‹ Des sociétés animales [electronic resource]Chapitre 50 sur 91 · RAPPORTS AVEC LA FAMILLE · texte numérisé non relu

RAPPORTS AVEC LA FAMILLE

entre autres l'absence du régime carnassier. Au contraire, les peuplades s'établissent en quelque sorte naturellement là où règne soit la promiscuité soit la polygamie. Nous voyons donc que partout la cohésion de la famille et les probabilités pour la naissance des sociétés sont inverses. 11 faut, pour que la horde prenne naissance, que les liens domestiques se soient détendus en quelque sorte, et que l'individu ait repris sa liberté. C'est pourquoi les peuplades organisées sont si rares chez les oiseaux. Les familles juxtaposées, en nombre immense quelquefois, y sont nombreuses; mais nulle part elles ne montrent hiérarchie ni gouvernement. En revanche, c'est parmi les mammifères que nous trouvons des sociétés quelque peu organisées, précisément parce que dans cette classe l'individu ne se laisse pas absorber parla famille. On comprend du reste que les affections domestiques liées de si près à l'amour de soi aient les mêmes effets par rapport à la formation de sociétés plus amples que l'égoïsme individuel, ou mieux, des effets plus énergiques. L'égoïsme domestique est d'autant plus impérieux qu'il a pour centre un moi plus compréhensif et qu'il y a en lui du dévouement. La conscience collective de la peuplade ne doit donc pas avoir à sa naissance de plus grand ennemi que la conscience collective de la famille. N'hésitons pas à le dire : si une société supérieure à la famille s'est établie, ce ne peut être qu'en s'incorporant des familles profondément altérées, sauf à leur permettre plus tard de se reconstituer dans • son sein à l'abri de conditions infiniment plus favorables.

3° Ce n'est donc pas à l'origine le couple ni la famille en qui nous devons voir l'élément essentiel d'une société supérieure. Il est certain que si l'individu qui entre comme élément dans une peuplade n'était pas sexué (hypothèse absurde, car comment existerait-il comme individu sans exister comme espèce ?) la peuplade ne pourrait durer au delà de sa vie. Il est certain — et cette raison est plus sérieuse — que si les jeunes n'étaient façonnés dès leur naissance parleur éducation commune à la vie sociale, jamais ils ne se fussent constitués en peuplades sur aucun point de la série zoologique. On ne soutient donc pas que la société ethnique eût pu se former sans être précédée de l'organisation domestique ; on ne nie pas que la famille soit la condition de la peuplade. Ce qu'on soutient, c'est que quand l'individu se trouve amené à vivre avec ses frères, à former avec eux un groupe permanent, ce n'est ni le penchant sexuel, ni l'un des sentiments qui attachent les parents aux jeunes et les jeunes aux parents qui l'y pousse, mais une disposition qui n'attend pas l'âge des amours pour se manifester, qui dure après que cet âge est passé, une disposition enfin qui rencontre dans les affections domestiques, non des appuis, mais des obstacles. Mais, dira-t-on, c'est de l'amour fraternel qu'il s'agit ; n'est-ce pas une affection domestique ? Nous répondrons que l'amour fraternel lui-même doit son existence à la disposition que nous venons de signaler, qu'il en est un effet. L'affection des frères les uns pour les autres ne résulte pas des liens du sang : ces liens sont ignorés des animaux. Un jeune d'une autre famille élevé avec les petits d'une

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