ORIGINE DES MOYENS D'EXPRESSION
nisme qui seul leur attribue une genèse ? — Il est certain qu'une philosophie qui nie l'évolution et pour qui les espèces sont nées de toutes pièces pourvues de tous leurs caractères tant esthétiques qu'organiques ne souffre aucune recherche sur l'origine des instincts. D'autre part nous sommes bien forcé de reconnaître que l'acquisition progressive des facultés symboliques des animaux supérieurs, en tant que ces facultés dépendent directement de leur volonté, n'a rien que d'aisément intelligible. Chaque printemps nous pouvons voir les efforts inouïs faits par certains oiseaux chanteurs, les rossignols par exemple, pour se surpasser et surpasser leurs rivaux. Il n'est pas possible que cette ardente compétition ne perfectionne pas les facultés musicales de ces oiseaux. Brehm constate qu'à l'automne les jeunes rossignols livrés à eux-mêmes sont inhabiles; c'est au printemps suivant, qu'inspirés par la passion et entourés d'habiles modèles qu'ils cherchent à vaincre, ils atteignent la perfection dont ils sont capables. Chaque individu accomplit donc un progrès dans le cours de sa vie : pourquoi l'espèce n'auraitelle pas eu à parcourir les mêmes stades? Un autre fait établit en ce sens une forte présomption : « la localité, dit Brehm, exerce une grande influence sur le' chant, Les jeunes rossignols ne peuvent être formés que par les vieux qui habitent les mêmes endroits ; il en résulte que dans un canton il y aura d'excellents chanteurs tandis que dans un autre on n'en trouvera que de médiocres. » Il y a donc des milieux esthétiques formés par la réunion d'un certain nombre de chanteurs, ici plus, ailleurs moins favorables au développe-
ment des facultés musicales. Qu'en conclure si ce n'est que ces facultés sont dans un perpétuel devenir, qu'elles diffèrent suivant les individus, les saisons, les milieux? Mais dès lors nous sommes autorisés à croire que les mêmes efforts et les mêmes circonstances qui favorisent maintenant le progrès de ces naïfs talents ont pu à l'origine les susciter, et que ce sont les rossignols eux-mêmes qui les ont acquis sous l'aiguillon du désir, pour séduire des femelles d'oreille de plus en plus délicate. Gomment, en effet, la naissance d'un groupe de phénomènes serait-elle d'autre sorte que sa croissance, dont elle est la première phase?
Il nous paraît qu'on peut, sans pécher contre la logique, étendre cette conclusion à toutes les attributions esthétiques sexuelles qui rentrent dans le domaine de la conscience et de la volonté. Il reste à expliquer celles qui échappent par leur nature à la conscience. Le cas est plus difficile. Cependant les changements de coloration de certains animaux aquatiques suivant la couleur du fond sur lequel ils Vivent, changements qui sont instantanés chez le poulpe, nous indiquent que la vision y joue un rôle et par conséquent les centres nerveux principaux. C'est une représentation en définitive qui détermine cette modification des tissus cutanés. Les phénomènes de cet ordre commencent seulement à être mieux connus; nous ne doutons pas qu'en suivant la voie indiquée par M. Pouchet on n'arrive à en déterminer la cause. La découverte du nerf qui produit telle turgescence, telle sécrétion, telle coloration, et la détermination des centres avec lesquels ce nerf est en rapport, nous apprendra