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quand il est avéré qu’en général on prend une garde moins pour mieux soigner le patient que pour éviter aux amis du malade de rester debout, et aux domestiques de monter et de descendre jour et nuit? »
« L’hygiène, écrit M. Ribes, ne règle pas seulement notre régime alimentaire, notre habitude de vivre, l’architecture de nos demeures, elle règle notre âme à la fois et notre corps. Si nous mourons d’affections violentes, nous vivons d’affections douces; et si, comme on l’a dit, les apothicaires vendaient la sérénité de l'âme, à quelque prix qu’ils la vendissent, ils ne la vendraient jamais ce qu’elle vaut. »
Si la sérénité d’âme est mise à un si haut prix pour les gens bien portants, combien n’est-elle pas plus précieuse encore pour les malades, pour ceux surtout au chevet desquels la mort semble être assise ! Qui dira les angoisses d’une pauvre mère sur son lit de douleur, qui peindra les tortures morales d’un père qui va peut-être laisser toute sa famille dans les larmes et dans le dénûment? Qui ne chercherait à adoucir leurs souffrances, et, s’il eh est besoin, à éloigner même par des « banalités » la sombre idée d’une fin prochaine? Quelle âme stoïque, ou, si l’on veut, quelle âme anglaise ne faut-il pas pour exiger qu’on dise la vérité aux malades et pour souhaiter que les malades sachent l’entendre?
Ce qui semble à miss Nightingale « d’absurdes consolations » est recherché avec avidité et avec complaisance par le malade. N’auriez-vous à lui d.
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offrir que Tombre de l’espérance, il ferait ses efforts pour la saisir et pour s’y cramponner ; et si vous ajoutez à vos consolations des distractions habilement ménagées, c’est alors que vous aurez vraiment donné à votre malade « un jour ou une heure de santé. » La compassion est un sentiment tout chrétien, c’est la sœur jumelle de la charité ; elle n’exclut ni la prudence, ni la réserve, ni le bon sens, ni la droiture d’intention; elle n’autorise pas à laisser mourir un malade sans qu’il ait satisfait aux devoirs de la famille ou à ceux de la religion, mais elle sait éloigner les terreurs inutiles; elle aide à supporter la souffrance; elle ranime le courage, soutient l’énergie et fait naître la patience, cette précieuse auxiliaire que la méecine est toujours si heureuse de trouver à son aide. J’ai vu bien des malades, et plus de pauvres que de riches, je ne me suis jamais repenti de les avoir consolés et de les avoir entretenus dans ces illusions que Dieu semble avoir mises dans l’âme de tout homme qui souffre; je me repentirais au contraire toute ma vie de leur avoir dit la vérité, lors même qu’ils me l’auraient demandée. Au moment où le prêtre apporte les derniers sacrements et les suprêmes consolations, le mourant se rattache encore à la vie; cependant, pour la plupart des malades, la visite du prêtre, c’est la visite de la mort, puisque, même parmi les personnes qui s’honorent du titre de chrétien, on appelle le prêtre au dernier moment, pour ne pas dire « trop tôt » la vérité au malade.
INTRODUCTION
M. Ribes ne partage point les scrupules de miss Nightingale; il ne croit pas à l’héroïsme des malades; il appelle à son secours, pour réconforter le patient et pour occuper son imagination, pour l’aider à souffrir et pour éloigner de lui les tristesses de la mort, tout ce que le cœur, l’intelligence et la religion ont de sentiments, de ressources et de saintes paroles ; il sait par expérience et pour en avoir trouvé de fréquents et terribles exemples dans les auteurs, combien il importe de ménager la susceptibilité nerveuse du malade et de lui laisser la douce espérance qui suffit quelquefois pour l’arrêter au bord même de la tombe.
Il est question, dans les Mille et une Nuits, d’une princesse qui se mourait par gradation toutes les fois que' certaines gens approchaient d’elle, et qui reprenait connaissance et se ranimait quand le bon génie venait dans sa chambre. Le bon médecin est ce génie bienfaisant, quand il sait se servir des dons de l’esprft et des facultés de l’âme en même temps ’que des prescriptions de l’hygiçne et de la médecine pour la guérison ou du moins pour le soulage'meèt des malades.
Ch. Daremberg.
Un de mes exjgel^nts amis, un financier des plus considérés, un homme qui aime beaucoup les
Lvi INTRODUCTION,
lettres, et qui surtout aime beaucoup son prochain, m’a écrit, à propos des articles que cette Introduction reproduit en partie, une lettre dont je veux mettre quelques extraits sous les yeux de mes lecteurs. Je passe les compliments;' les discuter semblerait une fausse modestie, les transcrire serait une xraie xanilé. Je me borne à donner ici les observations critiques que contient cette lettre; je serais désolé qu’elles fussent fondées; heureusement elles ne le sont pas; j’essayerai de le prouver en deux mots après les avoir rapportées textuellement.
« Si la sérénité d’âme, dites-vous à la fin de votre article du 49 juillet, est mise à un si haut prix pour les « gens bien portants, combien n’est-elle pas plus précieuse « encore pour les malades, pour ceux surtout au chevet des- * quels la mort semble être assise. »
Tout le monde sera d’accord avec vous sur ce point, mais permettez-rnoi de n’être pas de votre avis sur le moyen que vous proposez pour maintenir celte sérénité d’âme.
Vous voulez cacher au malade le danger quand il le menace et lui refuser les secours de la religion.
Qu’est-ce qui lui donnera la sérénité d’âme, si ce n’est la confiance en Dieu? A qui se confiera votre malade qui s’inquiète de laisser, comme vous dites, toute sa famille dans les larmes et le dénûment, si ce n’est à la Providence? Oü prendra-t-il sa fermeté si son âme ne s’élève à Dieu avau t d’entrer dans une nouvelle vie en quittant celle-ci, et comment s’élèvera-t-il à Dieu si on ne liii en fait sentir la nécessité.
INTRODUCTION
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non pas par un appareil effrayant, mais par de douces paroles chrétiennes qu’ou peut dire, qu’on doit dire à tous les hommes dans toutes les conditions d’existence et de maladie?
Vous dites, cher docteur, avoir vu bien des malades, vous avez vu aussi sans doute bien des mourîfnis dans votre charitable miüi?tère ; dites-nous, je vous prie, lesquels de ces mourants vous avez vus mourir avec le plus de sérénité, ceux qui le savaient et savaient aussi qu’ils avaient un Sauveur, ou ceux qu’on avait étourdis d’illusions.C’est cependant là un point important, et quoique médecin, j’espère que vous conviendrez qu’il importe de bien mourir.
Ceci m’amène à une dernière observation. De quel droit cachez-vous à un homme qu’il va mourir et le trompez-vous par des illusions, ou ne lui dites-vous pas la vérité lors même qu’il vous l’aurait demandée t Votre étude des propriétés infinies de la matière ne vous fait pas oublier l’âme qui l’anime. Or, cette âme immortelle est faite pour une autre vie. Son sort dans cette autre vie dépend de ses sentiments, de ses pensées dans ce monde, d’une dernière pensée peut-être, qui assurera son s.alut. N’étail-ce pas la dernière pensée dubrigand sur la croix: Seigneur, souvienstoi de moi quand tu seras entré dans ton règne, qui lui valut cette réponse du Sauveur :
Je te dis en vérité que tu seras aujourd'hui avec moi dans le paradis.
Or, ce cri suprême, cet élan de l’âme qui s’élancerait vers son Sauveur, si elle savait qu’elle va le voir, ce repentir qui s’emparerait peut-être de son cœur jusqu’alors hésitant, cette lumière divine, cette grâce qui viendrait le soutenir dans le passage de la vie h la mort, s’il la demandait, qu’en faites-vous, lorsque vous cachez aux malades que le moment est venu d’écouter ce cri, de céder à cet élan, de recevoir cette lumière et d’implorer cette grâce? Vous n’en avez pas le droit, vous chrétien! Car vous n’êles pas un de ces malheu-
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INTRODUCTION
reux docteurs que leur grand savoir met hors de sens et qui se sont tellement absorbés dans l’étude des influences du corps sur les corps, de la matière sur la matière, qu’ils ont oublié l’esprit qui nous anime et le Dieu qui a tout créé. Je lés plains ces pauvres savants qui ont tout appris, excepté la seule chose nécessaire, et je ne puis m’adresser à eux.
Non, je ne veux pas qu’on dise la vérité aux malades, lors même qu’ils la demandent. Sur une personne qui la prendra bien, mille en éprouveront les plus grands dommages; l’expérience des médecins est là pour le prouver; non, je n’ai pas même le droit de dire ce qu’on appelle la vérité, puisque je ne dispose ni de la vie ni de la mort. Mais est-ce une raison pour que je refuse aux malades les secours et les consolations de la religion? Dieu me préserve d’une telle pensée ! Je me plains, au contraire, qu’on fasse presque toujours venir le prêtre trop tard, quand tout'est fini ou que tout va finir; —je loue M. le docteur Ribes de ce qu’il appelle en aidé à la médecine tous les sentiments et toutes les espérances que provoque la foi ; — je voudrais que dans l’intérieur de la famille on parlât souvent au malade de son âme et de Dieu et qu’on trouvât dans ces deux mots ou un adoucissement à des souffrances qui doivent avoir une heureuse issue, ou une préparation lointaine, détournée mais efficace aux pensées qui doivent occuper tout chré-
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tien à qui Dieu et la nature Teut demander le sacrifice de la yie.
Si, à l’exemple d’un homme prudent qui règle ses affaires longtemps à l’avance, on faisait aussi de longue date et à tout événement son testament religieux, il n’y aurait jamais besoin de produire cette violente commotion que ressent un malade, soit qu’on lui dise, soit qu’on lui montre qu’il est temps de se préparer à la mort et que la dernière heure a sonnée Ce n’est plus la faute du médecin, mais la faute du malade ou de ceux qui l’entourent, si le malade apprend brusquement, par un prêtre ou par un pasteur, qu’il va mourir; ou s’il meurt sans avoir songé qu’au sortir de cette vie, il reste de lui quelque chose qui doit répondre de ses bonnes et de ses mauvaises actions.