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sièhie animal devra jouer ce rôle ; ainsi se formera une chaîne d'animaux dont chacun sera mâle pour son voisin de droite par exemple, et femelle pour son voisin de gauche. C'est ce qui a lieu chezles Lymnées (Huxley), différant en cela des colimaçons ordinaires, qui sont simples androgynes. Allons plus loin et admettons (comme cela se présente en effet chez certains mollusques) que chez le même individu les organes des deux sexes ne deviennent actifs que Tun après l'autre ; il y aura une époque de l'année où l'animal ne sera que femelle, une autre époque où il ne sera que mâle. « De là à la séparation complète des sexes, il n'y a qu'un pas à faire » (Milne Edwards, Physiologie, iomeYlïly p. 370). Comment ce pas a-t-il été franchi historiquement, 'c'est ce que nous n'avons pas à rechercher ; il nous suffit de savoir que la séparation des sexes n'est théoriquement intelligible qu'à partir de leur union par un simple progrès de la division du travail. Leur attrait s'explique donc ainsi bien naturellement. Chacun est en toute rigueur une moitié virtuelle de l'autre et tend vers cette seconde partie de soi par un penchant organique. Chacun appelle l'autre comme la condition absolue de son existence spécifique, disons mieux, comme la condition de sa pleine existence actuelle. Dans l'un et dans l'autre, les fonctions de nutrition s'accomplissent entièrement (1), mais ni dans
(1) Cependant, en certains cas, le mâle est attaché à sa femelle et yit à ses dépens. Huxley {Anat. comp. des Invert., p. 157) cite le m&le de la Booellie (groupe des Géphyrées) : « Toute celte famille des Abdominalia (Cirripèdes) a les sexes séparés, et les mâles, comparativement fort petits, sont attachés deux à deux au corps de chaque femelle. » Van Bbnedrn, Commemaux et parasites, p. 59. Sur les Diplozoon et les Syn-
Tun ni dans Fautre, la fonction de reproduction (sans laquelle nul être ne remplit les conditions essentielles de la vie) ne saurait s'achever. Ils n'ont donc qu'une seule vie à deux dans toute la précision de ces termes.
Nous n'insisterons pas sur les preuves physiologiques de cette unité vitale embrassant un double organisme. Nous nous bornerons à signaler dans toute l'étendue du règne animal sexué la correspondance vraiment merveilleuse des organes, la communication des cavités et le passage des éléments fécondants qui en résultent, la corrélation des mouvements réflexes nécessaires, enfin la subordination de toutes les fonctions individuelles à la fonction reproductrice chez l'un et l'autre sexe au moment où entre en activité la vie spécifique. On sait que sous l'empire des sentiments qu'elle développe certains animaux négligent le soin de leur conservation et méconnaissent le danger, que d'autres oublient de se nourrir, qu'enfin d'autres sont entièrement dépourvus, durant la dernière de leurs métamorphoses, des organes nécessaires à la préhension desahments.'
Il est vrai que cette union n'est pas aussi intime à tous les degrés de l'échelle zoologique. Mais elle est plus généralement nécessaire qu'on ne le croit. On
games, voir même ouvrage, p. 39. — « 11 est aussi à noter, dit liilDe Etlw.irdd, Phys., vol. IX, p. iC7, (pie chez qnclqneâ-uns de ces parasites (Ex. Diphzoon pnradoxum, némato>le) la totalité de la cavité vi:«cénile était occupée par les testicuied, et que M. Darwiu u'a pu y découvrir aucune trace «Korganes digestifs. » Vau Beneden liit qu'ils sont réduits tu rôle de spermatophorcs. « Le mAle des Synîrames ( uématode ) 6*efface si bien qu'il n'est plus qu'un testicule vifaut sur la femelle » ( p. 93 op. cit.} Ce sout là des faits du dégén('>resreiico parosilique.
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vient de voir ce qu'elle est chez la plupart des mollusques céphalés. Les Annélides et les Vers s'accouplent aussi, bien qu'androgynes , et demeurent plusieurs heures enroulés. Les Insectes ont des organes sexuels plus compliqués que ceux de certains vertébrés. Parmi les poissons eux-mêmes, les Plagiostomes et quelquesuns des poissons osseux s'unissent pour une fécondation intérieure. Les Plagiostomes et les Chimères sont même doués d'organes préhenseurs que l'on a comparés à une paire de grandes tenailles. Il est vrai que chez la majorité des poissons la fécondation de l'œuf se fait à l'extérieur ; mais l'absence de copulation n'empêche pas le raj^prochement. D'après les expériences de M. Coste, les œufs déposés par les femelles des poissons seraient perdus s'ils n'étaient fécondés moins de cinq minutes après la ponte ; et d'autre part, la vitalité des corpuscules fécondateurs ne persiste dans l'eau, leur véhicule naturel, que durant quelques minutes (M. Blanchard, Poissons des eaux douces de la France^ p. 140 et suiv.). Il faut donc que le mâle suive la femelle de très près et nage avec elle de conserve pendant tout le temps de la ponte. Un observateur exact des mœurs des animaux (M. Bertrand Antonin) nous a raconté le rapprochement des brochets dont il a été témoin. Debout sur le tronc incliné d'un saule, au-dessus d'une mince lame d'eau courant sur les prairies inondées, il a vu, à la fin de février, un matin, une femelle de brochet appeler par quelques coups de queue vigoureux trois ou quatre prétendants cachés jusque-là dans l'eau profonde, puis ceux-ci s'approcher, se frotter contre la femelle, la presser par dessous
en s'agitant tumultueusement et montrer même à plusieurs reprises dans ces évolutions, destinées sans doute à lancer la liqueur sur les œufs à leur passage, les écailles blanches de leur ventre. Quant aux autres animaux, leur mode de rapprochement est trop connu pour qu'il soit besoin de le rappeler ici. Tout le monde sait que chez les batraciens les sexes s'unissent étroitement, bien que la fécondation ait lieu hors du corps de la femelle, et que chez les reptiles ils forment un couple où les deux individus sont entortillés et se regardent nez à nez.
Mais bien que le rapprochement matériel soit la condition première de la société domestique chez les animaux, il n'en est pas le lien le plus énergique. En effet s'il en était ainsi, les sociétés les plus étroites seraient celles où les sexes resteraient le plus profondément et le plus longtemps unis ; et les hermaphrodites qui s'accouplent mériteraient a cet égard le premier rang. L'absurdité de cette conséquence réfute suffisamment le principe. Ce qui fait la solidité de l'union domestique, même à ne considérer que les rapports sexuels des parents, ce sont les phénomènes psychiques qui la proparent, et qui la renouvellent si des causes mécaniques la rompent. Il y a plus : ce sont ces phénomènes mômes qui la créent la plupart du temps ; car sans eux elle serait exposée au hasard des rencontres : combien peu de chances lui resteraient do jamais se former? Nous allons donc examiner les causes toutes psychiques qui provoquent et consolident cette union en développant chez les individus des deux sexes des représentations, et partant, des désirs corrélatifs, de manière à
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ce qu'ils participent à une npême conscience en même temps qu'aune même vie.
S'il est juste de dire que les deux sexes se désirent, il ne- l'est pas autant de dire qu'ils se cherchent, du moins ostensiblement. Le mâle seul, dans la grande majorité des cas, semble chercher la femelle. D'abord cette nécessité lui est imposée par le grand nombre de rivaux dont il lui faut soutenir la concurrence pendant un temps restreint. Ensuite, il peut seul, dans plusieurs cas, se livrer àlapoursuite, étant seul pourvu d'organes de locomotion. On ne connaît chez les insectes aucun mâle qui soit aptère, tandis que sa femelle est ailée, mais le contraire arrive assez souvent. Enfin, à mesure qu'on s'élève dans la série animale, la femelle semble de plus en plus animée de deux désirs contraires : celui de recevoir le mâle et celui de l'écarter. Le premier désir ne se manifeste qu'à de certains moments avec lesquels la recherche de l'autre sexe ne coïncide pas toujours; mais môme en ces moments favorables, les refus sont fréquents et persistants. Cette disposition, si contraire en apparence au vœu de la nature, n'a point reçu jusqu'ici d'explication suffisante. Chez les insectes, la mort est souvent le prix delà maternité; on pourrait alléguer, pour justifier ici les hésitations de la femelle, une prévision de cette destinée; mais la même chose pourrait être dite du mâle. Peutêtre trouverait-on une justification plus plausible du fait dans l'embarras où se trouve une intelligence bornée de prendre une décision quelconque dans un cas dont la gravité est obscurément sentie. De violents désirs font attendre à la femelle du mâle qu'elle accep-
tera, certaines qualités, certains avantages : nous en donnerons la preuve tout à Fheure en décrivant les efforts tentés par l'autre sexe pour réaliser ces conditions. N'est-il pas naturel qu'au moment de se livrer, toute pressée qu'elle est par le penchant organique, elle hésite anxieusement, ne les trouvant pas remplies à son gré? C'est une chose remarquable que le sentiment du refus est d'autant plus vif en chaque espèce que les charmes déployés sont plus apparents*. Ainsi, les Lépidoptères sont bien connus pour la longueur de leurs préliminaires, et ce sont ceux qui, dans toute la classe des insectes, sont le plus évidemment parés en vue de la séduction. Les oiseaux chanteurs et les oiseaux dansants, les mammifères les plus brillamment ornés et les plus capables de démonstrations amoureuses, sont précisément l'objet des dédains les plus obstinés de la part de leurs femelles. Du reste, sans ces refus, les aptitudes séductrices n'auraient ni le temps de se manifester ni l'occasion de naître. Il y a donc dans la conscience de la femelle chez les animaux supérieurs, et même chez certains invertébrés, une sorte d'idéal que le mâle ne lui semble jamais réaliser assez complètement, et dont la recherche tient en suspens son propre choix. La mouche de nos appartements, qui est au bas de l'échelle des insectes, n'y met pas tant de façons, parce qu'elle n'est pas capable de représentations : celle qui ne choisit pas n'hésite pas et ne saurait se refuser. Il faut ajouter une autre raison à celle-ci. Il est impossible que la poursuite du mâle ne soit pas accompagnée chez la femelle d'une représentation plus ou moins confuse de l'union sexuelle
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qu'elle tend à provoquer. Cette poursuite est donc déjà par elle seule un plaisir, et nous ne manquons pas dans le règne animal d'exemples de plaisirs volontairement prolongés et même suspendus pour laisser place à une attente savoureuse. On sait comment le chat joue avec la souris, la loutre, le cormoran avec le poisson. S'ils renouvellent volontairement la poursuite de la proie, c'est qu'elle leur semble au moins pendant quelques instants aussi agréable que la déglu* tition même de cette proie. Pour la môme raison, la femelle repousse le mâle partout où elle est capable de sentir le plaisir d'être recherchée et de souhaiter la prolongation de ce plaisir. On peut donc dire qu'ici la pudeur touche de près à la coquetterie, pourvu, qu'on entende ce dernier mot dans un sens sérieux et qu'on y reconnaisse l'une des voies les plus actives de la sélection. Comme on va le voir, en effet, si la femelle se refuse pour qu'on la recherche, cette recherche éveille chez les mâles une multitude de facultés qui seraient restées sans ces refus à jamais endormies. Tout ce processus est gouverné par des nécessités harmonieuses. Au point de vue social particulièrement^ avec quelle puissance l'image des deux sexes n'est-elle pas gravée dans la conscience de l'un et de l'autre parla longueur de la poursuite et l'exaspération des désirs !
Cinq classes de phénomènes servent à préparer l'union sexuelle, et partant la société domestique; premièremeht des attouchements excitateurs, les plus humbles de tous ces phénomènes, c'est-à-dire ceux qui se rapprochent le plus de Tordre physiologique ;
secondement, les odeurs; troisièmement, les couleurs et les formes ; quatrièmement, les bruits et les sons ; cinquièmement, les jeux ou mouvements de toutes sortes.
lo Des attouchements excitateurs. — Nous ne vou* Ions point parler des organes par lesquels Tanimal saisit et maintient sa femelle ; nous nous bornerons à signaler ces mouvements par lesquels il excite ses ardeurs d'une manière en quelque sorte mécanique, directe. Les colimaçons sont munis d^une sorte de dard ou appendice calcaire rigide que les deux hermaphrodites se fichent dans la peau près de la vulve avant leur double accouplement. Le dard reste souvent dans les tissus et y détermine l'excitation que l'imagination seule suffit à produire chez les animaux plus élevés. Une grosse limace grise que Ton trouve la nuit, l'été, dans les cours humides, mordille le bord du pied de Tautre limace en glissant de la tête •à la queue et fait ainsi le tour du corps. Chez les mollusques, comme chez bien d'autres animaux, l'adhérence des surfaces munies de papilles tactiles est un puissant moyen d'excitation. Sans entrer dans le détail quant aux autres embranchemen ts, mentionnons les pelotes formées par certains reptiles et certains batraciens, les passades des poissons au moment du frai, les caresses enfin que se prodiguent certains vertébrés supérieurs : les oiseaux tels que les perruches, les Donacoles, les Loxigelles, les Panures, les Hédydipnes, les Colaptes, les pigeons, les Spatules, les Aïx de la Caroline, et beaucoup de mammifères
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2** Des odeurs. — L'odeur joue certainement un rôle important dans le rapprochement d'un grand nombre d'insectes. C'est par l'odeur que sont guidés ces multitudes de lépidoptères mâles qui se rassemblent par moments autour d'une ou de plusieurs femelles. L'expérience est facile à faire avec une femelle de Bombyx. Placée au centre d'une ville, les mâles viennent la rejoindre en grand nombre. M. Trimen, dit Darwin, exposa dans l'île de Wight une boîte où une femelle de Lasiocampa avait été enfermée la veille, et. bientôt cinq mâles tentèrent d'y pénétrer. M. Verreaux, en Australie, ayant placé la femelle d'un Bombyx de petite taille dans une boîte et la boite dans sa poche, fut suivi par une multitude de mâles telle que 200 environ entrèrent avec lui dans la maison. Plusieurs autres sortes d'insectes exhalent des odeurs qui nous sont perceptibles, mais auxquelles on ne sait si la même destiaation doit être attribuée.
Il ne paraît pas que l'odorat ait le moindre rôle à jouer dans le rapprochement des sexes chez les oiseaux ; mais il n'en est pas de même chez les mammifères dont lès narines presque toujours molles sont capables de perceptions délicates. On peut dire que tous ont une odeur caractéristique ; et il n'est pas douteux que cette odeur développée surtout au temps des amours ne prête aux deux sexes, dans la grande généralité des cas, un moyen de correspondre l'un avec l'autre. Les chiens qui sont le plus fréquemment soumis à notre observation offriront à quiconque voudra considérer attentivement leurs mœurs la matière de
curieuses remarques. On est surpris de les voir répandre leurs excrétions à chaque instant partout où leur odorat leur révèle l'existence d'excrétions précédemment répandues par leurs semblables : cette habitude n'a pas d'autre but que de semer leur route de traces reconnaissables pour les individus de Tautre sexe, le flair de ces traces étant accompagné sans aucun doute d'une excitation. Les ânes et les chevaux ont des habitudes analogues. Le fait suivant donne une idée de la finesse de leur odorat : « Pendant mon séjour au Texas, dit Houzeau, le cheval d'un de mes voisins qui paissait devant sa porte, les pieds embarrassés dans des entraves, disparut soudainement. Nous le cherchâmes pendant plusieurs heures sans pouvoir le retrouver. L'horizon était libre jusqu'à plusieurs kilomètres de distance et nous étions certailis qu'il n'était point passé de troupeaux de chevaux. En parcourant les environs nous découvrîmes enfin l'animal auprès d'une jument en rut, à 4400 mètres de l'habitation. » (Houzeau, Eludes sur les facultés mentales des animaux comparées à celles de Vhomme, Mons, 1872, tome I, p. 279.) Nous avons vu nous-méme en Corse trois ânes s'arrêter subitement sur une route maculée par le passage d'un autre âne, lever la tête en l'air, retrousser les lèvres, et ouvrir les yeux tout grands avec une expression des plus comiques, puis se mettre à braire dans un état d'exaltation indescriptible. « En Amérique, les chevaux sauvages, dit Brehm, cherchent les routes pour y déposer leurs excréments; et, comme tous les chevaux ont l'habitude de flairer les crottins de leurs semblables et d'y ajouter les leurs, les tas qui résultent de