‹ Des sociétés animales [electronic resource]Chapitre 6 sur 91 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SOCIÉTÉS NORMALES ENTRE ANIMAUX DE MÊME ESPÈCE : Infusoires, Zoophytes, Tuniciers, Vers.

Sociétés normales, leur définition. Il y en a de deux sortes. De celles qui ont pour but l'accomplissement en commun de la fonction de nutrition ; leur caractère. — Question préalable : où commence le

domaine de la sociologie? limites qui la séparent de la biologie.

§ 1er. Sociétés de nutrition sans communications vasculaires; les Infusoires; nature et cause de ces groupements. — §2. Sociétés de nutrition présentant une communication vasculaire. A, les Polypes; B, les Molluscoïdes; C, les Vers. Interprétation de ces diverses structures au point de vue sociologique. — De la Zygose et de la concrescence; passage aux sociétés de reproduction.

Nous appelons normales des sociétés telles que leurs membres ne peuvent, à la rigueur, exister sans l'aide les uns des autres. Le concours est ici réciproque à ce point que les êtres conspirants développent à vrai dire une seule vie à plusieurs. L'hôte du parasite se passerait de son importun visiteur; et le parasite vivrait sans son hôte, puisqu'il en change. Les commensaux peuvent sans inconvénient grave se séparer, et pourvu

que la transition soit ménagée, la mutualité sërait rompue sans entraîner la perte des contractants. Au contraire, dès que deux êtres de la même espèce exécutent en commun l'une des fonctions vitales .essentielles, ils deviennent indispensables l'un à l'autre. La chair et le sang les unissent : de tels liens sont indissolubles.

Les fonctions essentielles à l'existence sont la nutrition et la reproduction. C'est quand une société est fondée sur le partage de ces fonctions, quel que soit son perfectionnement ultérieur, qu'elle mérite le nom de normale. A ce titre, il semble que le commensalisme et la mutualité puissent rentrer dans cette catégorie, puisque dans de pareilles associations l'alimentation est souvent assurée par le concours des êtres qui les composent. Mais la distinction établie garde toute la netteté désirable, si l'on prend le mot de nutrition dans son sens exact, c'est-à-dire si l'on voit en elle non la recherche des aliments , mais leur assimilation, leur élaboration interne. Dans une société normale, composée d'êtres de la même espèce, il y a toujours, au moins à un certain moment, soit compénétration des tissus, soit communication des cavités vasculaires et transfusion des liquides nourriciers entre les êtres vivants qui y prennent part. Comme on va le voir tout à l'heure , les polypes d'un même polypier reçoivent d'un même système de vaisseaux les liquides nécessaires à leur entretien. De même, quoique pour un temps moins long, les jeunes issus d'un couple sexué doivent toujours tenir de leur mère, tout élaborés, les premiers aliments nécessaires

Page 1