‹ Des sociétés animales [electronic resource]Chapitre 49 sur 91 · RAPPORTS AVEC LA FAMILLE · texte numérisé non relu

RAPPORTS AVEC LA FAMILLE

et comme il a la force, la femelle est condamnée par sa volonté à lui rester unie. On comprend qu'elle se résigne à partager son privilège avec un certain nombre de compagnes ; mais enfin ce nombre est nécessairement limité, et le fût-il moins, la nature du lien qui unit ces femelles multiples au mâle reste la même, quelle que soit son étendue. Donc, l'affection réciproque du mâle et de la femelle ne souffre point de partage dans la plupart des cas, et quand elle en admet, ce n'est que d'un côté, et dans des limites assez étroites. D'autre part, la mère ne peut suffire à l'éducation d'un petit nombre de jeunes. De même que les forces du mâle restreignent le nombre des femelles sur lesquelles il s'arroge l'empire, de même les forces de la femelle limitent le nombre des petits qu'elle peut élever. Et quand le nombre des petits est multiplié en cas de polygamie par celui des femelles, bien que la bande ainsi formée soit plus considérable, le lien qui unit les parents aux jeunes ne change pas pour cela de nature; nous sommes toujours en présence d'une famille, bien que cette famille soit composée. Que si la femelle et le mâle s'attachent à d'autres individus de la même espèce, ce ne peut être par conséquent que le temps des amours passé et sous l'empire de penchants qui n'auront rien de commun avec les sentiments domestiques. Quant aux jeunes, ils forment en effet entre eux une société qui ne repose sur aucun lien ni de sexe ni de filiation, et qui n'a point la reproduction pour but; les affections qui la cimentent peuvent s'étendre sans obstacle à un nombre bien plus considérable d'individus , et ainsi on conçoit que quand la

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famille se dissout, une peuplade puisse naître des fruits qu'elle laisse après elle. .

2° Suivons maintenant cette agglomération des jeunes, germe du groupe ethnique. Jusqu'à ce que les individus qui la composent deviennent adultes, la société subsistera, du moins les sentiments domestiques n'y auront mis aucun obstacle. Mais que va-t-elle devenir à ce moment? La jalousie, comme un dissolvant énergique, y pénétrera; elle y suscitera entre les mâles des batailles furieuses; elle séparera les femelles pour les unir à des mâles ennemis. Les couples une fois formés, les besoins de la famille croissant avec le nombre de ses membres, la recherche des aliments allumera entre eux de nouvelles hostilités. Un territoire de plus en plus étendu ne tardera pas à les séparer. La peuplade sera dispersée au moins pendant un temps, et cela précisément sous l'action des affections domestiques. C'est par ces causes que, comme nous l'avons dit, les deux tiers des sociétés d'animaux sont rompues pendant la belle saison. Quant aux espèces qui ne sont pas sociables du tout, c'est, le plus souvent encore, parce que la voracité des jeunes étend le territoire de chasse des parents et fait la solitude autour d'eux. Chez les mammifères, même antagonisme entre la femelle et la société. Il n'est pas parmi eux une bande composée de familles qui ne soit troublée, et, sinon toujours dissoute, au moins relâchée, par les effets de l'amour et les nécessités de l'éducation. Et là où la famille est étroitement unie, nous ne voyons pas de peuplade se former, du moins le cas est-il rare et suppose-t-il des circonstances éminemment favorables,

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