‹ Des soins à donner aux maladesChapitre 6 sur 34 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

Miss Florence NIGHTINGALE.

L’auteur du livre dont nous donnons la traduction est si populaire en Angleterre, si célèbre dans toute l’Europe, qu’il semble superflu de chercber à le faire connaître davantage par quelques détails sur sa vie et sur sa personne. Mais le temps marche si vite de nos jours, les événements contemporains s’enfoncent si rapidement dans le passé, que les souvenirs sont fugitifs comme les événements. En France, d’ailleurs, nous sommes si familiarisés avec le dévouement des femmes consacrées au service des pauvres, des malades, des affligés, que nous n’en tenons guère plus de compte que de l’accomplissement des devoirs naturels renfermés

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dans l’intérieur de la famille. L’admirable fécondité des institutions catholiques, la merveille quotidienne des vocations religieuses qui envoient, sans les compter, dans toutes les parties du monde, des médecins français (comme les Chinois appellent nos Sœurs de charité), nous ont accoutumés à penser qu’il n’y a, pour elles, d’autre gloire et d’autre récompense, que celles qui les attendent dans le ciel. Mais qu’une femme, une jeune fille, née dans un pays privé de ces institutions incomparables, conçoive à elle seule l’idée d’un semblable dévouement, qu’elle le réalise, qu’elle acquière, par l’autorité de son intelligence, de son caractère, de sa charité, la puissance nécessaire pour faire le bien, pour réformer les abus, pour soumettre les rivalités et pour se faire pardonner cette usurpation de l’empire réservé à un autre sexe ; que ce soit au plus fort des horreurs de la guerre, au milieu d’une armée décimée par l’épidémie autant que par le feu de l’ennemi, qu’elle entreprenne et achève sa tâche; c’est, sans doute, un sujet d’étonnement et ■ d’admiration qui ne peut laisser aucun lecteur indifférent aux détails que nous voulons emprunter à quelques-unes des biographies publiées à Londres (contre son gré, nous assuret-onj sur cette femme héroïque.

Florence Nightingale naquit à Florence dans l’année 1828 , et reçut son nom de baptême en souvenir du

SUR MISS FLORENCE NIGHTINGALE. lxiii lieu de sa naissance, de même que sa sœurnée à Naples, fut nommée Parthénope. Son père, d’une trèsancienne, et riche famille du Yorkshire, se maria jeune et consacra son activité au soin de sa famille et au succès de toutes les idées généreuses. La première jeunesse de Florence Nightingale s’écoula au milieu des circonstances les plus favorables au développement de ses qualités morales et intellectuelles. Sous la direction de son père, elle atteignit un degré d’instruction assez élevé dans les études classiques et mathémati- ' ques; elle acquit aussi des connaissances générales dans les sciences, la littérature et les arts. Les talents qui tiennent ordinairement la première place dans l’éducation des femmes ne furent pas négligés dans la sienne ; elle devint bonne musicienne, et parle les langues modernes, le français, l’italien, l’allemand, avec presque autant de facilité que sa langue maternelle. Le cours de ses études fut achevé par de grands voyages; elle visita la plupart des vilfès remarquables du continent ; elle vit l’Italie, la Grèce et pénétra inênie fort avant dans l’Égypte. Elle trouva des amis dans toutes les classes de la société et dans toutes les cfoyâiices, et elle acquit ainsi, bien jeune encore, une grande expérience de la vie.

On se demandera, sans doute, comment miss Night-

‘ Aujourd’hui ladj Vérney.

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ingale^ comblée de tous les dons de la nature et de la fortune, de toutes les jouissances des affections de famille, remplissant tous les devoirs de sa position dans le monde, jusque dans le détail d’une présentation à la cour, a pu s’affranchir de toutes les séductions, sacrifier tout le bonheur intime d’une telle vie, pour se transplanter sur le théâtre des scènes tragiques , dont l’horreur pouvait faire défaillir les cœurs les plus forts.

, Un seul mot donne la solution de cette énigme : l’amour du prochain. Elle avait vu le monde tel qu’il est, elle avait vu des chagrins qui pouvaient être adoucis, des vices qui pouvaient être réformés, des misères qui pouvaient être relevées ; elle brûlait du désir de faire quelque chose pour les infortunés, nommés ses frères par le divin fondateur de notre foi, par celui qui, dans sa providence, avait tant fait pour elle. Dès son enfance, elle avait montré une tendre affection et une profonde sympathie pour toutes les classes d’aftiigés. On l’avait accoutumée à pourvoir aux besoins des pauvres qui avoisinaient les terres de son père, achetant ce privilège par des sacrifices et des actes d’abnégation; plus tard, dans sa jeunesse, elle devint leur amie, leur consolatrice, leur institutrice. Lorsqu’elle fut arrivée à un âge qui lui permettait plus d’indépendance dans ses actions, elle fréquenta et étudia les écoles, les hôpitaxix, les refuges de Londres, d’Édimbourg et du con-

SÜR MISS FLORENCE NIGHTINGALE. lxv tinent, recueillant des connaissances partout où elle en pouvait moissonner. A Tépoque de la grande Exposition, lorsque toute l’Europe semblait en vacances, elle se retira sur les bords du Rhin, dans l’institution de Kaiserwertb, où des Sœurs de la Miséricorde protestantes sont élevées à soigner les malades, et à remplir les autres offices de la charité. Elle resta dans cet asile pendant trois mois, prenant part au service de jour et de nuit, accumulant les expériences les plus précieuses, et elle retourna ensuite en Angleterre pour y attendre patiemment une occasion de les mettre en pratique.

La tendance si prononcée de son esprit à regarder au delà de sa propre sphère d’activité ne la laissa pas longtemps sans un nouvel objet d’intérêt spécial. Son énergie s’exerça en faveur d’une classe trop longtemps négligée par les heureux de ce monde, de cette catégorie que les Espagnols désignent sous le nom de pauvres rougissant, et que nous nommons de même pauvres honteux. Ayant appris que la maison de santé pour les institutrices de Harley-Slreet, languissait faute d’un gouvernement systématique et de ressources suffisantes, elle résolut de se mettre à la tête de cet établissement. Abandonnant le bien-être et les jouissances de sori intérieur, elle dévoua tout son temps, ainsi qu’une grande partie de sa fortune, à la réorganisation

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de cette utile institution. Dans cette occasion, comme dans toutes les autres, elle montra sa ferme détermination de remplir complètement la mission qu’elle s’était imposée. A son entrée dans l’établissement de Harley-Street, les gens du monde levèrent les yeux et les mains au ciel, comme si elle avait fait une chose scandaleuse; ils durent découvrir depuis qu’elle pouvait relever tous les emplois, et qu’aucune fonction ne pouvait l’abaisser. Ses premiers travaux furent principalement financiers; elle rectifia les comptes, paya les dettes et remit tout en ordre autour d’elle ; en même temps, elle eut toujours du loisir pour assister et consoler les malades. Il vint un moment où il n’y avait pas dans la maison un cas de maladie qui ne parût désespéré, mais on n’aperçut dans miss Nightingale aucun indice de découragement.

Après être restée dans Harley-Street aussi longtemps que sa présence parut nécessaire à la bonne administration de cet établissement, aux progrès duquel elle avait accordé un intérêt si profond et si actif, miss Nightingale retourna à la campagne, afin d’y rétablir sa propre santé et de reprendre de nouvelles forces pour les nouveaux dévouements qui pourraient s’offrir à elle. L’occasion ne s’en fit pas beaucoup attendre, mais sous une forme impré\Tie et infiniment plus redoutable qu’aucune de celles qui s’étaient jusqu’alors présentées.

■SUR MISS FLORENCE NIGHTINGALE, lxtii

Nous citerons^ pour raconter cette période extraordinaire de la vie de miss Nightingale, les paroles mêmes de l’auteur de l’une des biographies que nous avons jusqu’ici consultées * :

c( Un lamentable cri de détresse, le cri de nos frères, « blessés et mutilés en Orient, languissant sur leurs « lits de douleur, faute de soins efficaces et des adou- « cissements absolument nécessaires à leur situation, « se fit entendre tout à coup. Ce cri déchirant trouva « un écho dans le cœur du pays tout entier, mais il « manquait pour y répondre plus que des cœurs « dévoués et des hommes de bonne volonté. Le système « de traitement alors en usage dans nos hôpitaux « était incomplet et insuffisant; le zèle, sans discipline « et sans expérience, n’était pas d’un grand secours « dans une telle urgence, et malheureusement nous « ne possédions aucune de ces servantes consacrées des « pauvres, qui forment un élément si admirable et si « utile de l’Église catholique. Dans cette extrémité, la « proposition de former immédiatement et d’envoyer « sur le théâtre de la guerre une congrégation d’infir- « mières reçut un accueil favorable du gouvernement « et d’une partie du public.

« A la requête de M. Sidney Herbert, secrétaire « d’État au département de la guerre, miss Nightin-

1 Ilhiütrated Times.

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« gale consentit à accepter le gouvernement de l’expé- « dition et à se placer à sa tête. 11 n’y eut pas un a moment de perdu en délais superflus. Miss Night- « ingale avait d’avance fait le compte des frais et ne « recula point devant le payement, tandis que ses pa- « rents, non moins dévoués qu’elle, furent contents de « donner leur fille pour un service aussi saint.

« Les arrangements préliminaires furent accomplis « dans un temps très-court, et le 5 novembre 1854, « miss Nightingale et ses compagnes, au nombre de « trente-sept, dont la plupart appartenaient comme « elle aux rangs les plus élevés de la société, arrivèrent « à Constantinople sur le Vectis.

« Ces femmes dévouées furent promptement établies « dans leur nouveau quartier, aux baraques de l’hôpi- « tal de Scutari. Les travaux qui les y attendaient furent, « en peu d’heures, accrus par l’arrivée de six cents « blessés, qui y étaient envoyés peu de temps après la « bataille d’Inkermann. Dans une telle conjoncture, « les services des gardes-malades furent reconnus par « les médecins comme inappréciables. Un grand nom- « bre de tributs de reconnaissance particulière ont « prouvé depuis avec quelle fervente gratitude ce bien- « fait fut reçu par les blessés eux-mêmes.

« Les détails de cette œuvre d’amour du prochain, « poursuivie sans relâche pendant tant de mois, ont

SUR MISS FLORENCE NIGHTINGALE. lxix « été trop répandus pour qu’il soit nécessaire de les a récapituler ici. On sait qu’à très-peu d’exceptions « près, la bonne volonté et les forces des subordonnées « n’ont jamais fait défaut, tandis que la puissance et a l’énergie avec lesquelles miss Nightingale n’a cessé « de lutter contre les difficultés de sa position ont CS surpassé, ainsi que le bien qu’elle a produit, les espèce rances de ceux même qui connaissaient les facultés a extraordinaires dont sa nature était douée. Chaque « jour, dit un témoin de ces scènes admirables et douce loureuses, chaque jour apportait quelque nouvelle ce complication de misères, toujours surmontée parle es génie d’administration de la supérieure ; chaque jour ce apportait son épreuve particulière à celle qui avait es pris sur elle le fardeau d’une si immense responsace bilité, dans un champ inexploré et avec un état-major ce de son propre sexe, à qui tout était également noues veau. On l’a vue souvent, à l’arrivée de détachements « de malades, rester sur pied pendant vingt-quatre ce heures de suite, appropriant les logements, districc huant des vivres, dirigeant les travaux des sœurs, « assistant aux plus pénibles opérations, lorsque sa et présence pouvait fortifier et consoler le patient, et « passant des heures entières auprès du lit des soldats et dans l’agonie du choléra ou du typhus.

« L’image de Florence Nightingale, parcourant, pen-

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« dant la nuit sa lampe à la main , des dortoirs de a plusieurs milles d’étendue, prenant note de l’état de « chaque malade, leur procurant les soulagements les « plus nécessaires, ne sera jamais effacée du cœur des et hommes, objets ou témoins de sa charité, et la tract dition de son dévouement sera à jamais conservée « dans rhistoire. Sans doute, il semblait à ceux qui « ont vu sa figure élégante et délicate, penchée sur le « chevet des mourants, s’efforçant, par tous les moyens (( qui étaient en son pouvoir, d’adoucir leurs dernières (t angoisses, et les quittant rarement avant que la mort « les eût délivrés de leurs maux; il leur semblait, dis- « je, qu’elle accomplissait alors la partie la plus redouct table de sa tâche; et cependant, les efforts de son « dévouement personnel étaient, dans l’appréciation « de miss Nightingale, le moins onéreux de ses devoirs. (( Les obstacles jetés sur son chemin, les restrictions « systématiques, les préjugés des individus, les con- « testations journalières de l’autorité qui marchandait a une maigre allocation, nécessaire au service des « malades, exigeaient d’elle infiniment plus de force « et de courage, jusqu’au moment où la coopération de « M. Macdonald, le distributeur des fonds du Tim^s, « la mit en état de faire des approvisionnements, et a d’introduire partout, dans l’établissement qu’elle « présidait, l’ordre et le confort. ^

SUR MISS FLORENCE NIGHTINGALE. lxxi a Les moyens d’exécution avaient été accrus, au a commencement du mois de janvier, par l’arrivée de a cinquante nouvelles infirmières, dont beaucoup fua rent envoyées dans différentes parties du pays, où a leur seruice était particulièrement nécessaire.

a On doit rapporter à l’influence de miss Nightingale a sur tous ceux qui furent en contact avec elle, le pera fectionnement qu’on put remarquer dès lors dans a tous les hôpitaux, et l’état satisfaisant des affaires a dans toute cette administration. »

Lorsqu’il devint évident qu’elle avait achevé à Scutari la portion la plus importante de sa tâche, elle se rendit à Balaklava, où elle arriva le 4 mai, dans le but d’en inspecter l’hôpital. Mais à peine les fonctions des infirmières et des sœurs étaient-elles fixées, les nouvelles baraques construites^ les cuisines établies, une impulsion énergique imprimée, avec l’aide de l’autorité, à l’ensemble du service, que la constitution toujours délicate de miss Nightingale, épuisée par des efforts extraordinaires, continués si longtemps, fut enfin abattue par une attaque de la fièvre de Crimée, et qu’elle dut être portée elle-même dans l’une des baraques de l’hôpital établi sur les hauteurs.

Au bout d’une quinzaine de jours, la gravité du mal lui avait entièrement enlevé ses forces, et le retour en Angleterre lui fut impérativement ordonné. Aucune

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persuasion ne put toutefois la déterminer à retourner au delà de Scutari. et, après y être restée en repos un temps suffisant pour le rétablissement de sa santé, elle reprit ses fonctions actives et son train de vie ordinaire.

Elle resta à Scutari jusqu’à la fin de la guerre (août 1856), « après avoir montré,—dit encore un de ses « historiens,—avec l’aide des médecins, ses coadju- « teurs, ce que doivent être, ce que peuvent être des « hôpitaux, et combien le chiffre de la mortalité peut « être réduit dans une armée, même en temps de « guerre »

La reconnaissance nationale offrit à miss Nightingale, à son retour en Angleterre, une somme nécessaire pour fonder un établisement destiné à élever, sous sa direction, des gardes-malades aptes à former une corporation qui pût lui succéder. Miss Nightingale refusa d’entreprendre cette nouvelle tâche, trop disproportionnée au peu de forces que lui laissaient les suites de la fièvre de Crimée. Les capitaux, qu’elle n’acceptait pas, furent placés par les dépositaires de ces fonds, et l’intérêt en est capitalisé jusqu’au moment où elle pourra en disposer. Si elle n’a pu entreprendre cette dernière tâche, elle en a accompli beaucoup d’autres. Son rapport à la commission sanitaire de l’armée est un travail considérable ; les diverses réformes obtenues de * De 19 à 8 sur 1,000, en temp* de paix.

SUR MiSS FLORENCE NIGHTINGALE, lxxih , ^autorité militaire, et maintenant adoptées par le ministère de la guerre^ sont également importantes. On s’occupe des mêmes réformes dans l’armée des Indes; des souverains l’ont consultée sur celles qu’ils désiraient introduire dans l’administration de leurs hôpitaux ; enfin, nul n’essayerait de compter le nombre des vies sauvées, des souffrances adoucies par l’expérience et par Tardent amour de Thumanité de Florence Nightingale.

Après avoir sommairement raconté la vie de miss Nightingale, nous ne la quitterons pas sans dire un mot de sa personne.

Peu d’extérieurs pourraient répondre, mieux que le sien, au caractère qu’elle a déployé et à la destinée que ce caractère lui a faite. Nous l’avons vue en France, lorsqu’elle s’ignorait encore elle-même, en grande partie du moins, et lorsque nous ne pouvions nullement pressentir la gloire qui s’attacherait bientôt à son nom. Et cependant nous n’avions point oublié cette jeune personne, si élégante à la fols et si imposante : sa physionomie calme et réservée qui exprime une détermination ferme et tranquille, une parfaite possession d’ellemême et une rare perspicacité ; la précision dans les mouvements, la concision dans le langage, la noblesse des traits et des manières, enfin tout ce qui révèle les qualités par lesquelles on se commande à soi-même et

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on peut commander aux autres. Mais nous n’avons vu qu’un côté de cette ligure remarquable; la tendresse de son cœur, son amour de l’humanité n’ont dû se révéler qu’aux regards de ceux dont elle a partagé les souffrances à l’hôpital de Scutari.

Cette profonde sympathie ne se trahit également que par degrés à la lecture de son Essai sur les soins à donner aux malades. L’aversion de miss Nightingale pour la sentimentalité, son éloignement pour se mettre en scène et pour poser devant le public; l’habitude de réprimer ses émotions et de ne laisser connaître ses sentiments que par ses actes ; le tour souvent piquant et parfois sarcastique que donne à son style un sentiment très-vif et très-fin du ridicule; la sécheresse et même la crudité de certains détails techniques, devant lesquels sa scrupuleuse conscience de garde-malade n’a point reculé, ne laissent à une lecture superficielle de cet Essai, tout didactique, qu’une impression très-différente de celle qu’on en reçoit après y avoir réfléchi. Mais alors comme on se sent pénétré de respect et d’admiration ! Comme on se sent humilié en interrogeant ses propres souvenirs ! Est-ce ainsi qu’on a soigné les pauvres? Est-ce ainsi qu’on a soigné même ses amis et ses proches? Comme on est attendri de cette touchante et presque aveugle tendresse pour les malades, qui fait qu’en trouvant tant de débuts et tant de torts

SUR MISS FLORENCE NIGHTINGALE. lxxv aux gardes-malades, miss Nightingale n’en trouve pas un seul aux malades eux-mêmes. Elle a vu de mauvaises gardes, de mauvais médecins, de mauvais amis, des consolateurs fâcheux, elle n’a pas vu un séül mauvais malade. Quel contraste entre cette prévention, pour ainsi dire ihâternelie, notre indifférence, notre sévérité, la multitude des prétéxtes,- que nous trouvons si aisément, pour nous délivrer de la pitié ét nous dispenset du dévouement !

Nous ne dissimulerons pas toutefois, pour être entre rement sincère, que nous avons été surpris de trouver dans cet ouvrage une immense lacune.

Le sentiment surnaturel qui peut seul avoir inspiré et soutenu lé dévouement dë miss Nightingale, né s’y trouve nulle part exprimé, ni même sous-entendu. Sa tendresse, si ingénieuse à prévenir et à soulager les souffrances des corps, des nerfs, de l’imagination de ses malades, semble avoir oublié leur âme !... Le cœur se serre à la vue de ces immenses dortoirs, où souffrent et meurent tant d’êtres humains, sans qu’aucun rayon d’immortalité descende éclairer leur couche, qui sera bientôt leur tombeau !

Quel que puisse être lé motif de cette omission, qui nous a péniblement affecté, on nous assure que la conduite de miss Nightingale n’en a point offert l’exemple. Ceux qui l’ont suivie au chevet du lit des mourants, l’y

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ont vue spiritualiste et chrétienne; elle a trouvé, pour les préparer au dernier combat, des paroles de foi et d’espérance.

Nous croyons d’autant plus aisément ce témoignage que, dans son appréciation si bienveillante des institutions catholiques, miss Nightingale paraît avoir compris le sens vrai et profond du mot de vocation * ; de ce mot qui implique que ce n’est point par soi-même qu’on est appelé au sacrifice.

Sans avoir pénétré aussi avant dans le principe de vie des œuvres catholiques, les biographes de miss Nightingale leur ont rendu le même témoignage, et nous terminerons cette Notice par un nouvel exemple de leur généreuse impartialité.

« On ne peut contester la beauté, l’excellence des « institutions catholiques fondées sur le continent en « faveur des malades catholiques et protestants. Toutes « les villes qui les possèdent peuvent dire les bienfaits « obtenus par ces corporations, prêtes à répondre à « tout appel de la misère ou de la maladie. La recontt naissance de leurs malades, le respect de la société tt tout entière, attestent leur mérite et leurs bienfaits. « La proposition souvent renouvelée d’essayer de na- « turaliser ces institutions en Angleterre prouve que

* Once awake; représentative'wornen.

SUR MISS FLORENCE NIGHTINGALE, lxxvu « nous sommes sensibles à la beauté de ces organisa- « tiens charitables. »

Nous sommes reconnaissant de cet hommage, nous nous associons à ce vœu, qui seul peut, nous le croyons, réaliser et surtout perpétuer le bien que miss Nightingale a conçu et dont elle a pris, dans son pays, Théroïque initiative.

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PEÉFÂCE DE L’AUTEUR

Les notes suiTantes ne sont pas destinées à tracer des règles de conduite aux personnes occupées du soin des malades; elles ne sont pas un manuel, où une garde puisse apprendre à remplir ses fonctions; elles ont seulement pour but de suggérer des idées aux femmes qui ont la responsabilité de la santé des autres.

Toutes les femmes, ou du moins presque toutes les femmes, en Angleterre, à une époque quelconque de leur vie, sont appelées à veiller sur la santé de quelqu’un, soit enfants, soit adultes, malades, ou valétudinaires; en un mot, toute femme est naturellement destinée à devenir garde-malade.

Chaque jour, les notions de l’hygiène, l’art de soigner les malades, le secret de fortifier la consti-

PKEFACE DE L’AUTEUR.

tulion^ de façon à préyenir les maladies, ou de les guérir, quand on n’a pu les prévenir, prennent une plus grande importance.

Bien entendu que cette science, qu’il est de notre devoir d’acquérir, est entièrement distincte de la science médicale, qui appartient exclusivement à la profession de médecin.

Si donc toute femme est appelée, à une époque quelconque de sa vie, à devenir une garde-malade, c’est-à-dire à être chargée de soigner la santé d’une autre personne, quel immense bien résulterait de cette somme d’expérience, si chaque femme voulait seulement réfléchir sur ce qu’elle doit faire.

Je ne prétends point, je le répète, leur enseigner ce métier. Je leur demande de s’instruire par elles-mêmes, et, dans ce but, je me suis hasardée à leur donner quelques avis.

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