MAMMIFÈRES, INDUSTRIE
verte d'un toit imperméable à la pluie, et elle a deux ouvertures, l'une, dans la partie inférieure, qui sert à l'entrée dans les cas ordinaires, l'autre, percée au travers du toit, et qui favorise la fuite en cas de surprise. Un sanglier, au Bengale, coupe avec ses dents, aussi nettement qu'avec une faux, une graminée de 1 mètre à 1 mètre 25, et se fait une meule énorme avec une galerie à laquelle viennent aboutir de petits regards ou fenêtres qui lui servent à observer les environs. Les Chimpanzés se construisent un nid élevé sur les arbres, muni d'un toit en parasol. Les constructions de TOdontara et du Castor sont intermédiaires entre le terrier et la hutte. Celles de TOdontara, comme celles de beaucoup de rongeurs, ont des couloirs qui servent à déposer les ordures, et d'autres par où l'animal va chercher sous terre ses aliments. La demeure du castor est plus compliquée. Elle a, outre son dôme, un plancher, avec chambre de résidence et chambre de provisions; le bas des murs, plongeant dans l'eau, est construit de matériaux particuliers. Presque tous les rongeurs ont des terriers composés de parties plus variées encore. Nous y trouvons des trous à ordures quelquefois nombreux, plusieurs chambres de provisions, une chambre de résidence et une d'élevage tapissées de substances moelleuses, enfin des couloirs dont les uns servent à l'entrée, d'autres à la fuite, d'autres enfin à l'aération. Le renard et le blaireau ont des habitations analogues, mais plus vastes. Les couloirs y sont multipliés, et les ouvertures sont à la fois éloignées les unes des autres et fort distantes du centre, lequel se trouve quelquefois à 4, à 5 mètres au-
290 SOCIÉTÉS DOMESTIQUES PATEUNELLES
dessous du sol. Ce centre porte le nom de donjon. Chez le renard, à côté du donjon du mâle, au moment de la vie conjugale, la femelle a sa chambre et les petits la leur,- sans préjudice du garde-manger où la famille conserve des provisions , et d'une sorte de guérite située près de Tune des nombreuses entrées où l'animal vient de temps à autre se placer en observation. Un renard se construit plusieurs terriers. Nulle part, dans le règne animal, l'industrie n'a été portée plus loin, si ce n'est chez la taupe. Une figure peut seule faire comprendre la complexité des voies qui composent un seul terrier , surtout l'habile indication de celles qui environnent le donjon. IL s'y ajoute un puits, ou si l'eau est trop loin, une citerne que remplissent les eaux pluviales. Maintenant, si nous montons plus haut dans la série des mammifères, nous ne trouvons plus aucun fait de même importance. A quoi tient cette disparition de l'industrie, et faut-il croire qu'elle cesse d'accompagner le progrès de la société? Remarquons d'abord que dans certains ordres, comme les Ongulés, aucune industrie n'était possible faute d'organes. Ensuite, les animaux qui ne construisent pas n'ont pas pour cela renoncé à employer leur intelligence ; seulement ils l'ont employée autrement. Les solitaires sont des carnassiers qui déploient leurs ruses dans la rapine ou la défense. Les sociaux ont dépensé leurs ressources intellectuelles dans l'établissement de la société même ; l'organisme social n'est-il pas une œuvre aussi, et la tactique variée que demande sa conservation ne mérite-t-elle pas l'attention autant que les galeries souterraines et les chambres multiples? Mais nous