‹ Des sociétés animalesChapitre 21 sur 75 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

associations ou sociétés accidentelles entre animaux

d'espèces différentes :

Parasitée, Commensaux, Mutualistes.

Le coocoars, trait essentiel de toute société, suppose Taffinité organique; cependant des sociétés imparfaites peuvent s'établir accidentellement entre des êtres plus ou moins diâsemblableâ. — Du parasitisme, comme de Tune des formes de la concurrence vitale; animaux qui la manifestent. — Du commensalisme et de ses transitions à la mutualité; régions de Tanimalité où ils se rencontrent; leurs causes. — De la domestication de Tanimal par Thomme comme d*un cas de mutualité avec subordination ; origines probables de ce fait. — De la domestication des pucerons par les fourmis; tentative d'explication psychologique : de Tintelligence non réfléchie, ou raisonnement du particulier au particulier. — Généralité de ces observations.

L'idée de société est côUe d'un concours permanent que se prêtent pour une même action des êtres vivants séparés. Ces êtres peuvent se trouver amenés par les conditions où leur concours s'exerce à se grouper dans l'espace sous une forme déterminée, mais il n'est nul-

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lement nécessaire qu'ils soient juxtaposés pour agir de concert, partant pour former une société. Une réciprocité habituelle de services entre activités plus ou moins indépendantes, voilà le trait caractéristique de la vie sociale, trait que ne modifie point essentiellement le contact ou Téloignement, le désordre apparent ou la régulière disposition des parties dans l'espace.

Deux êtres peuvent donc former pour les yeux une masse unique et vivre, non seulement en contact l'un avec l'autre, mais même à l'état de pénétration réciproque sans constituer une société. Il suffit pour qu'on les regarde en ce cas comme entièrement distincts, que leurs activités tendent à des buts opposés, ou seulement différents. Si leurs fonctions, au lieu de concourir, divergent, si le bien de l'un est le mal de l'autre, quelle que soit l'intimité de leur contact, aucun lien social ne les unit.

Mais la nature des fonctions et la forme des organes sont inséparables. Si deux êtres sont doués de fonctions nécessairement conspirantes, ils sont doués aussi d'organes sinon semblables du moins correspondants. Or les êtres doués d'organes semblables ou correspondants sont ou de la même espèce ou d'espèces très rapprochées. La société ne peut donc exister qu'entre animaux de la même espèce dans la généralité des cas.

Cependant il peut se rencontrer des circonstances où deux êtres doués d'organes différents et appartenant à des espèces môme éloignées soient fortuitement et sur un point utiles l'un à l'autre. Une corres-

pondance habituelle peut par là s'établir entre leurs activités, mais sur ce point seulement et dans les limites de temps où Tutilité subsiste. H y a donc li roccasioQ sinon d'une société, du moins d'une association, c'est-à-dîre qu'une union moins nécessaire, moins étroite, moins durable pourra naître d'une telle rencontre. En d*autres termes, à côté de sociétés normales formées d'éléments semblables spécifiquement et qui ne peuvent vivre les uns sans les autres, il y aura place pour des groupements accidentels, formés d'éléments spécifiques plus ou moins dissemblables que la convenance unit et non la nécessité. Nous commencerons par l'étude de ceux-ci.

Entre deux êtres vivants, les rapports les plus étrangers à la société qui puissent se produire sont ceux du prédateur et de la proie. En général, le prédateur est plus volumineux que sa proie, puisqu^il -la terrasse et l'engloutit; cependant il arrive que de plus petits s'attaquent à de plus gros, sauf à les dévorer par parcelles et à les laisser vivre pour en vivre eux-mêmes aussi longtemps que possible. Dans ce cas ils sont forcés de demeurer pendant un temps plus ou moins long attachés au corps de leur victime, portés par elle partout où les conduisent les vicissitudes de sa vie. De tels animaux ont reçus le nom de parasites. Le pai-asitisme forme la ligne en-deçà de laquelle notre sujet commence; car si on s'imagine que le parasite, au lieu de prendre sa nourriture sur l'animal dont il tire sa subsistance, se contente de vivre des débris de ses repas, on se trouvera en présence, non pas encore d'une société véritable, mais de la moitié des conditions de

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la société : à savoir un rapport entre deux êtres tel que, tout antagonisme cessant, l'un des deux soit utile à l'autre. Tel est le commensalisme. Cependant cette association n'offre pas encore l'élément essentiel à toute société, le concours. 11 y a concours quand le commensal n'est pas moins utile à son hôte que celui-ci ne l'est au commensal lui-même, quand les deux sont intéressés à vivre en relation réciproque et à développer leur double action dans des voies correspondantes vers un seul et même but. On a donné à ce mode d'action le nom de mutualisme. La domesticité, comme nous le verrons, n'en est qu'une forme. Le parasitisme, le commensalisme, la mutualité, existent chez les animaux parmi les espèces différentes. Exposons brièvement les faits et cherchons à en découvrir la signification au point de vue de la philosophie sociale.

La première difficulté consiste à déterminer avec exactitude le fait même du parasitisme. M. Van Beneden nous parait avoir laissé quelque chose à faire sur ce point : la limite qu'il établit entre le commensalisme et le parasitisme est variable et incertaine. Si nous considérons le parasitisme comme un cas particulier de la lutte pour l'existence, c'est-à-dire comme un fait d'hostilité entre deux activités divergentes (i), il nous apparaîtra comme le cas le plus grave de tous.

(1) «Tant que rezislence d'une partie est rendue nécessaire par celle des autres parties, tant que cette partie sera utile aux autres d*nne manière quelconque , on ne saurait la nommer parasite : elle le sera do moment qu'elle deviendra étrangère ou nuisible au corps. » (Virchow, Pnth. cellulaire, p. &8«, ch. xxi.)

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après celui d'absorption totale du faible par le fort. L'acte de manger la proie en détail et vivante ne le cède qu'à cette autre de Tégorger pour s'en nourrir en une fois. De ce point de vue, la démarcation est facile à tracer entre Tun et l'autre groupe de phénomènes. Dès qu'un animal, au lieu de séjourner dans les tis^^us d'un autre animal ou dans les cavités de son corps, au lieu de s'établir même provisoirement à la surface de ses organes, c'est-à-dire au lieu de se nourrir de sa substance^ vit constamment en dehors de lui et se contente d'une partie des aliments qu'il a réunis ou abandonnés, il cesse d'être parasite pour devenir commensal; la concurrence vitale est dans le second cas beaucoup moins énergique et passe de Thostilité qui menace la vie, quoique plus ou moins sourdement, à la rivalité qui la stimule ; parfois même elle s'eflace tout à fait pour faire place à la mendicité.

Examinons les faits de plus près. Il y a deux grandes classes de parasites, les entozoaires et les épizoaircs. M^s avant de parler des uns et des autres nous devons mentionner ceux qui vivent des œufs d'une autre espèce. Il est évident que c'est le fait qui se rapproche le plus de la simple chasse, puisque entre détruire un animal dans l'œuf et le détruire une fois éclos la différence est légère.' C'est le même acte acconipU à des moments plus ou moins avancés du développement. Le singe et la couleuvre qui mangent des œufs d'oiseaux ne sont donc pas des parasites, ce sont des prédateurs véritables. Une Hirudinée qui séjourne sous la queue des homards au milieu même de leurs œufs ne joue pas un autre rôle. Laissons donc €es faits où

la guerre atteint instantanément son maKimum d'intensité par la mort et Tabsorption de la victime, et occupons-nous de ces autres faits où la guerre, moins redoutable d'ordinaire, devient durable parce qu'elle est intestine et utilise la proie vivante. Les larves d'Ichneumons qui rongent la graisse et les muscles' de la chenille du Piéride nous conduisent tout près du parasitisme. Les entozoaires nous le montrent dans toute sa force. Ils habitent ou les tissus ou les cavités. Citons parmi les premiers les Arachnides et les Crustacés lernéens qui pénètrent dans les tissus et viscères desTuniciers et y causent les plus graves désordres (1); d'autres Crustacés lernéens qui s'enfoncent jusque dans les os de nos poissons d'eau douce (2) , d'autres encore qui plongent comme des racines dans la peau et même dans l'œil des Cétacés et des Squales ; des Distomes qui demeurent enfoncés les uns dans le foie des ruminants, les autres dans celui de la baleine ; un Cysticerque qui se loge dans le péritoine du bœuf et du porc ; un Strongle qui habite dans le rein du cheval, du chien et quelquefois de l'homme ; un Filaire qu'on trouve parfois dans le cœur des chiens au nombre de douze individus : on ne peut nier que de telles pénétrations ne portent de mortelles atteintes. Quant aux seconds, pour habiter les eavités, ils ne sont pas toujours inoffensifs (3); leur présence constitue à

(t) GiARD, Thèse sur tes S»/nascidies, 1872, p. 5^, 55 et 56.

(2) Van Deneden, Parasites et Commensaux, passim. Voir p. 94 où det caâ analogues sout éouméréâ en grand nombre; Tauteur n*y yeat Toir que (Icâ accidenta.

(3) Voir BoucnuT, Matadiet de Venfance^ p. 557 et toi?.

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