établir un lien entre l'assistance privée et la bienfaisance officielle, les comités de district contiennent presque toujours quelques Guardians des Unions de l'assistance officielle. Une Commission exécutive, élue par le Conseil général s'occupe de tous les détails d'exécution, nécessités par le travail charitable.
En principe, aucun secours n'est accordé sans une enquête, faite par un personnel de visiteurs salariés. Dans quelques comités on emploie des « cross visitors » (visiteurs à l'improviste) qui font des visites à époques indéterminées de façon à découvrir Les fraudes. La distribution des secours est également confiée à des visiteurs salariés : cependant dans ces derniers temps on les a remplacés en partie par des visiteurs bénévoles (1), chargés uniquement de s'occuper des malheureux au point de vue moral.
(1) « Friendly Visitors ». Ce sont surtout des femmes qui ont pour mission de donner des conseils aux pauvres, sans jamais pouvoir distribuer aucun secours par elles-mêmes. De cette facon elles peuvent se rendre un compte plus exact de la situation morale des pauvres. Cette tâche est fort délicate et on a coutume de choisir avec le plus grand soin ceux qui en sont chargés (Congrès International d'Assistance de Paris, 1889),
Ajoutons que jamais les visiteurs soit bénévoles soit salariés ne peuvent accorder eux-mêmes un secours ; sur ce point la décision est réservée aux comités, réunis en assemblée générale.
Cette organisation a donné de si bons résultats à Londres qu'elle s'est répandue dans toute l'Angleterre (1), où, à l'heure actuelle, on compte plus de 102 sociétés du même genre, ayant toutes des rapports entre elles (2).
En Amérique, les Charity Organization Sociches ont pris aussi un grand développement dans les grandes villes(3). L'institution est même peut-être plus perfectionnée qu’en Angleterre, parce que la bienfaisance officielle y est moins solidement établie (4), mais en fait les sociétés américaines sont constituées d’après les mêmes principes que les sociétés anglaises. Pour montrer quels résultats a donnés, en Amérique, l'établissement de la CAarité méthodique, il suffit de citer l'exemple de la ville de Buffalo. En 1877, il y avait dans cette ville 15.000 indigents pour une population de 140.000 habitants. L'assistance coûtait 112.054 dollars, les secours étaient insignifiants et la mendicité considérable (5). A cette époque fut fon-
(4) Il y en a de nombreuses aussi en Australie.
(2) Dans son dernier exercice, la Charily Organization Society de Londres a accueilli 10.526 demandes de secours sur 23.600 reçues et fourni 11.268 renseignements. Ses frais d'administration se sont élevées à 114.112 francs (Congrès international de Genève en 1896. Rapp. de M. de Pulligny.)
-(3) Actuellement il y a aux Etats-Unis plus de 100 sociétés d'assistance méthodique. -
(4) Chaque fédération a son chanlier vood yard où l'on donne du travail aux ouvriers, victimes du chômage, une crèche, des dispensaires. Ce sont quelquefois des sociétés différentes, affiliées à la Fédération et subissant l’action de son conseil général.
. (5) Un relevé de 1881 nous apprend qu'à New-York, sous l'effort de ces Sociétés : 2,56 0/0 des Indigents ont été rendus à l'indépendance, 120 à
dée la Charity Organization Society qui agit concurremment avec l'assistance officielle. Trois ans après cette création malgré l'augmentation de la population générale le nombre des assistés était inférieur à 8.000 et l’assistance ne coûtait plus que 30.000 dollars, près de 4.000 faux pauvres avaient été rayés.Les mêmes résultats ontété constatés à peu près partout, aussi en 4889, les villes des États- Unis dans lesquelles fonetionnaient les sociétés d’assistance méthodique comptaient-elles 9 millions d’habitants (1).
Ces exemples montrent que la bienfaisance privée, agissant avec méthode et en s’alliant à l’assistance officielle, peut arriver non pas à supprimer la misère, — elle ne le sera Jamais, — mais à la réduire considérablement. Elle devient alors le complément de l'assistance officielle, en s’occupant de la catégorie de misérables que cette dernière est impuissante à assister d’une façon efficace. Pour éviter Le gaspillage des fonds de la charité privée, il serait donc à désirer qu'à Paris on parvint à les canaliser par une organisation qui, à l'instar de ce qui se passe en Angleterre eten Amérique, assurât une meilleure répartition des secours donnés par les œuvres privées, tout en respectant leur autonomie. Dans ces dernières années de nom-
Philadelphie. Dans cette dernière ville le nombre des mendiants s’est abaissé de 25 0/0 en deux ans (1884-86).
(1) Dans une Réunion générale des Charily Organization Socielies américaines, tenue en 1888, on résuma ainsi leurs travaux : Elles avaient obtenu le concours : pour 69 0/0 de Sociétés de secours volontaires, 80 0/0 de l’Assistance officielle, 45 0/0 des églises, 50 0/0 de personnes charitables. Parmi les 29.970 familles qu’elles avaient assistées : 10 0/0 étaient dignes d’assistance continue, 26 0/0 d'assistance provisoire, 40 0/0 avaient besoin surtout de travail, 22 0/0 étaient indignes d’assistance. Enfin 3.342 familles avaient été mises à même de se passer de secours.
breux efforts ont été tentés dans ce but à Paris et ont déjà abouti à des résultats satisfaisants.
En 1890 on a fondé un Office central des œuvres de bienfaisance (À) ayant pour but de rapprocher sans distinction de culte ni d'opinion les bienfaiteurs et les indigents qui se cherchent sans se connaître, de servir de lien entre toutes les œuvres privées et de provoquer la fondation de sociétés de bienfaisance. Le succès est venu couronner les efforts des promoleurs de l'œuvre eten 1896 (2) l'Office central avait déjà dépensé 498.488 francs etétaitintervenu au profit de 49.052 malheureux, il avait contribué en outre à la fondation d'œuvres nouvelles auxquelles il avait procuré plus d’un million (3).
Il ne reste qu’à persévérer dans cette voie, mais pour arriver à un résultat sérieux à Paris l'accord de toutes les bonnes volontés est nécessaire : l’Assistance publique et
(1) Fondé en 1890 par M. Léon Lefébure, dirigé par un Conseil d'adminislration avec l'assistance d'un comité de dames patronnesses. (2) Voici les résultats obtenus en 1895-96 par l'Office central.
Recettes deu RE EE STE 225.458 francs.
Dépenses set tee ER NOTE RE 218.068 francs.
Nowbre de bienfaiteurs ayant eu recours à Lui . : . . . . . . 30540 Indigents en faveur desquels il est intervenu . . . . . . . . . 16504 Indigents auxquels il a procuré des secours . . . . . . . . . . 4824 Indigents recommandés par lui à d’autres œuvres . . . . . ; 5716 Orphelins placés par ses soins. . . . . ee te ent cd 403 Vieillards placés dans divers asiles. . . . . . . . . . . . . . 234 In ER ISTAPE TIC MEN RIRE ARE RER gode 1034
(3) Il existe encore à Paris quelques offices locaux ayant le même caractère : Citons : l’Union d'assistance du XVE arr. qui a pour but de faire disparaître la mendicité de l'arrondissement.
L'Indicaleur de la Bienfaisance, qui a pour but d'indiquer aux malheureux tombés dans la misère les établissements auxquels ils peuvent s’adresser et aux personnes bienfaisantes le meilleur emploi à faire de leurs libéralités, 11 a été fondé en 1890 par M. Marinoni, directeur du Petit Journal dans l'immeuble duquel il est iastallé.
la Bienfaisance privée doivent marcher de concert, la première en se tenant strictement éloignée de toute caste politique, la seconde en abandonnant ses préjugés vis-à-vis de l’Assistance officielle. Une fois cette entente réalisée, chacune d'elles aura son rôle nettement défini. A l’Assistance publique appartiendront les infirmes, les vieillards, et les malades, tous ceux qui ont besoin de secours permanents, à la Bienfaisance privée, les indigents valides, que seule elle peut assister d'une façon efficace. On aura de la sorte une union générale de la charité, acceptant tous les concours et la misère se trouvera enserrée dans un vaste réseau dont les mailles seront tellement étroites qu'aucune infortune sérieuse ne pourra les traverser.
Vu Le Président de la thèse, ALGLAVE.
Vu :
Le Doyen, GLA SSON...
Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris, GRÉARD.
SS = 2 D à à 5 , - FES = = — ss Le L D ne | ee: Ê :