MUTUALITÉ
courent sus aux mouettes, aux lummes, aux sternes et aux thalassidromes pour leur faire rendre leur proie et la dévorer. La frégate agit de même à l'égard du fou. Le milan vit des débris des repas du faucon, et celuici est souvent dépossédé du fruit de sa pêche par l'aigle à tête blanche. Le pagophile est le fidèle commensal des morses. Des marsouins, poursuivant des brèmes, se voient, au lémoignage de Raulin, enlever leur proie par des mouettes qui les épient. Le pluvian fait la chasse dans la gueule même du crocodile aux parasites qui y logent; le Buphago africa rend aux éléphants un service analogue ; 15 à 20 de ces oiseaux blancs se jouent sur le dos de l'énorme animal, picorant ses parasites. Notre étourneau, le commandeur et l'alecto des buffles ont les mêmes habitudes ; mais déjà l'alecto qui doit à la longanimité du buffle cette pitance quotidienne, non content de lui rendre service par le fait même, l'aide encore en lui signalant l'approche d'un ennemi. L'ani fait de même pour le rhinocéros. L'association effective commence ici avec la mutualité. Mentionnons seulement, avant d'aborder ce nouveau groupe de faits, les commensaux des carnassiers, le chacal, le vautour, et enfin les nombreux commensaux de l'homme, depuis le dermeste du lard jusqu'au chat et à la souris.
A la lutte pour l'existence d'abord directe, puis indirecte va faire place la coalition pour l'existence, le plus souvent destinée à mieux soutenir la lutte même. Ici se présente quelque chose de nouveau; les consciences, séparées par le parasitisme et le commensalisme à des degrés divers, s'unissent dans la mutualité,
par l'identité des représentations qui entraîne à son tour la communauté des craintes et des espérances. C'est dire que le dernier groupe des phénomènes ne peut se produire avec quelque constance que chez les espèces supérieures, capables d'opérations intellectuelles déjà complexes. Exposons les faits connus.
Toutes les fois qu'un même milieu rassemble plusieurs espèces douées d'habitudes semblables, des rapports ne manquent jamais de s'établir entre celles qui n'ont rien à redouter les unes des autres et ont, au contraire, à redouter les mêmes ennemis. Les oiseaux des plaines et des bosquets s'unissent volontiers en bandes, les bruants avec les alouettes, les pinsons et les litornes, la spizelle du Canada avec les pinsons et les bruants, le plectrophane de Laponie avec les alouettes, la pie avec les corbeaux et les corneilles, les grives avec les merles, les roitelets avec le torchépot, les mésanges, les pinsons et les nonnettes, le pic épeiche avec les grimpereaux et aussi avec les mésan- " ges et les roitelets. Les oiseaux des marais : l'échasse et l'avocette, les hérons, les bihoreaux, les garzettes et les blongios ; les oiseaux de rivage : les barges avec les pluviers et les bécasseaux forment également des groupes permanents hors de la saison des amours. Voici la cause de ces réunions. Chacun de ces oiseaux comprend plus ou moins clairement que sa vigilance sera puissamment aidée par celle de ses compagnons; pour surveiller les alentours, les sens de plusieurs oiseaux tous également tendus en des directions diverses leur paraissent offrir une meilleure garantie que les sens d'un seul, et pour lutter s'il le faut contre un