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III. — CESSATION DES FONCTIONS DU CERVEAU

1® Défaut d’action des sens et des facultés intellectuelles. — C’est un signe d’une très-faible valeur, caria suspension des fonctions cérébrales est un phénomène pathologique très-commun ; l’anesthésie cutanée se rencontre dans un grand nombre d’affections, et les épreuves chirurgicales et physiques proposées pour ranimer la sensibilité n’ajoutent rien au diagnostic de la mort et sont souvent infidèles. Dans l’épilepsie, on constate une insensibilité complète, et

Foderé assure avoir mis fréquemment eu usage les brûlures pour s’assurer, chez des soldats, de la réalité de l’accès : jamais, dans les cas d’attaques réelles, ils n’ont manifesté aucune sensation. Les moxas, les scarifications, l’huile bouillante, et jusqu’à l’application du fer rouge, doivent être repoussés comme essais cruels et incertains. Je ne dirai rien de l’épreuve de Foubert, qui conseillait de faire une plaie profonde dans la poitrine pour aller constater, à l’aide du doigt, l’état du cœur ; plaisant moyen, qui remédierait à un mal par un mal pis encore.

M. Josat prétend que le mamelon est un des points les plus sensibles de tout l’appareil tactile ; l’anatomie, il est vrai, nous le montre formé d’un réseau inextricable de filets nerveux ; si l’on joint à cela le tissu érectile dont il est abondamment pourvu, on peut le supposer en effet très-impressionnable. A cet égard, M. Josat a imaginé une pince dont chaque branche est terminée par des aiguillons, à l’aide desquels il saisit le mamelop; cependant je ne crois pas que ce moyen soit beaucoup plus effi^cace que les autres épreuves chirurgicales.

2“ Relâchement simultané des sphincters. — M. Bouchut a le premier insisté sur cet état général de tous les sphincters, comme signe immédiat de la mort, et il lui accorde un haut degré de certitude.

« Jamais, dit cet auteur, on n’observera sur l’homme vivant le relâchement de tous les sphincters. » On peut avec raison lui objecter que le relâchement de tous les sphincters, y compris celui de la pupille, a lieu dans beaucoup d’agonies et qu’il se manifeste encore dans certaines affections cérébrales. D’ailleurs, la commission de l’Institut ne lui reconnut pas une haute importance : « Vos commissaires pensent que le relâchement brusque et presque instantané de tous les sphincters, y compris celui de la pupille, est chez l’homlme, dans l’immense majorité des cas, l’effet de la mort et non celui d’un état morbide. Cependant on ne peut affirmer que la paralysie géné-

raie des sphincters ne puisse exister chez l’homme, alors que la mort n’est pas encore consommée, n

Le relâchement du sphincter anal est un signe bien connu de ceux qui assistent les mourants ; il se traduit par l’évacuation des matières fécales, et le vulgaire exprime ce phénomène en disant que le cadavre s’est vidé. Les sphincters de l’œil et des lèvres se relâchent également et donnent à la face un aspect spécial que nous avons étudié.

Il est un autre sphincter que M. Bouchut a étudié avec le plus grand soin et dont il a suivi attentivement les moindres phénomènes, c’est l’iris. Au moment de la mort, quelquefois avant les dernières pulsations cardiaques, il se dilate, comme si la pupille était la fenêtre de l’âme (Guéroult). Malheureusement cette dilatation est passagère et dure à peine quelques heures; elle est surtout très-manifeste dans les agonies de courte durée et dans les cas de mort violente. Puis l’iris devient immobile. M. Faure a fait de semblables observations sur des chiens pendus et a toujours constaté la dilatation de la pupille.

Toujours est-il que cet état est trop éphémère pour servir jamais d’une manière absolue au diagnostic des décès ; de plus, M. Josat affirme n’avoir jamais constaté la moindre mobilité de l’iris dans des cas de morts consécutives aux méningites chroniques et dans des hydrocéphalies considérables.

3'^ Affaissement des yeux et formation d’une toile glaireuse sur la cornee. Aux derniers instants de la vie , les yeux s’obscurcissent et perdent leur éclat ; une toile glaireuse semble se former sur la cornée, et les malheureux qui succombent avec toute l’intégrité de leur esprit, expriment parfaitement la sensation que leur produit ce voile , cette sorte de brouillard qui leur ravit la lumière. Un peu plus tard, 1 œil acquiert une mollesse et une flaccidité bien connues; qui ne sait la difficulté que présente sur le cadavre l’opération de la cataracte ?

Louis regarde robscurcissemeat de la cornée comme une preuve évidente delà mort; je crois que cet auteur a beaucoup trop exagéré son importance. On le remarque souvent avant la mort ; MM. Devergie et Orfila ont vu des personnes asphyxiées, dont les yeux étaient flasques et recouverts d’une toile glaireuse, être rappelées à la vie; de plus, M. Michel Lévy assure que dans l’apoplexie, dans la mort causée par la rupture d’un gros vaisseau, dans l’asphyxie par le gaz acide carbonique, les yeux conservent leur intégrité. Ces divergences d’opinions accusent assez l’insuffisance de ce caractère.

On a encore prétendu que, sous la pression du doigt, le globe oculaire offrait une déformation transversale de l’ouverture pupillaire ; moyen insignifiant et infidèle, car on le produit sur des personnes opérées de, la cataracte, et quelquefois avant la mort consommée.

4“ L'immobilité du corps n ’a pas la valeur qu’on lui accorde; en effet, elle se développe souvent à la fin des maladies de longue durée. De plus, il est parfaitement établi que certaines parties du corps, le corps même tout entier, peuvent exécuter après la mort quelques mouvements mécaniques. Si les muscles sont immobiles dans leur ensemble, leurs fibres peuvent encore se contracter partiellement. On peut voir dans les abattoirs, sur des animaux dépecés et coupés en deux, les fibres musculaires se contracter encore.

L'abaissement violent de la mâchoire n’est pas un signe plus certain ; les mouvements contractiles des muscles peuvent parfaitement la redresser dans des cas de mort réelle. Dans les décapitations chez les animaux, ne la voit-on pas souvent se mouvoir encore pendant quelques minutes? Qui ne sait encore que chez les vieillards, à une époque avancée de la maladie, ils laissent tomber leur mâchoire, à ce point qu’il faut la leur relever pour les faire boire,

La flexion du pouce n’est pas constante ; et puis, elle se présente

le plus souvenl dans des affeclions convulsives, l’épilepsie, par exemple.

5“ Bruits dynamoscopiques. Le bourdonnement dynamoscopique, auquel M. Collongues accorde la plus haute valeur dans la constatation des décès, est un bruit sourd, continu, qui, pendant la vie, a son maximum d’intensité dans la paume des mains et^à l’extrémité des doigts. « En plaçant le doigt indicateur de la main, ou tout autre doigt, dans l’oreille, on entendra ce bruit. Tout le monde peut s’en convaincre facilement ; ce bruit est continu et ressemble à un bourdonnement. Que l’on enfonce dans son oreille un morceau de bois, par exemple, et qu’on le fasse tenir sur une table ou sur tout autre objet qui ne communique pas avec la main, et l’on n’entendra plus ce bruit. »

Quelle est la cause du bourdonnement? Grimaldi l’attribue à l’agitation des esprits animaux, qui courent çà et là continuellement. MM. Beau, Wollaston et Ermann, le croient déterminé par la contraction musculaire ; or, si la contraction musculaire provoquait le boui donnement, il ne devrait se manifester qu’à ce seul moment. Il h’en est rien, et sa présence est, dit M. Collongues, toujours constante, que le muscle soit contracté ou non. Ce bruit ne réside pas davantage dans la circulation sanguine; car la circulation artérielle est intermittente et le bourdonnement est continu.

M. Collongues lui donne pour-siège le système nerveux, et il cite à l’appui de son opinion des observations d’hémiplégie, où l’extrémité des doigts ne donnait aucune espèce de bruit du côté paralysé.

Le bourdonnement après la mort s’entend dans toutes les parties de la poitrine; il est rare qu’on le trouve à l’extrémité des doigts au moment où la vie s’éteint ; il se réfugie dans la main , l'avantbras , se reportant sans cesse vers le centre ; il est un point où il est plus distinct que partout ailleurs, tantôt à droite, tantôt à gauche, c’est toujours à la région précordiale et épigastrique ; ce bruit

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Ta en s’affaissant jusqu’à son extinction complète qui a lieu ordinairement au bout de seize heures.

M. Collongues a inventé, pour sa constatation sur le cadavre, un instrument auquel il donne le nom de dynamoscope. C’est un cylindre plein en liège, long de 10 à 12 centimètres, dont la base, plus large que le corps , s’applique sur la surface de la poitrine et dont le sommet plus étroit, conique, se place dans l’oreille. Une enveloppe en argent ou en aluminium recouvre le tout ; car le contact prolongé du liège détermine une inflammation et des abcès du conduit auditif. Les expériences faites avec cet instrument auraient appris à l’auteur qu’il existait deux bruits dans les corps vivants, l’un con-tinu (bourdonnement), et l’autre intermittent (pétillement, craquement) ; ce dernier serait le premier à disparaître.

M. Collongues prétend que la dynamoscopie est appelée à rendre de grands services dans le diagnostic des maladies et dans les cas de mort apparente. Je ne crois pas qu’elle ail été expérimentée avec succès par d’autres médecins ; peut-être, entre des mains habiles, donnerait-elle d’heureux résultats? Toujours est-il qu’il faut une grande habitude pour y entendre quelque chose, et, comme le dit M. Collongues lui-même, «on doit se garder de porter un jugement précipité, car il faut du temps pour apprendre l’auscultation du bourdonnement, comme il en faut pour apprendre l’auscultation de la poitrine. »

Attendons donc, pour nous prononcer, des expériences nouvelles et plus convaincantes.

6” Absence de la contractilité musculaire sous l’influence de divers stimulants. — Si on met un muscle à découvert et que sous l’influence des stimulants galvaniques, il ne se produise aucune contraction musculaire, c’est que la vie est éteinte, c’est alors un signe certain de la mort; si au contraire la contractilité est sensible, ce n’est pas une preuve de persistance de la vie, mais il n’y a pas aussi certitude de la mort.

Le degré d’excitabilité peut être modifié par diverses circonstances; le gaz ammoniac, la vapeur du chabon et l’hydrogène sulfuré diminuent la durée de la contractilité ; certains poisons l’anéantissent promptement, tels sont les divers venins. Les maladies chroniques, d’après Nysten, altèrent beaucoup plus cette propriété que les affections aiguës ; une paralysie ancienne, avec altération du tissu du muscle , affaiblit et même détruit à la longue l’irritabilité musculaire ; une paralysie récente l’augmente au contraire, comme le fait remarquer M. Brown-Séquard. Sur un chien auquel il pratiqua la section du nerf sciatique, il constata que dans les muscles paralysés, la durée de l’irritabilité était de dix heures, celle de la rigidité de treize jours et la putréfaction avait lieu au dix-septième jour ; dans les muscles sains, l’irritabilité avait une durée de quatre heures, la rigidité de cinq jours et la putréfaction apparaissait dès le septième jour. Nous devons à cet éminent physiologiste beaucoup d’autres recherches très-curieuses sur ce sujet. La contractilité disparaît plus tard chez l’homme que chez les animaux ; voici le résultat de .ses observations : Le maximum de durée est de huit heures et demie chez le lapin, dix heures chez le chien, douze à quatorze heures chez l’homme. Plus la force contractile des muscles est énergique aux derniers instants de la vie et plus elle persiste après la mort.

7" Rigidité cadavérique. — La rigidité cadavérique est un phénomène qui se passe dans l’intimité de la fibre musculaire et est essentiellement liée à la contractilité; elle apparaît constamment, seulement comme elle est quelquefois hâtive et rapide, elle peut passer inaperçue ; elle se produit à des époques extrêmement variées, quelquefois immédiatement, mais le plus souvent six à dix heures après la mort; elle ne dépasse pas ordinairement en durée vingt-quatre à trente-six heures ; sa durée est, comme l’époque de son apparition, subordonnée à la température extérieure et au genre de mort. Elle apparaît plus vite aux deux âges extrêmes de la vie; l’enfance et la

vieillesse; mais aussi elle est moins durable; il est tellement rare de rencontrer un fœtus rigide que Casper ne l’a jamais vu. Une extrême chaleur peut en abréger la durée ; le froid, au contraire, la fait persister davantage.

Il ne faut pas confondre la rigidité avec la congélation ; cette dernière se reconnaît à la dureté égale de tous les tissus; et en faisant exécuter des mouvements au membre, on entend de légers craquements, comparables au cri de l’étain et dus au brisement de petits glaçons dans les vaisseaux et les vacuoles du tissu cellulaire- De plus, il arrive souvent qu’on trouve des cadavres rigides, mais restés encore chauds. Nysten et Oliivierse sont trompés sur cefpoint; c’est un fait désormais incontestable.

Nysten, Sommer, Muller, M. Brown-Séquard, avec la grande majorité des auteurs, placent la rigidité sous la dépendance immédiate de la fibre musculaire. Si on fait la section des ligaments qui entourent une articulation, tout en ménageant les insertions des muscles, on voit la rigidité persister; coupez au contraire les tendons des muscles, et la souplesse renaît dans les articulations. Béclard, Orfila et M. J. Béclard, l’attribuent à la coagulation du sang dans les capillaires; mais alors comment expliquer le retour de la rigidité, après quelle a été vaincue ? M. Boucbut a combattu cette théorie et en a facilement triomphé ; il injecte dans le train postérieur d’un lapin, récemment tué, une solution alcaline qui empêche la coagulation du sang; on observe néanmoins le développement aussi rapide et aussi intense de la rigidité dans les membres inférieurs que dans les muscles supérieurs.

Suivant Nysten, « si l’on emploie une force assez considérable pour rendre la souplesse à un membre dont la roideur s’est emparée et qu’on le laisse ensuite en repos, la roideur ne s’y développe plus et toutes les articulations conservent la plus grande souplesse.

Louis exprimait la même opinion : «Si la roideur et l’inflexibilité des membres viennent de la convulsion des muscles, on aura toutes les peines imaginables, et souvent il sera impossible de forcer un

menjbre à faire un mouvement opposé à celui où il est Hxé par l’action convulsive des muscles ; et si l’on en vient à bout, le membre retournera avec violence vers le lieu où il était. On observera tout le contraire dans les cadavres. Dès qu’on aura forcé l’articulation, le membre est indifférent à tel ou tel mouvement, et il suit constamment les règles du mouvement des corps Inanimés. »

Les expériences de M. Brown-Séquard faites sur des lapins et des chiens prouvent, au contraire, que la rigidité, une fois détruite, peut se rétablir spontanément ; mais après avoir duré un certain temps, elle ne se reproduit pas après avoir été détruite. De plus, cet observateur a constaté chez des suppliciés, que la rigidité disparaissait, si l’on injectait dans les veines du sang oxygéné, ou sous l’influence de la respiration artificielle, et qu’en même temps les muscles redevenaient irritables.

Le cadavre ne devient pas d’emblée rigide sur toutes les parties du corps; la roideur commence le plus ordinairement par le coù et la mâchoire, puis gagne le thorax, les membres supérieurs et les extrémités inférieures. Mais, si la mort a saisi un individu dans un état de contractilité locale, elle commence par ce point; lorsque les animaux meurent, ils étendent fortement les extrémités, l’encolure et la tête, et c’est dans cette position que la roideur s’empare du cadavre. Dans un cas de tétanos. Sommer a vu le trismus faire place à la rigidité cadavérique. Les paralysies n’empêchent pas son développement quand elles n’ont pas produit une altération trop profonde du tissu musculaire,

M. Brown-Séquard a parfaitement étudié les phénomènes d’irritabilité, de rigidité et de putréfaction qui se succèdent sur le cadavre.

«Plus le degré de l’irritabilité musculaire est considérable au moment de la mort, plus la rigidité cadavérique survient lard et dure longtemps, plus aussi la putréfaction apparaît tardivement et progresse lentement. » Ces trois phénomènes forment pour ainsi dire les trois anneaux d’une chaîne unique ; ils se succèdent avec un ordre remarquable.. Après les maladies aiguës qui ont affaibli les

forces et altéré la nutrition, comme le typhus, la rigidité se manifeste promptement et dure peu ; c’est le contraire dans celles qui frappent subitemefat l’homme dans l’état de santé, comme l’asphyxie et l’apoplexie.

Suivons M. Brown-Séquard dans ses recherches physiologiques, et nous verrons à chaque pas l’application de cette loi, à savoir : que la durée et l’énergie de la rigidité sont en raison directe de la force contractile au moment de la mort.

Chez les animaux ou les hommes tués par la foudre ou le galvanisme, John Hunter croyait que la roideur cadavérique ne pouvait pas se produire; assurément, dans quelques cas, elle a pu échapper à l’observation, mais il est incontestable qu’elle ne manque pas complètement. Si l’on veut bien comparer les effets de la foudre à ceux du galvanisme, on observera que, par des convulsions violentes, on peut produire l’épuisement instantané de l’irritabilité musculaire; alors la rigidité est si prompte et en même temps ^i fugace, quelle peut passer tout à fait inaperçue; sur des lapins, chez lesquels M. Brown-Séquard galvanisait seulement une extrémité, il a pu observer que sur l’extrémité galvanisée, la durée de l’irritabilité était de sept à dix minutes, celle de la rigidité de deux à huit heures, et la putréfaction était très-avancée en moins de vingt-quatre heures; tandis que sur l’extrémité non galvanisée, l’irritabilité dura de deux à quatre heures, la rigidité de un à huit jours, et la putréfaction n’eut lieu qu’au bout de plusieurs jours seulement. Les mêmes expériences sur des chiens donnèrent des résultats analogues.

Voici une autre expérience où la loi ci-dessus énoncée trouve sa plus complète démonstration. M. Brown-Séquard prend cinq vigoureux cochons d’Inde et les asphyxie à l’aide d’une ligature au-dessus de la trachée ; quatre furent galvanisés, le premier à l’aide d’un appareil électro-magnétique très-énergique, le second avec un instrument moins puissant, le troisième avec un instrument plus faible encore; enfin le quatrième à l’aide d’un courant galvanique faible.

Voici l^s résultats de l’expérience :

Durëe de rirritabilitd. Rigidité. Dare'e de 1> rigidité.

4 minutes. ? minutes. 15 minutes.

40 — 60 — près de 1,200 — (20 heures).

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