CARACTÈRES DISTINCTIFS
importante encore. Car, tandis qu'il n'est besoin de chercher aucune raison qui explique l'adhérence des Polypes à la souche où ils ont crû, il en faudra trouver une pour expliquer la jonction de deux individus de sexe 'différent. Et comme cette raison ne peut résider qu'en chacun d'eux et implique dans chacun d'eux la connaissance et le discernement de l'autre, la société qu'ils forment se trouve ainsi reposer sur une représentation, c'est-à-dire sur une pensée : elle est psychique en même temps qu'organique. Mais dans la plupart des cas une autre union aura été possible ; et il faudra expUquer pourquoi l'un des deux sexes s'est uni à tel individu plutôt qu'à tel autre. La société nouvelle devra être considérée à ce titre, non plus comme native et nécessaire, mais comme élective, puisqu'elle sera née d'un choix réciproque. Enfin si, comme cela arrive souvent, les individus réunis par l'attrait sexuel restent unis par le désir commun d'élever leur progéniture, ou si seulement l'un des deux parents garde avec lui les jeunes, la société domestique ainsi accrue durera et se perpétuera pendant un temps plus ou moins long sans que son unité soit interrompue. Elle sera ainsi, non plus seulement simultanée, mais successive : nouveau caractère qui lui est propre. Telles sont les marques auxquelles on reconnaît la société de reproduction ou famille, et qui établissent sa supériorité dans l'échelle sociale sur la société de nutrition ou blastodème qu'elle se subordonne (1).
(l) Remarquons, loutefo's, que le dernier de ces caractères lui est commun en quelque degré avec la société de nutrition. Elle aussi est composée d'individus successifs, puisque les éléments histologiques se
â76 SOCIÉTÉS CONJUGALES
Il y a trois sortes de sociétés domestiques dont chacune, de la première à la troisième, est la condition de la suivante. Deux animaux de sexe diiTérent doivent d'abord ne former physiologiquement qu'un seul être momentané, sans quoi (sauf en des cas rares, limités aux derniers rangs du règne animal, — parthénogenèse) la mère ne peut procréer de jeunes. En second lieu, pour que le père reste en société constante avec la mère, il faut que celle-ci reste elle-même pendant longtemps unie avec ses petits. Il y a dans l'animalité des régions où les trois modes de groupement se fondent les uns dans les autres et se superposent. Mais, en général, on peut dire qu'ils se présentent d'abord isolément et successivement dans l'ordre même où nous venons de les énumérer; c'est celui que nous suivrons pour les décrire .
a Le phénomène de la fécondation est au fond une conjugaison entre l'amibe ouïes amibes formés par les spermatozoïdes introduits dans l'ovule et nourris de la couche superficielle de cet ovule, et l'amibe ovulaire sorti à ce moment de son état d'enkystement » (Giard). Que sont maintenant les éléments qui concourent à ce phénomène? Des produits de nutrition, comme tous les autres éléments histologiques. Depuis la fissiparité jusqu'au bourgeonnement et à la parthénogenèse
remplacent sans cesse les uns les autres^ les plus jeunes éliiuiDaiit les plus anciens. Mais il reste encore celte différence que Tunitt^ vitale du zoan- Ihodème, par exemple, reposant sur la ciiculation, suppose une oooimunication actuelle, continue de Hudividu avec l'organisme commun, laodi< ((ue, à mesure qu^on monte dans Téchelle zoologique, même saas sortir des invertébrés, Tunité de la famille embrasse des individus toujours plus distants les uns des antres dans la durée.
GARAGTÈBES DISTINGTIFS 277
une gradation insensible unit les phénomènes de nutrition aux phénomènes de reproduction. « Il n'y a pas, dit très bien Hartmann, de différence essentielle dans l'œuvre de l'activité organogénique, soit que ranimai reproduise les parties de son corps qu'il a perdues, soit qu'il forme des bourgeons pour se multiplier. )) {Phil. de V Incoyiscient , trad., vol. II, p. 253.) Dans certains cas en effet le bourgeon est une simple cellule, très semblable à la cellule ovulaire^ et qui se comporte absolument comme un œuf (Ascidies du groupe des Pseudodidemniens). Que ce bourgeon se développe à l'intérieur du corps, dans une cavité spéciale, au lieu de se détacher d'un point indifférent de Torganisme et nous sommes en présence de la parthénogenèse. Celte parenté de la parthénogenèse avec les procédés de l'accroissement nutritif est clairement établie par ce fait que l'abondance de la nourriture la favorise et que sa diminution la restreint. Ainsi les chenilles de certains lépidoptères , nourries d'une façon surabondante, donnent parfois naissance à des femelles parthénogénétiques. Les larves mal nourries donnent le plus souvent naissance à des papillons mâles (4). On voit donc que le passage est facile des sociétés de nutrition aux sociétés de reproduction ; il ne nous reste plus qu à montrer la possibihté d'un passage à partir de la génération agame jusqu'à la génération sexuée, et nous aurons établi la continuité des deux groupes si distincts de phénomènes sociaux.
(1) Voir GuRD, Principes généraux de la biologie, Introduction à la traducUoa française de VAnaiomie comparée des Invertébrés de Huxley.
Chez les êtres inférieurs, les produits nécessaires à la génération par voie sexuée naissent sur ce qu'on est convenu d'appeler un seul individu. Renfermés la plupart du temps dans des enveloppes qui se déchirent au moment opportun, ils se mêlent, soit au dehors de l'individu, soit au dedans de lui, presque au hasard. Même chez quelques espèces des Nématoides les tubes ovariens contiennent des spermatozoaires d'abord, des œufs ensuite. De même dans Y Ascaris nigrovenosa qui habite en parasite dans les poumons de grenouilles et de crapauds, les spermatozoaires imprègnent les œufs dans le tube ovarien. On ne peut voir là qu'une différenciation des éléments cellulaires dans une partie déterminée du corps de Thermaphrodite .» Mais quand ces deux groupes si divers d'éléments histologiques se trouvent réunis sur des individus capables de mouvement et renfermés dans des organes spéciaux, il arrive un moment où la distinction même des organes de l'une et de l'autre sorte s'oppose à la rencontre des produits. Des individus hermaphrodites sont ainsi amenés à s'unir, l'organe mâle de Tun avec Torgane femelle de l'autre, et réciproquement. Dans ce cas ils ne forment bien réellement qu'un seul vivant, puisque leurs organes sont le siège d'une circulation double comme les organes dublastodème. Ce qui diffère, c'est la nature des éléments histologiques échangés et la durée de l'échange. Pour tout le reste, le phénpmène est analogue à une circulation. Mais supposons que le même individu ne puisse jouer le rôle du mâle vis-àvis de celui pour qui lui-môme est femelle ; un troi-